Aquitaine décroissance

vers une démocratie générale

Barcelone indignée se réapproprie le pouvoir !


Ada Colau. crédit photo: alencontre.org

Ada Colau. crédit photo: alencontre.org

Oui l’élection d’Ada Colau à Barcelone est bien un tsunami politique !

Plus proches des zadistes et des décroissants que de nos « fronts de gauche » productivistes et centralisateurs , les Indignés sont de retour avec des listes militantes hors partis. Suite a l’expérience fantastique de réappropriation populaire de la démocratie avec le mouvement du 15 Mayo , Ada Colau s’investit dans la plateforme contre les expulsions immobilières (PAH). Cette mobilisation stoppera 550 processus d’expulsion .

Le pays en proie à la crise voit de plus en plus de personnes expulsées par les banques de leurs logements . Chaque jours les militants de l’association vont se confronter aux forces de police et bloquer des expulsions . C’est dans cet engagement radical que va se consolider la volonté de changements concrets , la volonté d’une alternative à un système politique coupé de la population , de ses réels besoins et aspirations , à une « caste » qui ne représente que ses propres intérêts .

Cette fois-ci les stratégies de fabrique de l’insécurité, les politiques de la peur ont échouées.

« Le désir de changement a vaincu la campagne de la peur, de la résignation, et avec ça, c’est nous tous qui gagnons, surtout Barcelone. »

Contre la politique de l’angoisse et de la peur : l’espoir et l’engagement de chacun.e
« Le message le plus important du PAH’S est que les petites gens (le peuple), s’ils sont organisés et s’aident, déplacent des montagnes et réalisent les choses qui  semblaient impossibles. »
La politique n’est pas une affaire d’experts , ni d’hommes (ou de femme) providentielles , contrairement à ce que ce système veut que nous pensions , c’est une question d’organisation et d’actions communes au jour le jour.
Ainsi , refusant toute affiliation à un parti, mais se fédérant en une plateforme, «Barcelona en comú», cette militante contre les expulsions , qui a ouvert et vécu dans des squats, a refusé de laisser des logements vides alors que de nombreuses personnes se retrouvaient à la rue.
Ce qui est légal n’est pas forcement légitime … et inversement.
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Ce qui est légal n’est pas forcement légitime et inversement

Un  changement « irréversible ».

« Nous aurions aimé que l’usure des vieux partis soit plus rapide, » a avoué Pablo Iglesias, mais cette victoire de « Davis contre Goliath  » ouvre des champs nouveaux à la pratique d’une politique citoyenne de terrain .

La fin du bipartisme …

« Qu’ils s’en aillent tous! » ,« Ils ne nous représentent pas! » entendait-on sur la place de Catalogne, au cœur de Barcelone, il a 4 ans .

La liste «Barcelone en commun», qui regroupe plusieurs formations de la gauche radicale sort de l’impasse des ambitions de partis et reprend la voix que ceux-ci ont confisqué pour la rendre aux « sans » (-emploi, -papiers,- logements,- dents? ) .

« Sans pouvoir médiatique, économique, judiciaire, nous avons démontré que l’on peut faire les choses autrement et (…) que le rêve et l’espoir peuvent l’emporter, » déclare Ada Colau,

Les habitant.es des quartiers populaires sont retourné.es aux urnes, jusqu’alors méprisées, voyant dans cette coalition de militants de terrain une réelle alternative aux partis traditionnels, « la CASTE » comme on les nomment ici .

D’où cette très forte hausse de la participation dans les quartiers populaires de Madrid et Barcelone.

…et  de la politique « comme papa « : changer les règles du jeu
« Une révolution démocratique balaie le pays qui vise, non seulement donner un coup de pied à la mafia de nos institutions, mais aussi à changer les règles du jeu pour que ceci ne puisse jamais arriver de nouveau.
Guanyem Barcelona a approuvé un code d’éthique politique qui limite des salaires, mais il traite aussi de beaucoup d’autres questions.
Il inclut 25 mesures concrètes groupées dans trois domaines  » :
  • l’audit et la responsabilité,
  • le financement et la transparence 
  • des mesures pour aborder la corruption et la professionnalisation excessive de politique.

http://adacolau.cat/en/post/making-democratic-revolution-happen

Refus du consumérisme , pragmatisme et décroissance
La décroissance est à l’ordre du jour de partis politiques comme Equo (les verts) et le parti Candidatura d’Unitat Popular (CUP), ainsi que de Podemos.
« Je vis de peu , je ne considère pas ça comme un renoncement : je ne possède ni voiture , ni propriétés , ni d’envies de luxe .
J’ai réalisé que moins c’est mieux. Ce qui me satisfait , c’est le partage d’expériences avec les autres notamment grâce à l’association. C’est mille fois plus satisfaisant de vivre avec moins que de faire partie de cette société de consommation qui promet le bonheur et en fin de compte vous fait vous sentir solitaire, faible et malheureuse. »
Ada Colau
Les premières mesures:

– stopper les expulsions dans la ville ;

-convertir les appartements vides en logements sociaux ;

-réduire les prix de l’eau, du gaz, de l’électricité ;

– lancer un revenu mensuel minimal de 600 euros pour les familles pauvres.

Ne comptons que sur nous même, chacun.e compte !

Les partis de la gauche française ne feront peut être pas de grandes déclarations sur cette victoire hautement symbolique et pour cause , ils sont violemment remis en cause .

Les défenseurs des droits sociaux ne sont pas des politiciens professionnels mais bel et bien les citoyens eux même .

Barcelone vient de nous expliquer que la politique est une chose bien trop quotidienne pour être confiées à des partis.

Oui , nous pouvons, nous avons le pouvoir ! Vive la démocratie réelle à l’œuvre et à venir!

Liens :

WZ/A.Décroissance

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Articles liés :

 

 

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25 mai 2015 Posted by | Désobéissance civile, DECROISSANCE, Notre démocratie | , , , , | Laisser un commentaire

A propos du vote obligatoire (par Jean Petit)


Le 15 avril dernier, Monsieur Claude Bartolone, président « socialiste » de l’Assemblée Nationale révélait à la presse le rapport, commandité par le président Hollande, « Engagement citoyen et appartenance républicaine »1. Parmi les éléments de proposition figure la possibilité de rendre le vote obligatoire à toutes les élections.

Et pour cause, les faits sont là : 56,5 % d’abstention aux Européennes de mai 2014, 53,64 % aux élections régionales de mars 2010, 39 % d’abstention encore aux municipales de 2014. Seule l’élection présidentielle de 2012 tire son épingle du jeu avec un taux d’abstention à 20 %. Précisons que ces chiffres ne prennent pas en compte les personnes non-inscrites sur les listes électorales, qui représentent 7 % du corps électoral potentiel.

Autrement dit, la légitimité des « représentants » est très faible.

Le modèle représentatif menace de s’écrouler définitivement, et par là même, les pouvoirs et les positions dominantes des élus actuellement en place.

Face à ce désaveu, certains dirigeants préfèrent stigmatiser une partie de la population pour son manque supposé de « conscience citoyenne », plutôt que se remettre en cause. Car la disgrâce électorale est la conséquence logique d’un système au service des puissances financières, bien plus que de l’intérêt général.

Ainsi, pour prendre quelques exemples, François Hollande se fait élire pour combattre la finance puis il conduit une politique exactement inverse ; le résultat du référendum sur le TCE (2005) a été piétiné sous la présidence Sarkozy ; l’Union Européenne autorise l’importation et la commercialisation de 19 OGM tandis que les populations y sont hostiles ; le gouvernement met en place un système de surveillance généralisé tandis qu’il peine à tenir ses promesses de campagne, comme la fermeture de Fessenheim. Pour reprendre les mots de Claude Bartolone, « la démocratie, ça s’entretient ».

En outre, le comportement du président et de son premier ministre sont un appel permanent à l’abstention. Après plusieurs défaites électorales très lourdes, ils répètent à l’envie qu’ils ne changeront pas de politique. Dès lors, à quoi bon aller voter, si cela ne change rien. Pourquoi prendre la peine de se déplacer pour exprimer son désaccord sachant, par avance, qu’il ne sera pas entendu. Il faut donc s’armer d’une bonne dose de cynisme et de mépris pour faire la morale au bon peuple pour son manque de « conscience civique ».

Pour « refonder le lien civique », il existe de nombreuses possibilités qui, curieusement, ne sont pas évoquées dans le rapport Bartolone. Que l’on pense à la révocabilité des mandats, procédure permettant de défaire un élu conduisant une politique inverse à celle qui l’a porté aux responsabilités. Pourquoi, par ailleurs, ne pas interdire le cumul des mandats ? En 2008, d’après le New York Times, 85 % des parlementaires français exerçaient un second mandat électif, contre moins de 20 % en Allemagne, en Italie ou au Royaume-Uni2. Cela créerait des espaces et permettrait à de nombreux citoyens de s’investir dans les affaires publiques. On pourrait également instaurer le vote à la proportionnelle intégrale. Ainsi, les différents conseils représentatifs seraient fidèles aux choix réels de l’électorat. Mais ces hypothèses supposent que les élus en poste votent des lois qui restreignent leur pouvoir. On mesure ici les limites de la démocratie « représentative ».

le problème n’est pas de relégitimer les institutions existantes, mais de les modifier.

La proposition du vote obligatoire vise, précisément, à masquer ces limites en opérant une mystification. Car derrière les notions qui rassemblent une grande partie de l’opinion (« engagement citoyen », « appartenance républicaine », « civisme », « démocratie », etc.), le rapport Bartolone ambitionne de redonner de la légitimité aux élus. Or, le problème n’est pas de relégitimer les institutions existantes, mais de les modifier. Il faut instaurer des dispositifs de médiation permettant au peuple d’exercer réellement sa souveraineté, sur le plan local comme national. En définitive, la volonté de rendre le vote obligatoire traduit le souhait des dirigeants de mener les mêmes « réformes » libérales et productivistes avec, en plus, la bénédiction artificielle de la population.

