Aquitaine décroissance

vers une démocratie générale

L’impossible référendum sur le nucléaire français.


arret nucleaire

La sortie du nucléaire c’est maintenant ou jamais !

Nous sommes en ce début d’année 2015, à un point de bascule dans l’histoire du nucléaire français. La quasi totalité des réacteurs sont en bout de course et n’ont jamais été aussi peu fiables. La société est tout à fait consciente des risques du nucléaire ( Tchernobyl , Fukushima, dangerosité à très long terme des entrepôts de déchets, catastrophes naturelles, terrorisme…) et il est évident pour tous que l’on doit les fermer d’urgence, si possible avant un accident majeur. Alors que le nucléaire est en déclin partout dans le monde, étranglé par ses coûts et des risques trop élevés

La ministre de l’écologie Mme Royale a d’ailleurs (à la suite de l’Autorité de sûreté nucléaire -ASN- ) déclaré que l’on ne pouvait plus prolonger la durée de vie de réacteurs ayant déjà dépassé leurs limites, depuis pour certains plus d’une dizaine d’années, et bien trop souvent frôlé la catastrophe comme à Bordeaux en 1999 ; où les riverains se souviennent encore du goût des comprimés d’iode: voir L’inquiétante centrale nucléaire de Blaye  et  Blaye 99: retour sur un accident nucléaire majeur.

Face à cette urgence la ministre déclare de façon autoritaire qu’il n’y a pas de polémiques possibles et que nous allons reconstruire 40? réacteurs neufs. Ségolène Royal taxant par ailleurs d’ « idéologique » la mise en place d’un âge limite pour les réacteurs.

Un bel exemple de démocratie « participative » chère à cette personne qui n’avait à la bouche que les mots « démocratie participative » en période électorale. On en conviendra: on nous prend pour des abrutis. (Ségolène Royal,  lors de la primaire socialiste en 2011 déclarait vouloir une sortie du nucléaire.)

Pas de polémiques mais une concertation citoyenne sur l’avenir de cette forme de production d’énergie en déclin.

Qu’elle se rassure, la filière nucléaire ne va pas disparaître puisque le problème des déchets n’est pas résolu et ne peut être résolu par la technique de la cocotte minute en projet à Bure, dont la ZAD ne devrait pas tarder à apparaître.

sortir du nucleaire

mais la question est :

un referendum sur le nucléaire est-il POSSIBLE en France?

En Autriche, la décision de sortie du nucléaire avait été prise par referendum en 1978, décision suivie d’une autre première mondiale, la « Loi interdisant la fission nucléaire à des fins énergétiques ».. par exemple. Les Autrichiens ont inscrit depuis (en 1999) le renoncement à l’énergie nucléaire dans leur Constitution.

En France, c’est plus compliqué. La France est un des pays de type démocratie représentative qui dispose le moins d’outils de démocratie directe ou de démocratie tout court si l’on considère que la démocratie est forcement l’expression directe de la volonté du peuple.

Le referendum en France est prévu essentiellement pour la modification de la constitution. En 2005, par exemple, les Français ont rejeté le Traité établissant une Constitution pour l’Europe proposé au référendum par le président. Malgré cela, la ratification d’un traité semblable a été autorisée par la voie parlementaire le 8 février 2008. cas d’école de « déni de démocratie »

L’initiative populaire en matière législative, régulièrement envisagée est restée lettre morte à ce jour.

Il semble donc qu’aucun outil de démocratie directe ne soit utilisable!

La réforme de 2008 n’introduit qu’un « référendum d’initiative partagée »

Le fumeux « référendum d’initiative partagée »

C’est l’article 11 de la Constitution qui indique notamment qu’« un référendum portant sur un objet mentionné au premier alinéa peut être organisé à l’initiative d’un cinquième des membres du Parlement, soutenue par un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales ».

Où sont donc les démocrates ?

En 2007, S.ROYAL, après des centaines de rencontres avec les citoyens, en dressait le bilan sur son site « Désirs d’avenir »  en présentant plus de cent propositions.
On pouvait y lire cette description même du référendum d’initiative citoyenne :

« Les citoyens veulent prendre la parole plus souvent et plus directement pour décider eux-mêmes (…)  »

– En juillet 2008, lors de la discussion de la réforme de la Constitution, Delphine Batho à qui S.ROYAL avait légué sa circonscription législative, n’a pas déposé d’amendement en faveur du référendum d’initiative populaire, les autres députés PS -PC -Verts- non plus d’ailleurs.

« Nous avons maintenant en droit français un référendum d’initiative populaire »

La simple lecture de l’article 11 prouve le contraire.

On comprend bien que dans un référendum d’initiative populaire , d’une part l’initiative de la consultation appartient aux citoyens qui fixent le contenu de la proposition et que d’autre part  la proposition est soumise au peuple qui décide (si le seuil de signatures est atteint).

Or dans la procédure décrite dans l’article 11, d’une part, l’initiative n’appartient pas aux citoyens mais à 20% de Parlementaires qui doivent commencer par déposer une proposition de loi soumise ensuite au Conseil constitutionnel. Les citoyens n’interviennent qu’après.

Ils n’ont donc pas l’Initiative , ils ne sont pas les premiers et ne sont pas maîtres de la proposition.

D’autre part, même si les 4,5 millions de signatures sont réunis, la proposition de loi parlementaire n’est pas soumise aux citoyens, mais au Parlement !

Et selon l’article 11, ce n’est que :

« Si la proposition de loi n’a pas été examinée par les deux assemblées dans un délai fixé par la loi organique, le Président de la République la soumet au référendum. »

Or, on ne voit vraiment pas pourquoi le gouvernement et sa majorité ne mettraient pas la proposition à l’ordre du jour des deux chambres alors que -même sans vote- cela écarte définitivement le référendum !

On voit aujourd’hui, dans l’urgence des fermetures des réacteurs, que les décisions qui engagent la santé des citoyens, de leurs enfants, de leurs petits-enfants et de leur environnement nécessitent une démocratie réelle exprimant la volonté de la population concernée et non celle d’oligarques liés à d’obscurs lobbies ou autres agendas politiques.  Nous ne pouvons donc pas, nous peuple souverain, prendre part à une belle concertation populaire et démocratique sur l’avenir du nucléaire « civil » en France. Non, nous ne pouvons qu’écrire notre indignation sur des blogs (pour combien de temps encore ?).

Pourrions-nous compter sur un sursaut ou même une manœuvre électorale des partis EELV, FG,  PC et des « frondeurs du PS » qui lorgnent actuellement vers les résultats de la coalition keynésienne Siriza? Rien n’est moins sûr…

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22 janvier 2015 Posted by | ENERGIE, Non classé, Notre démocratie | , , , | Un commentaire

les AMAP disent NON à la Ruche qui dit oui


Le “frelon” Parisien exterminateur de la petite paysannerie continue ses ravages !

Depuis plusieurs années, des groupes de consom-acteur-actrices se sont regroupés pour aider au maintien ou à l’installation de paysans (AMAP , ACAPE , centres de réinsertion, etc…), mais depuis peu cette mouvance semble s’essouffler.

Par contre, de nouveaux moyens de distribution ont vu le jour, via internet comme “La ruche qui dit oui”.

Grâce à la médiatisation énorme dont a bénéficié cette nouvelle formule, l’engouement auprès de celle-ci a bien pris. En effet, la presse laisse supposer aux lecteurs qu’il s’agit de distribution de paniers en vente directe, alors que c’est une plate-forme logistique qui prélève près de 20 % du chiffre d’affaires aux paysans adhérents à ce système.

Un apiculteur à 90% en vente directe, distribuant dans 10 lieux d’AMAP  a dit « NON » aux sollicitations d’une « ruche qui dit oui » (1) près de chez lui ! Pourquoi ?

Tout d’abord par tromperie pour le consommateur, qui pense acheter un produit en vente directela-ruche-qui-dit-non-150x134, alors qu’il s’agit de manière très subtile d’une vente par 2 intermédiaires : le propriétaire de la ruche qui prend 10% TTC sur le CA réalisé et 10% TTC pour une start-up parisienne qui grossit à vue d’œil (40 salariés, dont les créateurs sont tous diplômés de hautes écoles de commerce).

Ensuite par éthique, car rémunérer en dividendes  les actionnaires de cette entreprise commerciale de plus de 500 ruches qui sont ni plus ni moins que Xavier Niel (Président de Free), Marc Simoncini (co-fondateur du site de rencontres meetic.fr), Christophe Duhamel (co-fondateur du site marmitton.org). Les grandes enseignes de la distribution l’ont compris avec les « drive » les consommateurs cliquent sur internet pour commander leur alimentation industrielle. Ils répondent à une réelle demande : de plus pousser le caddie, ne plus perdre de temps à faire ses courses.

Quels prix pratiqués par les producteurs qui se lancent dans cette aventure ?
– soit le même prix qu’en contrat AMAP, et faire payer le consommateur 20% plus cher, le prix à payer pour choisir ce qu’il veut quand il veut !
– soit s’aligner sur le prix du marché en vendant moins cher ses produits de 10 à 20%, c’est ce que certains producteurs en AMAP ont malheureusement  commencé à subir comme pression, c’est toujours la même histoire !
Petit rappel : les grandes et moyennes surfaces prennent une marge brute de 27% en moyenne sur un produit alimentaire (intégrant la gestion des stocks et du personnel salarié, inexistant ici)

Origines des produits : on parle proximité des produits qui viennent parfois de très loin par l’intermédiaire de transformateurs ou d’artisans (et non des paysans). La gamme des produits n’est pas qu’alimentaire (crème solaire).

Alternative possible : créer de nouvelles AMAP, alors que l’offre des paysans producteurs bio continue de croitre, la demande stagne, profitant à des intermédiaires qui se sucrent sur leur dos. Faire circuler cette information auprès des amapiens qui pourraient être séduits sans être totalement informés par ce nouveau type de « drive » préfigurant  le nouveau i-commerce du 21ème siècle, sans changer les mêmes pratiques capitalistiques du marché.

(1) La ruche qui dit oui  = Vente par internet, sans engagement, les consommateurs viennent chercher leurs victuailles chez un particulier (responsable de la ruche) très souvent sans croiser le producteur, qui n’est pas obligatoirement paysan ni bio, mais souvent transformateur ou artisan.

par AMAP Bio Devant – Courbevoie

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Petite mise à jour:

« La Ruche qui dit oui » est très hostile à ce débat et inonde les sites critiquant leur start up de « vrai-faux » commentaires et de mails.

Je vous propose donc de nouveaux documents sur cette tentative de récupération marchande du système associatif des AMAP.

  • La ruche qui dit oui…à qui? Un article sur les dangers pour la petite paysannerie du « drive paniers » par la ferme pédagogique en permaculture : www.lesdemainsdanslaterre.fr

N.B : le texte en format PDF.

la ruche qui dit oui…à qui.pdf
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  • Vous pouvez aussi lire ce très bon décorticage du mécanisme capitaliste de la ruche qui dit oui, ainsi qu’un article de la revue silence à propos de l’impact du drive sur internet sur les circuits courts.

Les deux articles se trouvant ci-dessous.

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article circuits courts revue silence n°
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N.B : le texte ci-dessous en format PDF.

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Quelques repères

Si vous êtes décidés à créer une AMAP, le guide très détaillé du réseau AMAP: Créer une AMAP

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9 novembre 2014 Posted by | Alimentation, DECROISSANCE | , , , , , | 6 commentaires

Les 12 meilleurs PDF et Ebook gratuits sur le potager


 

 

N.B: ADecroissance n’héberge pas ces fichiers.

Si un lien ne fonctionne pas, merci de nous le dire afin que nous puissions le réactualiser. Bon jardinage!

Vous pouvez suivre Aquitaine Décroissance sur Tweeter

 

19 mai 2014 Posted by | Agriculture vivrière, Alimentation, DECROISSANCE, ebook | , , , , , | 72 commentaires

« Les précurseurs de la décroissance » Jean Giono


Le concept de décroissance est relativement nouveau.

Le terme même de « décroissance », réactualisé en 2001 pour dénoncer l’imposture du développement durable, est volontiers provocateur.
Il s’agit de mettre l’accent sur l’urgence d’un constat : une croissance infinie de la production et de la consommation matérielles ne saurait être tenable dans
un monde fini.

La collection des Précurseurs de la décroissance dirigée par Serge Latouche donne une visibilité à cette réflexion en cours.

À travers la présentation de certaines figures de la pensée humaine et de leurs écrits, elle fait émerger une nouvelle histoire des idées susceptibles d’étayer et d’enrichir la pensée de la décroissance. Elle fournira ainsi à un large public aussi bien qu’au lecteur averti un état des lieux du travail en cours, en même temps qu’un répertoire commun
de références parfois vieilles comme l’humanité, mais exposées ici sous un nouveau jour.

Elle contribue ainsi au développement de l’un des rares courants de pensée capable de faire pièce à l’idéologie productiviste qui structure, aujourd’hui, nos sociétés.

A-Décroissance vous présentera régulièrement un ouvrage de la collection « Les précurseurs de la décroissance ».

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Jean Giono, « Pour une révolution à hauteur d’hommes »

par Édouard Schaelchli

« Les hommes ont créé une planète nouvelle : la planète de la misère et du malheur des corps.

Ils ont déserté la terre. Ils ne veulent plus ni fruits, ni blé, ni liberté, ni joie.

Ils ne veulent plus que ce qu’ils inventent et fabriquent eux-mêmes. » (Giono, 1937)

Les essais de Jean Giono ne sont guère connus.

Il s’y déploie une vision d’un « monde paysan », rempart contre la démesure industrielle et technicienne, où le travail n’est pas l’envers de la vie ni de l’économie l’autre nom de la guerre, et qui ouvre à une humanité possédée par l’argent la possibilité de se réapproprier ses savoirs-faire en même temps que la joie de vivre.

Sans chercher à masquer les oppositions entre une pensée marquée par les circonstances historiques et suspectée de passéisme et le mouvement des objecteurs de croissance, Edouard Schaelchli met en lumière les affinités profondes entre la « révolution d’hommes » voulue par Giono et la vision du monde incarnée par les luttes du Larzac naguère, de Notre-Dame-des-Landes aujourd’hui.

http://lepassagerclandestin.fr/les-precurseurs-de-la-decroissance

2 décembre 2013 Posted by | DECROISSANCE | , , , , | Laisser un commentaire

Mobilité, Technique et Développement


Un séminaire d’histoire de la mobilité s’est tenu le 5 avril 2012 à Paris sur le  thème « mobilité et démocratie »,

Timothée Duverger de l’Université Bordeaux III et Bruno Clémentin du journal La Décroissance sont intervenus sur le sujet « Mobilité, technique et développement ».

Voici la vidéo de la conférence, en deux parties.

Première Partie: Histoire du développement des sociétés et de leur mobilité

Conférence Mobilité, Technique et Développement… par Master_HCEAI

Deuxième partie: Déconstruire la critique écologique de l’automobilisme.

7 avril 2013 Posted by | DECROISSANCE, TRANSPORTS | , , , | 2 commentaires

Guy Debord, père de la décroissance


Sortir de « la croissance des forces productives aliénées ».

par Clément Homs.

« Si l’ampleur et la réalité même des ‘‘ terreurs de l’An Mil  » sont encore des sujets controversés parmi les historiens, la terreur de l’An Deux Mille est aussi patente que bien fondée ; elle est dès à présent certitude scientifique. Cependant, ce qui se passe n’est rien de foncièrement nouveau : c’est seulement la fin forcée du processus ancien. Une société toujours plus malade, mais toujours plus puissante, a recrée partout concrètement le monde comme environnement et décor de sa maladie, en tant que planète malade. »

Guy Debord, La planète malade, 1971.

La conscience écologique n’était pas qu’un des aspects de la pensée de Guy Debord (1931-1994), car là aussi, il était en avance sur son temps. Dans La planète malade , Guy Debord affirmait déjà de très nombreux points de réflexion qui sont pour nous aujourd’hui autant de mises en perspectives précieuses pour savoir ce que nous désirons vraiment. Dans la crise écologique générale qui se déploie mondialement à mesure que la faux du « développement » coupe et couche l’herbe folle de la vie, « ce qui est nouveau écrivait-il, c’est que l’économie en soit venue à faire ouvertement la guerre aux humains ; non plus seulement aux possibilités de leur vie, mais à celles de leur survie. » Il y a bien là une continuation de son analyse de la société du spectacle dans son achèvement proprement écologique. Le système de la médiation non seulement atrophie la vie mais se déploie dès lors dans le ravage de la planète. Cependant Debord est tout, sauf un écologiste. C’est ce que nous voudrions montrer ici. Car un écologisme conséquent ne peut être que celui qui non seulement réclame la décroissance de l’empreinte écologique de nos société de croissance, mais le réalise au travers d’une sortie radicale de l’économie inventée et réalisée. On ne pourra sortir de la société de croissance illimitée qu’en sortant aussi, de l’écologisme .

Le ravage écologique de la terre et la nécessité de sortir de la croissance des forces productives aliénées.

« La ‘‘ pollution  » écrivait-il en 1971 dans une analyse d’une déroutante actualité pour nous en 2006, est aujourd’hui à la mode, exactement de la même manière que la révolution : elle s’empare de toute la vie de la société, et elle est représentée illusoirement dans le spectacle. Elle est bavardage assommant dans une pléthore d’écrits et de discours erronés et mystificateurs, et elle prend tout le monde à la gorge dans les faits. Elle s’expose partout en tant qu’idéologie, et elle gagne du terrain en tant que processus réel. Ces deux mouvements antagonistes, le stade suprême de la production marchande et le projet de sa négation totale, également riches de contradictions en eux-mêmes, grandissent ensemble. Il sont les deux côtés par lesquels se manifeste un même moment historique longtemps attendu, et souvent prévu sous des figures partielles inadéquates : l’impossibilité de la continuation du fonctionnement du capitalisme. L’époque qui a tous les moyens techniques d’altérer les bases biologiques de l’existence sur toute la Terre est également la société qui, par le même développement technico-scientifique séparé, dispose de tous les moyens de contrôle et de prévision mathématiquement indubitable pour mesurer exactement par avance à quelle décomposition du milieu humain peut aboutir – et vers quelles dates, selon un prolongement optimal ou non – la croissance des forces productives aliénées de la société de classes [Debord déjà un objecteur de croissance !] : c’est-à-dire pour mesurer la dégradation rapide des conditions mêmes de la survie, au sens le plus général et le plus trivial du terme. Tandis que des imbéciles passéistes dissertent encore sur, et contre, une critique esthétique de tout cela, et croient se montrer lucides et modernes en affectant d’épouser leur siècle, en proclamant que l’autoroute ou Sarcelles ont leur beauté que l’on devrait préférer à l’inconfort des ‘‘ pittoresques  » quartiers anciens, ou en faisant gravement remarquer que l’ensemble de la population mange mieux, en dépit des nostalgiques de la bonne cuisine, déjà le problème de la dégradation de la totalité de l’environnement naturel et humain a complètement cessé de se poser sur le plan de la prétendue qualité ancienne, esthétique ou autre, pour devenir radicalement le problème même de la possibilité matérielle d’existence du monde qui poursuit un tel mouvement. L’impossibilité est en fait déjà parfaitement démontrée par toute la connaissance scientifique séparée, {qui ne discute que de l’échéance ; et des palliatifs qui pourraient, si on les appliquait fermement, la reculer légèrement}. Une telle science [et on peut dire aussi toute écologie politique possible qui se fonde sur une telle science, et pas seulement celle attachée au développement durable…] ne peut qu’accompagner vers la destruction le monde qui l’a produite et qui la tient ; mais elle est forcée de le faire avec les yeux ouverts. Elle montre ainsi, à un degré caricatural, l’inutilité de la connaissance sans emploi » .

Scientifiques et écologistes même combat : sauver la Méga-machine spectaculaire.

Debord, visionnaire, nous décrit aussi la frénésie inutile des rapports scientifiques (aujourd’hui ceux du GIEC, de l’ONERC, etc.) qui ne cessent de tirer la sonnette d’alarme alors qu’on a déjà la tête dans le mur : « On mesure on extrapole avec une précision excellente l’augmentation rapide de la pollution chimique de l’atmosphère respirable ; de l’eau des rivières, des lacs et déjà des océans, et l’augmentation irréversible de la radioactivité accumulée par le développement pacifique de l’énergie nucléaire ; des effets du bruit ; de l’envahissement de l’espace par des produits en matières plastiques qui peuvent prétendre à une éternité de dépotoir universel ; de la natalité folle ; de la falsification insensée des aliments ; de la lèpre urbanistique qui s’étale toujours plus à la place de ce que furent la ville et la campagne ; ainsi que des maladies mentales – y compris les craintes névrotiques et les hallucinations qui ne sauraient manquer de se multiplier bientôt sur le thème de la pollution elle-même, dont on affiche partout l’image alarmante – et du suicide, dont les taux d’expansion recoupent déjà exactement celui de l’édification d’un tel environnement ».

Ainsi au travers de la connaissance sans emploi, cette décomposition du Savoir en pensée universitaire séparante qui forme autant d’« idéologies de la barbarie » que d’objets de recherche , « le spectacle ne cache pas que quelques dangers environnent l’ordre merveilleux qu’il a établi. La pollution des océans et la destruction des forêts équatoriales menacent le renouvellement de l’oxygène de la Terre ; sa couche d’ozone résiste mal au progrès industriel ; les radiations d’origine nucléaire s’accumulent irréversiblement. Le spectacle conclut seulement que c’est sans importance. Il ne veut discuter que sur les dates et les doses. Et en ceci seulement, il parvient à rassurer ; ce qu’un esprit pré-spectaculaire aurait tenu pour impossible ». La discussion sur les doses et les recettes toutes faites est aussi celle à laquelle participent les écologistes économicistes et autres politiciens de la décroissance qui pensent encore possible un replâtrage réformiste du Léviathan techno-économique (« écologiciser l’économie » comme le pense l’économiste Georgescu-Roegen), mais qui ne cherchent réellement qu’à éterniser toujours plus les catégories de base de l’économie. Cette discussion est aussi bien sûr celle de tous ceux qui voient ce bonheur dans le spectacle qu’est la société de croissance, et qui admettent qu’il n’y a pas à lésiner sur son coût ni sur son imaginaire concrètement et réellement colonisé. « Il est assurément dommage que la société humaine rencontre de si brûlants problèmes au moment où il est devenu matériellement impossible de faire entendre la moindre objection au discours marchand ; au moment où la domination, justement parce qu’elle est abritée par le spectacle de toute réponse à ses décisions et justifications fragmentaires ou délirantes, croit qu’elle n’a plus besoin de penser ; et véritablement ne sait plus penser ». Et en effet, cette « dissociation de l’intelligence et de la politique » comme disait Paul Valéry, qui est aujourd’hui la réalité même de la politique en tant bombardement d’images, est le principal souci pour les gestionnaires de la survie éternisée et ceux qui voudraient les remplacer (altermondialistes, politiciens de la décroissance, etc).

Aujourd’hui l’ensemble de la société politico-médiatique se convertit ainsi progressivement mais sûrement à l’impératif écologique. Et ce « sentiment vague qu’il s’agit d’une sorte d’invasion rapide, qui oblige les gens à mener une vie très différente, est désormais largement répandu ; mais on ressent cela [cette question écologique] plutôt comme une modification inexpliquée du climat ou d’un autre équilibre naturel, modification devant laquelle l’ignorance sait seulement qu’elle n’a rien à dire. De plus, beaucoup admettent que c’est une invasion civilisatrice, au demeurant inévitable, et ont même envie d’y collaborer. Ceux-là aiment mieux ne pas savoir à quoi sert précisément cette conquête, et comment elle chemine. »

Debord, la praxis et la transformation de la nature.

Quant à Debord, il abordait la question de l’écologie par la réinterprétation du vieux schéma de la contradiction entre les forces productives et rapports de production. Ainsi « la domination de la nature contient la question ‘‘ pour quoi faire ?  » mais cette interrogation sur la praxis surmonte forcément cette domination, ne peut se passer d’elle. Elle rejette seulement la réponse la plus grossière, ‘‘ faire comme avant en plus encombré de produits  » (…) Il faut mettre au jour la contradiction entre la positivité de la transformation de la nature, le grand projet de la bourgeoisie, et sa récupération mesquine par le pouvoir hiérarchisé qui, dans toutes ses variantes actuelles, suit le modèle unique de la ‘‘ civilisation  » bourgeoise » .

Utopisme technologique résiduel (quand même) et critique de la science, de la technique et du progrès.