2 mai 2015 Posted by | Notre démocratie | , , , | 3 commentaires

L’impossible référendum sur le nucléaire français.


arret nucleaire

La sortie du nucléaire c’est maintenant ou jamais !

Nous sommes en ce début d’année 2015, à un point de bascule dans l’histoire du nucléaire français. La quasi totalité des réacteurs sont en bout de course et n’ont jamais été aussi peu fiables. La société est tout à fait consciente des risques du nucléaire ( Tchernobyl , Fukushima, dangerosité à très long terme des entrepôts de déchets, catastrophes naturelles, terrorisme…) et il est évident pour tous que l’on doit les fermer d’urgence, si possible avant un accident majeur. Alors que le nucléaire est en déclin partout dans le monde, étranglé par ses coûts et des risques trop élevés

La ministre de l’écologie Mme Royale a d’ailleurs (à la suite de l’Autorité de sûreté nucléaire -ASN- ) déclaré que l’on ne pouvait plus prolonger la durée de vie de réacteurs ayant déjà dépassé leurs limites, depuis pour certains plus d’une dizaine d’années, et bien trop souvent frôlé la catastrophe comme à Bordeaux en 1999 ; où les riverains se souviennent encore du goût des comprimés d’iode: voir L’inquiétante centrale nucléaire de Blaye  et  Blaye 99: retour sur un accident nucléaire majeur.

Face à cette urgence la ministre déclare de façon autoritaire qu’il n’y a pas de polémiques possibles et que nous allons reconstruire 40? réacteurs neufs. Ségolène Royal taxant par ailleurs d’ « idéologique » la mise en place d’un âge limite pour les réacteurs.

Un bel exemple de démocratie « participative » chère à cette personne qui n’avait à la bouche que les mots « démocratie participative » en période électorale. On en conviendra: on nous prend pour des abrutis. (Ségolène Royal,  lors de la primaire socialiste en 2011 déclarait vouloir une sortie du nucléaire.)

Pas de polémiques mais une concertation citoyenne sur l’avenir de cette forme de production d’énergie en déclin.

Qu’elle se rassure, la filière nucléaire ne va pas disparaître puisque le problème des déchets n’est pas résolu et ne peut être résolu par la technique de la cocotte minute en projet à Bure, dont la ZAD ne devrait pas tarder à apparaître.

sortir du nucleaire

mais la question est :

un referendum sur le nucléaire est-il POSSIBLE en France?

En Autriche, la décision de sortie du nucléaire avait été prise par referendum en 1978, décision suivie d’une autre première mondiale, la « Loi interdisant la fission nucléaire à des fins énergétiques ».. par exemple. Les Autrichiens ont inscrit depuis (en 1999) le renoncement à l’énergie nucléaire dans leur Constitution.

En France, c’est plus compliqué. La France est un des pays de type démocratie représentative qui dispose le moins d’outils de démocratie directe ou de démocratie tout court si l’on considère que la démocratie est forcement l’expression directe de la volonté du peuple.

Le referendum en France est prévu essentiellement pour la modification de la constitution. En 2005, par exemple, les Français ont rejeté le Traité établissant une Constitution pour l’Europe proposé au référendum par le président. Malgré cela, la ratification d’un traité semblable a été autorisée par la voie parlementaire le 8 février 2008. cas d’école de « déni de démocratie »

L’initiative populaire en matière législative, régulièrement envisagée est restée lettre morte à ce jour.

Il semble donc qu’aucun outil de démocratie directe ne soit utilisable!

La réforme de 2008 n’introduit qu’un « référendum d’initiative partagée »

Le fumeux « référendum d’initiative partagée »

C’est l’article 11 de la Constitution qui indique notamment qu’« un référendum portant sur un objet mentionné au premier alinéa peut être organisé à l’initiative d’un cinquième des membres du Parlement, soutenue par un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales ».

Où sont donc les démocrates ?

En 2007, S.ROYAL, après des centaines de rencontres avec les citoyens, en dressait le bilan sur son site « Désirs d’avenir »  en présentant plus de cent propositions.
On pouvait y lire cette description même du référendum d’initiative citoyenne :

« Les citoyens veulent prendre la parole plus souvent et plus directement pour décider eux-mêmes (…)  »

– En juillet 2008, lors de la discussion de la réforme de la Constitution, Delphine Batho à qui S.ROYAL avait légué sa circonscription législative, n’a pas déposé d’amendement en faveur du référendum d’initiative populaire, les autres députés PS -PC -Verts- non plus d’ailleurs.

« Nous avons maintenant en droit français un référendum d’initiative populaire »

La simple lecture de l’article 11 prouve le contraire.

On comprend bien que dans un référendum d’initiative populaire , d’une part l’initiative de la consultation appartient aux citoyens qui fixent le contenu de la proposition et que d’autre part  la proposition est soumise au peuple qui décide (si le seuil de signatures est atteint).

Or dans la procédure décrite dans l’article 11, d’une part, l’initiative n’appartient pas aux citoyens mais à 20% de Parlementaires qui doivent commencer par déposer une proposition de loi soumise ensuite au Conseil constitutionnel. Les citoyens n’interviennent qu’après.

Ils n’ont donc pas l’Initiative , ils ne sont pas les premiers et ne sont pas maîtres de la proposition.

D’autre part, même si les 4,5 millions de signatures sont réunis, la proposition de loi parlementaire n’est pas soumise aux citoyens, mais au Parlement !

Et selon l’article 11, ce n’est que :

« Si la proposition de loi n’a pas été examinée par les deux assemblées dans un délai fixé par la loi organique, le Président de la République la soumet au référendum. »

Or, on ne voit vraiment pas pourquoi le gouvernement et sa majorité ne mettraient pas la proposition à l’ordre du jour des deux chambres alors que -même sans vote- cela écarte définitivement le référendum !

On voit aujourd’hui, dans l’urgence des fermetures des réacteurs, que les décisions qui engagent la santé des citoyens, de leurs enfants, de leurs petits-enfants et de leur environnement nécessitent une démocratie réelle exprimant la volonté de la population concernée et non celle d’oligarques liés à d’obscurs lobbies ou autres agendas politiques.  Nous ne pouvons donc pas, nous peuple souverain, prendre part à une belle concertation populaire et démocratique sur l’avenir du nucléaire « civil » en France. Non, nous ne pouvons qu’écrire notre indignation sur des blogs (pour combien de temps encore ?).

Pourrions-nous compter sur un sursaut ou même une manœuvre électorale des partis EELV, FG,  PC et des « frondeurs du PS » qui lorgnent actuellement vers les résultats de la coalition keynésienne Siriza? Rien n’est moins sûr…

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22 janvier 2015 Posted by | ENERGIE, Non classé, Notre démocratie | , , , | Un commentaire

Devant, et sur les flancs. Lettre un peu péremptoire mais amicale au mouvement zadiste.


30 décembre 2014 Posted by | Désobéissance civile, DECROISSANCE, Notre démocratie | , | Un commentaire

La Société contre l’État (pdf) de Pierre Clastres


Pierre Clastres
Pierre Clastres.
Philosophe de formation, anthropologue et ethnologue au CNRS puis directeur d’études à la
cinquième section de l’École Pratique des Hautes Études, spécialiste des indiens d’Amérique.
Dans son œuvre la plus reconnue, « La Société contre l’Éta », dont nous rééditons la conclusion, Pierre
Clastres critique à la fois les notions évolutionniste, qui voudrait que l’État organisé soit la finalité de toute
société, et rousseauiste, de l’innocence naturelle de l’homme.
On retiendra sa thèse principale : les sociétés dites « primitives » ne sont pas des sociétés qui
n’auraient pas encore découvert le pouvoir et l’État, mais au contraire des
sociétés construites pour éviter que l’État n’apparaisse.
Trop souvent la société « moderne », la société industrielle et technicienne, est considérée comme l’aboutissement
de l’organisation sociale ou, pour les plus modérés, un stade plus évolué par lesquelles
devront passer les sociétés dite primitives. Il n’en est rien, et Pierre Clastres nous le démontre dans ce texte.
La société primitive n’est pas une société qui n’aurait pas encore abouti à la forme étatique.
Bien au contraire, la société primitive, sans État, est un autre choix de société,
une société qui s’organise de façon à lutter contre l’émergence de l’État et de tout pouvoir coercitif.
Un texte à lire d’urgence

enpdf ici:

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Pour approfondir on peut également lire le cours de M.Rivière

7 novembre 2014 Posted by | Désobéissance civile, Notre démocratie | , , , , | Laisser un commentaire

Déclaration commune sur l’armement de la police #NDDL


l’armement de la police et Notre Dame Des Landes

Signez avant la fin de l’été la pétition qui devra faire parler d’elle à la rentrée.
Un lien > http://27novembre2007.blogspot.fr/2014/06/lancement-de-la-petition-nationale.html

Déclaration commune sur l’armement de la police

5 juillet 2014 Posted by | Désobéissance civile, DECROISSANCE, Notre démocratie | , , | Un commentaire

Rencontres de l’écologie radicale à Montreuil


Rencontres de l’écologie radicale- dimanche 8 juin 2014 à 10h

RENCONTRES DE L’ÉCOLOGIE RADICALE

Climat social / Rencontres de l’écologie radicale

« Évoquer l’écologie, c’est comme parler du suffrage universel et du repos du dimanche : dans un premier temps, tous les bourgeois et tous les partisans de l’ordre vous disent que vous voulez leur ruine, le triomphe de l’anarchie et de l’obscurantisme.

Puis, dans un deuxième temps, quand la force des choses et la pression populaire deviennent irrésistibles, on vous accorde ce qu’on vous refusait hier et, fondamentalement, rien ne change. C’est pourquoi il faut d’emblée poser la question franchement : que voulons-nous ? Un capitalisme qui s’accommode des contraintes écologiques ou une révolution économique, sociale et culturelle qui abolit les contraintes du capitalisme et par là même, instaure un nouveau rapport des hommes à la collectivité, à leur environnement et à la nature ? Il vaut mieux tenter de définir, dès le départ, pour quoi on lutte et pas seulement contre quoi. »

André Gorz

Pour envisager en commun ce « pourquoi on lutte », les rencontres Climat Social aborderont les visions et propositions de différents courants qui se revendiquent de l’écologie radicale et qui appellent, comme André Gorz en son temps, à une révolution économique, sociale et culturelle. Seule une telle révolution peut nous sortir de la crise écologique, sociale et économique actuelle, que le capitalisme a provoquée et qu’il ne pourra résoudre.

10h-12h : Table ronde sur l’écologie radicale

Visions croisées entre décroissance, écosocialisme, écologie libertaire et sociale.

14h-16h :Comment aborder la transition écologique dans le monde du travail et de la production ?

Quelle intervention des salarié-e-s ?

Désindustrialisation, reconversions, relocalisations, antiproductivisme.

Avec : CGT-forêt, Confédération paysanne, Sud-chimie (FRALIB), Sud-Énergie.

16h30-18h30 :Écologie : comment lutter, comment agir ?

Bilan de l’écologie « politique », stratégies de lutte d’une écologie radicale aujourd’hui.

18h30 : Apéro

À l’initiative de militant-e-s de l’écologie radicale membres d’Alternative Libertaire, des Amis de la Confédération Paysanne, des Amis de la Terre, d’Ensemble, du NPA, du Mouvement des objecteurs de croissance, de Collectifs contre les gaz de schistes, contre les Grands Projets Inutiles et Imposés, et antinucléaires.

 

6 juin 2014 Posted by | DECROISSANCE, Notre démocratie | , | Laisser un commentaire

Film intégral NE VIVONS PLUS COMME DES ESCLAVES


(septembre 2013, durée 89mn) de Yannis Youlountas

Résumé du film :
Venu des catacombes grecques de l’Europe, un murmure traverse le continent dévasté : « Ne vivons plus comme des esclaves » (prononcer « Na mi zisoumé san douli » en grec). Sur les murs des villes et sur les rochers des campagnes, sur les panneaux publicitaires vides ou détournés, dans les journaux alternatifs et sur les radios rebelles, dans les lieux d’occupation et d’autogestion qui se multiplient, tel est le slogan que la résistance grecque diffuse, jour après jour, et nous invite à reprendre en chœur sur les mélodies de ce film à ses côtés. Un grand bol d’air frais, d’enthousiasme et d’utopies en marche, venu de la mer Égée.

Yannis Youlountas  est un philosophe, poète, écrivain et réalisateur franco-grec contemporain. Formateur et intervenant auprès de publics frappés d’exclusion sociale (classes relais, détenus, migrants, sdf, handicapés), créateur de dispositifs d’éducation à l’image et de philosophie pour les enfants, il est également chroniqueur dans Siné Mensuel, Le Monde libertaire et Les Zindigné(e)s.

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Liens:

http://nevivonspluscommedesesclaves.net

http://youlountas.net/

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7 janvier 2014 Posted by | DECROISSANCE, ECONOMIE LOCALE, Notre démocratie | , , , | Un commentaire

Bernard Charbonneau. La décroissance contre le totalitarisme de l’écologisme politique.


Bernard Charbonneau

Ecologie politique et totalitarisme : la décroissance politicienne est-elle le « Nouvel Ordre écologique » ?

« La protection de la nature suppose un minimum d’organisation, mais celle-ci étant l’antithèse de la nature, l’organiser équivaut le plus souvent à la détruire ».

« Nous courons d’abord le risque, non négligeable, d’une destruction de l’homme par celle de son milieu ; car une bonne prospective ne doit pas oublier qu’un siècle de société industrielle n’est rien, et qu’elle vient juste de naître. Et même si la connaissance scientifique et la maîtrise technique du milieu humain devaient progresser au même rythme géométrique que sa destruction, il n’en reste pas moins que, pour sauver l’homme d’une destruction physique, il faudra mettre sur pied une organisation totale qui risque d’atrophier cette liberté, spirituelle et charnelle, sans laquelle le nom de l’homme n’est plus qu’un mot. En dehors de l’équilibre naturel dont nous sommes issus – si les données actuelles ne changent pas -, nous n’avons qu’un autre avenir : un univers résolument artificiel, purement social. […] Mais, tels que nous sommes encore, qui de nous prétendrait sérieusement assumer un tel avenir ? Il nous faut l’infini du ciel sur la tête ; sinon nous perdrons la vue, surtout celle de la conscience. Si l’espèce humaine s’enfonçait ainsi dans les ténèbres, elle n’aurait fait qu’aboutir, un peu plus loin, à la même impasse obscure que les insectes ».

Bernard Charbonneau, Le Jardin de Babylone.

Publié pour la première fois en 1969, Le Jardin de Babylone est parmi la vingtaine de livres de Bernard Charbonneau [1] celui où il s’est plus particulièrement attaché à montrer comment, après avoir ravagé la nature, la société industrielle finissait de l’anéantir en la « protégeant », en l’organisant. Le « sentiment de la nature » et la compassion envers elle, si présents chez les professionnels de l’écologisme politique, étaient alors interprétés magistralement comme le produit même des sociétés industrielles. Et ce n’est pas le moindre mérite de cet ouvrage que d’avoir dénoncé si tôt ce que devait nécessairement devenir la « défense de la nature » dès lors qu’elle séparait sa cause de celle de la liberté. « L’indigne régression que constitue de ce point de vue l’écologisme politique écrit ainsi les éditions de l’encyclopédie des Nuisances, était ainsi jugée là par avance » [2].

Charbonneau écrivait ainsi au lendemain de la candidature de Dumont, « la rapidité avec laquelle la société industrielle a récupéré le mouvement écologique s’explique par des raisons que l’on peut ramener à deux :

1) Elle ne peut continuer quelque temps de plus à détruire la nature que si elle contrôle un peu mieux ses propres nuisances. Il est évident que si l’on ne dépollue pas les rivières, les usines s’arrêteront de tourner parce que l’eau deviendra inutilisable. Et cette dépollution est appelée à devenir la grande affaire de demain.

2) Dans la mesure ou le matériel humain, notamment la jeunesse, réagit au monde invivable que lui fait la croissance, il importe de contrôler ses réactions en lui fournissant les divers placebos intellectuels qui les détourneront dans l’imaginaire » [3]. On se demande parfois si les illusionnés de la politique parmi nos actuels objecteurs de croissance ne reproduisent pas à la lettre près les mêmes travers et mêmes ambiguïtés que Charbonneau analysait dans le « mouvement écologiste » au milieu des années soixante-dix. La comparaison est vraiment frappante.

Les « illusions politiques »

Partageant les critiques faites par son ami J. Ellul des « illusions politiques » qui meuvent les politiciens de tous bords et de trop nombreux « objecteurs de croissance » [4], Charbonneau écrivait plus encore à l’encontre de ses amis écologistes, que « si jamais, tentant de vivre ce rêve jusqu’au bout, nous faisions de l’Eden une réalité quotidienne, alors, il est probable qu’en nous réveillant enfermés dans cet univers total, nous découvrions l’enfer » [5]. En effet remarquait-il, l’intégration prochaine du projet d’auto-limitation de l’écologie politique radicale au Léviathan techno-économique, risque bien d’être la dernière pièce apportée au château fort mondial : le sauvetage de la nature par son organisation ne sera que la poursuite de la rationalisation toujours plus achevée des comportements sociaux. Le moralisme écologiste aura alors pour seul visage celui de la société totalitaire : une « organisation sociale totale ». Car lorsque la raison humaine s’applique avec les écologistes comme avec les politiciens de la décroissance, à sauver l’étant naturel qu’elle estime avoir malmené dans sa conquête technicienne, elle en reste à une attitude naturelle face à la vie. Bien que louable, cette attitude pourrait bien n’être en fait que l’ultime péripétie de la même entreprise d’arraisonnement de la nature qui a dirigé l’ère industrielle. Ainsi, « ce seront les divers responsables de la ruine de la terre qui organiseront le sauvetage du peu qui en restera, et qui après l’abondance géreront la pénurie et la survie » [6]. Voilà résumé ce qu’est au fond l’écologisme économiciste et développementiste, comme celui qui va servir demain au renforcement de la Méga-machine et qui nous affirme dès aujourd’hui que « seule l’innovation peut vaincre les réticences de ceux, majoritaires dans le monde, qui craignent que la lutte pour le climat impose des restrictions négatives pour la croissance, donc l’emploi. Il faut pouvoir les persuader qu’une croissance  » écologique « , économe, est possible, qu’elle sera positive pour l’emploi et qu’elle ne plongera pas le monde dans un malthusianisme dépressif » [7].

Le projet éco-technocratique de faire de « la planète un objet de gestion »

W. Sachs montre lui aussi fort justement que les écologistes dans leur projet éco-technocratique de faire de « la planète un objet de gestion », ne marquent en rien une rupture avec les pratiques existantes puisqu’en fin de compte ils ne font que pousser à son terme la rationalisation du monde déjà amorcée. « Puisque leur sens écologique se contente d’une cure d’efficacité pour les moyens et ne remet pas en question la croissance constante des objectifs, ils ne peuvent s’empêcher de pousser plus loin la rationalisation du monde au nom de l’écologie » [8]. « Se dessine ainsi au nom de l’écologie poursuit-il, l’occidentalisation du monde poussée plus loin, un colonialisme culturel (non intentionnel) qui finalement, se retourne contre l’objectif premier qui est de trouver la paix avec la nature ».

Ainsi écrivait de façon des plus pertinentes l’objecteur de croissance gascon à propos de l’écologisme : « réaction contre l’organisation, le sentiment de la nature aboutit à l’organisation ». Chaque nouvelles propositions écologistes la plus politicienne qui soit, consiste dans le renforcement de la Méga-machine, c’est-à-dire le suréquiment de la forme-marchandise. Ainsi, « avec la crise du pétrole on peut penser que l’énergie solaire deviendra une réalité. Mais dans le cadre du Développement elle ne remplacera pas le nucléaire, elle si ajoutera » [9].