Cependant il est certain que le situationnisme par de nombreux aspects se plaçait encore dans le cadre de l’utopisme technologique propre aux positions de Paul Lafargue . Même si le lettriste Asger Jorn écrivait que « l’automation ne peut se développer rapidement qu’à partir du moment où elle a établi comme but une perspective contraire à son propre établissement, et si on sait réaliser une telle perspective générale au fur et à mesure du développement de l’automation » , et malgré la nuance (heureuse), on restait encore totalement dans l’utopie de la maîtrise des usages, position qui on le sait cache très mal la thèse idéologique de la neutralité en soi de la science, qui est une formidable essentialisation du phénomène techno-scientifique. Debord lui était très ambigüe sur cette question, il avait l’intuition du renversement ontologique produit par toute automation marchande comme non marchande, cependant il ne pouvait encore faire le deuil définitif d’une certaine culture théorique. Ainsi il écrit de la manière la plus équivoque qui soit, que « la construction de situations n’est pas directement de l’énergie atomique ; et même pas de l’automation ou de la révolution sociale, puisque des expériences peuvent être entreprises en l’absence de certaines conditions que l’avenir devra sans doute réaliser » . De plus il définissait lui-même l’économie des désirs qu’il promouvait comme étant une « société technicienne avec l’imaginaire de ce qu’on peut en faire » . On reste donc toujours ici dans une certaine idéologie usagiste de la neutralité de la techno-science en elle-même (qui est déjà une manière d’ontologiser ce phénomène), et ainsi en quelque sorte dans le paradigme de Gilbert Simondon qui entendait réconciliait la culture et la technique, chose à laquelle ne pouvait croire par exemple J. Ellul . La perspective usagiste ne peut plus nous faire croire à un usage émancipateur des techniques (imaginons un instant l’usage émancipateur d’une catastrophe nucléaire ou celui des nanotechnologies), et ce pour une excellente raison que Hans Jonas a longtemps développé. L’univers spécifique des éthiques traditionnelles est restreint à l’environnement immédiat de l’action de portée étroite, dans un temps court et partagé par des contemporains, c’est-à-dire qu’elles s’attachent aux « situations répétitives et typiques de la vie privée et publique », voulant moins devenir une science théorique qu’un sens de l’expérience et un art du jugement. Les éthiques traditionnelles sont également fondées sur l’idée de réciprocité, c’est-à-dire une égalité de droits et de devoirs entre sujets libres et égaux. Et si les éthiques traditionnelles se restreignent à cet univers de l’action immédiate, c’est que nulle part avant le début de l’ère de la technique triomphante, l’agir n’a encore pris les habits d’une portée plus longue. Mais avec le phénomène technique qui n’est plus la « projection organique » du corps (comme dit Leroi-Gourahn), le domaine de l’agir humain (individuel comme collectif) est entré dans un élargissement potentiellement infini (une sortie de l’agir humain hors du cercle étroit des affaires humaines quand par exemple l’agir arraisonne dans sa totalité la nature…), l’univers restreint des affaires humaines pris en compte par les éthiques traditionnelles s’est trouvé bouleversé et inopérant. La transformation de l’agir dans l’ère de la technique, a dépassé le ressort des éthiques traditionnelles et donc toute la perspective usagiste, pour s’opérer dans le nihilisme des « terres vierges de l’éthique ».

Critique de la « communication ».

Cependant cet utopisme technologique résiduel qui est d’ailleurs plus celui de Lafargue que celui de Marx, contient aussi un immense champs critique du progrès, de l’apologétique des techniques, et des conséquences écologiques qui sont la réalisation concrète de leurs déploiements. Debord n’est pas un moderniste. C’est ainsi que l’idéologie matérialisée de la « communication » moderne aussi bien des mass-media que celle opérant au sein de la télè ou cyber-socialité informatique passe à l’orpaillage critique du moment de la vie immédiate en situation. Le « bombardement de conneries » que constitue la communication « est à sens unique, les consommateurs de communication n’ayant rien à répondre. Il y a dans la prétendue communication une rigoureuse division des tâches, qui recoupe finalement la division plus générale entre organisateurs et consommateurs du temps de la société industrielle. Celui qui n’est pas gêné par la tyrannie exercée sur sa vie à ce niveau, ne comprend rien à la société actuelle » . « Toutes les idées unilatérales sur la communication étaient évidemment les idées de la communication unilatérale. Elles correspondaient à la vision du monde et aux intérêts de la sociologie, de l’art ancien ou des états-majors de la direction politique », quand elles ne sont pas encore ce qui sert de pensée à de nombreux politiciens de la décroissance . On est là bien évidemment dans la continuation de la critique de la relation sociale spectaculaire, dont la « communication » n’est qu’un exemple parmi d’autres. Comme Walter Benjamin sur le cinéma ou Günther Anders à propos de la radio , Debord oppose à la relation sociale réifiée et à son support qu’est la « communication » entre simples choses, la réalité immédiate de la puissance instituante du ici et maintenant de la vie sans médiation : « Considérée dans toute sa richesse, à propos de l’ensemble de la praxis humaine et non à propos de l’accélération des opérations de comptes-chèques postaux par l’usage de cartes perforées, la communication n’existe jamais ailleurs que dans l’action commune » , c’est-à-dire dans ce que les phénoménologues appelleront la « communauté intersubjective » . A l’inverse de cette connaissance en première personne dans la socialité primaire, « l’Information, c’est la poésie du pouvoir (la contre-poésie du maintien de l’ordre), c’est le truquage médiatisé de ce qui est », car « sous le contrôle du pouvoir, le langage désigne toujours autre chose que le vécu authentique » . On a bien là décrite les méthodes publicitaires de la politique en tant que spectacle . Et c’est là une critique de « {l’informationnisme} » comme dit Debord qui rejoint l’analyse que fait J. Ellul de la sacro-sainte Trinité politique « Information-Participation-Exécution » qui constitue aujourd’hui « le mot d’ordre par excellence du progrès », et donc les catégories fossilisées de nos imaginaires respectifs . La presse dominante, alternative comme décroissante, est ainsi composée de très nombreux « informationnistes qui ont entrepris de combattre toutes les ‘‘ redondances  » de la liberté pour transmettre simplement des ordres » aux lecteurs, militants et sympathisants. La moindre feuille de choux est ainsi réellement réduite à être un torchon populiste permettant aux « fragments d’une critique sociale d’élevage » de flotter à la surface gélatineuse du spectacle en vue de futures tribunes politiciennes où le politiquement correct humaniste et universaliste sera bien évidemment de mise pour caresser les électeurs-spectateurs dans le bon sens du poil . A l’opposé des rapports sociaux abstraits dans la relation spectaculaire, Debord (comme J. Ellul ou Bernard Charbonneau d’ailleurs) redonne ainsi le primat ontologique à la relation intersubjective de personne à personne, à cette « communication immédiate dans le réel et modification réelle de ce réel », qui est le propre de la praxis individuelle auto-instituante . Car comme le dira finalement Walter Benjamin, « au pays de la technique, le spectacle de la réalité immédiate s’est transformé en une fleur bleue introuvable » .

La contemplation passive des machines.

Ce sont aussi les « machines idylliques » et tous les discours supportant l’utopisme technologique qui sont également dénoncés par Debord. Ce que perçoit Debord dans ce que J. Ellul appellera le « bluff technologique », cet optimisme béat du progressisme, c’est « l’attente d’un point de l’évolution sociale où la contemplation passive des machines de la production s’articulerait sans rupture sensible à la contemplation passive des machines de la consommation. Dans un Nirvâna technicisé de la pure consommation passive du temps, il n’y aurait plus qu’à regarder faire ; et ce ‘‘ faire  » étant seulement celui des machines serait à jamais celui des propriétaires de machines (la propriété juridique – droit d’user et abuser – s’effaçant toujours davantage en faveur du pouvoir des programmateurs compétents et paternels) ». Il y a donc là une critique radicale de l’automation marchande .

Critique des sciences.

Dans La logique du vivant, le prix Nobel François Jacob écrivait déjà que « l’on n’interroge plus la vie aujourd’hui dans les laboratoires. On ne cherche plus à en cerner les contours. On s’efforce seulement d’analyser des systèmes vivants, leur structure, leur fonctionnement, leur histoire » . Dans la méthodologie dite scientifique, cette mise hors jeu de la sensibilité propre à ce que Michel Henry va appeler la « vie immanente car auto-affective », pousse alors Debord a jeté sa griffe sur cette science continuellement sans attaches éthiques comme esthétiques : « Gagarine montre que l’on peut survivre plus loin dans l’espace, dans des conditions toujours plus défavorables. Mais aussi bien quand l’ensemble de l’effort médical et biochimique permet de survivre plus loin dans le temps, cette extension statistique de la survie n’est nullement liée à une amélioration qualitative de la vie. On peut survivre plus loin et plus longtemps, jamais vivre plus. Nous n’avons pas à fêter ces victoires, mais à faire vaincre la fête, dont ces avances mêmes des hommes déchaînent la possibilité infinie du quotidien » .

Le situationnisme et la critique de la pensée du lieu (l’éco-logie).

Les situationnistes ont aussi été, par définition, des théoriciens de la critique du lieu et du milieu, et donc de l’éco-logie, comme pensée du lieu. Dans un texte resté inédit et intitulé « Ecologie, psychogéographie et transformation du milieu humain » , Debord opposait explicitement l’écologie, qui ne sait penser l’ « habiter » que sur le mode d’une « population basée et enracinée », à la psychogéographie « qui se place du point de vue du passage (…) [où] son observateur-observé est le passant ». Car « la psychogéographie, en marge des relations utilitaires étudie [alors] les relations par attirance des ambiances ». « En dissociant l’habitat – au sens restreint actuel – du milieu en général, la psychogéographie introduit la notion d’ambiances inhabitables (pour le jeu, le passage, pour les contrastes nécessaires dans un complexe urbain passionant, c’est-à-dire dissocie les ambiances architecturales de la notion d’habitat-logement). L’écologie est rigoureusement prisonnière de l’habitat, et de l’univers du travail » . C’est que « les centres d’attraction, pour l’écologie, se définissent simplement par des besoins utilitaires (magasins) ou par l’exercice des loisirs dominants (cinéma, stades, etc) ». Un rapport utilitaire au lieu qui est très bien illustré par la promotion que font les écologistes des parcs naturels régionaux et nationaux, cette vaste idéologie de la conservation d’espaces séparés dont on voit la réalité nue dans les achats d’immenses territoires par des milliardaires proches de l’écologie profonde . Cette idéologie conservatrice des parcs naturels était heureusement dénoncée vigoureusement par Bernard Charbonneau, le seul écologiste non réactionnaire dont la qualité de la réflexion est toujours aujourd’hui de notoriété publique . A l’inverse de l’écologie comme pensée du lieu au travers des besoins utilitaires d’espaces clos et conservés, « les centres d’attraction spécifique de la psychogéographie sont des réalités subconscientes qui apparaissent dans l’urbanisme lui-même » , car la psychogéographie n’est que la « science-fiction d’un morceau de vie immédiate ». La théorie situationniste du lieu en situation est très bien exprimée dans ce que le sociologue d’influence situationniste Michel Maffesoli appelle « l’enracinement dynamique » dans la situation, qui se distingue nettement « l’habiter » et du milieu des écologistes. Il y a donc bien dans la pensée philosophique de la décroissance « un glissement du logocentrisme vers le lococentrisme » , où le lieu en tant que situation fait lien. Il y a là la prise en compte de ce qui est proche mais en interaction avec l’environnement global. Double nécessité incluant le réel vécu dans le vaste cadre d’une réalité totale. Comme écrit encore Maffesoli, « on retrouve là comme un écho de la notion de domus propre à la pensée antique. Importance de la maison n’étant pas limitée aus quatre murs de l’habitation, mais prenant sens en fonction de la faune, de la flore, voire de la parentèle environnante. Par une sorte de concaténation magique, ou quasiment mystique, le lien social se construit, symboliquement, par une appropriation de lieux successifs » . Le lieu dans la situation n’existe plus en soi, comme dans le panthéisme écologiste qui, fait de la nature un objet en soi, dont l’être est perçu en dehors de la subjectivité transcendantale du moi. On sait aussi que cette attitude objectiviste propre à l’écologisme qui met hors jeu le « monde-de-la-vie » (Husserl) est aussi celle de la science et du scientisme . C’est ainsi comme le remarque très bien le philosophe Marc Maesschalk dans la perspective de la phénoménologie matérielle henryenne, que « lorsque la raison humaine s’applique à sauver l’étant naturel qu’elle estime avoir malmené dans sa conquête technicienne, elle en reste à une attitude naturelle [au sens de Husserl] face à la vie. Bien que louable, cette attitude pourrait bien n’être en fait que l’ultime péripétie de la même entreprise d’arraisonnement de la nature qui a dirigé l’ère industrielle. Entendue comme volonté de rédemption et de réconciliation avec la nature, la culture de la vie prolonge ‘‘ l’évanouissement de la vie sous le regard de l’intentionnalité  » » . La psycho-géographie dans cette ouverture à la vie immédiate de la situation permettait déjà cette critique de la pensée écologique du lieu. Elle ouvrirait alors à une véritable « éthique de la situation [qui] est, plus modestement, plus humainement donc avec plus d’humilité, une juxtaposition de rituels quotidiens, créant un état d’âme collectif ». Cette éthique « est tributaire d’un lieu, qu’il soit réel ou symbolique, et serait taraudée par le souci de ce lieu. Dès lors ce sol, cette terre, ce monde deviennent par cercles successifs importants. Ils “ intéressent ” parce que l’on y est dedans (inter esse). Ainsi que le dit Merleau-Ponty, c’est « parce que je l’habite » ce monde, que je peux le prendre au sérieux. En ce sens, dans l’éthique qui se dessine ont est loin de l’intemporel et de l’universel, mais bien au coeur même d’un humanisme présent » .

Sortir l’écologie politique de l’économisme gestionnaire et politicien.

G. Debord dégageait de plus le visage d’une sortie de l’écologisme traditionnel qui ne veut que mieux gérer la Méga-machine techno-politico-économique. Car cet écologisme dont certains parmi les objecteurs de croissance se réclament encore, ne sait définir une alternative « que posée du côté de la survie même, avec les problèmes sans cesse aggravés que les maîtres de la seule survie n’arrivent pas à résoudre. Les risques des armements atomiques, de la surpopulation planétaire et du retard accru dans la misère matérielle pour la grande majorité de l’humanité sont des sujets d’angoisse officiels jusque dans la grande presse » .

Placer l’alternative sur le terrain des conditions de la survie, c’est-à-dire comme le font les altermondialistes et les politiciens de la décroissance, sur le terrain économique avec les outils d’un replâtrage réformiste redistributif qui réclame le « minumum vital » (du genre l’« allocation universelle inconditionnelle » ou encore le « revenu maximum de décroissance ») quand il faudrait prendre le minimum de la vie , ne pourra ainsi jamais faire déplacer la tectonique des lignes de tensions dans l’imaginaire colonisé par l’économisme et le progressisme. L’alternative, comme le disait Debord, est au-delà de la sphère de la survie qui ne cherche qu’à éterniser les catégories de base de l’économie pour mieux perpétuer l’infinie parthénogènese de celle-ci. « L’alternative est dans un choix entre la vraie vie et la survie qui n’a à perdre que ses chaînes modernisées » . Il faut sortir la décroissance de l’écologisme traditionnel qui ne veut et ne pourra que gérer le Léviathan techno-économique pour mieux éterniser la religion de l’économie.

Clément Homs.

source: 1libertaire.free.fr

 

1 Guy Debord, La planète malade, Gallimard, 2004. Ce texte inédit publié en 2004, avait été rédigé en 1971 pour paraître dans le numéro 13 de la revue {Internationale Situationniste}.

 

2 On peut voir, C. Homs, « Sortir de l’économie ça veut dire quoi ? La décroissance, Marx et le crépuscule de l’économie racontés aux enfants » http://www.decroissance.info/Sortir-de-l-economie-ca-veut-dire

 

3 Pour une critique de la technique et de la science sur le plan esthétique, on peut voir l’admirable analyse phénoménologique de Michel Henry dans La Barbarie, Puf, 2005 (1987), dans son chapitre « La science jugée au critère de l’art », p. 43-70. On peut voir aussi dans un style moins philosophique mais aussi très intéressant, Jean-Claude Besson-Girard, Decrescendo cantabile, Pour une décroissance harmonique, Parangon, collection « Après-développement », Parangon, 2005.

 

4 G. Debord, op.cit.

 

5 Michel Henry écrivait que « les sciences humaines, qui n’ont plus aucun objet propre, n’ont plus rien non plus sur quoi elles pourraient se guider, rien que leur dicte le mode d’approche incontournable d’une réalité propre à la subjectivité absolue de l’auto-affectivité de la vie immanente qui justement n’existe plus, à leur yeux au moins. Dès lors l’indétermination méthodologique correspondant à la carence référentielle de ces sciences, ou pour mieux dire à leur vide ontologique, a pour conséquence l’importation en elles des méthodes qui définissent les sciences de la nature. Et cela de façon presque inévitable s’il est vrai que, ignorant la subjectivité qui habite l’homme et définit son humanité, ces sciences n’ont pas à se demander qu’elle serait le mode de traitement convenable pour une réalité telle que la vie », in La Barbarie, chapitre « Les idéologies de la barbarie », op. cit., p. 136.

 

6 Guy Debord, « Domination de la nature, idéologies et classes, in Œuvres complètes, Gallimard, Quarto, 2006, p. 1034.

 

7 L’ultra-gauche a pensé pendant très longtemps (et une arrière-garde le pense toujours) la sortie du salariat grâce à l’automation accomplissant le rêve de la fin du travail, et ce à l’encontre même de la réflexion de Marx sur la technique (Axelos Kostas, 1961, Marx penseur de la technique, Editions de Miniut, Paris). Ainsi Lafargue terminait son ouvrage Le Droit à la paresse en écrivant que « nos machines au souffle de feu, aux membres d’acier, inaftigables, à la fécondité merveilleuse, inépuisable, accomplissent docielement d’elles-mêmes leur travail sacré ; et cependant le génie des grands philosophes du capitalisme reste dominé par le préjugé du salariat, le pire des esclavages. Ils ne comprennent pas encore que la machine est le rédempteur de l’humanité, le Dieu qui rachètera l’homme des sordidae artes et du travail salarié, le Dieu qui lui donnera des loisirs et la liberté. »

 

8 Asger Jorn, « Les situationnistes et l’automation », G. Debord, ibid., p. 978-979.

 

9 Revue IS n°2, décembre 1958. Je souligne.

 

10 G. Debord, « Les mauvais jours finiront », op. cit., p. 1025.

 

11 voir J. Ellul, « Peut-il exister une culture technicienne ? », in Cahiers Jacques-Ellul. Pour une critique de la société technicienne, n°2, 2004, Association internationale J. Ellul. Le dogmatisme conservateur du marxiste Maximilien Fabbri qui ne veut pas voir d’autre raison (techno-marchande) à l’oeuvre que celle de la nauséabonde raison marchande, et qui prétend qu’Ellul n’est qu’un technophobe alors que sa distinction fondamentale entre les « opérations techniques » et le « phénomène technique » a voulu rejetter tous les positionnements technophobes, peut encore compléter ce qui lui sert de culture en regardant comment Ellul transpose les analyses de Marx dans son analyse de la technique, cf. Deun, « Comprendre comment l’homme a été éliminé. Ellul lecteur de Marx. » < http://www.decroissance.info/Comprendre-comment-l-homme-a-ete > La marchandise comme le phénomène technique sont l’avers et le revers d’une même monnaie, l’objectivisme chosifiant, véritable monisme ontologique de la modernité marchande.

 

12 G. Debord, « Communication prioritaire », op. cit., p. 1029.

 

13 Ibidem, p. 1031.

 

14 Walter Benjamin, L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, Allia, 2006.

 

15 Günther Anders, L’obsolescence de l’homme. Sur l’âme à l’époque de la deuxième révolution industrielle, Encyclopédie des Nuisances, 2002 (1956).

 

16 Guy Debord, op. cit., p. 1030.

 

17 On peut voir le magnifique texte de Michel Henry, « Pour une phénoménologie de la communauté », in Phénoménologie matérielle, Puf, 1991.

 

18 G. Debord, « All the King’s Men », op. cit., p. 1048.

 

19 Voir aussi tout le chapitre consacré à cette question par Christopher Lasch dans La Culture du narcissisme, réédité récemment chez Flammarion, collection Champs

 

20 J. Ellul, L’illusion politique, La Table ronde, 2004.

 

21 G. Debord, Commentaires sur la société du Spectacle, Gallimard, 1992, p. 101.

 

22 Debord, Oeuvres complètes, op. cit. P. 1048.

 

23 W. Benjamin, L’oeuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, Allia, 2006, p. 52-53

 

24 G. Debord, « Domination de la nature, Idéologies et classes », ibid., p. 1036.

 

25 François Jacob, La logique du vivant. Une histoire de l’hérédité, Gallimard, Tel, 1970, p. 320-321.

 

26 G. Debord, op. cit., p. 1037.

 

27 Ce texte est formé de notes envoyées à Constant en 1959. Il est reproduit dans Œuvres complètes, op. cit. p. 457-462.

 

28 Sur la critique de l’habiter heideggérien qui en général se rapproche de ce qui est produit dans la pensée écologiste du lieu, on peut lire l’article de cet architecte situationniste, Marc Perelman, « ‘‘ Bâtir Habiter Penser  » contre Heidegger », in revue Prétentaine, n°16/17, hiver 2003/04, p. 161-188.

 

29 voir Nicola Graydon, « Un millionnaire au secours des forêts chiliennes », in L’Ecologiste, n°19, juin-août 2006, p. 16-17.

 

30 Voir B. Charbonneau, Le Jardin de Babylone, Editions de l’encyclopédie des nuisances, 2002 (1969), dans la troisième partie intitulée « Le sentiment de la nature produit de l’industrie », le chapitre « Du Jardin d’Eden au parc national », mais aussi la quatrième partie de cet ouvrage intitulée « L’échec du sentiment de la nature ». On peut dès lors s’étonner de voir un objecteur de croissance comme le politologue Paul Ariès faire l’éloge des parcs naturels régionaux et nationaux dans son ouvrage Décroissance ou barbarie. Ne verse-t-on pas là dans l’idéologie conservatrice de l’écologie profonde et des institutions internationales du  » patrimoine  » que dénonce si bien Sylvie Brunel dans son ouvrage La Disneylandisation du monde ? Ou alors en effet c’est une énième mesure de politique politicienne.

 

31 G. Debord, « Ecologie, psychogéographie et transformation du milieu humain », op. cit., p. 460.

 

32 M. Maffesoli, « De l’universel au particulier », in revue Diogène, n°215, juillet-septembre 2006, p.100

 

33 M. Maffesoli, ibid., p. 103

 

34 Edmund Husserl, La Crise des sciences européennes et la Phénoménologie transcendantale, 1936.

 

35 Marc Maesschalck, « L’attention à la vie comme forme d’une rationalité politique », in Michel Henry parole de vie, L’Harmattan, Ouverture philosophique, 2003, p. 244.

 

36 M. Maffesoli, ibid., p. 104

 

37 G. Debord, Oeuvres complètes, op. cit., p. 1038.

 

38 cf. « Le minimum de la vie » par l’Internationale lettriste, reproduit dans G. Debord, Oeuvres complètes, op.cit, p. 140

 

39 Ibidem

19 octobre 2012 Posted by | Non classé | , , , , , | Laisser un commentaire

La convivialité d’Ivan Illich


« La désaccoutumance de la croissance sera douloureuse. »

Dans une société riche, chacun est plus ou moins consommateur-usager ; de quelque manière, chacun joue son rôle dans la destruction du milieu. Le mythe transforme cette multiplicité de prédateurs en une majorité politique. En dépit de leur diversité individuelle, une commune adhésion à la croissance les réunit car leur satisfaction en dépend. La majorité silencieuse, gardienne des intérêts investis dans la croissance, paralyse toute action politique réelle. Les administrations croient stabiliser et harmoniser la croissance en affinant les mécanismes et les systèmes de contrôle, mais elles ne font que précipiter la méga-machine institutionnelle vers un seuil de mutation. Essayer de susciter une ère à la fois hyperindustrielle et écologiquement réalisable, c’est accélérer la dégradation des autres composantes de l’équilibre multidimensionnel de la vie, le coût de la défense du statu quo monte en flèche. Les partis soutiennent un Etat dont le but avoué est la croissance du PNB, il n’y a rien à attendre d’eux lorsque le pire arrivera.

« La crise écologique est traitée superficiellement lorsqu’on ne souligne pas que la mise en place de dispositifs antipolluants n’aura d’effets que si elle s’accompagne d’une diminution de la production globale. Autrement ces mesures transfèrent nos ordures chez nos voisins, les réservent à nos enfants, ou les déversent sur le tiers-monde. Juguler la pollution créée localement par une grande industrie exige des investissements, en matériel et énergie, qui recréent, ailleurs, le même dommage à plus large échelle. Si l’on rend obligatoires les dispositifs antipolluants, on ne fait qu’augmenter le coût unitaire de production. Certes, l’on conserve un peu d’air respirable pour la collectivité, dès lors que moins de gens peuvent s’offrir le luxe de conduire une voiture, de dormir dans une maison climatisée, ou de prendre l’avion pour aller pêcher enfin de semaine ; au lieu de dégrader l’environnement physique, on accentue les écarts sociaux.

 » Je crois que la croissance s’arrêtera d’elle-même. »

« Un événement imprévisible et probablement mineur servira de détonateur à la crise, comme la panique de Wall Street a précipité la Grande Dépression. Une coïncidence fortuite rendra manifeste la contradiction structurelle entre les fins officielles de nos institutions et leurs véritables résultats. Ce qui est déjà évident pour quelques-uns sautera tout à coup aux yeux du plus grand nombre : l’organisation de l’économie tout entière en vue du mieux-être est l’obstacle majeur au bien-être. La crise dont je décris la venue prochaine n’est pas intérieure à la société industrielle, elle concerne le mode industriel de production en lui-même. La paralysie synergique des systèmes nourriciers provoquera l’effondrement général du mode industriel de production.