Et il en est de même avec la fameuse « agriculture biologique » [10], les « parcs naturels » ou encore les « énergies éoliennes » industrielles que soutiennent par exemple un des innombrables magazines de l’écologie marchande comme la revue Silence [11] : « La campagne n’est campagne et le paysan, paysan, écrit Charbonneau que s’il existe une agriculture qui ne soit pas le simple prête-nom de l’industrie agrochimique. Une agriculture tout court ; nul besoin de lui ajouter le qualificatif de « biologique », c’est une tautologie puisque, lorsqu’elle mérite son nom, elle est pour l’essentiel une technique du vivant. (…) Le mythe du bio ne produit pas seulement des aliments “ naturels ” , depuis qu’il est devenu à la mode, il alimente aussi en rêves la nostalgie de nature des sociétés industrielles. Toute frustration [provoquée par le système industriel agro-chimique] entraîne deux sortes de réactions : la volonté active d’y mettre fin ou l’évasion dans l’imaginaire, bien plus facile et à effet immédiat. C’est pourquoi au totalitarisme industriel répliquent une mythologie et une idéologie naturistes qui, elle aussi, nourrissent le public d’ersatz en lui vendant de la nature trop chimiquement pure pour être naturelle » [12].

Selon Charbonneau il n’y a donc pas de critère plus sûr de la civilisation industrielle que le « sentiment de la nature » si cher aux écologistes de caserne comme aux politiciens de la décroissance.

« D’instinct poursuit-il, la société industrielle se défend de cette puissance qui la menace, elle prend les devants pour la contrôler, et dans cette entreprise d’intégration trouve la complicité de individus. Les passionnés de la nature sont en général à l’avant-garde de sa destruction ». Ainsi la société de croissance ne paie pas ses serviteurs pour rien. La politique, quand elle est réduite à de la technique de gestion comme le faisait remarquer Ellul, ou encore quand elle n’a fait que s’économiciser un peu plus, n’est qu’une formidable illusion quand elle n’est pas une véritable machine de guerre contre ce qu’il reste de la vie sur Terre. La politique n’est donc pas la solution pour la décroissance et les écologistes. Bien au contraire. Car les risques d’un totalitarisme écologiste sont certains, la politique fait donc partie intégrante du problème écologique et humain que posent les sociétés de croissance. Lorsque les scientifiques, les ingénieurs et les politiques font bloc, ça ne présage en général rien de bon… pour les humains. Voir les précédents historiques : nazisme, communisme, Inquisition (les docteurs sont des théologiens). Cela Charbonneau l’aura vu avant tout les politiciens de l’écologie. Marqué par son expérience de l’économie de guerre lors du Premier conflit mondial, il rejoint la question fondamentale que pose la philosophe Hanna Arendt au lendemain de la Seconde guerre mondiale : après l’ère de la « politisation totale », « la politique a-t-elle finalement encore un sens ? » [13]. Dans « l’expérience des formes des régimes totalitaires dans lesquelles c’est l’existence tout entière des hommes qui a été complètement politisée, ne laissant en conséquence subsister absolument aucune liberté », « le doute concernant la compatibilité de la politique et de la liberté, la question de savoir si la liberté en général ne commence pas précisément là où cesse la politique, en sorte qu’il n’y a précisément plus de liberté là où le politique ne trouve nulle part sa fin et ses limites » s’imposent désormais [14].

Et cette impérieuse nécessité de ne pas éliminer la liberté en politisant l’écologie, aura été tout le combat de Charbonneau. A contre-pied de l’ensemble des politiciens de l’écologie (y compris et surtout René Dumont), l’alliance de l’écologie et de la liberté aura été le leitmotiv de toute sa vie. Il commença alors la critique préalable du totalitarisme, et en creux de l’écologie politique étatique, dans son magnifique ouvrage intitulé L’Etat. Il rejoint encore une fois la pertinence de l’analyse d’Arendt qui écrivait que la question qu’elle posait – la politique a-t-elle encore un sens ? -, « rend toute politique suspecte, elle fait apparaître comme douteuse la comptabilité de la politique et du maintien de la vie dans les conditions modernes, et elle espère secrètement que les hommes se rendront à la raison et se débarrasseront d’une manière ou d’une autre de la politique avant qu’elle ne les fasse tous périr. Mais l’on pourrait objecter que l’espoir que tous les Etats dépérissent, à moins que ce ne soit la politique qui disparaisse d’une manière ou d’une autre, est utopique, et il est probable que la plupart des gens seraient d’accord avec cette objection. Cela ne modifie pourtant en rien poursuit Arendt, cet espoir et cette question » [15]. Plaçant son projet en dehors de toutes propositions politiques et étatiques qui ne font toujours que renforcer l’organisation de la nature et rationaliser totalitairement l’organisation écologiste et sociale de la société, Charbonneau aura été ainsi le premier et l’unique penseur écologiste anti-totalitaire.

Post-politique de décroissance : sortir de l’écologisme politique comme de l’économie [16].

Ainsi donc comme le remarquait déjà l’Encyclopédie des nuisances dans un texte qui a déjà aujourd’hui, dix-sept ans, et intitulé « A ceux qui ne veulent pas gérer les nuisances mais les supprimer », « la censure de la critique sociale latente dans la lutte contre les nuisances a pour principal agent l’écologisme : l’illusion selon laquelle on pourrait efficacement réfuter les résultats du travail aliéné sans s’en prendre au travail lui-même et à toute la société fondée sur l’exploitation du travail. Quand tous les hommes d’Etat deviennent écologistes, les écologistes se déclarent sans hésitation étatistes. Ils n’ont pas vraiment changé, depuis leurs velléités  » alternatives  » des années soixante-dix. Mais maintenant on leur offre partout des postes, des fonctions, des crédits, et ils ne voient aucune raison de les refuser, tant il est vrai qu’ils n’ont jamais réellement rompu avec la déraison dominante. Les écologistes sont sur le terrain de la lutte contre les nuisances ce qu’étaient, sur celui des luttes ouvrières, les syndicalistes : des intermédiaires intéressés à conserver les contradictions dont ils assurent la régulation, des négociateurs voués au marchandage (la révision des normes et des taux de nocivité remplaçant les pourcentages des hausses de salaire), des défenseurs du quantitatif au moment où le calcul économique s’étend à de nouveaux domaines (l’air, l’eau, les embryons humains ou la sociabilité de synthèse) ; bref, les nouveaux courtiers d’un assujettissement a l’économie dont le prix doit maintenant intégrer le coût d’un  » environnement de qualité « . On voit déjà se mettre en place, cogérée par les experts  » verts « , une redistribution du territoire entre zones sacrifiées et zones protégées, une division spatiale qui réglera l’accès hiérarchisé à la marchandise-nature. Quant a la radioactivité, il y en aura pour tout le monde. Dire de la pratique des écologistes qu’elle est réformiste serait encore lui faire trop d’honneur, car elle s’inscrit directement et délibérément dans la logique de la domination capitaliste, qui étend sans cesse, par ses destructions mêmes, le terrain de son exercice. Dans cette production cyclique des maux et de leurs remèdes aggravants, l’écologisme n’aura été que l’armée de réserve d’une époque de bureaucratisation, ou la rationalité est toujours définie loin des individus concernés et de toute connaissance réaliste, avec les catastrophes renouvelées que cela implique » [17].

Dans les pas de Charbonneau, la décroissance ne peut alors qu’être à l’opposé de l’actuelle régression de l’écologisme politique.

Il s’agit ainsi de sortir des faux choix immanents au système de la société de croissance et d’abord remettre en question la domination et l’aliénation politique. Faire en sorte que l’on ne puisse « programmer l’espérance » et le sauvetage de la Planète, comme l’on organiserait un défilé des Jeunesses Ecologistes marchant au pas. Seule une position résolument hors système, à la fois contre le mythe occidental de la croissance comme métaphore biologique du « développement », et contre la politique comme sphère autonome surplombant et logicialisant la société, sera à même de faire dérailler la société de la croissance de la valeur. Sans remettre en cause l’ontologie politique de la modernité, la mouvance pour la décroissance risque en effet de ne proposer que le renforcement du processus moderne de rationalisation des rapports sociaux marchands (toujours plus cohérents et efficients car toujours plus spectaculaires) en tenant compte des capacités d’auto-limitation des individus.

La politique des valeurs, de l’auto-limitation et la nécessaire responsabilisation de chacun doit-elle être posée en terme de politique instrumentale séparée d’avec notre propre vie, demandaient Charbonneau et J. Ellul ? Quelles que soient les bonnes intentions de ceux qui croient encore incarner une pseudo « écologie politique antitotalitaire » avec des instruments comme l’Etat (social), la Loi et le Droit, la pente réactionnaire ouvrant sur « l’éco-fascisme » nous attend ici au coin de la rue si nous ne posons pas de nouvelles questions, et si nous préférons par facilité et par paresse, nous replier sur le catalogue du vieux monde des idées toutes faites. Car comme le faisait encore remarquer Charbonneau, à l’Etat libéral, « l’Etat totalitaire n’est qu’une conclusion » [18]. Et il en serait de même – et surtout – pour un Etat prônant la décroissance « équitable » et « humaniste ». Cela, Catherine Tarral en a déjà fait longuement la remarque à certains des politiciens de la décroissance, en leurs disant que « l’essentiel de leurs propositions était des propositions réglementaires qui supposaient un Etat et même un Etat fort.

A aucun moment ces auteurs [Helena Norbert-Hodge, François Schneider, Vincent Cheynet, Mario Buonatti, Paul Ariès, Bruno Clémentin, etc] ne semblent se poser la question de la nature de l’Etat, de l’appareil coercitif indispensable à l’application des mesures parfois rudes qu’ils préconisent, ils n’imaginent pas non plus apparemment que l’Etat pourrait ne pas être l’instrument adéquat d’une entreprise de libération de l’humanité » [19].