« Quand un peuple perd confiance dans la productivité industrielle, tout peut arriver, l’inversion devient vraiment possible. Les forces qui tendent à limiter la production sont déjà au travail à l’intérieur du corps social, des hommes et des femmes condamnent une croissance qu’ils jugent destructrice. Gageons que leurs voix se feront mieux entendre quand la crise de la société surproductive s’aggravera. Ce sera la première crise mondiale mettant en question le système industriel en lui-même et non plus localisée au sein de ce système. Cette crise oblige l’homme à choisir entre les outils conviviaux et l’écrasement par ma méga-machine, entre la croissance indéfinie et l’acceptation de bornes multidimensionnelles. La seule réponse possible : établir, par accord politique, une autolimitation. La désaccoutumance de la croissance sera douloureuse. Elle sera douloureuse pour la génération de transition, et surtout pour les plus intoxiqués de ses membres. Puisse le souvenir de telles souffrances préserver de nos errements les générations futures.

La gestion bureaucratique de la survie humaine doit échouer

« Si, dans un très proche avenir, l’humanité ne limite pas l’impact de son outillage sur l’environnement et ne met pas en œuvre un contrôle efficace des naissances, nos descendants connaîtront l’effroyable apocalypse prédite par maint écologue. La gestion bureaucratique de la survie humaine doit échouer car une telle fantaisie suicidaire maintiendrait le système industriel au plus haut degré de productivité qui soit endurable. L’homme vivrait protégé dans une bulle de plastique qui l’obligerait à survivre comme le condamné à mort avant l’exécution. Pour garantir sa survie dans un monde rationnel et artificiel, la science et la technique s’attacheraient à outiller le psychisme de l’homme. Mais l’installation du fascisme techno-scientifique n’a qu’une alternative : un processus politique qui permette à la population de déterminer le maximum que chacun peut exiger, dans un monde aux ressources manifestement limitées ; un processus d’agrément portant sur la limitation de la croissance de l’outillage, un encouragement à la recherche de sorte qu’un nombre croissant de gens puissent faire toujours plus avec toujours moins. »

(Seuil)

11 octobre 2012 Posted by | Non classé | , , , , , , , | 5 commentaires

L’agenda des alternatives de l’été


– 22 au 24 juin 2012 : cyclo-tour à Fessenheim http://stopfessen.celeonet.fr/content/view/279/147/
– 23 et 24 juin 2012 : http://www.foire-autogestion.org/
– 6 juillet au 19 septembre 2012 : ecotopia Biketour entre Barcelone et Venise autour du thème de « vers la Décroissance » http://www.ecotopiabiketour.net/fr/
– 5 au 8 juillet 2012 : rassemblement RAGA à Istanbul http://www.alternatifs.org/spip/le-rassemblement-c-est-maintenant
– 6 au 14 juillet 2012 : festival de films Résistances à Foix en Ariège http://festival-resistances.fr/
– 7 au 11 juillet 2012 : 2ème forum européen contre les grands projets inutiles imposés à Notre-Dame-Des-Landes http://forum-gpii-2012-ndl.blogspot.fr/
– 9 au 22 juillet 2012 : rencontres des Ami-e-s de Silence à Loubières (Ariège) où seront fêtés les 30 ans de la Revue.
– du 11 juillet au 19 août 2012 : L’Alter Tour entre Foix et Bedous. Pour plus de renseignements : http://www.altertour.net
– 13-14 et juillet 2012 : vélorution universelle à Concarneau http://forum-gpii-2012-ndl.blogspot.fr/
– 13 au 22 juillet 2012 : No Border Camp 2012 à Cologne/Düsseldorf pour s’engager ensemble sous différentes formes contre les expulsions de masse, Frontex, l’antiziganisme, le racisme ordinaire et les discours d’extrême droite http://noborder.antira.info/fr/
– 22 au 26 juillet 2012 : Altervillage 2012 organisé par Attac-France à Saint-Jean de Ollières (63) http://www.france.attac.org/articles/altervillage-2012-programme
– 17 au 19 août 2012 : rencontres d’été anti-nucléaires à la Féclaz (Savoie). Pour plus de renseignements : SDN73@no-log.org
– 18 au 25 août 2012 : une Marche pour la Vie, au coeur du triangle de la mort dans le Vaucluse, le Gard et la Drôme pour demander l’arrêt immédiat des nucléaires et dire oui à la vie. Pour plus de renseignements : collectifantinucleaire84@hotmail.fr
– 24 au 26 août 2012 : les (f)estives de de l’objection de croissance à Rossignol en Belgique http://www.objecteursdecroissance.be/spip.php?article314

source:http://www.partipourladecroissance.net/

19 juin 2012 Posted by | DECROISSANCE | , , , , , , | 2 commentaires

Album jeunesse sur la surconsommation


Papa contre Trucman

Franck Prévot, Laurianne Chevalier

Éditionsl’Edune

 » Papa n’aime pas les grands magasins. Il dit que la consommation tuera les gens. Parfois, nous avons pourtant des courses à faire. Et là, c’était la rentrée.

Alors nous avions beaucoup de courses à faire.  » Une partie serrée se joue entre Papa et Trucman. Qui remportera la victoire ?

Papa contre Trucman dont le but est d’initier les enfants à d’autres modes de consommation est édité par
une petite maison d’édition indépendante installée à Andernos les bains, spécialisée en littérature jeunesse, soucieuse de traiter  de sujets peu abordés en jeunesse.

Les Éditions l’Édune ont choisi d’éditer des livres qui favorisent les échanges et le questionnement et développent chez l’enfant la vivacité d’esprit, la compréhension et l’esprit critique.
Cet album est proposé à nos lecteurs  à un prix soldé de 3€50.
Éditions l’Édune
09 77 95 18 11
06 89 53 08 82

14 juin 2012 Posted by | DECROISSANCE | , , | 2 commentaires

Foire à l’autogestion


Programme de la Foire à l’autogestion

 

 

 

Les 22, 23 et 24 juin à Paris et Montreuil

Vendredi 22 juin

Lieu : le Lycée autogéré de Paris (LAP, 393 rue de Vaugirard, métro Convention), qui fête ses 30 ans.


18h-20h : forum « Autogestion et pédagogie »

Avec, entre autres :

  • Laurent Ott (philosophe et acteur social, membre de l’Icem-Pédagogie Freinet),
  • une ou un enseignant de l’école Fernand-Labori (pédaogie Freinet) à Paris 18e,
  • une ou un enseignant du Lycée autogéré de Paris.

Mais aussi des actrices et acteurs de la tendance intersyndicale Émancipation et de SUD-Éducation.

 

Samedi 23 juin

Lieu : la Parole errante à Montreuil (9 rue François-Debergue, métro Croix-de-Chavaux).

Stands, buvette, restauration, animation musicale, cycle cinéma, vidéos, ateliers, débats… Plus d’une cinquantaine de structures participantes.


10h : Ouverture de la Foire à l’autogestion


11h-13h : forum « Autogestion, syndicalisme et luttes sociales »

Avec, entre autres :

  • Julien Gonthier (Solidaires-Industrie), qui évoquera le travail pour implanter un syndicalisme de lutte et autogestionnaire dans l’industrie ;
  • le conseiller juridique d’un syndicat du nettoyage, qui nous parlera de l’auto-organisation des luttes des travailleuses et travailleurs, souvent immigrés, parfois sans papiers ;
  • des anarchistes grecs, qui évoqueront le mouvement populaire dans leur pays ;
  • une actrice des CAFards (Montreuil), qui évoquera l’expérience de l’Assemblée générale interprofessionnelle de Montreuil en 2010, dans la lutte pour la défense des retraites.



12h-13h : Atelier : Libérer la parole

On explorera les comportements et cadres de pensée qui peuvent entraver la libération de la parole, créer des frustrations, de l’aliénation et favoriser les jeux de pouvoir dans un groupe ; et on verra ceux qui favorisent la coopération, l’entraide, la décrispation sur les enjeux de pouvoir/territoire. [organisé par AL ; max. 15 participant-e-s]

Lieu : librairie Michèle-Firk.

14h-16h : forum « Autogestion argentine »

Avec :

  • Trois camarades du Frente de Organisaciones de Lucha (FOL, Argentine) qui parleront du travail en coopérative et dans les mouvements sociaux des quartiers populaire ; aborderont les différents types de production : métallerie, menuiserie, boulangerie, couture, nettoyage… ; la situation politique (jeu de chassé-croisé avec le gouvernement Kirchner) ; la formation d’un syndicat des travailleurs en coopérative (AGTCAP) ; les luttes récentes pour défendre l’existence et le statut des coopératives autogérées ; et une expérience directe : la métallerie du FOL.
  • Frank Mintz (auteur, tendance intersyndicale Autre futur) fera le bilan des récupérations d’entreprises en Argentine.
  • Daniel Pinos apportera un éclairage à partir d’expériences chilienne, cubaine et espagnoles.


 


16 heures : cinéma : Grandpuits et petites victoires d’Olivier Azam, 80 min.
Octobre 2010. Les grévistes de la raffinerie Total de Grandpuits (Seine-e-tMarne) sont devenus malgré eux le fer de lance de la lutte pour la défense des retraites. La grève vue de l’intérieur, une  aventure humaine, un outil de réflexion pour les luttes à venir. En savoir plus sur le projet ou visionner la bande annonce.
En présence du réalisateur et d’un gréviste de Grandpuits (sous réserve).


13h-17h : Atelier : Ecriture d’un scénario de jeu de rôle grandeur nature (MAD)

Atelier d’écriture collective d’un scénario de jeu. Ou comment mettre en place une activité de loisir imaginatif autogérée à travers l’exemple de l’écriture de scénarios. Présentation et réflexion du jeu de rôle grandeur nature, de ses enjeux, et de la réappropriation de la ville comme espace de jeu. [organisé par la Mare aux diables ; 20 participant-e-s max]

Lieu : librairie Michèle-Firk.

 


15h-17h : Débat : Printemps arabe, où en est-on ?

L’actualité des luttes dix-huit mois après le Printemps arabe, avec Raouf, Marouane Taharouri et Laurent Esquerre, coordinateurs du dossier spécial d’Alternative libertaire de mars 2012.

Lieu : gradins extérieurs.

 

17h-18h : Atelier : Libérer la parole

On explorera les comportements et cadres de pensée qui peuvent entraver la libération de la parole, créer des frustrations, de l’aliénation et favoriser les jeux de pouvoir dans un groupe ; et on verra ceux qui favorisent la coopération, l’entraide, la décrispation sur les enjeux de pouvoir/territoire. [organisé par AL ; max. 15 participant-e-s]

Lieu : librairie Michèle-Firk.


18 heures : cinéma : 4 courts-métrages sur l’autogestion argentine du Colectivo audiovisual del Sur, La Galponera et Coodinadora de Organisaciones de Base, 30 min.
Quatre courts-métrages réalisés entre 2009 et 2012 par des médias alternatifs argentins sur les coopératives autogérés et les conflits qu’elles ont affronté.
Projection proposée par Pico y Pala en présence de Matias Barrio, du Frente de Organizaciones en Lucha.

17h-19h : Débat: Luttes, logement et autogestion : actualités, pratiques et perspectives

[organisé par la CGA]
Lieu : gradins extérieurs.

 

17h-19h : forum « Autogestion et production 2 : monter une production alternative »

Avec, entre autres :

  • Julie, de la ferme coopérative La Clémenterie (Ardèche) ;
  • Christian Vaillant (scop La Navette);
  • Michel Lulek (éditions du réseau REPAS);
  • Marc Bourgeois (scop Ambiance Bois), qui parleront de leurs projets et de leur parcours.

20h-23h : soirée festive

Avec, entre autres, DJ Aurélie + Iskander et DJ Kind of Red aux platines.


Dimanche 24 juin

Lieu : la Parole errante à Montreuil (9 rue François-Debergue, métro Croix-de-Chavaux).

Stands, buvette, animation musicale, vidéos, ateliers, débats… Plus d’une cinquantaine de structures participantes.


11h-13h : forum « Décroissance et autogestion »

Avec, entre autres :

  • Paul Ariès (politologue et écrivain) ;
  • Alex, syndicaliste et animateur de l’émission Les Mangeux d’terre sur Radio libertaire

 


11h-12h30 : Débat: « Produire et consommer autrement »

On échangera sur la construction d’une autonomie alimentaire pour contrer la dépendance aux centrales d’achat. Pour l’auto-organisation de circuits de production, de transformation et de distribution alternatifs : consom’acteurs, scops et coopératives alimentaires, jardins partagés…
Avec Consom’Solidaires, la scop Courts-circuits Saint-Denis, EcoBox, la scop La Conquête du pain, la scop Andines, la Commune libre d’Aligre…

Lieu : gradins extérieurs.

 

11 h 30 : cinéma : D’égal à égales de Corine Mélis et Christophe Cordier, 52 min.
Elles sont migrantes ou filles d’immigrants, et syndicalistes. Par–delà les conflits du travail, elles nous racontent une démarche d’émancipation individuelle et collective dans une société où sexisme et racisme restent d’actualité. En savoir plus sur le projet ou visionner des extraits.
En présence de la coréalisatrice et d’une syndicaliste (sous réserve).

 

12h30-13h30 : Débat : présentation du plan « Economie sociale, solidaire et écologique » par la revue coopérative L’Age de faire.

Lieu : gradins extérieurs.


13h30 : cinéma : Inventaire avant liquidation de Rémy Ricordeau, 54 min.
De jeunes travailleurs et chômeurs engagent une réflexion sur la nécessité d’initier d’autres pratiques politiques et d’autres rapports sociaux que ceux induits par le salariat et le consumérisme. S’esquissent alors des perspectives de transformations sociales où l’utopie se substitue au réalisme mortifère. En savoir plus sur le projet ou visionner la bande annonce.
En présence du réalisateur.
14h-15h: Atelier « Kit coop » : réfléchir à des outils grand public pour relocaliser l’économie.

[organisé par la scop L’Age de faire ; max. 10 participant-e-s]. Lieu : librairie Michèle-Firk.

14h-16h : forum « Autogestion et projet de société »

En cours d’élaboration. L’ambition est d’évoquer, dans les grandes lignes, ce que pourrait être une société post-capitaliste, tout en dégageant les points d’interrogation et les points de désaccord reflétant le pluralisme des structures participant à la Foire. Suspense !

 

15h30 : cinéma : DSK, Hollande, etc. d’Aurore Van Opstal, Julien Brygo et Pierre Carles, 90 min.
Les rapports médias/politique passés au crible avant la présidentielle de 2012. Ou comment la presse présélectionne les candidats compatibles avec les intérêts du pouvoir économique : DSK, puis François Hollande. En savoir plus sur le projet ou visionner des extraits.
En présence d’un des coréalisateurs.

17h-18h : Atelier « Libérer la parole »
On explorera les comportements et cadres de pensée qui peuvent entraver la libération de la parole, créer des frustrations, de l’aliénation et favoriser les jeux de pouvoir dans un groupe ; et on verra ceux qui favorisent la coopération, l’entraide, la décrispation sur les enjeux de pouvoir/territoire. [organisé par AL ; max. 15 participant-e-s]

Lieu : librairie Michèle-Firk.

by David http://www.foire-autogestion.org/

12 juin 2012 Posted by | Notre démocratie | , , | Laisser un commentaire

La décroissance est-elle à vendre?


La décroissance : une nouvelle forme de citoyenneté encore à inventer.

Contradiction dans la participation au jeu de la démocratie représentative capitaliste et les objectifs du mouvement décroissant

Il n’est pas suffisant de répéter comme un mantra « il faut décoloniser l’imaginaire » et d’un autre coté de participer et donc valider un système de contrôle vertical . Il ne suffit pas de croire en la démocratie, en l’auto gestion et en l’horizontalité , car il s’agit là d’une pratique et non d’une idée. Nous croyons en la force de la volonté d’auto-organisation. On ne peut pas construire de société égalitaire à partir de l’ambition de quelques petits chefs.

« Plus profondément, à la suite de L’EZLN (Armée zapatiste de libération nationale) , notre critique se porte sur la stratégie de la « prise du pouvoir » qui a inspiré depuis près d’un siècle la plupart des projets révolutionnaires. Au nom de cette finalité, il fallait faire silence sur les pratiques collectives présentes. Or ce point de vue a permis toutes les saloperies possibles, jusqu’à la création d’alliances avec les pires dictatures, au nom encore une fois d’un éventuel pouvoir futur. Comme le dit le dicton, « la fin justifie les moyens » i.

Mais cette contradiction apparente (le fait de présenter des candidats aux élections présidentielles ou législative) est-elle vraiment une contradiction ou une stratégie ?

On a pu observer , lors des dernières élections , le « putsch » mené par le Frère Ariès, qui en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, a réuni les deux mouvements, le MOC et le PPLD, avant de déclarer unilatéralement notre soutien à Mélenchon, lequel utilise la même stratégie de conquête du pouvoir (et des dissidences) au profit du parti capitaliste PS.

Nous n’omettrons pas, outre les égotismes, la question de l’argent qui se trouve (bien trop souvent) au centre des batailles politiques institutionnalisées. En effet, désormais, la loi de financement public des partis supplée aux dépenses des partis ayant obtenu au moins 1% des voix dans 50 circonscriptions ii. Voir également le fonctionnement des associations de financement ici

On voit bien que face à cela, l’argument officiel « rendre visible le mouvement » est bien court ( les AMAP par exemple, n’ont pas eu besoin de candidats aux élections pour avoir une audience) …

La décroissance, ce n’est pas uniquement consommer moins !

Il n’est pas dans notre propos de nous poser en spécialistes du comment vivre avec moins, ou comment négocier avec des maires PS de la gratuité de l’eau; la question est bien la relocalisation de la production, la prise en main des décisions politiques, économiques, écologiques, par les citoyens ; en un mot, la mise en place de décisions réellement démocratique. Or, l’horizontalité ne se décrète pas, elle se travaille chaque jour et le véritable combat de la décroissance est bien là. La participation au jeu politique capitaliste ne peut que dévoyer le mouvement et le transformer en succursale (au mieux en think tank) pour les partis dominants.

Nous ne voulons pas être un mouvement de gestion de leur crise, apprendre aux pauvres à se contenter de ce que le système moribond voudra bien leur laisser.

Face aux crises multidimensionnelles le changement doit être structurel.

« Comme l’ont souligné Starhawk et Isabelle Stengers, nous ne devons jamais oublier que les sociétés capitalistes se sont constituées sur la destruction des communautés villageoises et ont voué les sorcières au bûcher. Ce faisant, elles nous ont privées des savoirs et des manières de faire qui rendaient possible cette « vie commune ». Et ce geste de destruction, elles n’ont cessé de le répéter et le répètent encore et toujours, quand se tente ou s’expérimente un mode de vie basé sur d’autres histoires, d’autres fabulations, d’autres coordonnées, d’autres relations. »

Ce n’est pas cet avenir que nous voulons pour la décroissance .

Et nous lutterons pour que le mouvement ne se transforme pas en simples idées monnayables sur le grand marché des voix des électeurs. Nous ne voulons pas devenir un autre Parti des verts…

Bien entendu, le mouvement a besoin de liens, de se fédérer, de partager ses expériences et ses espoirs mais il nous appartient de trouver pour cela d’autres formes que celles que l’on nous proposent.

Wajeb/Aquitaine décroissance

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i L’EZLN s’est fait connaître le 1er janvier 1994 dans le sud-est Mexicain en occupant sept villes du Chiapas. Leurs revendications portent sur les droits et le maintien des cultures des peuples indigènes, et l’une de leurs pratiques est celle de l’auto-gouvernement. Voir G. Munoz Ramirez « 20 et 10, le feu et la parole », éd. Nautilus, 2004
ii La nouveauté, apportée par les lois sur le financement des partis, est le financement public des partis. Si, depuis longtemps, les dépenses électorales sont remboursées aux candidats ayant atteint un certain seuil (5 %), il n’en allait pas de même des dépenses permanentes des partis. Désormais, la loi prévoit un financement public accordé aux différents partis, en fonction de deux critères cumulatifs : les résultats aux élections législatives, pour ceux qui ont présenté des candidats ayant obtenu au moins 1% dans au moins 50 circonscriptions, et le nombre de parlementaires. voir sur le site vie-publique.fr
iv www.cst.collectifs.net
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28 mai 2012 Posted by | DECROISSANCE, Notre démocratie | , , , , | 6 commentaires

Un AlterTour de France pour une planète sans dopage


La 5ème édition de l’AlterTour se déroulera du 11 juillet au 19 août 2012 dans le grand Sud-Ouest. Il s’élancera de Foix et reliera Castres, Rodez, Périgueux, Bordeaux, Toulouse, Auch et Pau.

L’AlterTour est ouvert aux personnes qui aiment le vélo, sans exigence de performance. En relais solidaire, les altercyclistes voyagent ensemble à la rencontre d’Alternatives. C’est un tour « à la carte », en autogestion pour celles et ceux qui souhaitent partager une belle tranche de vie collective dans la simplicité volontaire, découvrir des terroirs préservés, avoir une activité physique source de santé, et dire ensemble : « Nous voulons un monde sans dopages, plus équitable et plus juste ».

L’AlterTour résiste à l’esprit de compétition qui conduit aux dopages sous toutes ses formes :
dans le sport où la santé passe après les bénéfice$ de la société du spectacle.
dans l’agriculture industrielle, où agrotoxiques et OGM portent atteinte aux paysans et à la biodiversité aux bénéfices d’une poignée de multinationales.
dans l’économie de marché, où sub-primes et autres paradis fiscaux amplifient les inégalités.
dans la société de consommation, du greenwashing et de l’obsolescence programmée où l’offre conditionne la demande à grand renfort de publicité.

Oui, une autre FAIM du monde est possible, car “le monde est assez grand pour satisfaire les besoins de tous, mais il sera toujours trop petit pour satisfaire l’avidité de quelques uns” ; nous devons “Vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre” (Gandhi).

Les inscriptions sont ouvertes sur notre site internet jusqu’au 15 juin 2012.

Mathieu Fromont

http://www.altertour.net

Reportage de la Télé Libre sur l’AlterTour 2011 : http://www.youtube.com/watch?v=FH1rIWTPptU&amp;list=UUlu3x-HNbVLYta5eyHQfwWQ&amp;index=5&amp;feature=plcp

Chaine de l’AlterTour : http://www.youtube.com/watch?v=NC-yp1ti5x4&amp;list=PL306FB4A2164C5919&amp;feature=plpp_play_all

25 mai 2012 Posted by | DECROISSANCE, TRANSPORTS | , , | Laisser un commentaire

Rencontre des OC à Saint-Jean les 9-10 et 11 mars


Bonjour à touTEs,

Depuis 2009, les objecteurs de croissance se rencontrent en hiver et en été (les (F)Estives) : « Economie alternative au capitalisme » en février 2009, « Habiter, une critique de l’urbanisme » en mars 2010, « Territoires en transition » en mars 2011. Cet année :

–> 9-10 et 11 mars 2012, toujours à (10 km de) Saint-Jean du Gard : Sortir de l’industrialisme et du productivisme.

Même si vous n’y venez qu’une journée, ce sera déjà une bonne occasion de se rencontrer, de se connaître… D’autant que le programme est vraiment très riche :

Lutte contre le TGV Lyon-Turin, réappropriation des usages, syndicat du bien-vivre, luttes contre l’extractivisme, Fab Lab, atelier de bricologie, démantèlement du nucléaire, c’est du vent, reconversion par l’autogestion, revenir à une agriculture paysanne, scientisme et démocratie, le cas des grands chantiers navals, mesures de la Transition (Energie, CO2, déchets et décroissance)…

Merci d’avoir lu. En espérant vous voir lors d’une de nos rencontres cet hiver ou cet été…

Michel Lepesant et Christian Sunt.

24 février 2012 Posted by | DECROISSANCE | , , , , | Laisser un commentaire

Appel aux dons


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Merci

Wajeb/Groupe33/Aquitaine décroissance

 


Notre presse sera financée par nous-même ou ne sera pas.

30 décembre 2011 Posted by | Non classé | , , , , , , | Un commentaire

20 mars : Journée Sans Viande (International Campaigns)


 

Une alimentation insoutenable

Ce texte propose une réflexion sur les raisons écologiques pouvant mener à adopter une alimentation végétalienne, et sur quelques questions qu’un-e écologiste radical-e peut se poser au sujet de l’exploitation animale.

Selon l’argumentation environnementaliste classique des végétalienNEs, l’alimentation à base animale est trop peu efficace, car elle consomme beaucoup plus de ressources et génère beaucoup plus de pollution que l’alimentation végétalienne. On peut définir l’efficacité de la production alimentaire comme le rapport entre les quantités de nourriture que mange l’humainE et ce qui est mis en œuvre pour que la nourriture arrive dans son assiette : agriculture, élevage, industries, transports, … La production alimentaire animale est d’une efficacité très faible, car elle se place au sommet d’une chaîne alimentaire à plusieurs étages, selon une hiérarchie humain/animal/végétal. Alors qu’une alimentation totalement végétale comporte un étage de moins : humain/végétal seulement, ce qui implique une base végétale environ 10 fois moins importante pour nourrir un être humain, car le rendement de l’élevage (par rapport aux végétaux de fourrage qui y entrent) dépasse rarement 10%.