Charbonneau en juillet 1974 dans La Gueule Ouverte, faisait les mêmes remarques mais à propos de nos écologistes de l’époque (René Dumont) : « Bien des mouvements d’opposition et même des révolutions sont ambigus. Autant ils détruisent une société, autant ils regénèrent le gouvernement, l’économie, la morale, l’armée et la police. L’histoire de l’U.R.S.S. en est un bon exemple. Elle a réussi un renforcement de l’Etat et de la société russes que le régime tsariste était impuissant à réaliser. Le ‘‘ mouvement écologiste ’’ n’échappe pas à cette ambiguïté, surtout en France » [20].

La décroissance ne servira-t-elle finalement qu’à repeindre en vert les guérites de l’ « économie inventée » [21] ? Sera-t-elle le nouveau gadget idéologique du système dominant pour en gérer toujours mieux les contradictions, un énième cache-misère dont la fausse rapidité spectaculaire est marquée au fer de l’effroyable lenteur de ce qui inlassablement essaie péniblement de se faire passer pour un renouvellement [22] ? L’écologisme a toujours donné l’impression depuis les années 70 qu’il était en train de nous envoyer la marchandise ultime. Et là encore dans le renouvellement des mots que le Spectacle diffuse et renouvelle par stocks trimestriels, le « mot-obus » a trop souvent été présenté par nos actuels écologistes comme la revente à l’étalage de l’antiproductivisme économiciste de leurs aînés, argutie sur ce qui continue à flotter à la surface gélatineuse du Spectacle, c’est-à-dire qui ne met jamais en cause les « catégories de base de l’économie » (A. Jappe). Pour les écologistes en effet, cette vieille énormité crevée qu’est l’économie, « reste très importante » comme écrit l’écologiste traditionnel Vincent Cheynet. Il est donc temps de liquider l’écologie quand la myopie économiciste reprend du poil de la bête. L’artificialisation et la méga-machinisation de nos vies en une sphère d’interdépendances générale et de plus en plus planétaire, où nous sommes toujours plus irresponsables à mesure que nous devenons impuissants, voilà l’ennemi à abattre ! L’autonomie du monde de la production comme les écologistes ne connaîtront plus de répits. Car le politique dans son stade moderne d’économicisation achevée, n’est que l’autre visage de la marchandise à renverser. Le dégonflement des rôles entretenus par la Séparation de la vie avec sa représentation (et la victoire de cette dernière sur la première), précipite dès lors le temps spectaculaire au profit de l’espace d’un éternel présent vivant. Le rôle (économique, politiste, social, syndical… c’est-à-dire machinal et machinique) laisse sa place à une « forme-de-vie » décroissante.

La décroissance de l’empreinte écologique de nos sociétés par une « sortie de l’économie » (S. Latouche), c’est-à-dire la sortie des conditions de possibilité de l’échange marchand, ne peut ainsi qu’impliquer derechef la sortie de l’ontologie politique de la modernité qui n’est que le suréquipement de la marchandise. A moins de verser dans un éco-totalitarisme de décroissance qui n’aura même plus le bénéfice d’avoir le « visage humain » de l’écologisation de l’économie chère au cybernétique Georgescu-Roegen.

Avec Charbonneau et pour la décroissance, la politique est ainsi très loin d’être la solution, elle est au contraire la partie intégrante du problème que posent les sociétés de croissance [23].

L’après-développement ne peut ainsi qu’ouvrir selon les termes de Robert Kurz, que sur l’horizon « post-politique » de la décroissance comme sur celui de « l’après-développement ». Car la modernité politique fait partie intégrante de la « Grande mue », parce que l’autonomie du politique et l’autonomie de l’économique sont l’avers et le revers d’une même monnaie, la mise en branle de la mégamachinisation de nos vies. Si la question politique se pose pour la décroissance, elle se pose en de tout autres termes que ceux des politiciens de la décroissance et de l’écologie politique. C’est de notre capacité pratique et intellectuelle à penser le mouvement de sortie de la croissance économique en dehors des termes de l’autonomie du politique, qu’il découlera que la décroissance renforcera ou non l’actuelle poursuite du processus totalisant. Plus que la question de la politique, dé-penser et ré-inventer le politique est ainsi bien au cœur de la décroissance [24].

Clément Homs.


[1] On se reportera à l’ouvrage désormais de référence sur Charbonneau, Daniel Cérézuelle, Bernard Charbonneau. Ecologie et Liberté, Parangon, Coll. L’après-développement, 2006.
[2] Présentation par l’Encyclopédie des Nuisances de l’ouvrage de Charbonneau, Le Jardin de Babylone, in Catalogue 2005 des éditions.
[3] B. Charbonneau, « Le mouvement écologiste mise en question ou raison sociale », in La Gueule ouverte n°21, juillet, 1974, p. 24.
[4] Jacques Ellul, L’illusion politique, La Table ronde, 2004.
[5] B. Charbonneau, Le Jardin de Babylone, Encyclopédie des nuisances, 2002, p. 18.
[6] B. Charbonneau, Le Feu vert. Auto-critique du mouvement écologiste, p. 131.
[7] Dans l’éditorial du journal Le Monde du 5 février 2007, qui depuis 5-6 mois s’est lui aussi converti à prôner aux milieux des machinistes et « propriétaires de la société » (Max Weber) comme l’ont toujours fait nos écologistes politiciens comme « alternatifs », le nouveau paradigme écologiste de la gouvernance mondiale au sein de la Méga-machine techno-économique : l’écologisme économiciste, c’est-à-dire le nouvel âge de la forme-marchandise dans son suréquipement écologique. La planète devient un nouveau objet de gestion, car il s’agit maintenant de rentabiliser le changement climatique.
[8] Wolfgang Sachs, Des ruines du développement, Ecosociété, 1996, p. 76. p73-74 pour la citation suivante.
[9] B. Charbonneau, Le Feu vert, op. cit., p. 129
[10] Bernard Charbonneau condamne fortement l’agriculture biologique, il écrit ainsi qu’elle « s’efforce de commercialiser des produits aussi naturels que possible, comme Nature et Progrès, trop soucieuse d’orthodoxie, elle ne peut fournir qu’une faible part du marché alimentaire ; et elle n’évitera pas d’être plus ou moins victime d’une pollution généralisée. Par ailleurs, ayant un complexe d’infériorité vis-à-vis de l’agronomie et de l’agrochimie officielles – quelle a le tort de qualifier de « classiques » alors qu’elles sont exactement le contraire – et se voulant crédible, elle leur emprunte, outre leur langage, leurs critères de productivité et de rentabilité. Demandant plus de travail pour des rendements ordinairement plus faibles, l’agriculture bio est obligée de vendre ses produits nettement plus cher que les autres. Elle s’enferme ainsi dans un ghetto qui écoule sa marchandise dans la bourgoisie. Cette production marginale ne concurrence donc en rien celle de l’agrochimie qui est prête à l’intégrer dans son système en lui accordant un label de « produit naturel » décerné par le service dit « des fraudes » parce qu’il sert les fraudeurs industriels du faux poulet ou du faux pain. Et un beau jour, déjà proche, les trusts-de-la-bouffe-lourde complèteront la gamme de leur production en réservant un banc à l’agriculture biologique dans leurs supermarchés. Celle-ci jouera ainsi dans l’alimentation le même rôle que le parc national dans le tourisme : la réserve alimentaire justifiera l’abandon de tout le reste à l’industrie. Comme c’est déjà le cas pour certains produits, comme le vin, elle contribuera à faire éclater le marché entre le secteur de la qualité d’appellation contrôlée pour les riches et de la quantité non-contrôlée pour les pauvres. Ce qui signifie la distinction radicale de la société en classes, la fin de la fête populaire quotidienne, réduite en pilule de survie. » in Bernard Charbonneau, Sauver nos régions. Ecologie, régionalisme et sociétés locales, Sang de la Terre, 1991, chapitre 10 « Les pieds sur Terre », p.179.
[11] On verra par exemple l’article de Bertrand Louart, « Silence, on tourne ! Lettre Ouverte à la revue écologiste Silence ! et aux admirateurs des éoliennes industrielles récement construites en France », in revue Notes et Morceaux choisis, Bulletin n°5, février 2002. Que l’on peut lire en pdf ici.
[12] Bernard Charbonneau, Sauver nos régions. Ecologie, régionalisme et sociétés locales, Sang de la Terre, 1991, chapitre 10 « Les pieds sur Terre », p.178.
[13] Hannah Arendt, Qu’est-ce que la politique ?, Seuil, 1995.
[14] H. Arendt, ibid., p. 65
[15] H. Arendt, ibid, p. 66.
[16] Pour un plus ample développement de la perspective post-politique, voir mon texte (à paraître), « Que la vie l’emporte sur sa représentation. Brèves remarques sur les illusions politiques et des moyens impolitiques de s’en débarrasser », revue Entropia, mars 2007.
[17] Encyclopédie des nuisances, « A ceux qui ne veulent pas gérer les nuisances mais les supprimer », in Revue de L’EDN, janvier 1990. Article que l’on retrouve sous forme de brochure sur le site infokiosque.net et le site decroissance.info.
[18] B. Charbonneau, L’Etat, Economica, Paris, 1987, p. 235.
[19] Catherine Tarral, « La décroissance, l’économie, l’Etat », in revue Notes et morceaux choisis, Editions de La Lenteur, décembre 2006. Une version initiale est également parue dans le Bulletin de La Ligne d’Horizon et sur le site internet decroissance.info.
[20] B. Charbonneau, « Le ‘‘ mouvement écologiste ’’ mise en question ou raison sociale », in La Gueule Ouverte, juillet 1974, n°21.
[21] Voir S. Latouche, L’invention de l’économie, Albin Michel, 2005.
[22] On peut voir par exemple l’article de Bertrand Louart, « La Décroissance, le journal de l’Ordre », paru dans la revue Notes et Morceaux choisis, n°7, op. cit.
[23] On peut voir aussi le chapitre « La politique n’est pas la solution » in Anselm Jappe, Les aventures de la marchandise. Pour une nouvelle critique de la valeur, Denoël, 2003.
[24] Cf. par exemple S. Latouche dans son livre, Le pari de la décroissance, Fayard, 2006, qui aborde ainsi la question de la relocalisation du et de la politique.

le vendredi 6 avril 2007
par Clément Homs ; Décroissance.info

Pour approfondir : La décroissance: naissance d’une pensée anti-systémique , Timothée Duverger

12 avril 2013 Posted by | DECROISSANCE, Notre démocratie | , , , , , , | 8 commentaires

Foire à l’autogestion


Programme de la Foire à l’autogestion

 

 

 

Les 22, 23 et 24 juin à Paris et Montreuil

Vendredi 22 juin

Lieu : le Lycée autogéré de Paris (LAP, 393 rue de Vaugirard, métro Convention), qui fête ses 30 ans.