La consommation de produits animaux implique donc non seulement une production végétale beaucoup plus importante qu’une alimentation végétale directe, mais la multiplication des étapes de production (élevage, boucherie, fromagerie, transports, congélation, conditionnement, emballage…) multiplie aussi les déchets, les sous-produits potentiellement polluants. Les conséquences de notre alimentation carnée et lactée sont dramatiques pour les sols, les eaux souterraines et de surface, les forêts et l’atmosphère.

La réponse des végétalienNEs à ces problèmes est de diminuer toutes ces pressions sur l’environnement en supprimant leur demande en élevage, ce qui diminue aussi leur demande indirecte en végétaux.

La nourriture :

La consommation d’animaux, eux-mêmes nourris de végétaux, est pour les humains une forme d’alimentation indirecte. En conséquence, pour obtenir la même quantité de calories ou de protéines dans l’assiette, il aura fallu cultiver 5 à 10 fois plus de végétaux pour de la viande que pour du pain. Dans les années 1990, 50% des céréales cultivées en Suisse (70% aux USA) étaient destinées à l’alimentation des animaux. Vous avez dit gaspillage ?

Les sols et les forêts :

Nourrir des animaux d’élevage demande plus de surface à cultiver pour faire pousser des céréales et autres végétaux. Comme il y a concurrence dans le monde entier entre l’agriculture et la forêt, et que les intérêts des humains priment sur ceux des autres espèces, ce sont les forêts qui trinquent ! La déforestation de la forêt amazonienne est en bonne partie destinée aux grands propriétaires terriens qui font de l’élevage et de la culture de soja pour l’exportation dans les pays riches. Comme les arbres maintiennent le sol grâce à leurs racines et diminuent le ruissellement de l’eau, le passage d’une forêt à une surface agricole se traduit souvent par une destruction des sols à court ou moyen terme. L’intérêt des humains est donc de minimiser leurs besoins en surface agricole, car l’épuisement des sols va bon train.

Pour ce qui est des terres trop pauvres pour l’agriculture et utilisées pour le pâturage, elles sont souvent surexploitées, notamment à cause de la misère de nombreuses communautés pastorales qui les pousse à user leurs terres au maximum, causant ainsi un appauvrissement des sols et une désertification progressive.

L’eau :

Le gaspillage devient encore plus criant lorsqu’on observe les conséquences de l’élevage sur les eaux, qui sont de plus en plus rares et/ou polluées dans de nombreux endroits de la planète. D’une part on consomme une grande quantité d’eau propre : alors que la production d’un kg de céréales nécessite environ 100 l d’eau, celle de viande nécessite 2000 à 15000 l d’eau ; d’autre part on rejette dans l’environnement des eaux fortement polluées.

Les surfaces agricoles destinées au fourrage nécessitent de l’irrigation, et sont largement cultivées de manière intensive, avec moult nitrates et produits biocides, et la pollution des nappes phréatiques que cela implique.

A cela s’ajoutent bien sûr les eaux usées issues de l’élevage, qui sont fortement chargées en ammoniac, ce qui est une des causes majeures (avec les nitrates et les phosphates) d’eutrophisation des eaux de surface. L’eutrophisation est une sur-fertilisation des écosystèmes aquatiques qui amène une prolifération d’algues, jusqu’à priver le fond de lumière et d’oxygène, ce qui fait d’abord disparaître presque toute la biodiversité puis crée des conditions anaérobies nauséabondes et polluantes.

Environ 50% de la pollution des eaux en Europe est due aux élevages massifs d’animaux. En Bretagne, la pollution des eaux due aux élevages porcins est une catastrophe majeure. Aux USA, la part de pollution des eaux due à l’agriculture est plus importante que celle due aux villes et aux industries réunies. En Suisse centrale, plusieurs petits lacs comme ceux de Sempach et de Baldegg sont si eutrophes (à cause de l’élevage bovin) qu’on a dû les oxygéner artificiellement à l’aide de pompes.

La biodiversité :

La destruction des forêts et le sur-pâturage, la pollution des eaux et le dérèglement climatique détruisent l’habitat d’innombrables espèces, ce qui ne manque pas de causer la disparition définitive de nombre d’entre elles.

De plus, les animaux que les humains utilisent pour se nourrir sont le fruit d’une très étroite sélection des espèces et races les plus rentables, que l’on reproduit à volonté au détriment de l’immense variété existant à l’état sauvage. Ce processus atteint actuellement son paroxysme avec les OGM qui sont en train d’être expérimentés tant sur les végétaux que sur les animaux.

L’effet de serre :

On a vu les problèmes de déforestation causées par l’élevage et le pâturage, et on peut facilement en déduire les conséquences en terme de larguage de dioxide de carbone (CO2) dans l’atmosphère, donc d’augmentation de l’effet de serre.

On sait moins que la production de méthane par les pets des vaches suisses augmente plus l’effet de serre que nos transports ! En effet, le méthane (CH4), gaz produit dans les processus de dégradation anaérobie (sans oxygène) de la matière organique, est environ 20 fois plus efficace que le CO2 en terme d’effet de serre. Or, les intestins des ruminants en produisent beaucoup, d’autant plus s’ils sont nourris de manière intensive avec des céréales. Résultat : la quantité de méthane dans l’atmosphère a augmenté de 150% en moins de deux siècles (les ruminants n’en sont pas la seule cause, mais une des principales).

N’oublions pas la consommation accrue d’énergie destinée à faire parvenir les produits d’origine animale dans nos assiettes : les tracteurs roulent au Diesel ; les intrants chimiques (fertilisants, biocides) demandent de l’énergie à la fabrication ; le transport du fourrage et du bétail se font souvent sur de longues distances ; les élevages, les abattoirs, les fromageries, la pasteurisation, le conditionnement, les congélateurs consomment de l’électricité et de la chaleur.

La médecine :

L’alimentation animale augmente indiscutablement les dégâts sanitaires de la « malbouffe » dans les pays riches : cholestérol, cancers, ostéoporose… Voir la brochure « Végétalisme et santé » aux éditions T’okup.

Le coût environnemental du traitement médical de ces maladies « de civilisation » n’a probablement pas encore été évalué. On peut toutefois imaginer qu’il est très important !

Illusions des omnivores bien-pensant-e-s

Pour répondre à l’argument : « je ne mange que peu de viande », il faut bien constater que ce n’est pas le cas de tout le monde. La consommation mondiale de viande a plus que doublé depuis 1950. En 1990, la consommation de viande en Suisse avait dépassé la consommation de pain. L’alimentation de ce pays est aussi caractérisée par une consommation élevée de lait et de fromages. Une étude récente s’inquiète du fait qu’une forte proportion de la population ne mange pratiquement pas de légumes. La Suisse n’est bien sûr pas un cas isolé dans les pays industrialisés. C’est donc bien d’une alimentation basée sur la consommation d’animaux que nous parlons. Même si la tendance au cours des années 1990 a été une lente diminution de la consommation de viande et une progression des aliments végétariens « de substitution », l’ensemble de la société n’a pas changé de mode de consommation en 10 ans.

Certaines personnes, en discutant avec des végétalienNEs, justifient leur consommation d’animaux par le fait qu’ »il faut bien que les vaches et les chèvres broutent l’herbe des prairies et des alpages ». Ensuite, ces personnes en concluent que « la viande, c’est écologique ». Ceci sous-entend qu’illes ne consomment que des produits animaux issus du pâturage, ce qui est généralement faux malgré le fait qu’illes « font attention ». La réalité est que la majorité du bétail est nourri avec des aliments concentrés : céréales, soja, farines douteuses, qui doivent être cultivés à cet effet. Leur raisonnement est d’autant plus déplacé qu’il fait référence à un contexte qui n’est plus celui d’aujourd’hui, celui où la production alimentaire était intégrée dans la société paysanne. Ensuite, on peut discuter de l’impact écologique du pâturage, qui dépend fortement des conditions économiques des communautés pastorales qui ont souvent mené au surpâturage, et donc à un fort appauvrissement des écosystèmes exploités.

Posons-nous plutôt la question : quel est le rôle écologique, aujourd’hui, de notre alimentation basée sur l’exploitation des animaux ? Il faut pour cela considérer le contexte dans lequel nous vivons : une société urbaine, industrielle et marchande.

Finie l’autonomie alimentaire, bonjour l’agriculture et l’élevage intensifs, l’industrialisation tous azimuts. Même s’il existe encore des bergerEs sympas et depuis peu des éleveurEs bio, l’écrasante majorité de la production alimentaire est organisée, rationalisée à grande échelle, et représente pour l’économie capitaliste un secteur industriel comme un autre.

Urbanisation et alimentation

Un des facteurs psychologiques masquant la réalité est le suivant : les habitantEs de la campagne sont maintenant intégréEs au mode de vie urbain, mais ne veulent souvent pas l’admettre. Ce paradoxe est caricaturé par la ménagère vaudoise remplissant son caddie de viande emballée sous plastique, au supermarché de gros… Un reste de culture issue d’un mode de vie paysan, en réalité en déclin depuis plusieurs générations. La production agricole (bio y compris) passe par des grandes centrales de distribution, pour alimenter les supermarchés des villes et des campagnes. Les petites boucheries se font rares, et l’abattage « à la maison » est illégal, car non soumis à l’impôt. Pourquoi un tel système s’est-il mis en place ?

Les régions densément peuplées, les systèmes urbains en particulier, doivent importer des ressources pour s’alimenter. Ceci implique que d’autres régions doivent produire plus que ce qui est nécessaire à leur propre consommation, pour pouvoir exporter vers les villes. Pour s’assurer de leur alimentation continue, les villes doivent s’assurer de la collaboration sans faille des campagnes ou des régions qui les nourrissent, et le font en établissement sur celles-ci des rapports de domination sociale : propriété privée, étatisation, colonisation, industrialisation, guerres. Pensons au colonialisme et à son importance pour le développement des villes et des états occidentaux. Tout au cours de l’histoire, les villes ont progressivement constitué le lieu du pouvoir, menant les processus de domestication de l’humanité : agriculture, esclavage, servage et salariat. Le salariat est la forme de domestication qui correspond à la révolution industrielle, et l’exode rural forma le prolétariat industriel, dépendant de l’État bourgeois.

Parallèlement progressa aussi la domination de la nature : de la révolution néolithique à la révolution industrielle, la « nature sauvage » s’est transformée aux yeux des humains en « ressources naturelles », à mesure que les progrès techniques poussèrent de plus en plus loin les possibilités d’exploitation de la nature. La domestication des céréales permit non seulement à des plus grands groupes humains de se rassembler et créer des villes, mais aussi à des élites de se former dans ces villes autour du savoir technique et du stockage des céréales, indispensables aux populations urbaines qui en dépendaient. C’est le même schéma qui n’a cessé de se répéter depuis : la domestication d’un élément préexistant dans la nature permet à une élite de domestiquer d’autres humains.

Prenons maintenant le contexte actuel des États industrialisés. L’ancienne classe paysanne y est maintenant considérée comme un ensemble de salarié-e-s, qui sont exploité-e-s par divers groupes privés (grands propriétaires, centrales de distribution alimentaires, semenciers, industries des machines agricoles, des pesticides, des antibiotiques, etc…) mais aussi par l’Etat (TVA, impôts fonciers, impôts de succession lors de l’héritage de la ferme, …) Dans un tel rapport de domination et d’exploitation, les agriculteur-ice-s luttent pour leur survie et doivent produire à moindre coût, ce que les pouvoirs en place justifient grâce à leur idéologie productiviste.

Le végétalisme contre le productivisme ?

Selon cette idéologie, la voie du progrès est l’augmentation continue de la productivité, c’est-à-dire la diminution des coûts de production par rapport à la richesse produite. Un exemple typique de l’idéal productiviste est l’énergie nucléaire, qui était vantée à ses débuts comme une source d’énergie tellement bon marché que la mesure de sa production coûterait plus cher que la production elle-même (« too cheap to meter »). Ce qu’on voit en pratique, c’est que cette idéologie profite uniquement aux possédantEs et néglige les conséquences sociales et environnementales de la production. Le productivisme est la logique de la privatisation des profits et de la collectivisation des coûts (les fameux « coûts externes »).

Ça s’applique bien sûr au nucléaire, mais aussi à l’élevage : l’exigence de minimisation des coûts conduit à la concentration et à l’industrialisation des élevages, ce qui profite aux capitalistes énumérés précédemment (grands propriétaires, Migros, etc…) et coûte au bien-être des animaux et à la société en général. Gestion publique des pollutions, endettement de la petite paysannerie puis mise au chômage, subventions de la production de viande, de lait, etc… Il est donc faux de dire que les consommateurs et consommatrices bénéficient du faible coût des produits animaux, puisqu’en tant que contribuables, illes assument les « coûts externes ».

Le raisonnement environnementaliste de certain-e-s végétalien-ne-s comporte une dimension économiste qui ne se distancie pas clairement de l’idéal productiviste, car elle inciterait à passer à une alimentation végétalienne pour des raisons d’efficacité économique. Habituellement, cet argument est ajouté pêle-mêle à ceux qui contestent l’exploitation des animaux, et la destruction du monde en général. Un point de vue écologiste radical devrait se contenter de ces derniers arguments pour contester tant l’alimentation prédatrice que le productivisme.

Vers un élevage industriel propre ?

Les adeptes du développement durable et de l’écologie industrielle voudraient recycler systématiquement les sous-produits animaux dans des nouveaux procédés industriels, offrant du coup des débouchés aux industries animalivores. Premièrement, c’est une illusion que de vouloir tout recycler, puisque tout procédé dégrade de la matière et de l’énergie, comme le décrit le deuxième principe de la thermodynamique, donc essayer de tendre vers la production « zéro-déchet » se heurte à des problèmes croissants de coûts financiers, énergétiques et matériels. Des limites de l’écologie industrielle : les risques de contamination dans le recyclage des farines animales nécessitent qu’une partie des déchets animaux solides soit brûlée, ce qui est un recyclage entropiquement moins efficace que le recyclage de matière.

Autre exemple : considérons par exemple le problème des pets de vache. Supposons que ces émanations empêchent la Suisse de respecter le protocole de Kyoto. Les ingénieurEs se demanderont : comment valoriser ce sous-produit de l’industrie laitière, ce qui nous permettra du même coup de protéger l’environnement ? On peut imaginer de traiter l’air des étables, et il faudrait pour cela que les vaches elles-mêmes y soient confinées et ne voient jamais la lumière du jour. Outre le fait que ce soit contraire aux objectifs de la libération animale, le méthane est surtout trop dilué dans l’air des étables pour être récupéré de manière rentable. On entendra alors la plaisanterie habituelle : « Ya qu’à mettre un sac au cul des vaches ! » que les ingénieurEs risquent fort de prendre au sérieux quand on sait la sophistication qu’illes mettent déjà à concevoir des techniques adaptant la vie du bétail aux impératifs économiques. Imaginons qu’illes trouvent un moyen de fixer une prothèse aux vaches pour capter leurs bio-pets, ce que les vaches apprécieront aussi… Mal(?)heureusement, des économistes de l’environnement viendront expertiser que le coût de ces prothèses dépasse les coûts externes engendrés par l’augmentation de l’effet de serre. Finalement, la solution qui s’impose : créer des vaches génétiquement modifiées pour ne pas polluer. Il paraît que la recherche scientifique y travaille déjà… Et voilà : on saura alors apprécier ces nouvelles manipulations qui réifient (en font des choses) encore plus les animaux, si c’est encore possible, sous des prétextes environnementalistes.

Ne pas choisir entre les humains et les autres

Nous avons pu constater, vu ses conséquences environnementales et son utilisation économique, que l’alimentation prédatrice contribue à piller la terre et à créer la misère généralisée.

Au lieu de ne faire que déplacer les problèmes, il faut se rendre à l’évidence que le meilleur moyen de réduire la consommation est de ne pas consommer, et que la voie la plus simple pour réduire les déchets est de ne pas en produire.

Au niveau éthique, le végétalisme s’inscrit dans le cadre de l’antispécisme (voir dans les définitions). On peut considérer que les souffrances des animaux d’élevage sont les souffrances directes que refusent les antispécistes, alors que les dégâts environnementaux de l’alimentation actuelle causent des souffrances indirectes aux animaux en détruisant leurs habitats. C’est une dimension non négligeable des intérêts en jeu dans nos choix alimentaires.

On peut même élargir la perspective, et considérer que le végétalisme s’inscrit dans la philosophie de l’écologie profonde, qui prône notamment l’égalité morale entre toute espèce vivante, humaine, animale, végétale ou autre, et attribue aussi une valeur propre aux écosystèmes (égalitarisme biocentrique). Il s’agit selon l’écologie profonde de mettre en question non seulement la souffrance (pathocentrisme), mais globalement l’utilitarisme qui nuit au droit à l’existence de la majorité des espèces « inutiles » et condamne les autres à devenir des choses (réification), par exemple pour l’alimentation humaine. Ce point de vue serait d’autant plus cohérent pour un-e végétalien-ne que la destruction des écosystèmes comme les lacs ou les forêts à cause de nos choix alimentaires serait moralement désapprouvée en tant qu’écologiste « profond-e ».

Par contre, aucun de ces courants d’idées n’attaque implicitement les hiérarchies internes à l’espèce humaine. Il existe une tendance chez les végétalienNEs, les partisanEs de la libération animale et les écologistes profonds à considérer l’espèce humaine comme un tout indifférencié, indépendamment de la position sociale des individuEs. Ce qui n’incite guère à combattre l’injustice sociale, ni à analyser les causes internes à la société de l’écrasement de la vie non-humaine. La lutte pour la libération animale aurait tout à gagner de comprendre certaines dynamiques culturelles qui façonnent le rapport aux animaux non-humains et l’idée de « nature », pour pouvoir ensuite mieux les contrer.

Un des risques des analyses « a-sociales » est de préconiser de réduire le nombre d’êtres humains par tous les moyens, et d’encourager les épidémies, les stérilisations forcées et les génocides. Certains déclarations de ce types ont été faites dans les années 1980 par des « deep ecologists » américains. S’il faut effectivement constater d’une part que le niveau actuel de la population humaine n’est pas soutenable pour la planète, d’autre part que l’humanisme exclusif est inacceptable, il est tout aussi inacceptable de proposer des solutions négligeant la souffrance et les intérêts des humain-e-s. Il ne s’agit pas de « venger la nature », car cela reproduit l’erreur fondamentale de considérer l’humanité comme étant séparée de la nature.

Pour éviter ces lourdes erreurs idéologiques, il faut réaliser la complexité de la société, dont tou-te-s les écologistes et les végétalien-ne-s sont issu-e-s, et en tenir compte pour mettre en place des stratégies efficaces. Par exemple, la plus efficace et la plus digne des stratégies de contraception est une éducation féministe. En ce qui concerne l’alimentation, le passage du fast-food à une alimentation écologique et non-prédatrice ne se fera pas s’il manque le plaisir et la convivialité d’une bonne bouffe partagée. Dans ces deux exemples, on peut à la fois les intérêts humains et non-humains. Il faut conjuguer la libération animale et le respect de la biosphère en général avec la libération humaine.

Révolution sociale et écologique !

Il faut aussi pour cela éviter les pièges de l’environnementalisme qui ne rompt pas avec les fondements de la domination et de l’exploitation. L’idéologie du développement durable pourrait-elle récupérer le végétalisme pour sauver le capitalisme ? Le végétalisme semble pourtant en nette opposition avec l’idéologie de la croissance, ne justifiant pas l’existence d’un secteur industriel par sa contribution au PIB, mais jugeant son activité comme étant nuisible en soi.

Dans une perspective libertaire et réellement écologiste, il faut penser le végétalisme dans une perspective de décroissance économique, de réappropriation de l’alimentation. Dans le contexte actuel, être végétalienNE pousse à cuisiner soi-même, à questionner l’industrialisation, mais à partir d’un certain seuil de tension écologique et sanitaire que nous sommes en train de passer, l’industrie produira de plus en plus de produits « écologiques et sains » ainsi que végétaliens, au-delà même des bénéfices d’image pour les entreprises.

Mais rien ne pousse le système productif capitaliste à dépasser les conditions de production esclavagistes, que ce soit pour du bétail OGM ou des légumes bio. Rien ne le pousse à dépasser le schéma « bouffe de merde pour les prolos, diététique pour les riches ». La logique productiviste demeure si on ne renverse pas le système économique qui l’incarne. La lutte pour les intérêts humains doit être intégrée de manière cohérente dans une stratégie antispéciste.

Un des enjeux principaux est de sortir du salariat et se battre pour atteindre l’autonomie alimentaire et économique, pour l’autonomie politique (autogestion). On doit pour cela se défaire de la dépendance et de la domination de l’Occident sur le reste du monde, défier l’urbanisation/industrialisation de nos espaces, s’approprier des technologies émancipatrices, combattre la marchandisation du vivant.

Selon ce dernier objectif, on peut argumenter qu’en étant plus sain, le végétalisme nous aide aussi à une réappropriation de la santé, évitant de recourir au salaire pour rétribuer le savoir spécialisé de la médecine bourgeoise. Certain-e-s préconisent « l’exode urbain ». Pour nourrir un nombre énorme d’humain-e-s, on peut imaginer des sociétés agro-forestières communautaires, plus nourrissantes que les monocultures, en s’inspirant par exemple de la permaculture. Et si l’on ne peut pas éliminer les villes, le végétalisme peut réduire leur rapacité, et rendre plus envisageable l’autonomie alimentaire.

Mais ces stratégies sont insuffisantes, car pour éviter de se cantonner à des expériences marginales, il faut renverser le système en place. Car, comme le montre l’histoire, l’Etat capitaliste, productiviste, marchand, etc… s’oppose toujours violemment à ce qui menace sa perennité, ce à quoi il ne peut pas s’adapter. L’objectif d’une alimentation non-prédatrice, ni pour les humains ni pour les autres espèces, s’inscrit dans une rupture vis-à-vis du rapport à la « nature » qui fonde notre société de domination et d’exploitation. Il y a donc fort à craindre que sans révolution sociale, tant la libération humaine que la libération animale se feront attendre !

(Brochure éditée à l’occasion du festival Viva Vegan à l’Espace Autogéré, Lausanne, du 11 au 13 avril 2003)

Le texte en pdf sur infokiosques

Plus d’infos sur cette brochure en contactant l’infokiosque de l’Espace autogéré de Lausanne (av. César-Roux 30, http://squat.net/ea).

Lire également l’article Comment l’état veut imposer la (sur)consommation de produits d’origine animale

Quelques définitions

Ces définitions sont proposées dans le but de faciliter la compréhension de certains termes. Les types d’alimentation ne sont pas à considérer comme des catégories exclusives ; dans la pratique elles sont parfois élastiques, et chacun/e définit son alimentation de façon personnelle.

Végétarien/ne – ne consommant aucun produit issu de l’abattage des animaux, c’est-à-dire ni viande d’animaux terrestres, ni viande d’animaux marins, ni gélatine, ni présure, ni caviar.

Végétalien/ne(ou végétarien/ne strict/e) – ne consommant que des végétaux, c’est-à-dire ni viande, ni produits laitiers, ni miel.

Vegan – terme anglo-saxon, souvent traduit par végétalien/ne en français. Un/e vegan, en plus d’être végétalien/ne, n’utilise aucun produit d’origine animale, dans toutes les facettes de sa vie, c’est-à-dire ni laine, ni cuir, ni fourrure, ni cire d’abeille, ni produits testés sur les animaux, etc…

Freegan – ce terme anglo-saxon s’applique aux personnes dont le mode de consommation est vegan, mais qui acceptent de se nourrir de produits d’origine animale lorsque ceux-ci sont obtenus sans soutenir leur production. Par exemple, un/e freegan mange du fromage récupéré gratuitement auprès de qulequ’un qui s’en débarasse, mais n’en achète pas.

Frugivore / fruitarien/ne – ne se nourrissant que de fruits (frais, secs, graines) pour ne pas détruire de plantes, ce qui peut être évité dans une certaine mesure en se limitant à la cueillette de fruits.

Crudivore – ne se nourrissant que d’aliments crus. CertainEs crudivores sont aussi végétarien/nes ou végétalien/nes.

Libération animale – terme définissant la volonté que les animaux ne soient plus exploités par les humains, dans le but de leur en épargner la souffrance, que ce soit pour les manger, utiliser leur force, s’en servir pour la recherche, pour ses loisirs, ou autre.

Antispécisme – courant éthique s’opposant au spécisme, c’est-à-dire à la discrimination sur la base de l’appartenance à une espèce. Très proche de la libération animale, ce courant se fonde sur le principe que les intérêts d’un animal à ne pas souffrir et à vivre une vie satisfaisante importent autant, moralement, que les intérêts équivalents d’un être humain.

Ecologie profonde(en anglais « deep ecology ») – éthique écologique selon laquelle toute la nature a une valeur propre (biocentrisme, holisme), et pas seulement une valeur utilitaire pour les humains (anthropocentrisme, environnementalisme). Toutes les espèces vivantes, mais aussi les écosystèmes, sont des sujets moraux selon l’écologie profonde. Vu la situation actuelle, certainEs « deep ecologists » préconisent une réduction importante de la population humaine.