18h-20h : forum « Autogestion et pédagogie »

Avec, entre autres :

  • Laurent Ott (philosophe et acteur social, membre de l’Icem-Pédagogie Freinet),
  • une ou un enseignant de l’école Fernand-Labori (pédaogie Freinet) à Paris 18e,
  • une ou un enseignant du Lycée autogéré de Paris.

Mais aussi des actrices et acteurs de la tendance intersyndicale Émancipation et de SUD-Éducation.

 

Samedi 23 juin

Lieu : la Parole errante à Montreuil (9 rue François-Debergue, métro Croix-de-Chavaux).

Stands, buvette, restauration, animation musicale, cycle cinéma, vidéos, ateliers, débats… Plus d’une cinquantaine de structures participantes.


10h : Ouverture de la Foire à l’autogestion


11h-13h : forum « Autogestion, syndicalisme et luttes sociales »

Avec, entre autres :

  • Julien Gonthier (Solidaires-Industrie), qui évoquera le travail pour implanter un syndicalisme de lutte et autogestionnaire dans l’industrie ;
  • le conseiller juridique d’un syndicat du nettoyage, qui nous parlera de l’auto-organisation des luttes des travailleuses et travailleurs, souvent immigrés, parfois sans papiers ;
  • des anarchistes grecs, qui évoqueront le mouvement populaire dans leur pays ;
  • une actrice des CAFards (Montreuil), qui évoquera l’expérience de l’Assemblée générale interprofessionnelle de Montreuil en 2010, dans la lutte pour la défense des retraites.



12h-13h : Atelier : Libérer la parole

On explorera les comportements et cadres de pensée qui peuvent entraver la libération de la parole, créer des frustrations, de l’aliénation et favoriser les jeux de pouvoir dans un groupe ; et on verra ceux qui favorisent la coopération, l’entraide, la décrispation sur les enjeux de pouvoir/territoire. [organisé par AL ; max. 15 participant-e-s]

Lieu : librairie Michèle-Firk.

14h-16h : forum « Autogestion argentine »

Avec :

  • Trois camarades du Frente de Organisaciones de Lucha (FOL, Argentine) qui parleront du travail en coopérative et dans les mouvements sociaux des quartiers populaire ; aborderont les différents types de production : métallerie, menuiserie, boulangerie, couture, nettoyage… ; la situation politique (jeu de chassé-croisé avec le gouvernement Kirchner) ; la formation d’un syndicat des travailleurs en coopérative (AGTCAP) ; les luttes récentes pour défendre l’existence et le statut des coopératives autogérées ; et une expérience directe : la métallerie du FOL.
  • Frank Mintz (auteur, tendance intersyndicale Autre futur) fera le bilan des récupérations d’entreprises en Argentine.
  • Daniel Pinos apportera un éclairage à partir d’expériences chilienne, cubaine et espagnoles.


 


16 heures : cinéma : Grandpuits et petites victoires d’Olivier Azam, 80 min.
Octobre 2010. Les grévistes de la raffinerie Total de Grandpuits (Seine-e-tMarne) sont devenus malgré eux le fer de lance de la lutte pour la défense des retraites. La grève vue de l’intérieur, une  aventure humaine, un outil de réflexion pour les luttes à venir. En savoir plus sur le projet ou visionner la bande annonce.
En présence du réalisateur et d’un gréviste de Grandpuits (sous réserve).


13h-17h : Atelier : Ecriture d’un scénario de jeu de rôle grandeur nature (MAD)

Atelier d’écriture collective d’un scénario de jeu. Ou comment mettre en place une activité de loisir imaginatif autogérée à travers l’exemple de l’écriture de scénarios. Présentation et réflexion du jeu de rôle grandeur nature, de ses enjeux, et de la réappropriation de la ville comme espace de jeu. [organisé par la Mare aux diables ; 20 participant-e-s max]

Lieu : librairie Michèle-Firk.

 


15h-17h : Débat : Printemps arabe, où en est-on ?

L’actualité des luttes dix-huit mois après le Printemps arabe, avec Raouf, Marouane Taharouri et Laurent Esquerre, coordinateurs du dossier spécial d’Alternative libertaire de mars 2012.

Lieu : gradins extérieurs.

 

17h-18h : Atelier : Libérer la parole

On explorera les comportements et cadres de pensée qui peuvent entraver la libération de la parole, créer des frustrations, de l’aliénation et favoriser les jeux de pouvoir dans un groupe ; et on verra ceux qui favorisent la coopération, l’entraide, la décrispation sur les enjeux de pouvoir/territoire. [organisé par AL ; max. 15 participant-e-s]

Lieu : librairie Michèle-Firk.


18 heures : cinéma : 4 courts-métrages sur l’autogestion argentine du Colectivo audiovisual del Sur, La Galponera et Coodinadora de Organisaciones de Base, 30 min.
Quatre courts-métrages réalisés entre 2009 et 2012 par des médias alternatifs argentins sur les coopératives autogérés et les conflits qu’elles ont affronté.
Projection proposée par Pico y Pala en présence de Matias Barrio, du Frente de Organizaciones en Lucha.

17h-19h : Débat: Luttes, logement et autogestion : actualités, pratiques et perspectives

[organisé par la CGA]
Lieu : gradins extérieurs.

 

17h-19h : forum « Autogestion et production 2 : monter une production alternative »

Avec, entre autres :

  • Julie, de la ferme coopérative La Clémenterie (Ardèche) ;
  • Christian Vaillant (scop La Navette);
  • Michel Lulek (éditions du réseau REPAS);
  • Marc Bourgeois (scop Ambiance Bois), qui parleront de leurs projets et de leur parcours.

20h-23h : soirée festive

Avec, entre autres, DJ Aurélie + Iskander et DJ Kind of Red aux platines.


Dimanche 24 juin

Lieu : la Parole errante à Montreuil (9 rue François-Debergue, métro Croix-de-Chavaux).

Stands, buvette, animation musicale, vidéos, ateliers, débats… Plus d’une cinquantaine de structures participantes.


11h-13h : forum « Décroissance et autogestion »

Avec, entre autres :

  • Paul Ariès (politologue et écrivain) ;
  • Alex, syndicaliste et animateur de l’émission Les Mangeux d’terre sur Radio libertaire

 


11h-12h30 : Débat: « Produire et consommer autrement »

On échangera sur la construction d’une autonomie alimentaire pour contrer la dépendance aux centrales d’achat. Pour l’auto-organisation de circuits de production, de transformation et de distribution alternatifs : consom’acteurs, scops et coopératives alimentaires, jardins partagés…
Avec Consom’Solidaires, la scop Courts-circuits Saint-Denis, EcoBox, la scop La Conquête du pain, la scop Andines, la Commune libre d’Aligre…

Lieu : gradins extérieurs.

 

11 h 30 : cinéma : D’égal à égales de Corine Mélis et Christophe Cordier, 52 min.
Elles sont migrantes ou filles d’immigrants, et syndicalistes. Par–delà les conflits du travail, elles nous racontent une démarche d’émancipation individuelle et collective dans une société où sexisme et racisme restent d’actualité. En savoir plus sur le projet ou visionner des extraits.
En présence de la coréalisatrice et d’une syndicaliste (sous réserve).

 

12h30-13h30 : Débat : présentation du plan « Economie sociale, solidaire et écologique » par la revue coopérative L’Age de faire.

Lieu : gradins extérieurs.


13h30 : cinéma : Inventaire avant liquidation de Rémy Ricordeau, 54 min.
De jeunes travailleurs et chômeurs engagent une réflexion sur la nécessité d’initier d’autres pratiques politiques et d’autres rapports sociaux que ceux induits par le salariat et le consumérisme. S’esquissent alors des perspectives de transformations sociales où l’utopie se substitue au réalisme mortifère. En savoir plus sur le projet ou visionner la bande annonce.
En présence du réalisateur.
14h-15h: Atelier « Kit coop » : réfléchir à des outils grand public pour relocaliser l’économie.

[organisé par la scop L’Age de faire ; max. 10 participant-e-s]. Lieu : librairie Michèle-Firk.

14h-16h : forum « Autogestion et projet de société »

En cours d’élaboration. L’ambition est d’évoquer, dans les grandes lignes, ce que pourrait être une société post-capitaliste, tout en dégageant les points d’interrogation et les points de désaccord reflétant le pluralisme des structures participant à la Foire. Suspense !

 

15h30 : cinéma : DSK, Hollande, etc. d’Aurore Van Opstal, Julien Brygo et Pierre Carles, 90 min.
Les rapports médias/politique passés au crible avant la présidentielle de 2012. Ou comment la presse présélectionne les candidats compatibles avec les intérêts du pouvoir économique : DSK, puis François Hollande. En savoir plus sur le projet ou visionner des extraits.
En présence d’un des coréalisateurs.