Ecologie sociale – ce courant de l’écologie politique propose d’analyser les causes sociales de la destruction de l’environnement, et de s’appuyer sur les luttes sociales pour créer une société écologique et libertaire.

Ecologie industrielle – approche de l’ingéniérie visant à recycler tous les déchets industriels dans d’autres procédés, en planifiant les procédés industriels de manière intégrée. Ses promoteurs prétendent s’inspirer de la nature.

Développement durable – terme utilisé pour désigner un développement économique qui concilierait la croissance économique avec le respect de l’environnement et l’équité sociale. Ses promoteur-ices ne remettent pratiquement jamais en cause l’idéologie et la symbolique du développement, ni les fondements de l’économie marchande.

Permaculture – approche de l’agriculture et de l’habitat visant l’autonomie et la stabilité à long terme et à minimiser les besoins en travail et en énergie, notamment en imitant les écosystèmes naturels par la complémentarité des espèces. L’organisation dans l’espace et dans le temps doit être planifiée de telle sorte que chaque fonction soit assurée par plusieurs éléments (plantes, animaux, eau, soleil…), et que chaque élément ait plusieurs fonctions (nourriture, protection, chauffage, épuration…), pour garantir la pérennité du système.

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Bibliographie / à lire

Renato Pichler, « Les conséquences écologiques et économiques d’une alimentation basée sur la viande », Sennwald, ASV, 1998.

Ed Ayres, « Beyond 2000 – will we still eat meat ? », Time Magazine (traduction Vegi-Info, Lausanne), 1999

André Gasser, « Ecologie et végétarisme », in Vegi Info n°8, p.8-9, 1999

Jean-Michel Jaquet, cours sur les « Ressources naturelles », Université de Genève, 2001.

« Végétarien & Végétalien, vivre sans manger les animaux », Toulouse, A.V.I.S., 1999.

« Manger est un acte politique ! », FTP n°8, 1999.

Clémentine Guyard, « Dame Nature est mythée : seconde mutation », Lyon, Carobella ex-natura, 2002.

Murray Bookchin et Dave Foreman, « Quelle écologie radicale ? Ecologie sociale et écologie profonde en débat », Lyon, Atelier de création libertaire, 1994

« Communautés, naturiens, végétariens, végétaliens et crudivégétaliens dans le mouvement anarchiste français : textes », Invariance, 1994

« Justicia animal » No1, Madrid, 2001


9 septembre 2011 Posted by | Alimentation, ANTI SPECISME, DECROISSANCE | , , , , , | 3 commentaires

Comment l’État veut imposer la (sur)consommation de produits d’origine animale


Aquitaine décroissance s’associe à AVF, ICDV, société végane, L214, Veggie Pride, DDA, VegFest, CLEDA, CLAM, VegFest, Paris Vegan Day, etc. pour dénoncer la préparation de décrets instituants une réglementation de la restauration collective publique fondée sur la recommandation du GEMRCN.

La restauration collective aux ordres de l’agroalimentaire

Des décrets en préparation vont réglementer la restauration collective1. Ces décrets basés sur la recommandation du Groupement d’Étude des Marchés de la Restauration Collective et de la Nutrition (GEMRCN2) imposeraient, à hautes doses, la présence de produits d’origine animale dans les menus.
Rien d’étonnant, le GEMRCN compte parmi ses membres de nombreux représentants des industries agroalimentaires comme l’Association Nationale des Industries Agro-alimentaires, le Syndicat des entreprises françaises des viandes (SNIV- SNCP), Nestlé… dont la vocation naturelle est de placer au mieux leurs produits.

Les règles régissant la restauration collective devraient prendre en compte les questions nutritionnelles et également l’ensemble des aspects liés à l’alimentation : environnement, équité dans le partage des ressources, souffrance animale, santé publique et liberté de conscience.

L’association L214, coordinatrice de viande.info, a adressé un courrier au Président de la République et au Premier Ministre leur demandant de renoncer à promulguer des décrets qui imposeraient une vision étriquée et néfaste de l’alimentation à l’opposé d’une approche globale, pourtant indispensable.

→Lire la lettre adressée à Messieurs Sarkozy et Fillon

Un sujet d’importance

  • La restauration collective s’adresse à de très nombreux usagers captifs (public scolaire, personnes hospitalisées ou en maison de retraite, détenus…).
  • Les normes édictées ont vocation à former les habitudes alimentaires des jeunes, et à servir de modèle pour l’alimentation des Français en général.

Quelles normes ?

Selon toute probabilité, les décrets en préparation reprendront la recommandation du Groupement d’Étude des Marchés de la Restauration Collective et de la Nutrition (GEMRCN), un organisme qui compte parmi ses membres de nombreux représentants des industries agroalimentaires.
Au lieu d’indiquer les apports nécessaires en divers types de nutriments et d’indiquer les divers moyens de les satisfaire, la recommandation du GEMRCN fixe des normes en termes de produits. Elle impose notamment des seuils minimum de viande de bœuf, veau et agneau, de poisson et de produits laitiers3. À de rares exceptions près, le document du GEMRCN assimile le « plat protidique » (qui doit figurer à chaque menu) à un apport de protéines animales (viande, poisson, œufs, abats, charcuterie).

Pourquoi s’alarmer ?

Une réglementation de la restauration collective publique fondée sur la recommandation du GEMRCN serait inacceptable :

  • Elle constituerait une violation de la liberté de conscience. En effet, elle interdirait aux responsables de la restauration collective publique d’offrir des repas végétariens aux usagers qui refusent l’alimentation carnée en collectivité, soit parce qu’ils sont végétariens par conviction éthique, soit parce qu’ils ne veulent pas de produits animaux non halal ou non casher par conviction religieuse.
  • Elle érigerait en norme un modèle alimentaire fondé sur la surconsommation de produits d’origine animale : un modèle égoïste qui accapare une part démesurée des ressources agricoles alors que près d’un milliard de personnes souffrent de la faim, un modèle au coût effroyable en termes de souffrance animale, un modèle désastreux pour l’environnement.

→Plus d’informations sur viande.info

Un pas de plus dans la mauvaise direction

En réalité, le mal est déjà largement fait. Le dispositif qui fait de la recommandation du GEMRCN le document de référence pour la restauration collective est déjà en place. Pour autant, l’acte politique consistant à rendre obligatoire un modèle alimentaire désastreux n’a rien d’innocent. Il importe symboliquement. Et il importe en pratique : les décrets sont un moyen de verrouiller le système en place et d’empêcher les évolutions nécessaires.

Parce que la restauration collective publique doit être exemplaire d’une alimentation responsable et solidaire, nous ne voulons pas d’une restauration collective régie par la recommandation du GEMRCN !

1. Selon une réponse à une question parlementaire publiée au J.O. le 30 août 2011, les textes sont en cours de signature. Voir également la réponse à une question parlementaire publiée au J.O. le 30 novembre 2010.

2. GEMRCN, Recommandation nutrition, version actualisée du 15 juin 2011.

3. Voir annexes 3, 4 et 5 de la recommandation précitée. Par exemple, les produits laitiers seraient obligatoires dans 18 menus sur 20 dans la restauration scolaire.

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source:

articles liés: sur aquitaine anti-speciste

7 septembre 2011 Posted by | Alimentation, ANTI SPECISME, Désobéissance civile | , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 commentaires

Rencontres Objecteurs de Croissance à Moissac en Août


communiqué de la Coopérative du MOC
Les Objecteurs de Croissance se rencontrent à Moissac, dans le tarn et Garonne (82) du 19 au 21 août Nous espérons que comme les fois précédentes toutes les sensibilités du mouvement de la décroissance, de l’anti-productivisme et de l’après-développement seront présentes à ces rencontres pour en faire un moment unique de dialogue.

 

– Commençons par un mea culpa : nous, ceux du MOC, nous ne sommes pas bons du tout dans l’organisation :

  • Nous le regrettons à moitié parce que le MOC, c’est le Mouvement des OC qui a quelques très fortes réticences pour tout ce qui ressemble à un parti, avec sa structure pyramidale, ses porte-paroles…
  • Pour ceux qui préfèrent un parti pour les OC, il faut se désabonner de cette liste et aller visiter les sites de nos amis « partidaires » : le PPLD et le POC
  • Pour les autres, nous pensons qu’il y a une occasion à ne pas manquer pour tenter un début de bout d’organisation du MOC dans les régions : ce sont les rencontres d’été que nous appelons les (F)Estives.

Pour une présentation rapide du MOC et son « inorganisation » : http://www.les-oc.info/category/moc/

Pour des informations sur les (F)Estives qui auront lieu à Moissac (82) du 19 au 21 août : http://www.les-oc.info/category/visibilite/moissac/

– Difficile de « construire » un « réseau du MOC en régions » par mail :

  • C’est pourquoi nous ferons de ces rencontres l’occasion pour les présents de se rencontrer et surtout de discuter ensemble pour FAIRE ensemble ce réseau
  • En attendant, ce serait bien que ceux qui le peuvent/veulent puissent :
    • prendre contact avec nous : par l’intermédiaire de cette liste (à utiliser sans abus – dès que possible, faire un mail direct)
    • s’organiser au plus près de chez eux pour mutualiser le covoiturage
    • diffuser dans les blogs/sites amis l’information sur ces (F)Estives
  • Faire d’ores et déjà des propositions pour cette construction du MOC dans les régions (comment mutualiser et « faire réseau » avec : nos informations, nos réflexions, nos alternatives…)

4- Dernier point : la « Coopérative du MOC », c’est pour le moment une vingtaine d’OC (plutôt dans une grande moitié sud de la France) qui par cooptation travaillent plus ou moins pour la visibilité politique des OC en général et plus particulièrement du MOC. Certains sont des OC à l’intérieur de formations politiques existantes (NPA, PG, EELV, Utopia…), nous sommes tous engagés dans des alternatives concrètes et les diverses résistances…

Cette « coopérative » n’est pas fermée, elle est une « cooptérative » ouverte à tous les engagés dans les résistances (contre-pouvoirs et anti-pouvoirs) et les alternatives concrètes en local…

Merci d’avoir lu

Michel Lepesant, membre de la Coopérative du MOC

7 juin 2011 Posted by | DECROISSANCE | , , , , , , , , | Un commentaire

Les Verts jettent le masque…


Le parti des urbains de classe moyenne plus proche du « peuple »?

Suite à Cohn-Bendit le libéral, et à d’autres verts patentés, Monsieur Hulot estime que l’écologie n’est pas une affaire de partis, que nous sommes tous écolos, mais oui même les passionnés d’Ushuaïa ! Dominique Voynet, déclarait bien que « McDonald’s est légitime pour parler environnement à ses clients » alors qu’elle était ministre .

 

Nouvelle opération de marketing politique : le produit « Monsieur Hulot »

La popularité d’Hulot est vue par un conseiller régional EELV comme « un facteur positif pour négocier un groupe parlementaire avec les socialistes. »

Fichtre ! En voilà un objectif politique !

Alors même que des taux records d’abstention laissent entendre que le système même de la « démocratie » représentative est rejeté, qu’on presse les tunisiens à aller élire des « représentants » tandis que les groupements politiques tunisiens réclamant une démocratie directe se multiplient, les verts, en grands stratèges de la politique, se disent qu’ avec Hulot, ils vont pouvoir s’adresser à un nouvel électorat, acquérir de nouvelles parts de marché.

La belle affaire! une communication à 360° visant la ménagère « responsable des achats » au moment où le Japon et la planète entière sont sous le feu nucléaire !

Les Verts Europe Écologie sont une machine électorale à la conquête des places douillettes que les oligarques leurs réservent.

La politique-marketing, nouvelle politique spectacle.

Nous ne sommes pas dupes de l’exploitation médiatique de l’écologie, des guerres de pouvoir interne, de la compromission et de la soumission de l’écologie politique à des accords avec le PS et les grands groupes du CAC 40.

La destruction et l’exploitation exponentielle des travailleurs et des ressources est au cœur du système marchand dont la démocratie représentative est l’instrument. La concentration des richesses vient de la même politique que celle qui concentre le pouvoir entre les mains de quelques uns.

Il n’y a pas d’adaptation écologique du capitalisme ou du socialisme de marché, pas plus que d’adaptation « socialiste » de ceux-ci.

La seule voie de survie possible est celle d’un changement radical du système politique : une prise en main des décisions politiques , économiques et énergétiques par nous-mêmes, le Peuple réuni en conseils régionaux en une forme réelle de démocratie, une démocratie directe.

Laissons là la politique de EDF , l’Oréal et TF1, la politique du marketing avec ses produits vert, rose, rouge, bleu et bleu marine ou même blanc…

Décolonisons notre imaginaire de cette démocratie fast-food, entamons rapidement une transition vers un système dans lequel nous prendrons les décisions qui s’imposent avec une urgence toujours croissante pour l ‘avenir même du vivant.

Aquitaine décroissance

Wajeb

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21 avril 2011 Posted by | DECROISSANCE | , , , , , , , , | Laisser un commentaire

FOOD, INC.


Food, Inc. décortique les rouages d’une industrie qui altère chaque jour notre environnement et notre santé. Des immenses champs de maïs aux rayons colorés des supermarchés, en passant par des abattoirs insalubres, un journaliste mène l’enquête pour savoir comment est fabriqué ce que nous mettons dans nos assiettes. Derrière les étiquettes pastorales de « produits fermiers », il découvre avec beaucoup de difficulté le tableau bien peu bucolique que les lobbys agro-alimentaires tentent de cacher : conditions d’élevage et d’abattage du bétail désastreuses, collusion entre les industriels et les institutions de régulation, absence de scrupules environnementaux, scandales sanitaires…

Éleveurs désespérés, experts indépendants, entrepreneurs intègres et défenseurs du droit des consommateurs esquissent, chacun à leur manière, le portrait d’une industrie qui sacrifie la qualité des produits et la santé de ses clients sur l’autel du rendement.

28 février 2011 Posted by | Alimentation, SANTE, webTV | , , , | Laisser un commentaire

Communalisme et municipalisme libertaires, regard critique


Un regard critique sur le municipalisme de Murray Bookchin

Communalisme
et municipalisme
libertaires…

En pour, en contre, le municipalisme libertaire ne laisse pas indifférent…

Dangereuse déviation réformiste pour les uns, re-formulation pertinente et nécessaire de la praxis antiautoritaire pour les autres, la proposition formulée il y a maintenant plus de vingt ans par Murray Bookchin a provoqué et provoque encore des réactions extrêmement contrastées au sein du mouvement libertaire. Les prises de position radicale, assenées à grands coups d’arguments péremptoires, conçus moins pour convaincre ou débattre, que pour dénigrer ou exalter, pour glorifier ou flétrir, se sont succédé et agitent encore, de temps à autres, le landerneau anarchiste.

À regarder ainsi s’affronter tenants et adversaires du municipalisme, un candide pourrait croire qu’il s’agit d’un enjeu de toute première importance.

Face à tant de virulence, comment ne pas penser que nous avons là une rupture ou tout du moins une proposition de rupture fondamentale d’avec tout ce qui avait pu être pensé et mis en œuvre auparavant dans et par le mouvement libertaire ?

Comment ne pas supposer être en face d’une question centrale autour de laquelle se décide et se dessine l’avenir même de l’anarchisme ?

Pourtant si notre candide s’avisait à regarder l’histoire et la réalité du mouvement libertaire, sa surprise serait sans doute grande car, sous bien des aspects, l’idée municipaliste ne fait que prolonger des conceptions et des pratiques très anciennes, des idées et des conduites d’ailleurs toujours très fortement ancrées dans ce courant de pensée.

Les racines du municipalisme

Si l’on définit le municipalisme comme le fait de s’investir dans son quartier ou sa commune, on peut à juste titre se demander en quoi cela constitue une rupture d’avec ce qu’est ou a été le mouvement libertaire. Les anarchistes n’ont-ils jamais participé et même initié des mouvements contre les propriétaires ou les pouvoirs publics locaux ? N’ont-ils jamais impulsé des collectivités agricoles, des communes libres ou plus modestement et plus souvent encore des coopératives de distribution, des services publics autogérés et des comités de quartier ? Les Athénées en Espagne, les Bourses du Travail en France, les communautés agraires en Amérique du Sud, les grèves de loyer à Paris au début du XXème siècle ou pour citer des exemples plus actuels, les Centres Sociaux en Italie, les crèches parentales, les associations de parents d’élèves, l’éducation et la pédagogie, les squats ou encore les luttes pour la gratuité des transports en commun et contre la privatisation des services publics… les libertaires ne se sont-ils jamais investis ou ne s’investissent-ils plus sur ces terrains ? La réponse est évidente. Il n’y a pour s’en convaincre qu’à ouvrir n’importe quel journal de la presse libertaire.

Si l’on spécifie maintenant le municipalisme non plus comme une stratégie d’action mais comme un projet de société ou tout du moins comme un aspect important de ce projet, la perplexité pourrait à nouveau gagner notre candide. En effet, que propose Murray Bookchin sinon que la société libertaire soit gérée par les communes et par leur fédération sans délégation de pouvoir ? Il écrit précisément à ce propos que les lignes politiques et les décisions concernant l’agriculture et la production industrielle seraient du ressort d’assemblées (…) auxquelles on assisterait en tant que citoyen, pas seulement en tant qu’ouvrier, paysan ou spécialiste (1).

Cette conception peut sans doute heurter certains syndicalistes révolutionnaires français (2) pour qui la société future devrait être uniquement gouvernée par les syndicats et à travers eux par les producteurs en tant que producteurs. Mais pour une large part du mouvement libertaire, si ce n’est l’essentiel, en quoi la suggestion bookchinienne est-elle une hérésie ? Ne nous renvoie-t-elle pas au moins partiellement (3) au double fédéralisme préconisé depuis les origines du mouvement libertaire ? Ce double fédéralisme à la fois territorial (fédération de communes) et sectoriel (fédération de producteurs) n’est-il pas la pierre angulaire du communisme libertaire ? Et le communisme libertaire enfin, n’est-il pas le but partagé tant par les communistes libertaires proprement dit, que par les anarcho-syndicalistes (4) et même nombre d’individualistes ?

De fait, à l’aune des pratiques et des conceptions passées et actuelles du mouvement libertaire, notre candide serait sans doute amené à penser que nous avons là beaucoup de bruit et de fureur pour pas grand chose. Présenté ainsi, le municipalisme ne semble en effet aucunement être en rupture fondamentale d’avec le corpus idéologique libertaire préexistant. Il ne semble pas non plus induire des pratiques radicalement nouvelles dans ce mouvement.

Si d’aventure notre candide avait l’esprit curieux, et il l’a sans doute un peu, il douterait cependant que l’on puisse s’affronter avec tant de vigueur sans raison véritable.

Certes, cela peut être partiellement le fait de personnes qui ne vivent que pour et par la polémique. Certes, ces controverses peuvent également refléter et résulter de modes de pensée et de comportements quelque peu exclusifs ; certaines personnes, souvent les mêmes que les précédentes d’ailleurs, ayant parfois quelques difficultés à concevoir que l’on puisse penser différemment qu’elles. S’investir dans un comité de quartier ou dans un syndicat ne peut être, dans leur perspective un tantinet étroite, qu’une impasse, voire une trahison qu’il convient de combattre avec la dernière des énergies.

Mais à moins de croire de toute force que les libertaires sont des forcenés des querelles byzantines et/ou des sectaires congénitaux, notre candide ne pourrait certainement pas en rester là. Il chercherait, avant d’émettre un avis aussi péremptoire, à approfondir sa compréhension des choses… et découvrirait que le débat porte sur bien autre chose que de savoir s’il faut ou non s’investir dans son quartier ou bien sur le rôle des communes dans une société libertaire. En réalité, ce sont bien davantage certaines analyses (la fin de la société industrielle) que Murray Bookchin développe pour étayer la validité de sa thèse, ainsi que certaines méthodes d’action (la participation aux élections locales) qu’il préconise dans le cadre d’une stratégie municipaliste, qui posent question et qui sont soumises au débat.

L’électoralisme bookchinien

Dans le cadre du municipalisme, Murray Bookchin conçoit en effet que les libertaires puissent participer aux élections locales, être élus et tenir des postes de responsabilité politique tels que maire ou conseiller municipal.

Dans son acception des choses, cette participation n’est toutefois pas un préambule à l’action municipaliste, mais au contraire une conséquence possible, envisageable (et non pas inévitable) de cette action.

Ainsi n’écrit-il aucunement que les libertaires doivent se présenter aux élections, pour impulser, une fois élus, une gestion directe dans leur commune. Murray Bookchin ne sous-entend pas que la société puisse se réformer par décret ou que l’autogestion puisse être imposée par le haut en l’absence d’aspiration et de mouvement autogestionnaire fortement ancrés dans la société. Il écrit à l’inverse que les libertaires doivent encourager, favoriser et participer au développement d’un mouvement territorial autogestionnaire dans leurs villes, dans leurs quartiers et dans leurs villages. Il poursuit en considérant que cet essor passera nécessairement par la structuration de ce mouvement en comités de quartier et en fédération de comités locaux. Il termine enfin en soulignant que la question des rapports entre comités de quartier et municipalité légale se posera alors de façon croissante à mesure que les tensions se feront plus aiguës pour savoir qui de l’un ou de l’autre décide, oriente et gère la commune.

C’est dans cette perspective, que Murray Bookchin envisage la conquête du pouvoir municipal par les comités de quartier (et non les libertaires en tant que tels). Selon lui, cela pourrait permettre de débloquer la situation, voire de faire définitivement triompher l’autogestion, car les comités de quartier auraient ainsi tout loisir, une fois élus, de transférer légalement et totalement les pouvoirs de décision et d’action de la municipalité vers les associations territoriales.

L’électoralisme bookchinien se pose donc en ces termes. Il peut être débattu et le sera évidemment dans les lignes qui suivent. Mais cette précision nous permet d’ores et déjà de voir combien certaines personnes qui se réclament très bruyamment de Bookchin, peuvent en réalité en être éloignées.

Lorsque des personnes, officiellement bookchiniennes, envisagent de se présenter aux prochaines élections municipales (comme c’est le cas de Mimmo des éditions ACL à Lyon) en l’absence de mouvement autogestionnaire de quelque importance, sans être aucunement mandatées par les embryons de mouvement de ce type présents dans le quartier où elles se présentent, voire à l’encontre de ce que peuvent penser ou envisager ces structures (5), et enfin sans avoir cherché et réussi au préalable, non pas à brasser du vent dans les salons où on cause, mais à initier et à participer aux tentatives concrètes de création de comités dans ce même quartier, on peut se demander où est le rapport d’avec ce que préconise Murray Bookchin.

La référence à ce dernier n’est-elle ici autre chose qu’un vernis destiné à masquer la vacuité des ambitions personnelles, le puits sans fond de leur soif non pas de pouvoir, on en n’est même pas là, mais plus petitement de reconnaissance publique et médiatique ?

Certes, la question posée en ces termes peut s’apparenter à une attaque brutale… mais si la charge est rude, tout en étant pourtant euphémisée au possible, n’est-ce pas parce qu’elle touche juste quelque part ?

Une tactique utopique

Si se présenter à des élections dans de telles conditions peut laisser au minimum perplexe, si cette stratégie n’est effectivement pas celle préconisée par Bookchin, ce que ce dernier propose très précisément peut néanmoins être soumis à la critique.

On pourrait évidemment argumenter en faisant référence aux textes que nous ont légués nos augustes pères fondateurs. À grand coup de Kropotkine, de Malatesta, ou de Sébastien Faure, montrer que cette stratégie est exclue des tables de la loi et qu’elle n’a donc même pas à être discutée. Laissons toutefois à d’autres, très doués en la matière, ces questions d’orthodoxie quasi-théologique.

On pourrait aussi, ce qui n’est pas la même chose, discuter la proposition de Bookchin d’un point de vue idéologique et stratégique. On soulignerait alors qu’elle ouvre ipso facto un hiatus entre le dire et le fait, entre la position théorique pour l’action directe et l’attitude concrète qui participe et reproduit la délégation de pouvoir. Cela pourrait être effectivement dangereux car difficilement résorbable par la suite, comme semblent en attester les leçons que nous livre l’histoire. Mais faisons grâce à Murray Bookchin en concédant que la participation aux élections ne servirait ici qu’à dissoudre immédiatement et radicalement le pouvoir conquis.

C’est d’un point de vue beaucoup plus pragmatique, beaucoup plus terre à terre que je souhaiterais discuter ici de la proposition de Murray Bookchin, une discussion qui pourra d’ailleurs être parfaitement entendue par des personnes qui ne partagent pas les idéaux libertaires.

À l’heure où les partis politiques électoralistes de gauche comme de droite, où les élus locaux et nationaux et ce quelle que soit leur sensibilité politique s’accordent au moins sur un point, celui de dire que les élus locaux n’ont pas les moyens ni juridiques, ni politiques, ni financiers de résoudre les problèmes qui se posent à eux, on peut s’interroger en quoi et pourquoi les choses seraient différentes si ces élus étaient issus des comités de quartier ou si ces pouvoirs étaient détenus par les comités de quartier.