17h-18h : Atelier « Libérer la parole »
On explorera les comportements et cadres de pensée qui peuvent entraver la libération de la parole, créer des frustrations, de l’aliénation et favoriser les jeux de pouvoir dans un groupe ; et on verra ceux qui favorisent la coopération, l’entraide, la décrispation sur les enjeux de pouvoir/territoire. [organisé par AL ; max. 15 participant-e-s]

Lieu : librairie Michèle-Firk.

by David http://www.foire-autogestion.org/

12 juin 2012 Posted by | Notre démocratie | , , | Laisser un commentaire

La décroissance est-elle à vendre?


La décroissance : une nouvelle forme de citoyenneté encore à inventer.

Contradiction dans la participation au jeu de la démocratie représentative capitaliste et les objectifs du mouvement décroissant

Il n’est pas suffisant de répéter comme un mantra « il faut décoloniser l’imaginaire » et d’un autre coté de participer et donc valider un système de contrôle vertical . Il ne suffit pas de croire en la démocratie, en l’auto gestion et en l’horizontalité , car il s’agit là d’une pratique et non d’une idée. Nous croyons en la force de la volonté d’auto-organisation. On ne peut pas construire de société égalitaire à partir de l’ambition de quelques petits chefs.

« Plus profondément, à la suite de L’EZLN (Armée zapatiste de libération nationale) , notre critique se porte sur la stratégie de la « prise du pouvoir » qui a inspiré depuis près d’un siècle la plupart des projets révolutionnaires. Au nom de cette finalité, il fallait faire silence sur les pratiques collectives présentes. Or ce point de vue a permis toutes les saloperies possibles, jusqu’à la création d’alliances avec les pires dictatures, au nom encore une fois d’un éventuel pouvoir futur. Comme le dit le dicton, « la fin justifie les moyens » i.

Mais cette contradiction apparente (le fait de présenter des candidats aux élections présidentielles ou législative) est-elle vraiment une contradiction ou une stratégie ?

On a pu observer , lors des dernières élections , le « putsch » mené par le Frère Ariès, qui en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, a réuni les deux mouvements, le MOC et le PPLD, avant de déclarer unilatéralement notre soutien à Mélenchon, lequel utilise la même stratégie de conquête du pouvoir (et des dissidences) au profit du parti capitaliste PS.

Nous n’omettrons pas, outre les égotismes, la question de l’argent qui se trouve (bien trop souvent) au centre des batailles politiques institutionnalisées. En effet, désormais, la loi de financement public des partis supplée aux dépenses des partis ayant obtenu au moins 1% des voix dans 50 circonscriptions ii. Voir également le fonctionnement des associations de financement ici

On voit bien que face à cela, l’argument officiel « rendre visible le mouvement » est bien court ( les AMAP par exemple, n’ont pas eu besoin de candidats aux élections pour avoir une audience) …

La décroissance, ce n’est pas uniquement consommer moins !

Il n’est pas dans notre propos de nous poser en spécialistes du comment vivre avec moins, ou comment négocier avec des maires PS de la gratuité de l’eau; la question est bien la relocalisation de la production, la prise en main des décisions politiques, économiques, écologiques, par les citoyens ; en un mot, la mise en place de décisions réellement démocratique. Or, l’horizontalité ne se décrète pas, elle se travaille chaque jour et le véritable combat de la décroissance est bien là. La participation au jeu politique capitaliste ne peut que dévoyer le mouvement et le transformer en succursale (au mieux en think tank) pour les partis dominants.

Nous ne voulons pas être un mouvement de gestion de leur crise, apprendre aux pauvres à se contenter de ce que le système moribond voudra bien leur laisser.

Face aux crises multidimensionnelles le changement doit être structurel.

« Comme l’ont souligné Starhawk et Isabelle Stengers, nous ne devons jamais oublier que les sociétés capitalistes se sont constituées sur la destruction des communautés villageoises et ont voué les sorcières au bûcher. Ce faisant, elles nous ont privées des savoirs et des manières de faire qui rendaient possible cette « vie commune ». Et ce geste de destruction, elles n’ont cessé de le répéter et le répètent encore et toujours, quand se tente ou s’expérimente un mode de vie basé sur d’autres histoires, d’autres fabulations, d’autres coordonnées, d’autres relations. »

Ce n’est pas cet avenir que nous voulons pour la décroissance .

Et nous lutterons pour que le mouvement ne se transforme pas en simples idées monnayables sur le grand marché des voix des électeurs. Nous ne voulons pas devenir un autre Parti des verts…

Bien entendu, le mouvement a besoin de liens, de se fédérer, de partager ses expériences et ses espoirs mais il nous appartient de trouver pour cela d’autres formes que celles que l’on nous proposent.

Wajeb/Aquitaine décroissance

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i L’EZLN s’est fait connaître le 1er janvier 1994 dans le sud-est Mexicain en occupant sept villes du Chiapas. Leurs revendications portent sur les droits et le maintien des cultures des peuples indigènes, et l’une de leurs pratiques est celle de l’auto-gouvernement. Voir G. Munoz Ramirez « 20 et 10, le feu et la parole », éd. Nautilus, 2004
ii La nouveauté, apportée par les lois sur le financement des partis, est le financement public des partis. Si, depuis longtemps, les dépenses électorales sont remboursées aux candidats ayant atteint un certain seuil (5 %), il n’en allait pas de même des dépenses permanentes des partis. Désormais, la loi prévoit un financement public accordé aux différents partis, en fonction de deux critères cumulatifs : les résultats aux élections législatives, pour ceux qui ont présenté des candidats ayant obtenu au moins 1% dans au moins 50 circonscriptions, et le nombre de parlementaires. voir sur le site vie-publique.fr
iv www.cst.collectifs.net
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28 mai 2012 Posted by | DECROISSANCE, Notre démocratie | , , , , | 6 commentaires

 » La démocratie de la terre  » Vandana Shiva


« Aujourd’hui, la démocratie est moribonde »

Vandana Shiva est docteur en philosophie de l’Université de Western Ontario en 1978. Elle est l’une des chefs de file des écologistes de terrain et des altermondialistes au niveau mondial, notamment pour la défense de l’agriculture paysanne et biologique face à la politique d’expansion des multinationales agro-alimentaires et aux effets pervers du génie génétique. Elle lutte contre le brevetage du vivant et la biopiraterie, c’est-à-dire l’appropriation par les firmes agro-chimiques transnationales des ressources universelles, notamment les semences.

Vandana Shiva est à l’origine de la démocratie de la terre. Elle dirige la Fondation de recherches pour les sciences, la technologie et l’écologie. Parmi ses nombreux livres, mentionnons, traduits en français, La guerre de l’eau (Parangon), Le terrorisme alimentaire (Fayard) et La biopiraterie ou le pillage de la nature et de la connaissance (Alias etc.). Elle est également rédactrice en chef adjointe de la revue The Ecologist. Vandana Shiva a dit lors d’un interview :

« Aujourd’hui, la démocratie est moribonde. La démocratie est censée être le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. Pourtant, des millions de gens ont beau manifester contre la guerre, tous les gouvernements des pays riches envoient des troupes en Irak et en Afghanistan. À travers le monde, les gens disent : « Empêchez les grandes banques de continuer à voler notre argent », mais les gouvernements se bornent à renflouer les banques, et les gens se retrouvent plus vulnérables encore. Quand des entreprises influencent chaque décision gouvernementale, quand des lobbyistes se substituent au peuple, on obtient un gouvernement des entreprises par les entreprises et pour les entreprises, et le peuple est réduit au rang de quantité négligeable. C’est cette menace qui pèse sur la démocratie. Voilà pourquoi nous devons réinventer la démocratie, et promouvoir ce que j’ai appelé la « démocratie de la Terre ».

La globalisation a changé la donne. L’agriculture s’est retrouvée exposée à l’avidité mondiale, à l’avidité de l’industrie agroalimentaire mondiale. Des multinationales comme Monsanto ont eu toute liberté de vendre des semences OGM brevetées aux agriculteurs indiens, et parallèlement des multinationales comme Cargill ont pu faire du dumping sur le marché indien, et réduire le prix du pétrole, du coton, entre autres.

La main mise de Monsanto sur les semences a de nombreuses conséquences. Les semences, qui étaient autrefois gratuites, ou que les fermiers payaient 5 ou 6 roupies le kilo (env. 0,12 €), leur coûtent maintenant 1 800 roupies les 450 grammes, ce qui revient à environ 3 600 roupies le kilo (env. 58€). Sur ces 1 800 roupies, Monsanto récupère 1 200 roupies de royalties (1). Le coton transgénique, appelé « coton BT », est censé résister aux parasites, mais comme cette technologie est violente et peu fiable, elle perturbe les mécanismes de défense propres à la plante, qui se retrouve menacée par d’autres parasites. Quant au parasite ciblé, le ver de la capsule, il a maintenant développé une résistance. En fait, les attaques parasitaires augmentent. D’après notre étude, on utilise 13 fois plus de pesticides dans les plantations de coton OGM. Le coût élevé des semences et l’emploi accru de pesticides ont provoqué l’endettement des fermiers. Ils ne se sont pas endettés auprès du gouvernement ou des banques, mais auprès des agents des multinationales. Quand ces agents viennent prendre procession de leurs terres, les fermiers boivent du pesticide pour mettre fin à leurs jours, parce que pour eux, la terre est une mère. Aucun fermier ne peut imaginer vivre sans la terre. Le jour où on vient leur confisquer leur terre à cause des dettes qu’ils sont incapables de payer, les fermiers se suppriment. Voilà l’histoire du suicide des fermiers indiens. 200 000 fermiers indiens se sont suicidés. Si l’on établit la carte des États et régions où se produisent les suicides, et la carte des régions où Monsanto vend son coton BT, on obtient la même carte. Même si Monsanto refuse d’admettre ce lien, les faits sont là, sur le terrain.