En déclarant sans doute nécessaire la participation aux élections pour conquérir le pouvoir municipal, quitte à le détruire ensuite, Murray Bookchin désigne en effet ces pouvoirs comme un enjeu central pour résoudre non pas tous les problèmes, mais certains d’entre eux qu’il considère comme particulièrement cruciaux aujourd’hui. À son sens, la maîtrise de ces pouvoirs représenterait aussi une avancée importante, sinon décisive, vers un système autogestionnaire. Or, appréhender les choses en ces termes, ne revient-il pas à exagérer considérablement la nature, la portée et l’autonomie des pouvoirs actuellement détenus par les conseils municipaux et donc les effets que l’on est en droit d’escompter si les comités de quartier les maîtrisaient ?

Les conseils municipaux ne sont indépendants ni en France, ni ailleurs.

Leurs actions et leurs capacités d’action sont strictement limitées à ce que leur concèdent la loi et les décrets, en l’occurrence les pouvoirs législatif et exécutif d’État (et même continentaux dans nos pays, vu le pouvoir croissant de l’Union Européenne).

De même, la liberté des municipalités est-elle étroitement dépendante des réalités économiques et en l’occurrence de celles induites par le capitalisme.

Ainsi la capacité financière des municipalités (qui leur donne la possibilité de mettre en œuvre leur politique) dépend des subsides versés par l’État (dotations globales de fonctionnement [DGF] et subventions accordées dans le cadre des politiques contractuelles) et secondairement de la fiscalité locale pour partie versée par les entreprises (la taxe professionnelle), pour autre partie par les habitants (les taxes foncières). Inévitablement, si une municipalité s’avise de développer une politique autre que celle souhaitée par l’État, c’est l’argent des subventions contractualisées qui s’évapore, ne lui laissant qu’une DGF tout juste suffisante pour financer le minimum minimurum. Immanquablement, si une municipalité s’aventure à développer une politique anticapitaliste ou tente simplement d’en refréner certains aspects (la protection de l’environnement naturel par exemple) et c’est les entreprises qui se délocalisent, les recettes de la taxe professionnelle qui s’effondrent… obligeant la municipalité à imposer d’autant plus les habitants si elle veut équilibrer son budget.

De même, la capacité politique des municipalités dépend des pouvoirs qui lui ont été concédés par l’État (notamment dans le cadre des lois de décentralisation en ce qui concerne la France). Ces pouvoirs l’autorisent à intervenir en certains domaines seulement (urbanisme, école…) et non dans tous les domaines. Ainsi, elle ne peut pas intervenir sur le contenu des programmes scolaires (prérogatives de l’État), ni remettre en cause l’économie de marché, ni même modifier la définition du champ des services publics. Il lui est par exemple interdit de monter une boulangerie municipale qui vendrait du pain sans bénéfice…

Non seulement une municipalité a un champ d’intervention très balisé, mais elle est en outre rarement seule à décider dans les domaines où elle est pourtant légalement compétente. Elle a en effet la maîtrise théorique de son aménagement, mais dans la pratique, l’État peut aussi intervenir dans ce domaine et même imposer sa volonté contre celle de la municipalité (via les directives territoriales d’aménagement notamment). D’autres collectivités locales de rang supérieur (département et région) ou de même rang (communes limitrophes par exemple) limitent aussi l’autonomie de décision d’une municipalité car, nécessairement, certains domaines comme l’aménagement urbain encore ou les transports collectifs autre exemple, ne peuvent pas être traités dans le cadre étroit et largement obsolète d’une commune. Cette nécessaire collaboration qui prend la forme de structures intercommunales ou de contractualisation entre collectivités de rangs différents, montre à l’évidence de chacun qu’une municipalité ne peut pas décider seule de sa politique, qu’elle doit négocier avec d’autres instances.

Cette réalité bien concrète nous renvoie alors à la question des alliances et des compromis que doit nécessairement passer et concéder une commune (qu’elle soit ou non bookchinienne) avec l’État, la Région, le département, avec d’autres communes aussi… que ces instances soient détenues par la droite ou par la gauche. Que l’on nous dise alors d’avance et clairement quelle devrait être la politique d’alliance et de compromis des élus municipalistes ou des comités de quartier bookchiniens !

Contrairement à ce que suppose Murray Bookchin, la maîtrise des pouvoirs actuellement détenus par les conseils municipaux ne signifie donc aucunement (et ce qui que ce soit qui les détienne, élus ou comités de quartier) que l’on puisse faire ce que l’on veut, ni qu’il s’agisse d’un saut sinon décisif, du moins important vers une société autogestionnaire. En guise de rupture, ce que laisse envisager une telle stratégie, c’est bien davantage de se trouver englué dans les arcanes du système politique tel qu’il est aujourd’hui, avec ses petites alliances politiciennes et ses grands compromis.

L’électoralisme bookchinien a ainsi bien du mal à convainque et pour cause, quant à sa capacité à faire évoluer l’organisation du système politique actuel vers plus de démocratie directe. De plus, il semble aussi difficilement à même de résoudre ou simplement d’apporter une amélioration aux problèmes que Murray Bookchin considère pourtant comme centraux aujourd’hui : la protection de l’environnement, l’égalité entre les sexes et les rapports nord-sud pour le citer ; tous problèmes qui dépassent plus que largement le champ d’action des municipalités tant dans leurs causes, que dans leurs effets.

On peut dès lors se demander l’intérêt de maîtriser ces pouvoirs ou de perdre du temps et de l’énergie à chercher à les maîtriser quand la seule perspective que cela ouvre, c’est de nous autoriser à cogérer, avec l’État et d’autres collectivités publiques, certains aspects fort réduits de notre quotidien, sans rien toucher à l’essentiel et en nous engluant qui plus est dans l’enivrante volupté des compromissions politiciennes.

Le sens des évolutions sociales

Le municipalisme que développe Murray Bookchin ne se limite pas toutefois (et fort heureusement) à préconiser une participation, sous certaines conditions, à des élections. Il développe également une analyse, souvent pénétrante et fort intelligente, des évolutions sociales de ces trente dernières années.

C’est cette analyse qui fonde et légitime sa proposition d’intervention et d’organisation au niveau territorial et qui nous permet de mieux comprendre comment il entend la chose.

Pour Bookchin, les mutations socio-économiques enregistrées depuis le début des années 1970 signeraient la fin de la société industrielle et de la structure en classes qui lui étaient attachée.

Pour faire simple, les mutations technologiques induiraient une baisse des besoins en matière d’intervention directe dans le processus de production. Le travail intellectuel tendrait à se substituer au travail manuel et cette transformation des processus de production, leur technologisation, leur automatisation, ne serait pas sans conséquence sur la structuration de la société. Elle conduirait d’un côté au déclin de la classe ouvrière et de l’autre au gonflement des employés et des techniciens.

On assisterait également à une tendance à la disparition de la bourgeoisie traditionnelle (rentiers et patrons) et à la salarisation croissante des directions d’entreprise. Et ces deux phénomènes touchant l’un la classe ouvrière, l’autre la bourgeoisie généreraient en définitive une croissance globale du secteur tertiaire, une relative homogénéisation des conditions de travail (tous salariés, tous travailleurs intellectuels), une disparition des classes sociales préexistantes et leur fusion dans une vaste classe moyenne.

Outre une transformation fondamentale de la structure socio-économique, les mutations technologiques induiraient aussi une baisse du temps travaillé avec un retard croissant de l’âge d’entrée dans la vie active (allongement des études), une baisse sensible de l’âge de la retraite, un allongement de la durée des vacances annuelles et une réduction des rythmes hebdomadaires de travail. Cette baisse globale du temps travaillé conduirait inévitablement à l’effacement relatif du travail et du rapport au travail dans la vie de chacun, d’où notamment la crise du syndicalisme et l’essor de nouveau thèmes sociaux comme la consommation, l’environnement, etc.

Nous assisterions enfin à un troisième phénomène affectant cette fois-ci les modes de vie. La croissance de l’urbanisation conduirait en effet, à une relative homogénéisation des conditions d’existence avec la propriété de sa maison individuelle en périphérie d’agglomération comme standard.

Somme toute, assisterions-nous aux plans économique et sociologique à un véritable processus d’homogénéisation sociale (ce qui ne signifie pas la fin de toutes les inégalités) conduisant à la résorption de la structuration préexistante de la société en classes et à leur fusion dans une immense classe moyenne : tous travailleurs intellectuels, tous urbains propriétaires de sa petite maison, tous consommateurs profitant du système.

Il faut bien dire, avant toute chose, que Murray Bookchin n’est pas seul à penser ainsi. Il rejoint là tout un courant des sciences sociales pour qui les évolutions en cours marqueraient l’avènement d’une société postindustrielle, postmoderne ou encore informationnelle, dans tous les cas et quel que soit le terme, d’une société relativement homogène, dominée par les services et les cols blancs, par des zones d’urbanisation diffuse et des maisons individuelles à perte de vue. Dans cette compréhension des choses, les rapports de production ne seraient plus le déterminant central autour duquel la société s’organise et se structure. Des inégalités subsisteraient évidemment mais ne renverraient plus à des questions de classes sociales antagonistes, dont l’existence serait consubstantielle à l’ancienne société industrielle.

Non seulement des scientifiques de renom semblent donc valider la thèse de Murray Bookchin mais les chiffres, les sacro-saintes statistiques semblent également abonder dans son sens.

Ainsi, rien qu’en France, la part du secteur industriel dans l’emploi total est-elle passée de 40 % durant les trente glorieuses à moins d’un quart en 1990 et celle du secteur tertiaire est-elle désormais de près de 75 %. Parallèlement à ce gonflement des services et donc des employés, nous avons aussi assisté à un essor sans précédent de l’urbanisation, qui affecte aujourd’hui 96 % de la population française, un développement très important de la motorisation des ménages, de la propriété de son logement, etc. Tous phénomènes qui pourraient effectivement attester d’une certaine tendance à l’homogénéisation des modes de vie.

Quiconque connaît un minimum le mouvement libertaire peut, dès à présent, saisir en quoi et jusqu’où l’analyse bookchinienne est dérangeante.

Elle remet en cause en effet les fondements mêmes de ce mouvement ou du moins d’une large partie de ce mouvement : l’industrie et les ouvriers, les classes sociales et leur confrontation autour des rapports de production. Elle annonce à un courant issu de la Première Internationale que tout ce qui lui a donné naissance et sens est tout à coup dépassé.

Elle l’avertit, du même coup, de sa mort imminente par perte de sens et de pertinence d’avec les réalités sociales actuelles… ou tout du moins lui signifie qu’en tant que mouvement d’émancipation de classes, l’anarchisme ne peut plus être qu’un archaïsme dénué de tout fondement, si ce n’est perpétuer le souvenir nostalgique de ce qui fut et qui n’est plus.

La seule possibilité de survie pour le mouvement libertaire en tant que mouvement social un tant soit peu en phase avec le monde actuel serait alors d’abandonner ses vieilles chimères et de prendre acte des évolutions constatées.

C’est bien le propos de Murray Bookchin qui, lorsqu’il termine sa démonstration, conclut sur la nécessité vitale du municipalisme, mais un municipalisme adapté à cette nouvelle donne sociale et non pas fondé sur un quelconque rapport de classes comme cela avait pu exister par le passé. Son ambition n’est pas de rassembler une classe donnée contre une autre, et pour cause, mais d’unir des individus résidant à proximité les uns des autres, les réunir donc sur des rapports de voisinage pour les amener à prendre leur vie quotidienne et leur environnement immédiat en main, ainsi que pour les inviter à remettre en cause les inégalités qui structurent selon lui le monde actuel, comme les rapports entre les sexes, entre le nord et le sud de la planète ou encore avec la nature pour reprendre encore une fois les exemples qu’il cite lui-même.

Sens commun et sens critique

La simple observation de ce qui nous entoure notamment lorsqu’on habite en ville, au cœur de cette machine à homogénéiser la société si l’on en croît Bookchin, peut, il est vrai, nous faire douter du bien-fondé de ses analyses.

Les banlieues lyonnaises, pour aller au plus près, tout comme les quartiers pauvres de New York ou de Los Angeles tendraient plutôt à nous suggérer que les inégalités sont toujours aussi criantes dans les métropoles modernes… à moins de réussir l’exploit de confondre les quartiers populaires avec les banlieues résidentielles.

De même, les exemples que chacun peut trouver dans son entourage sembleraient également indiquer que les inégalités se perpétuent de génération en génération et par là même que, si la classe ouvrière n’est plus ce qu’elle était, cela n’implique aucunement qu’elle ne soit plus et a fortiori que le prolétariat (ceux et celles qui n’ont que leur force de travail pour vivre) ait disparu. Certes le fils d’ouvrier ne deviendra pas obligatoirement, ni même principalement, ouvrier. Quelques-uns échapperont par le haut à leur condition héritée, comme d’habitude… mais la plupart deviendront chômeurs, intermittents ou travailleurs précaires, c’est selon, et dans le tertiaire certainement. Et à connaître un tant soit peu la réalité du travail dans les bureaux et les services, on peut se surprendre à douter que la tertiairisation soit obligatoirement un vecteur d’uniformisation de l’emploi. Les différences de statuts et de conditions de travail existent encore et se reproduisent toujours entre l’anonyme agent administratif ou la secrétaire lambda et le monde des cadres et des dirigeants, comme autrefois entre les ouvriers, les contremaîtres et les patrons.

Bref, notre sens commun (ce satané bon sens) semble nous indiquer que si des évolutions ont évidemment eu lieu ces dernières décennies, si elles ressemblent à certains égards à ce dont nous parle Bookchin, cela ne semble pas pour autant signifier que les inégalités sociales aient disparu ou qu’elles soient en voies de résorption ou encore qu’elles soient désormais totalement ou relativement étrangères aux questions économiques et à notre position dans le système de production. À l’aune de notre expérience personnelle et sensible du quotidien, on aurait plutôt l’impression qu’elles se perpétuent derrière les hauts murs des bureaux, comme autrefois à l’ombre des hauts-fourneaux. On aurait plutôt la sensation qu’elles continuent à structurer nos vies et nos villes, au sein desquelles du reste des groupes sociaux relativement différenciés se répartissent et composent aujourd’hui comme hier de véritables classes socio-spatiales.

Désindustrialisation
ou technologisation

Ces impressions que nous livrent notre sens commun sont-elles infondées ? Sans doute pas tant que ça, si l’on en juge par ce que nous donnent à voir les recherches menées en sciences sociales ces toutes dernières années.

Certes, il est juste de dire que les analyses de Murray Bookchin ne sont pas de pures spéculations intellectuelles dénuées de tout fondement. Mais il est juste aussi de rappeler que ses analyses et les recherches sur lesquelles il s’appuie ont maintenant plus de vingt ans d’âge… ce qui pour du whisky est sans doute appréciable, mais pour jauger de la situation et de l’évolution sociale actuelle est quelque peu insuffisant.

Dans les années 1970, période où Bookchin élaborait sa pensée et sa conception du municipalisme, le système fordiste-keynesiste-tayloriste qui avait structuré les décennies précédentes s’effondrait sans que l’on comprenne bien précisément ce qui ressortirait de ce grand chambardement. Mais depuis lors du temps a passé, les choses se sont quelque peu éclaircies, chacun a eu le loisir de constater que le monde qui émergeait était loin d’être paradisiaque… et de nouvelles recherches ont clairement mis en évidence qu’il ne s’agissait pas de simples impressions subjectives.

Concernant les statistiques tout d’abord qui semblent apparemment conforter l’analyse de Bookchin, nombre de chercheurs en sciences sociales ont désormais souligné qu’elles n’étaient en rien un gage de vérité, qu’elles n’étaient en rien de purs et parfaits reflets de la société ou même de son économie. Ce ne sont que des constructions sociales, résultant de choix par essence arbitraire (ce qui ne veut pas dire infondés), des choix fortement influencés par des raisons techniques… mais aussi politiques. De fait, doit-on éviter de prendre pour argent comptant les évidences mises en lumière par les grandes catégories des instituts de statistiques et en l’occurrence celles soulignées par leur grille de l’emploi en primaire (agriculture), secondaire (industrie) et tertiaire (services).

En premier lieu, ces statistiques ne concernent que les anciens pays industrialisés (Europe, Amérique du Nord, Japon). Pour le reste et notamment pour les nouveaux pays industrialisés, on est très loin d’assister à une désindustrialisation bien au contraire. Et globalement (du fait de la démographie mondiale), le nombre d’ouvriers stricto sensu (personnes employées à des tâches d’exécution manuelle dans une entreprise industrielle) est en réalité en augmentation constante sur la planète tant en terme absolu que relatif.

En second lieu et pour ce qui concerne les seuls pays industrialisés, l’évolution du poids relatif de chacune des grandes catégories d’emploi semble sans doute montrer un processus de désindustrialisation et inversément de tertiairisation. Mais est-ce véritablement le cas ? Ce sentiment ne découlerait-il pas tout simplement… des étiquettes données à ces catégories ?

De fait d’autres types de catégorisation de l’emploi (celle opérée par l’équipe Strates par exemple), d’autres types de statistiques nous parlent eux d’un processus de technologisation de l’emploi industriel et non pas de désindustrialisation. Ce changement d’étiquette n’est pas seulement formel. Il a une réelle valeur heuristique, car il nous invite à penser différemment les évolutions en cours. Car, évidemment, ce processus de technologisation de la production n’est pas nouveau en soi. Il a démarré avec l’invention de la bêche et du tournevis, de la faucille et du marteau (si on me permet ce clin d’œil) et se poursuit, aujourd’hui, avec l’essor d’outils de plus en plus perfectionnés, de plus en plus automatisés et informatisés. Ce premier constat pour trivial qu’il puisse paraître de prime abord, n’est en réalité pas sans conséquence sur la suite de l’analyse que l’on peut avoir des événements.

Nouvelle métamorphose du prolétariat

En effet cette mise en perspective nous invite inévitablement non pas à nier les mutations sociales en cours, mais à les relativiser en les replaçant dans une perspective historique plus ample.

Elle nous amène à nous rappeler que ce n’est pas la première fois qu’un important saut technologique a lieu, que cela a toujours provoqué de fortes évolutions sociales et que pour autant les questions socio-économiques n’ont pas disparu, que pour autant la structuration en classes de la société n’en a pas été fondamentalement affectée, même si le contenu et la position respective des différentes classes ont pu changer au cours du temps.

La première révolution industrielle n’a-t-elle pas engendré le déclin des ouvriers-artisans et l’essor des ouvriers d’industrie ? La seconde révolution industrielle n’a-t-elle pas substituée à l’ancien ouvrier de métier, l’ouvrier spécialisé, dont l’OS métallo, syndiqué, employé à vie ou presque dans une grande usine fordiste constitue l’archétype, que nous conservons tous en mémoire ? Somme toute, les mutations en cours ne s’inscrivent-elles pas dans cette histoire multi-séculaire ?

Quant certains, dont Bookchin, parlent de déclin, si ce n’est de disparition de la classe ouvrière, n’est-ce pas en fait une de ces formulations historiquement datées et géographiquement localisées qui tend en réalité à s’estomper pour donner naissance à une nouvelle forme de prolétariat dont on a encore quelque mal, il est vrai, à cerner l’organisation, la structuration et les contours ?

Entre l’hypothèse d’une fusion sociale en une immense et unique classe moyenne et celle d’une reformulation de la division en classes de la société, chacun peut évidemment choisir comme bon lui semble, mais il existe toutefois des faits qui tendent à montrer que la seconde hypothèse est sans doute largement plus fondée que la première.

Pour que l’hypothèse de l’homogénéisation sociale soit fondée, il faudrait d’une part que les inégalités sociales ne soient plus liées à la position sociale d’origine des individus ou à celle de leurs parents, mais à l’inverse qu’elles renvoient seulement à des questions de trajectoires individuelles plus ou moins bien réussies. Il faudrait, d’autre part, que ce qui différencie et à l’inverse unit les individus n’ait plus rien à voir avec des questions de positions collectives dans la hiérarchie sociale, mais à des choix individuels et à leur capacité tout aussi individuelle à assumer ces choix. Il faudrait enfin que les écarts socio-économiques tendent globalement sinon à disparaître, du moins à s’estomper.

En d’autres termes, trois types d’indicateurs peuvent nous permettre de mieux cerner laquelle de ces hypothèses est valide, laquelle ne l’est pas : la reproduction ou non des classes sociales, la différenciation entre classes sociales et l’homogénéité au sein des classes sociales, et enfin l’homogénéisation ou la polarisation de la société.

Sur la reproduction des inégalités sociales d’une génération à l’autre, reproduction qui fonde en partie la notion de classe sociale, nombre de recherches ont pu déjà nous éclairer précisément quant au devenir des enfants d’ouvriers. Ces derniers tendent effectivement à devenir à leur tour non pas tous ouvriers mais plutôt employés dans des services ou des commerces. Il y a donc bien modification sensible des conditions d’emploi et des systèmes d’emploi qui, de fait, se révèlent beaucoup plus précaires que par le passé. Mais si l’on regarde la position relative occupée par les parents ouvriers et par leurs enfants employés dans la hiérarchie sociale, on s’aperçoit alors qu’elle n’est pas sensiblement différente. Les uns comme les autres restent en position de dominés, sans aucune maîtrise des moyens de production et d’échange (autre que la grève évidemment), sans autre ressource pour vivre que de louer leur force de travail qu’elle soit manuelle ou intellectuelle. De ces premiers éléments, il apparaît alors clairement que la classe ouvrière d’antan est peut-être, dans nos pays, en voie de déclin numérique, mais que pour autant le prolétariat est très loin de disparaître. Ce prolétariat auquel participe les ouvriers stricto sensu se reproduit génération après génération, même si les transformations des processus de production (la technologisation) et des systèmes d’emploi (la précarité) en modifient la matérialité, les conditions de vie et l’organisation socio-spatiale.

Sur la différenciation entre groupes sociaux maintenant, il s’avère certes que l’on n’est plus au temps de la blouse pour les ouvriers et du jabot pour les notables. Pour autant, la distinction entre groupes sociaux et l’imitation au sein des groupes sociaux continuent à s’opérer, de façon certes plus subtile, mais tout aussi efficace qu’auparavant. Pour ne prendre qu’un exemple, les marques ostensiblement portées sur les vêtements des lascars de banlieues et ce quelle que soit leur origine culturelle ne peuvent et ne sont évidemment confondues par personne avec les habits des jeunes bourgeois dont la qualité de la coupe suffit à elle-seule à marquer la position sociale. Ces éléments de distinction s’expriment de fait tant sur les habits donc que sur l’alimentation quoi qu’on en croie, les habitudes culturelles (cinéma, théâtre, livres, musique), ou encore et de façon encore plus subtile à travers les codes gestuels, le langage, l’accent, l’humour aussi… Avec le revenu et l’emploi, elles marquent au plus profond de nos quotidiens ce à quoi on participe et ce à quoi on ne participe pas, ce que l’on est et ce que l’on est pas.

Sur la question enfin, de la tendance à l’homogénéisation même relative des conditions de vie et des modes vie, d’autres recherches ont pu montrer que ni la tertiairisation, ni l’urbanisation ne signifient que nous soyons dans une telle dynamique. Bien au contraire. Ce que l’on nomme la crise économique depuis le début des années 1970 (et qui n’en est pas une manifestement pour tout le monde) donne lieu à une aggravation des inégalités sociales tant entre pays riches et pays pauvres, qu’au sein des pays riches et au sein des pays pauvres. Comme le rappelle la ritournelle des statistiques sur les revenus et les conditions de vie, ces trente dernières années, les classes les plus privilégiées n’ont cessé de creuser l’écart qui les sépare des classes les plus défavorisées.

Somme toute, la question sociale, celle des rapports entre classes sociales restent au cœur de nos so-ciétés… et déterminent plus qu’amplement d’autres domaines comme l’environnement notamment. Comment envisager résoudre par exemple les problèmes environnementaux actuels sans remettre en cause la course au profit, qui conduit certains pétropollueurs à affréter des épaves ambulantes qui viennent régulièrement dégueuler leur mazout sur les plages bretonnes et encore dans ce cas, en parle-t-on et se mobilise-t-on.

Pour le communalisme

L’analyse du municipalisme préconisé par Bookchin nous conduit en définitive à en récuser deux éléments principaux : l’électoralisme et l’interclassisme.

Pour autant, tout ce qu’il dit et tout ce qui nous a permis de développer cette analyse devrait-il nous conduire à conclure que l’idée même d’une action territoriale est absurde ? Assurément non !

Contrairement à ce qu’écrit Murray Bookchin, la structuration en classes de la société reste extrêmement prégnante et les questions socio-économiques centrales, voire déterminantes par rapport à d’autres problèmes notamment en ce qui concerne l’écologie. Vouloir réaliser l’égalité politique et sociale, en écartant la question de l’égalité économique est évidemment un non-sens, tant ces différents termes sont étroitement liés. Toutefois, les choses ne se posent plus dans les mêmes termes qu’autrefois et on ne peut donc continuer à invoquer les mêmes recettes pour y faire face.

Le rapport au travail s’est modifié ces dernières décennies, ce qui ne veut pas dire que les questions économiques se soient estompées. La précarité de l’emploi a également sensiblement transformé nos conditions de travail, de vie et plus globalement remis en cause une certaine forme de stabilité des rapports sociaux. Et cette double évolution a eu des effets sur les possibilités de structuration du prolétariat ainsi que sur les sujets qui lui posent particulièrement question aujourd’hui.

Les syndicats verticaux (d’entreprise), structure traditionnelle d’organisation des salariés, ont du mal à s’adapter aux nouvelles réalités sociales et notamment à l’instabilité d’emploi. Ce n’est évidemment pas un hasard si l’essentiel des syndiqués sont fonctionnaires ou salariés dans des entreprises nationalisées. Ce déclin du syndicalisme vertical n’a, disons-le clairement, rien de réjouissant en soi, car en vis-à-vis les perspectives de nouvelles formes de structuration du prolétariat sont, pour l’heure, bien difficiles à discerner. Il doit de plus être relativisé. Car, en l’état, rien ne dit que nous allions vers un effacement total de cette forme d’organisation à plus ou moins long terme. Car il faut aussi prendre garde à ne pas mésestimer le poids et l’intérêt de cette forme de structure qui, d’une part représente toujours un effectif non négligeable et qui plus est organisé, et d’autre part peut effectivement être d’une redoutable efficacité dans la confrontation avec le patronat.

Ces choses étant précisées, le syndicalisme vertical ou d’entreprise est néanmoins en crise, ce dont ont parfaitement conscience les directions des grandes centrales. Et l’on peut douter avec raison que, dans l’avenir, ces types de syndicat réussissent à redevenir les structures centrales qu’elles furent par le passé, même s’il est clair qu’elles conserveront un poids et un rôle importants. Pour partie, il semble évident que cette perte d’influence est intimement liée au fait qu’il est de plus en plus difficile de s’organiser sur son lieu de travail. Dès lors, le quartier pourrait effectivement devenir un nouveau lieu d’organisation un peu à l’instar des bourses du travail, il y a un siècle. Cette idée est d’autant plus fondée que les classes sociales ont tendance à se regrouper dans les mêmes quartiers et que de ce fait les comités de quartiers pourraient effectivement être des éléments d’organisation sociale relativement opérante.

Mais le syndicalisme est-il uniquement en crise du fait d’une mauvaise adéquation spatiale avec les nouvelles réalités ? On peut en douter au vue des nouveaux types de conflits sociaux qui se développent aujourd’hui et qui tendent à montrer qu’une partie de ce qui fait enjeu désormais dans la société n’est plus obligatoirement liée à l’entreprise proprement dit et résolvable dans une perspective catégorielle, comme le font quotidiennement l’ensemble des syndicats.

La précarité d’une partie croissante de la population a transformé nombre de services publics en dernier filet de sécurité en l’absence de quoi et de qui on ne peut plus vivre décemment. Et les transports collectifs, motifs de la plupart des émeutes de banlieue, et le prix de l’eau qui augmente sans cesse, et les cantines scolaires dont sont exclus tous les enfants dont les parents ne peuvent plus payer, et ces nuisances (autoroute, décharge, station d’épuration…) qui nous polluent l’existence et que l’on place systématiquement du côté des banlieues pauvres… Tous ces sujets sont devenus aujourd’hui centraux, même s’ils ne sont pas les seuls à cristalliser le mécontentement social, même si ce n’est pas autour d’eux que le mouvement social est le plus efficace.

Mais il n’empêche que ce nouveau type d’enjeux, celui des services publics, se pose désormais avec force, qu’il se pose au plan territorial et qu’il ne peut être résolu dans une approche catégorielle ou sectorielle. Ils ne peuvent être abordés que sous un angle global ce qui ne veut pas dire nécessairement radical, comme le montrent nombre de comités de quartier à dominante environnementale. Ces enjeux soulèvent toutefois les liens de causalité existant entre par exemple la dégradation de son environnement, le système capitaliste dans lequel seul le profit et donc la minimisation des coûts comptent, et enfin le système politique où pour une campagne électorale financée en dessous de table, on sacrifie sans vergogne la vie de certains habitants. Dans cette perspective et quelle que soit la radicalité de l’analyse réalisée, l’approche traditionnelle des confédérations syndicales semble relativement inopérante car, il est difficile sinon impossible dans ces domaines de vouloir traiter d’une question sans aborder les causes et les conséquences, comme cela peut être le cas lorsqu’on demande une augmentation de salaire. Quiconque s’est déjà battu, par exemple, autour des questions touchant à la restauration scolaire sait très bien qu’inévitablement il aura à répondre (et donc à réfléchir) sur quelle qualité à quel coût ? peut-on ou non accepter l’exclusion d’enfants dont les parents ne peuvent payer la cantine ? comment raisonne la municipalité ? pourquoi fait-elle ses choix, est-ce justifié ? comment, pour sa part, on aimerait que ça fonctionne ? et donc, comment on voit la question de l’accès, du prix, de la qualité de la nourriture ?

De fait, autant les luttes d’entreprises peuvent se faire au nom de l’intérêt immédiat des travailleurs et sans préjuger de ce qu’ils pensent et veulent sur le fond, autant les luttes territoriales qui ont notamment les services publics comme enjeux centraux sont à haute teneur politique et idéologique, teneur sans laquelle elles ne pourraient d’ailleurs ni mobiliser, ni exister.

C’est en définitive dans cette perspective que la proposition communaliste est posée. C’est dans ce cadre qu’elle doit être entendue.

  • Un communalisme qui se distingue du municipalisme bookchinien, même s’il existe des similitudes, même si des analyses peuvent être partagées.
  • Un communalisme qui se pose clairement dans le champ de la lutte de classes, qui n’entend aucunement réunir en son sein l’exploiteur et l’exploité, l’oppresseur et l’oppressé, mais seulement les seconds contre les premiers.
  • Un communalisme qui tire son nom de la Commune de Paris, pour s’inscrire sans conteste dans une histoire, celle du mouvement ouvrier.
  • Un communalisme qui entend développer tout à la fois la contestation de l’ordre établi et la construction d’un monde nouveau, les luttes urbaines et les alternatives concrètes, notamment en matière de services publics autogérés.
  • Un communalisme qui se fonde sur l’action territoriale, non pour remplacer l’action syndicale mais pour conjointement avec elle tenter de donner un nouvel élan au mouvement social.
  • Un communalisme, qui s’adresse justement non pas aux seuls convaincus, mais à l’ensemble du mouvement social, sans sectarisme, mais sans pour autant mettre ses idées dans sa poche.

Un communalisme enfin, qui a l’honnêteté de reconnaître que son action est éminemment politique car il ne peut en être autrement et qu’en la matière ses convictions sont anarchistes, ses perspectives révolutionnaires et son but le communisme libertaire.

Paul Boino
Fédération Anarchiste
(1) Bookchin, 1988, Une société à refaire, ACL, p.178
(2) Ces syndicalistes « révolutionnaires » se réfèrent ici généralement à l’œuvre de Pierre Besnard. Il convient cependant de souligner que ce dernier, même s’il se contredit souvent dans ses ouvrages et même parfois à l’intérieur de ses ouvrages, même s’il est parfois très flou sur ces questions, n’a jamais écrit que la société future doit être uniquement gérée par les syndicats. Il écrit au contraire qu’elle doit être cogérée par les syndicats et des assemblées territoriales. Par la suite, certaines personnes se réclamant de Besnard ont effectivement pu transformer ses propos en considérant que ces assemblées territoriales ne pouvaient être que les Unions Locales, Départementales et Régionales des syndicats, ce qui revient alors à faire effectivement gérer la société uniquement par les syndicats et par les producteurs en tant que producteurs. Cette perspective, qui est redisons-le celle de certains syndicalistes révolutionnaires et non de P. Besnard proprement dit, exclut effectivement de facto tous ceux et celles qui ne travaillent pas (jeunes, vieux, malades). Cela revient en outre à vouloir faire prendre les décisions de production non en fonction de la demande exprimée et dans le cadre de choix de société parfois fondamentaux (par exemple de l’électricité mais à quel prix social et environnemental, avec ou sans nucléaire ?)… mais en fonction de ce que veulent ou non ceux qui détiennent les moyens de production.
(3) Partiellement seulement, car il manque évidemment la question des fédérations de producteurs.
(4) Voir le communisme libertaire d’Isaac Puente et la motion de la CNT au congrès de Saragosse en 1936.
(5) Pour en rester au cas de la Croix-Rousse et de la candidature Mimmo, il est clair que les groupes d’extrême-gauche ou de gauche ont déjà leur candidat, tout comme les différents courants écologistes, quant aux structures libertaires (Fédération Anarchiste, CNT, squats, etc.), c’est peu dire qu’elles sont hostiles à cette candidature.

source: http://libertaire.pagesperso-orange.fr/archive/2001/236-fev/municipal.htm

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19 février 2011 Posted by | DECROISSANCE, Notre démocratie | , , , , , , , | 7 commentaires

Reportage – simplicite volontaire et decroissance


Décroissance est un terme pour mettre l’économie de marché face à son absurde « croître ou mourir »

16 février 2011 Posted by | DECROISSANCE, webTV | , | Laisser un commentaire

La décroissance, une idée qui fait débat.


Pour alimenter le débat sur la décroissance, (voir ici) un article du monde diplomatique

Avec la crise écologique s’impose peu à peu la nécessité de définir le progrès humain autrement que par le productivisme et la confiance aveugle dans l’avancée des sciences et des techniques. En France, les penseurs et militants de la décroissance, qui prônent un mode de vie plus simple et plus riche de sens, voient ainsi croître leur audience, tant auprès des partis de la gauche antilibérale que parmi le grand public. Ils représentent pourtant des sensibilités politiques et philosophiques très diverses.

Par Eric Dupin

Il fallait voir l’air interloqué de M. François Fillon. Ce 14 octobre 2008, M. Yves Cochet défendait les thèses de la décroissance du haut de la tribune de l’Assemblée nationale. Diagnostiquant une « crise anthropologique », le député Vert de Paris affirmait, sous les exclamations de la droite, que « la recherche de la croissance est désormais antiéconomique, antisociale et antiécologique ». Son appel à une « société de sobriété » n’avait guère de chances d’emporter l’adhésion de l’hémicycle. Toutefois, l’idée provocatrice de « décroissance » avait forcé les portes du débat public.

La récession est passée par là. Bien sûr, la décroissance « n’a rien à voir avec l’inverse arithmétique de la croissance », comme le souligne M. Cochet (1), le seul homme politique français d’envergure à défendre cette idée. La mise en examen de la croissance apparaît toutefois comme une conséquence logique de la double crise économique et écologique qui secoue la planète. Les penseurs de la décroissance sont subitement écoutés d’une oreille plus attentive. « Je suis beaucoup plus sollicité », se réjouit Serge Latouche, l’un de ses pionniers. « Les salles sont pleines dans nos débats », lui fait écho Paul Ariès, un autre intellectuel de référence de ce courant de pensée.

Le mot même de « décroissance » est de plus en plus repris, bien au-delà des cercles restreints de l’écologie radicale. « Au moment où les adeptes de la décroissance voient leur argumentaire conforté par la réalité, y a-t-il une alternative entre la décroissance subie ou non dite, comme l’est la récession actuelle, et la décroissance conduite (2 ? », s’interrogeait, pendant la campagne européenne, Nicolas Hulot, pourtant régulièrement qualifié d’« écotartuffe » par les objecteurs de croissance. Soutien d’Europe Ecologie, l’animateur avouait douter de la « croissance verte » et envisageait plutôt une « croissance sélective doublée d’une décroissance choisie ». « Seule la décroissance sauvera la planète », lâcha même le photographe Yann Arthus-Bertrand, dont le film Home, au demeurant largement financé par le groupe de luxe Pinault-Printemps-Redoute (PPR), semble avoir contribué au succès électoral printanier des écologistes (3).

Certains partisans de la décroissance sont convaincus que la crise actuelle constitue une formidable opportunité pour leur cause. « Que la crise s’aggrave ! », s’exclame Latouche, reprenant le titre d’un ouvrage du banquier repenti François Partant. « C’est une bonne nouvelle : la crise est enfin arrivée, et c’est l’occasion pour l’humanité de se ressaisir (4 », explique ce tenant de la « pédagogie des catastrophes » jadis développée par l’écrivain Denis de Rougemont.

Sans aller aussi loin, M. Cochet estime que c’est en butant sur les limites de la biosphère que l’humanité sera contrainte de devenir raisonnable. « Il n’y aura plus de croissance pour des raisons objectives. La décroissance est notre destin obligé », prévient le député écologiste, « géologue politique et profond matérialiste ». Ne reste alors qu’à espérer que la crise accélère les prises de conscience, et à « préparer la décroissance afin qu’elle soit démocratique et équitable ».

Mais ce point de vue optimiste est loin d’être partagé par tous. « Cette pédagogie des catastrophes, on n’est pas du tout là-dedans », se démarque Vincent Cheynet. Le rédacteur en chef du journal La Décroissance estime que, « si la crise offre une opportunité de s’interroger et de se remettre en cause, elle risque aussi d’engendrer des crispations et des phénomènes de peur ». « Une crise majeure serait la pire des situations », considère-t-il. « La crise est l’occasion de rappeler que la croissance n’est plus possible, mais les gens ont tendance dans ces périodes à se replier sur leurs intérêts particuliers », observe M. Jean-Luc Pasquinet, animateur du Mouvement des objecteurs de croissance (MOC). Ariès pointe, lui aussi, l’ambivalence de la crise : « D’un côté, elle repousse toujours plus loin le sentiment d’urgence écologique : l’heure est à la défense du pouvoir d’achat et des emplois. (…) Mais elle montre aussi que nous avons vécu sur des mensonges depuis des décennies (5). » L’inquiétude le dispute à l’espoir chez ceux qui doutent de voir la récession paver le chemin de la décroissance (lire « Yoga du rire et colliers de nouilles »).

Timide entrée en politique

L’impact nouveau du thème contraste avec la très grande faiblesse des forces politiques qui s’en réclament. Un Parti pour la décroissance (PPLD) a été créé en 2006 par Cheynet, ancien publicitaire et fondateur de l’association Casseurs de pub, pour qui « l’urgence est à la conquête des institutions ». Des querelles de personnes ne lui ont cependant jamais permis d’exister réellement. « Créer un parti politique est très difficile dans des milieux assez anarchisants », soupire Cheynet, qui n’est pas dans les meilleurs termes avec tous les « décroissants ». De nouvelles équipes ont récemment tenté de relancer le PPLD. Tout en affirmant qu’il attire « des gens plus jeunes qui viennent du monde associatif », son porte-parole Vincent Liegey reconnaît : « On tâtonne un peu. » Le PPLD se refuse à revendiquer un quelconque nombre d’adhérents. « On ne veut pas devenir un parti de masse, on ne cherche pas d’adhérents ni d’électeurs », dit curieusement M. Rémy Cardinale, autre porte-parole de ce microparti.

Le MOC, lui, a été lancé en 2007. Il rassemblerait quelque deux cents personnes et une dizaine d’élus locaux dans un réseau très décentralisé. Regroupant des militants plus expérimentés, comme M. Pasquinet, qui a été porte-parole du PPLD, ou M. Christian Sunt, ancien des Amis de la Terre et des Verts, le mouvement se félicite, selon ce dernier, de voir arriver dans ses rangs « beaucoup de femmes et de jeunes ».

Le MOC et le PPLD ont engagé un processus de rapprochement en créant ensemble l’Association des objecteurs de croissance (ADOC-France). Ces deux mouvements se sont présentés aux dernières élections européennes sous l’étiquette Europe Décroissance. Ne disposant d’« aucun moyen » et voulant « faire de la politique autrement », ils n’ont pas déposé de bulletins de vote, demandant à leurs électeurs de les imprimer eux-mêmes à partir de leur site Internet. Le résultat était prévisible : tête de liste en Ile-de-France, M. Pasquinet a obtenu 0,04 % des suffrages exprimés.

Les idées de la décroissance ont un écho sans commune mesure avec ces chiffres. « Je suis contre la création d’un parti, en tout cas c’est prématuré », affirme Latouche. L’audience du mensuel La Décroissance, fondé par Cheynet en 2004, est révélatrice de l’impact de ce courant. Il serait diffusé à vingt mille exemplaires, dont treize mille en kiosques, et pratique un ton polémique dont sont principalement victimes les « écotartuffes » d’un « capitalisme vert » et d’un « développement durable », sévèrement brocardés. Cheynet assume : « Nous sommes dans une logique dissensuelle qui participe à la vivification de la démocratie. »

La revue écologiste Silence, créée en 1982 et diffusée à six mille exemplaires, a publié sans succès, en 1993, un tout premier dossier sur la décroissance, avec des extraits du livre fondateur de l’inventeur du concept, Nicholas Georgescu-Roegen. Il en est allé différemment lors de la seconde tentative, en 2002. Un colloque qui s’est tenu à l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) par l’association La ligne d’horizon – Les amis de François Partant, auquel participaient sept cents personnes dont M. José Bové, Ivan Illich et Latouche, avait fait émerger le concept. Le numéro fut un grand succès ; Silence a consacré ensuite plusieurs livraisons à la déclinaison de ce projet. « La décroissance est peut-être le thème du XXIe siècle, mais je n’en sais rien », tempère Michel Bernard, l’un des animateurs de la revue — basée à Lyon, tout comme La Décroissance.

Depuis 2008, ce courant de pensée dispose même d’une publication intellectuelle de bonne facture. Entropia, « revue d’étude théorique et politique de la décroissance » dirigée par Jean-Claude Besson-Girard, explore avec une louable ouverture d’esprit les nombreux problèmes soulevés par la perspective décroissante (6).

La mouvance entretient des liens, plus ou moins informels, avec toute une série d’organisations. Réseaux antinucléaires ou anti-OGM (organismes génétiquement modifiés), mouvements internationaux Slow Food (7) ou Slow Cities et, bien sûr, toutes les associations antipublicitaires : les militants de la décroissance préfèrent souvent l’action associative concrète. La revue Silence privilégie le récit d’expériences qui préfigurent la société à bâtir. « L’envie de changer les choses passe par la réalisation de solutions alternatives », souligne Guillaume Gamblin, l’un de ses animateurs.

M. Sunt incarne bien ce militantisme ancré dans le concret. Vieux routier de l’écologie politique, ce forestier à la retraite, dont le fils produit des « céréales à l’ancienne », continue à travailler sur la question de la « forêt paysanne de proximité ». Décroissant pratiquant, il vit dans une maison qu’il a construite lui-même avec des matériaux locaux, non reliée au réseau électrique et fonctionnant à l’énergie solaire. M. Sunt se sent chez lui dans les Cévennes, « où des centaines de gens vivent comme cela ». Membre de l’association Habitants de logements éphémères ou mobiles (Halem), il raconte comment, en avril dernier, une manifestation a bloqué la mairie de Saint-Jean-du-Gard, qui avait démonté une yourte installée sans autorisation. « On prend aussi la défense de gens qui vivent dans des mobile homes après avoir été expulsés, souvent des jeunes de la région parisienne », ajoute-t-il. L’association Droit au logement (DAL) a proposé à Halem d’intégrer son conseil d’administration.

Les idées sur la décroissance ne datent pas d’hier. Elles étaient même autrement plus répandues dans les années 1970 qu’aujourd’hui. On se souvient de la bande dessinée joyeusement antiproductiviste de Gébé L’An 01, publiée dès 1970 dans Politique Hebdo (8). Et de son mot d’ordre ô combien subversif : « On arrête tout ». Le mensuel La Gueule ouverte (1972-1980), qui annonçait tout simplement la fin du monde, distillait, au cours de cette décennie, une réflexion décroissante avant l’heure.

Il y a une trentaine d’années, la contestation du productivisme était toutefois limitée à un espace idéologique clos. Elle ne pénétrait pas une gauche encore dominée par le Parti communiste (PC) et par un marxisme naïvement « progressiste ». Si ce courant est plus marginal aujourd’hui, il dialogue aussi plus facilement avec une gauche qui a perdu ses certitudes. Avec la crise environnementale et la remise en question de la valeur travail, l’idée de marier anticapitalisme et antiproductivisme progresse.

« La décroissance exprime, dans un vocabulaire neuf, de vieilles questions posées au mouvement ouvrier, soutient Ariès, qui fut communiste dans sa jeunesse. Moi-même, j’y suis venu par la critique de l’aliénation. Le “droit à la paresse”, “vivre et travailler au pays”, etc. : la gauche n’a pas toujours pris le chemin du productivisme ! »

L’évolution de M. Jean-Luc Mélenchon est symptomatique de l’influence acquise par les idées de la décroissance au sein de la gauche. Issu d’une stricte tradition marxiste, d’abord militant trotskiste tendance lambertiste, puis socialiste, le fondateur du Parti de gauche (PG) salue aujourd’hui la « puissance d’interrogation » des partisans de la décroissance. « Il faut réfléchir autrement à notre mode de vie et se demander, par exemple, si l’on doit aller toujours plus vite », affirme-t-il, avant de critiquer « le productivisme, qui a insinué l’idée que tout ce qui est désirable doit devenir nécessaire ». Il a été rejoint par M. Franck Pupunat, l’animateur du petit groupe Utopia, proche de certaines thèses de la décroissance et qui regroupe des adhérents de plusieurs partis de gauche. Ariès vient également de s’y rallier.

Le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) dialogue lui aussi avec les « décroissants ». Des négociations, qui ont finalement échoué, avaient étudié l’hypothèse de confier à un militant de la décroissance une tête de liste soutenue par le NPA et le PG aux élections européennes dans la région Sud-Est, où ce courant est le mieux implanté. Des représentants des deux formations ont participé au « Contre-Grenelle de l’environnement », qui s’est tenu à Lyon, en mai, pour dénoncer les illusions du « développement durable ».

Paradoxalement, les idées de décroissance ne sont guère plus présentes chez les Verts. M. Cochet se sent très isolé au sein de son parti. Certaines de ses prises de position ne favorisent cependant pas son écoute. En avril 2009, le député écologiste de Paris a choqué en prônant une inversion du montant des prestations familiales à partir du troisième enfant, au motif qu’un nouveau-né aurait « un coût écologique comparable à six cent vingt trajets Paris – New York ». Il s’assume « néomalthusien », même s’il admet que son raisonnement est « peut-être trop scientifique ».

« Vivre mieux avec moins »

Tant la soif de respectabilité des Verts que le poids de leurs élus ont éloigné la formation écologiste de thèses dont ils craignent qu’elles effarouchent les électeurs. Mme Dominique Voynet aurait même envisagé de rebaptiser sa formation Parti du développement durable. En décembre 2008, la motion de congrès des Verts a, pour la première fois, fait référence à la « décroissance », mais en la limitant à la réduction de l’« empreinte écologique ». Le programme des listes Europe Ecologie a repris la même formule, en y ajoutant la diminution de la consommation quantitative de viande. Quant au Parti socialiste (PS), l’absence de curiosité intellectuelle de ses dirigeants semble le protéger de tout contact avec ces idées.

La décroissance est-elle autre chose qu’un slogan ? Ariès parle de « mot obus » destiné à ébranler le productivisme, et Cheynet vante la capacité de ce vocable à « interpeller » la société. Mais la grande faiblesse de cet étendard est de ne rien nous dire sur l’avenir souhaité. Aucun « objecteur de croissance » ne prône une simple diminution de la production dans une société aux équilibres inchangés, diminution qui ne pourrait qu’aggraver la pauvreté. Latouche concède que les moins bien lotis, notamment en Afrique, ont besoin d’une élévation de leur niveau de vie matériel, même s’ils ne doivent pas imiter le mode de vie occidental.

Avant tout, la mouvance est aux prises avec de profondes divergences philosophiques. Cheynet campe sur des positions républicaines et universalistes, tandis que l’africaniste Latouche est un « relativiste culturel » déclaré. « Ma perspective est clairement républicaine, démocratique et humaniste », déclare le patron de La Décroissance, qui s’est engagé chez les centristes dans sa jeunesse. « L’Etat-nation est à la fois dépassé et pas souhaitable », réplique Latouche, qui « n’aime pas le mot “universel” ». Ariès se situe du côté des positions républicaines, tout en travaillant avec les catholiques de gauche de la revue Golias. Pierre Rabhi, figure de la décroissance qui a tenté d’être candidat à l’élection présidentielle de 2002, représente, quant à lui, un courant spiritualiste.

Si cette mouvance est majoritairement ancrée à gauche, sa critique radicale du productivisme peut nourrir des interprétations d’inspirations très différentes. Politiquement, comme le reconnaît Cheynet, cela va « de l’extrême droite à l’extrême gauche ». Le penseur de la Nouvelle Droite, Alain de Benoist, a ainsi publié en 2007 un ouvrage intitulé Demain, la décroissance ! Penser l’écologie jusqu’au bout (e/dite, Paris).

Le rapport à la démocratie divise également. Tout oppose ceux qui veulent investir les institutions et se présenter aux élections, comme Cheynet, à ceux qui privilégient la démocratie directe ou le mandat impératif. « La méfiance envers la démocratie représentative est très forte dans ces milieux », observe le chercheur Fabrice Flipo. « On a besoin d’un renforcement de la démocratie directe, mais aussi de la démocratie représentative », nuance Ariès. Latouche exprime autrement cette ambiguïté. « Je me crois profondément démocrate », affirme-t-il, avant, toutefois, d’ajouter aussitôt : « Je ne sais pas très bien ce que c’est, la démocratie. »

Peu de partisans de la décroissance se risquent à préciser à quoi ressemblerait la société qu’ils appellent de leurs vœux. En 2002, Cheynet s’était toutefois essayé à cet exercice (9). Dans une « économie saine (…), le transport aérien, les véhicules à moteur à explosion seraient condamnés à disparaître (…), remplacés par la marine à voile, le vélo, le train, la traction animale ». On irait également vers « la fin des grandes surfaces au profit des commerces de proximité et des marchés, des produits manufacturés peu chers au profit d’objets produits localement ». Si la relocalisation des productions est partagée par tous les courants de la décroissance, beaucoup avançant même l’idée d’instituer des monnaies locales, tout le monde n’est certainement pas d’accord pour aller aussi loin.

On voit d’ailleurs mal comment un tel programme pourrait convaincre une majorité d’électeurs. Latouche préfère insister sur la méthode d’élaboration d’une « société autonome » aux « 8 R » : « Réévaluer, reconceptualiser, restructurer, redistribuer, relocaliser, réduire, réutiliser, recycler » (10). Tout en rêvant à une société de petites cités fédérées, il plaide en faveur d’arbitrages : « Le compromis à trouver entre l’autonomie, quasi totale mais très frugale, du chasseur-cueilleur et la techno-aliénation non moins quasi totale de nos contemporains est un problème politique. »

Certains objecteurs de croissance évitent ces questions délicates en se réfugiant dans des démarches individuelles de sobriété volontaire. D’autres croient aux vertus exemplaires de l’initiative locale, comme celle des « villes en transition », qui regroupe environ cent trente communes — majoritairement au Royaume-Uni — engagées dans la décroissance énergétique et la relocalisation.

Manque toujours à la décroissance une définition politique positive aussi mobilisatrice que le fut le socialisme en son temps. « On éprouve une difficulté à inventer un nouveau récit pour l’imaginaire collectif », déplore M. Cochet. « Quelle utopie mobilisatrice pour répondre à la question : comment vivre mieux avec moins ? » La formule « Moins de biens, plus de liens » ne suffit sans doute pas. « Elargir la gratuité des biens dont on fait un bon usage et interdire ceux qui relèvent du mauvais usage », préconise Ariès, en précisant que la définition de ces usages sera le produit d’une délibération politique. Il ajoute : « L’objectif est de réduire les inégalités sociales. » De fait, la décroissance toucherait inévitablement d’abord les plus riches, au niveau planétaire comme dans chaque pays.

La question philosophique de la « bonne vie » transparaît en filigrane. A un développement économique dicté par la dynamique propre au progrès technique, il s’agirait de substituer une logique d’arbitrage démocratique. Le philosophe Patrick Viveret, qui s’intéresse aux questionnements fondateurs de la décroissance sans adhérer à ses réponses, refuse l’« interdit de poser le bonheur comme une question politique » au prétexte que les totalitarismes s’y sont risqués : « Si l’on refuse de poser démocratiquement la question du mieux-être, au nom de quoi fonder une pensée critique du mode de développement actuel ? » Libéraux ou socialistes, les progressistes ont en commun de chercher à accroître les richesses matérielles, réduisant la question du bonheur à une affaire privée. Si la finalité de l’organisation des sociétés humaines, confrontées aux limites physiques de la nature, devait échapper à ce présupposé matérialiste, s’ouvrirait alors un vertigineux espace d’indétermination politique.

Eric Dupin.

source:Le monde diplomatique
- « Écofascisme ou écodémocratie », par Serge Latouche (novembre 2005). 

- « Et la décroissance sauvera le Sud… », par Serge Latouche (novembre 2004).

- « Développement ne rime pas forcément avec croissance », par Jean-Marie Harribey (juillet 2004).

- « Pour une société de décroissance », par Serge Latouche (novembre 2003).

- « Que l’économie serve la biosphère », par René Passet (août 1989).

- « Le choix écologique », par Jacques Robin (juillet 1989).

(1) Les citations dépourvues de références sont issues d’entretiens avec l’auteur.

(2) Nicolas Hulot, « L’enjeu crucial des élections européennes », Le Monde, 15 mai 2009.

(3) Michel Guerrin et Nathaniel Herzberg, « Arthus-Bertrand, l’image de marque », Le Monde, 4 juin 2009.

(4) Serge Latouche, « Que la crise s’aggrave ! », Politis, Paris, 13 novembre 2008.

(5) Laure Noualhat, « Rendre la décroissance désirable », interview de Paul Ariès, Libération, Paris, 2 mai 2009.

(6) Pour une critique radicale de ce courant de pensée, cf. notamment les Cahiers marxistes, Bruxelles, n° 235, mai-juin 2007 ; ou encore « La décroissance, un point de vue parfaitement réactionnaire », Lutte de classe, Paris, n° 121, juillet 2009.

(7) Lire « Militants de la gastronomie », par Carlo Petrini, Le Monde diplomatique, août 2006.

(8) Gébé, L’An 01, bande dessinée rééditée par L’Association, Paris, 2004, et film éponyme (avec Jacques Doillon), MK2, 2006.

(9) Bruno Clémentin et Vincent Cheynet, « La décroissance soutenable », Silence, n° 280, Lyon, février 2002.

(10) Serge Latouche, « Pour une société autonome », Entropia, n° 5, Malaucène, automne 2008.

14 février 2011 Posted by | DECROISSANCE, Notre démocratie | , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 commentaires

Sommes-nous prêts pour la décroissance ?


1 – Sommes-nous prêts pour la décroissance ?

Invités :

Hervé Kempf, journaliste au quotidien «Le Monde» et auteur de «L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie». Collection Histoire immédiate aux éditions du Seuil.
→ Blog : http://www.reporterre.net/

Paul Aries, rédacteur du journal «La Décroissance», directeur du journal « Sarkophage » et auteur de «La simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance». Collection «Les empêcheurs de penser en rond», aux éditions La Découverte.

(19:29)

12 février 2011 Posted by | webRADIO | , , , , | Un commentaire

habitat en terre crue


Depuis onze millénaires, l’humanité fait preuve d’une étonnante capacité à bâtir en terre crue, depuis les simples habitations jusqu’aux palais et aux villes entières. Aujourd’hui, dans des contextes et des territoires très variés, ce matériau de construction reste toujours le plus utilisé puisqu’un tiers de la population mondiale vit dans un habitat en pisé, briques d’adobe, torchis, bauge ou blocs comprimés. Modestes ou monumentales, ces architectures sont présentes dans 190 pays : elles témoignent d’une qualité de vie au quotidien et d’innovations techniques qui mêlent étroitement savoir-faire et audace, art et virtuosité. Alors que ces constructions sont régulièrement découvertes ou redécouvertes par les professionnels et le grand public, certains les refusent, les détruisent, voire les interdisent au nom de nouvelles normes de construction pour l’habitat d’aujourd’hui et de demain. Il existe pourtant de multiples réalisations architecturales contemporaines en terre, généralement bâties de façon solidaire, qui sont exemplaires, innovantes et belles. Bien qu’elles répondent complètement à ce que nous souhaitons pour notre temps et pour les générations futures, elles sont aujourd’hui souvent négligées, dévalorisées ou ignorées.

10 février 2011 Posted by | DECROISSANCE, LOGEMENT, résilience, webTV | , , , | Un commentaire

La décroissance, un nouveau romantisme révolutionnaire


Jean-Claude Besson-Girard, directeur de la revue Entropia, explique pourquoi la notion de décroissance est choquante pour l’imaginaire occidental, fondé sur le mythe du progrès. Comprise comme un idéalisme, elle peut revivifier la notion d’utopie.

Vous êtes directeur de la publication d’Entropia, première revue d’étude théorique et politique de la décroissance. Pouvez-vous expliquer ce qu’est la décroissance ?
La décroissance est d’abord une expression provocante. Elle s’oppose directement au dogme quasi religieux de la croissance. Mais, pour commencer à comprendre le sens de cette provocation, il faut aussitôt affirmer que la décroissance n’est pas une idée économique mais relève d’une représentation du monde où l’économie n’aurait plus le dernier mot. Il s’agit de passer d’une société de croissance à une société de décroissance. Pourquoi ? Parce que nous pensons que le mythe de la croissance sans limites sur une planète aux ressources limitées est responsable des cinq crises majeures que rencontre l’humanité. La crise énergétique, liée à l’épuisement et au renchérissement des ressources fossiles et au consumérisme exponentiel ;la crise climatique, parallèle à la réduction de la biodiversité, à la privatisation du vivant et des ressources naturelles ; la crise sociale, inhérente au mode capitaliste de production et de croissance, exacerbée par la mondialisation libérale génératrice d’exclusions au Nord et plus encore au Sud ; la crise culturelle des repères et des valeurs, dont les conséquences psychologiques et sociétales sont visibles en tout domaine ; la crise démographique enfin, qui, se choquant aux quatre précédentes, contribue à ajouter un paramètre complexe à ce qui constitue désormais une crise anthropologique sans précédent.

Tout cela ressemble furieusement à l’an 01 que proposait Gébé dans les années 70… Quoi de neuf depuis ?
Franchement, la contestation de la croissance n’est pas neuve, mais le contexte dans lequel elle réémerge est totalement nouveau, inédit et particulièrement inquiétant. Cette contestation existe depuis le début des années 70. Elle a été menée au niveau international lors du sommet de Stockholm, en 1972, au cours de la première conférence sur l’environnement humain. Déjà, il était question de réconcilier l’impact des activités socioéconomiques humaines et l’environnement. Sur un plan national, l’embryon de la contestation s’était cristallisé autour de la lutte antinucléaire. La bande à Fournier, qui écrivait dans la Gueule ouverte, avait proposé un «on s’arrête et on réfléchit», mais, en une paire d’années, tout a sombré. Ensuite, le premier choc pétrolier survenu en 1973 et les premiers taux de chômage inquiétants ont eu raison de l’allant. Aujourd’hui, on peut reprendre ce que l’an 01 avait proposé, mais avec plus de force. Les «objecteurs de croissance» réfléchissent, mais, pour l’heure, leur poids social et politique est insignifiant au regard de l’opinion comme des décideurs. N’oublions pas que presque personne n’avait entendu parler de cet «ovni politique» il y a quatre ans. C’est, quoi qu’on en pense, le bimensuel la Décroissance, publié par l’association Casseurs de pub, qui a opéré la percée médiatique que l’on sait [10 000 exemplaires tous les deux mois, ndlr].

Pourquoi la décroissance s’oppose-t-elle viscéralement au développement durable ?
La société de croissance n’est pas soutenable, et le «développement durable» n’est qu’un gadget à ranger sur le rayon des tartes à la crème. Ce n’est pas l’adjectif «durable» ou «soutenable» qui est en cause, mais la notion même de développement. C’est évidemment sur ce point que la notion de décroissance est extrêmement choquante puisqu’elle sous-entend qu’il y aurait un «au-delà du développement», idée presque impensable qui remet en question tout l’imaginaire occidental, fondé sur une croyance aveugle dans le mythe du progrès depuis plus de deux siècles.
N’existe-t-il pas un mot moins violent comme décélération, équilibre, harmonie… La décroissance a un côté négatif, du style «retour à la bougie»… Ne pensez-vous pas que le mot est déjà rebutant ?
Rebutant pour qui ? Certainement pas pour tout le monde. Les plus jeunes, en particulier, ont parfaitement compris que «plus» ne voulait pas dire systématiquement «mieux». L’addition des effets négatifs de la croissance tend à inverser le jugement porté sur elle. Quant à ce que certains nomment une «décélération» de la croissance, nous considérons que, cette proposition restant dans la logique et l’imaginaire de la croissance, elle n’est pas à la hauteur puisque c’est cet imaginaire qui doit être abandonné. Nous pensons aussi qu’il fallait une expression choquante comme la «décroissance» pour réveiller l’opinion de la torpeur qui l’anesthésie. Alors nous la gardons !

L’idée de décroissance n’est-elle pas une idée de pays riche et développé ? Comment inciter les Chinois, les Indiens et les Ethiopiens à entrer en décroissance ?
Il est préférable, à mon sens, de parler de pays enrichis et de pays appauvris. Ce qui permet de parler de processus historique, et non pas de fatalité. Par ailleurs, ne confondons pas pauvreté et misère. Il serait parfaitement obscène de parler de décroissance à ceux qui meurent de faim, comme en Ethiopie ou au Darfour. Mais il est de notre devoir de leur expliquer pourquoi ils sont dans cette inhumaine situation. Et l’on retombe sur les contradictions et les injustices qu’engendre le modèle dominant. Quant aux Chinois et aux Indiens, il est prévisible que la «surchauffe» de leurs économies rencontre un seuil «d’insoutenabilité» dont les populations auront à choisir d’en être les victimes ou de s’en libérer. Nous avons le devoir de les aider à choisir le second terme de l’alternative.

Les catastrophes à répétition à venir ne sont-elles pas le meilleur élément incitatif pour entrer dans la décroissance ?
Que les victimes de ces catastrophes me pardonnent, mais il est incontestable que Katrina en Louisiane et la canicule de l’été 2003 ont davantage contribué à se poser des questions sur le modèle dominant que les quelques livres écrits par ceux qui, depuis longtemps, alertent l’opinion sur l’«insoutenabilité» de ce modèle. Mais vous le savez comme moi : on y pense et l’on oublie ! Quant à «entrer en décroissance», il faudra une dissidence collective pour peser sur les décisions politiques de ceux qui nous gouvernent.

Comment entrer volontairement dans la décroissance ?
Pour «entrer volontairement en décroissance», il y a plusieurs étapes et plusieurs niveaux. La première étape est celle de la prise de conscience de notre commune situation. Nous n’avons qu’une seule planète. Le récent rapport Stern, qui chiffre à plus de 5 000 milliards de dollars les effets du réchauffement climatique, et le film d’Al Gore, Une vérité qui dérange, peuvent incontestablement contribuer à nous ouvrir les yeux. La seconde étape est celle du passage à l’acte, de l’engagement. Le premier niveau est individuel et consiste pour l’essentiel à réduire notre «empreinte écologique», c’est-à-dire notre pression sur les ressources naturelles. Ce niveau est nécessaire mais non suffisant. Le second niveau est politique, au sens le plus large de la recherche du bien commun intégrant toutes les dimensions du projet d’une société de décroissance. Il est bien sûr préférable que la démarche soit volontaire et démocratique plutôt que soumise à une contrainte !

Comment organiser les politiques publiques autour de cette idée ? Quelles sont les pistes de réflexion à défricher ?
Localement et sur le terrain concret, de nombreux «objecteurs de croissance» sont à la tâche pour faire avancer cette idée. Nous avons, pour ne prendre qu’un seul exemple, contribué, avec d’autres, au fait que le gouvernement actuel ait renoncé au doublement de l’autoroute A7 dans la vallée de Rhône. C’est un petit premier pas symbolique et réel vers le «moins», donc vers la décroissance. Dans le domaine agricole, il faudrait rompre avec les filières verticales de production et de consommation, donc combattre la grande distribution, organiser la production et la consommation alimentaire à des petites échelles de territoire. En d’autres termes, il s’agit de relocaliser l’économie. Cette réorientation tend à la réduction drastique des frais de transport tout en restaurant l’agriculture paysanne, plus soucieuse d’aménager la terre que le territoire. Dans certaines régions, on revient à l’esprit des premières coopératives agricoles des années 30. En matière foncière, il faut taxer significativement la spéculation. Beaucoup d’initiatives vont déjà dans ce sens. Dans le domaine de l’information, on prône une forte pénalisation des dépenses de publicité. Tant que dans le domaine de l’économie générale on n’intègre pas les coûts externes des marchandises industrielles – comme par exemple les coûts écologiques ou sociaux – ,on obtient un rapport faussé à la réalité des richesses.

La décroissance est dans l’air du temps. Intimement, on prend conscience qu’on ne peut pas continuer «comme ça», sur l’épuisement des ressources naturelles, des écosystèmes desquels nous dépendons. Mais comment penser collectivement cette idée ? De tout temps, nos sociétés sont allées vers le plus, le progrès ; comment détricoter cela ?
J’aime bien cette métaphore du «détricotage». Quand on détricote, ce n’est pas pour jeter la laine, c’est pour faire autre chose avec elle, plus utile et de préférence plus beau. Mais passer du doux bruissement des aiguilles à tricoter à une intelligence collective «nous invitant à changer de ligne de conduite afin de s’adapter à des circonstances nouvelles» ne va pas de soi. C’est un rapport de force des idées et des choix politiques. Mais il est inexact de penser que «nos sociétés, de tout temps, sont allées vers le plus, le progrès». Les concepts de croissance et de développement sont très récents. Détricotons-les, mais ne croyons pas qu’au passage nous ne serons pas obligés de remettre sérieusement en question nos modes de vie et notre confort excessif. Encore une fois, je parle ici de ceux qui ont trop, et non pas de ceux qui n’ont rien. Nous étions naguère beaucoup plus conscients de la notion de limite et d’échelle, en particulier dans nos rapports à la nature. Il est faux de penser que l’idée de décroissance nie la notion de progrès. Elle condamne le mythe du progrès, ce qui est bien différent. Nous avons encore d’immenses progrès de conscience à réaliser concrètement.

Dans Entropia, vous plaidez personnellement pour un romantisme révolutionnaire. La décroissance est-elle l’utopie du XXIe siècle ?
La décroissance n’est certainement pas un nouveau dogme idéologique, fourni clés en main à une humanité désorientée par les échecs du socialisme et du capitalisme. Elle est fondée sur une autre représentation du monde. Je pense en effet qu’elle se rattache à ce que l’histoire a retenu sous le nom de «romantisme révolutionnaire», une sensibilité singulière qui relie des penseurs comme Michelet, Fourier, Marx, Engels, Ernst Bloch, Georges Bataille, Walter Benjamin, Henri Lefebvre, l’expressionnisme, le surréalisme et les situationnistes. Il est possible d’en résumer l’essentiel de la manière suivante : le dépassement de la banalisation utilitaire dans l’usage du monde n’est possible qu’à travers une nouvelle culture capable de réintégrer l’imagination poétique au sein des activités et des orientations humaines. Cette élévation est seule en mesure de réveiller un authentique sens commun. Le romantisme s’insurge contre la mécanisation, la réification, la rationalisation abstraite et la quantification des rapports sociaux. Comprise comme un idéalisme objectif, la très jeune idée de décroissance peut revivifier la notion d’utopie dévoyée par les monstruosités du siècle précédent. Mais, en même temps, il ne faut se faire aucune illusion, le chemin sera rude – ce qui ne veut pas dire triste, car la décroissance nous invite à un usage de l’espace et du temps porteur d’une «éthique du partage, de la justice et de la fraternité».

Né en 1938, Jean-Claude Besson-Girard est peintre autodidacte. Il a théorisé et pratiqué la décroissance en animant une communauté paysanne dans les années 70 dans les Cévennes. Il a tenté de mettre en cohérence sa pratique et ses convictions tout au long de sa vie. Dans son ouvrage Decrescendo Cantabile, il se livre à une interprétation de la décroissance à travers l’esthétique et la culture. Il dirige actuellement la revue Entropia.

Lire l’article sur Libé

23 janvier 2011 Posted by | DECROISSANCE | , , | Laisser un commentaire

Claude Bourguignon – Extrait 2 «Sous les pavés, la Terre»


Extrait de « Sous les pavés, la Terre », un documentaire environnementaliste de Thierry Kruger et Pablo Girault

Claude Lydia BOURGUIGNON, mort des sols = mort des hommes !


12 janvier 2011 Posted by | Agriculture vivrière, Alimentation, webTV | , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Simplicité volontaire et décroissance


27 décembre 2010 Posted by | Non classé | , | Laisser un commentaire

Pierre Rabhi et la décroissance


Pierre Rabhi un pionner de l’Agroécologie, une démarche consistant à développer l’agriculture tout en protégeant l’environnement,une approche globale impliquant la reconnaissance des savoirs et savoir-faire paysans ainsi qu’une nouvelle relation de l’homme avec la terre.

27 décembre 2010 Posted by | webTV | , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Quelle différence entre Décroissance et Objection de croissance ?


– A première vue, il n’y aurait là qu’une querelle de mots qui aurait du être depuis longtemps tranchée entre, d’un côté, l’élégance d’une expression-référence à la résistance des « objecteurs de conscience » et de l’autre un mot malheureux tant par son préfixe – « dé- » aurait une connotation seulement négative – que par sa racine – on en resterait encore à une définition-révérence par rapport à la « croissance ».

– Répondons d’abord qu’il y a de très beaux mots – et de très belles pratiques associées – qui commencent par ce préfixe : par exemple, je préfère « débattre » que me « battre ».

– Et même dans le négatif du « dé- » de décroissance, il y a l’idée que les décroissants savent plus facilement ce qu’il ne faudrait pas faire  que ce qu’il faudrait faire. Et en effet, nous savons quel monde nous ne voulons pas/plus ; pour autant, pour les mondes que nous voulons, les expérimentations et les discussion sont ouvertes…

– Continuons en répondant à ceux qui jugent que le mot n’est ni « séduisant » ni « attractif » que le but des « décroissants » n’est peut-être ni la séduction ni l’attraction.

– Quant à lui ajouter un qualificatif « soutenable », « sereine », « conviviale », il n’y a là en fait qu’une astuce qui ne fait que reculer d’un pas la question. Car une fois ces adjectifs validés, il faut bien en venir à se demander à quoi ils se rapportent, bref reposer la question de la décroissance en tant que telle.

– C’est vers 1970, quand l’empreinte écologique tenait encore sur une seule planète, qu’il aurait peut-être été pertinent de refuser le terme de « décroissance ». Mais aujourd’hui les seuils sont largement dépassés et la question qu’il faut se poser, c’est bien celle de la transition vers une société dans laquelle il redeviendra possible de seulement objecter à la croissance. Si les « décroissants » veulent un retour en arrière, c’est celui-là : retrouver une époque où il redeviendra sensé d’objecter.

– En attendant, il faut bien poser la question qui fâche : celle de la transition vers une société socialement juste, écologiquement responsable, humainement décente, politiquement démocratique. A condition que cette « transition » soit « volontaire », elle est la « décroissance ».

– Au niveau mondial, la décroissance signifie très clairement une réduction de l’empreinte écologique totale (l’empreinte carbone incluse).

– Dans les pays dits « riches », où l’empreinte écologique par personne est supérieure au niveau mondial acceptable, la décroissance signifie pour les plus riches une décroissance de leurs revenus, de leur niveau de vie… Il s’agit vraiment de « décarbonner » l’économie et de réaliser la décroissance de toutes les productions et detoutes les consommations qui dépassent les seuils de soutenabilité

– Et partout où domine la pauvreté, la décroissance signifie une décroissance des inégalités. Rien qu’en « étêtant » les plus hauts revenus, il y a déjà largement de quoi assurer un revenu décent à tous.

16 décembre 2010 Posted by | DECROISSANCE | , , | Laisser un commentaire

Ivan Illich est-il un précurseur de la décroissance ?


Ecoutez l'émission 39 minutes

France culture22.09.2010 – 18:20

« Dans les lointaines années 1970, un essayiste, un pamphlétaire, un lanceur d’idées et surtout un critique de la société industrielle travaillait dans une sorte de cabane dans un village paysan du Mexique et en sortait, une ou deux fois l’an, pour faire le tour du monde… » Ainsi commence le dossier que la revue Esprit consacre ce mois-ci à un auteur qu’elle a toujours suivi : Ivan Illich. Ivan Illich l’inclassable, né en 1926 à Vienne et mort en Allemagne il y a 8 ans, connu pour ses pamphlets écrits à Cuernavaca où il s’était installé dans les années 60, et où il animait le fameux CIDOC, centre interculturel de formation. Relayée en France par les amis que furent André Gorz et Jean-Pierre Dupuy, on résume souvent sa pensée par un adage scolastique qu’il affectionnait : « la corruption du meilleur  engendre le pire ». Illich fut en effet le premier à nous mettre en garde sur la portée de l’institution : dépassé un certain seuil, ses effets positifs peuvent s’inverser…La voiture finit par paralyser,  la médecine par rendre malade, et l’école ignorant.

Dans son dernier livre, l’économiste Serge Latouche, l’un des pionniers en France de la théorie de la décroissance, fait d’Ivan Illich un précurseur : bien qu’il n’ait jamais employé le mot même de « décroissance », affleurent constamment dans son œuvre des thèmes apparentés comme l’autolimitation des besoins, la contre-productivité ou l’insoutenabilité de notre mode de vie. Pourtant sans doute par horreur de l’esprit de système, Illich n’a jamais cherché à offrir un projet alternatif. C’est même précisément quand il a parlé de la croissance qu’Illich a manié trop rapidement, au goût de l’économiste Denis Clerc, son concept de contre-productivité. Il n’est pas certain que la croissance s’arrête d’elle-même, comme il l’avait écrit dans les années 1970.

Invité(s) :
Serge Latouche, professeur émérite d’économie à l’Université d’Orsay Objecteur de croissance
Denis Clerc (au téléphone), economiste Conseiller de la rédaction d’Alternatives économiques
Marc Guillaume, economiste Professeur à l’Université Paris-Dauphine

Thème(s) : Information| Idées| Décroissance

13 décembre 2010 Posted by | DECROISSANCE, webRADIO | , | Laisser un commentaire

   

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