En 1984, les événements m’ont poussée à m’intéresser à l’agriculture. Dans l’État du Punjab, la Révolution verte était censée avoir été vecteur de prospérité et de paix. C’est sur ces valeurs que Norman Borlaug, son investigateur, avait reçu le prix Nobel de la paix [en 1970]. Au lieu de ça, le Punjab était déchiré par la violence. En 1984, il y a eu 30 000 morts et notre Premier ministre, Indira Gandhi, a été assassinée. Je me suis donc demandé pourquoi ce déchaînement de violence avait remplacé la paix attendue. Cette année-là, au mois de décembre, 3 000 innocents qui dormaient dans les bidonvilles de Bhopal, ont été tué par une fuite de gaz dans une usine de pesticides, propriété de Union Carbide, et maintenant de Dow Chemical. Il y a eu des milliers d’estropiés et des enfants sont nés infirmes. Je me suis alors interrogée sur l’agriculture : pourquoi ressemblait-elle à une guerre ? J’ai écrit mon livre La violence de la Révolution verte après une étude complète sur le sujet, ce qui m’a valu d’être invitée à des conférences bien que n’étant pas agronome.

En 1987, une conférence a réuni les grands noms de l’industrie : BASF, Bayer, Ciba et Sandoz [en 1996, la société Sandoz a fusionné avec Ciba-Geigy pour former Novartis]. Ils ont exposé leurs projets d’avenir : cinq multinationales contrôleraient l’alimentation et la santé, la moindre semence serait brevetée et génétiquement modifiée. Je me suis dit : « Ce contrôle de la vie sur Terre est une dictature. Que puis-je faire ? »

Navdanya est un mouvement que j’ai initié en 1987. Ça veut dire « 9 semences », c’est symbole de diversité, mais ça signifie aussi « le nouveau don ». Les semences sont au cœur même du travail de Navdanya, parce que c’est ce qui manquait aux fermiers. S’ils ont leurs propres semences, les fermiers ne s’endettent pas, parce qu’ils n’ont ni semences, ni pesticides à acheter. Nous avons donc créé des banques de semences, et nous avons aidé les fermiers à renouer avec l’agriculture biologique, et à trouver des débouchés équitables pour leur coton. La combinaison de ces trois éléments : les semences, l’agriculture biologique et le commerce équitable, permettent aux fermiers de gagner dix fois plus que ceux qui cultivent du coton BT. Notre action a porté ses fruits.
Les grandes fermes à soja et à maïs des États-Unis passent pour les formes d’agriculture les plus productives que l’humanité ait jamais inventées. Mais il n’est pas très intelligent d’insuffler dix unités d’énergie dans un système pour produire une seule unité de nourriture, ce n’est pas viable. En revanche, si on mise sur la biodiversité et ses effets induits, on peut produire quatre à dix fois plus que ces exploitations industrielles américaines qui sont exportées à travers le monde comme un modèle d’agriculture de pointe. On ne peut pas raisonner en terme de rendements. Bien sûr la monoculture qui se concentre sur une seule donnée aura une production supérieure, et la biodiversité produira moins de cette denrée donnée. Mais la biodiversité produit plus de nourriture à l’hectare que la monoculture. Nous avons des centaines de données chiffrées qui prouvent que les polycultures biologiques ont une productivité beaucoup plus élevée en terme de production de nourriture par hectare.

La société actuelle a été construite sur l’idée que la nature est morte (sans vie, inerte), d’où cette profonde crise de survie. Mais la nature n’est pas morte, elle est bien vivante dans toute sa diversité. Prenez une poignée de terre : elle contient des millions et des milliards d’organismes qui travaillent à rendre le sol fertile. Un sol vivant, voilà ce qui nous donne de la nourriture, et non pas les toxiques produits par des usines explosives [en France, l’usine chimique de fertilisants AZF a explosé à Toulouse le 21 septembre 2011, tuant 30 personnes] , pas le phosphate dont nos réserves ne sauraient excéder vingt ans, pas les combustibles fossiles déjà utilisés en quantité excessive ! Les turricules (ou excréments) de vers de terre apportent sept fois plus d’azote que les sols classiques, onze fois plus de potassium, cinq fois plus de phosphate. Un ver de terre qui, selon Darwin, est l’espèce la plus miraculeuse dont l’humanité ait jamais dépendu, est plus efficace que toutes les usines d’engrais du monde. Tâchons d’en prendre conscience. C’est formidable. Les pollinisateurs reviennent, les oiseaux aussi. Nous produisons davantage de nourriture sans utiliser de pesticides, et nous utilisons 70% moins d’eau qu’à nos débuts, parce que le sol fertilisé par les vers de terre agit comme un réservoir dans lequel l’eau est retenue.

Les réserves de semences peuvent être réduites à néant en une seule saison. Dans les régions où les fermiers se suicident, il ne reste plus de semence, ni de semence de coton, ni d’aucune culture vivrière, parce que Monsanto a lancé un programme de remplacement : on encourage les fermiers à livrer leurs stocks, Monsanto leur distribue même de l’argent contre leurs semences. Alors, les fermiers se disent : « Je leur vends les miennes, et je récupère les leurs. » Tous les fermiers, les uns après les autres, et au bout du compte, plus personne n’en a. En une saison, il y a pénurie de semences. En vingt ans, les réserves mondiales seront réduites à néant. Chacun aura beau être libre de faire ce qu’il veut, il n’y aura plus de semences. C’est pour ça qu’il faut interdire le brevetage des semences. L’humanité, dans sa grande majorité, n’a aucune envie de poursuivre sur cette voie de destruction de notre avenir. On force les gens à s’engager dans ce projet d’anéantissement pour servir la cupidité à court terme d’une toute petite minorité.

En premier lieu, l’humanité doit reconquérir sa capacité à concevoir la liberté, sa capacité à exercer une démocratie véritable et profonde. Ensuite, l’humanité doit aussi prendre conscience que l’être humain ne peut sûrement pas être sur Terre pour s’enrichir et faire des profits. Préserver la vie, la vie de notre espèce, la vie de la planète, l’écosystème qui permet toute vie sur Terre, voilà l’objectif suprême qui doit guider notre action. »

Vandana Shiva

1) Le salaire minimum indien est de 2€/jour, mais les agriculteurs gagnent moins.

Source :
http://www.maicha.free.fr/wordpress/?p=138

21 mai 2012 Posted by | Agriculture vivrière, Alimentation, DECROISSANCE, ECONOMIE LOCALE, Notre démocratie | , , , , , , , , , | Un commentaire

La démocratie directe est-elle possible en France ?


Comment la démocratie directe peut-elle Être obtenue en France ?
  • La déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, qui fait partie du préambule de notre Constitution, nous dit que « La loi est l’expression de la volonté générale »
    et que «
    les citoyens peuvent concourir personnellement, ou par leurs représentants,
    à sa formation
    ».
  • L’article 3 de la constitution dit ceci : « La souveraineté nationale appartient au peuple
    qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum
     ».
Tout semble être écrit pour que la démocratie fonctionne et pourtant cela ne marche pas !
  • Pourquoi ? Simplement parce que l’outil qui permet au peuple de reprendre la parole entre 2 élections, cet outil qui ouvre le droit à concourir à la formation de la loi n’a pas été donné
    au peuple. Il nous faut donc, pour corriger cet « oubli », modifier l’article 3 de notre Constitution :
« La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par
la voie du référendum
d’initiative citoyenne*, en toutes matières – notamment constitutionnelle –
et de ratification des traités ; cet article ne peut être modifié que par voie référendaire.
Si la loi organique fixant les modalités de ce référendum n’a pas été promulguée dans les 6 mois suivant l’adoption de cet article, des élections législatives anticipées seront organisées
. »
Commentaires sur la modification de l’article 3 :
Le domaine constitutionnel et la ratification des traités sont bien mentionnés pour que
les citoyens puissent imposer – s’ils le souhaitent – un référendum, par exemple, après un traité comme celui de Lisbonne fortement contesté.
Il est prévu que cet article 3 ne peut être modifié que par voie référendaire pour éviter qu’un vote des élus puisse le modifier à l’insu des citoyens.

Des élections anticipées sont prévues si la loi organique précisant les modalités n’est pas votée 6 mois après l’adoption du nouvel article 3. En effet, il est prudent de le préciser puisqu’on a vu que l’article 11 de la Constitution, voté en congrès en juillet 2008, n’était toujours pas en vigueur car la loi organique n’a toujours pas été adoptée 4 ans après !
Cette modification amènera à notre pays la part de démocratie directe que nous souhaitons tous.

Simple et efficace, le Référendum d’Initiative Citoyenne apportera au pays l’élan de changement dans la sérénité et le respect des opinions de chacun.

Qu’est-ce QUE LE Référendum d’initiative citoyenne ?


Un référendum d’initiative citoyenne permet à un citoyen, apportant la preuve d’un large soutien populaire, de provoquer l’organisation d’un vote de la population concernée, dont le résultat s’imposera à tous. Le référendum d’initiative citoyenne doit être possible à tous les niveaux territoriaux, de la Commune à l’Union européenne.

Le plus important pour les citoyens est de pouvoir, soit abroger une loi, soit en proposer de nouvelles. Nul doute, en effet, qu’avec ses 45 millions d’adultes et l’extrême diversité de ses métiers le peuple détient, pour le faire, toutes les compétences et tous les niveaux d’expertise.

avantages procurés par le Référendum d’initiative citoyenne

Nos voisins Suisses disent que les référendum d’initiative citoyenne leur permettent d’être bien informés et d’être plus compétents en matière politique ; ils mettent à son crédit des actions pionnières en matière de politique des transports, d’agriculture et de santé. Le référendum d’initiative citoyenne désamorce les tensions, les conflits potentiels en donnant la parole
à des groupes de citoyens mal représentés au Parlement.

Voici 3 exemples :
– 1996 : Refus d’une loi sur la flexibilité du travail jugée inéquitable pour les salariés.
– 2002 : Refus de la privatisation des moyens de production de l’électricité.
– 2005 : Vote d’un moratoire de 5 ans sur les OGM en agriculture.
  • Le référendum d’initiative citoyenne existe également dans 27 des États des USA,
    en Allemagne, en Italie mais abrogatif seulement.
  • Le référendum d’initiative citoyenne est un outil de contrôle préventif des décisions
    des élus qui évite bon nombre des gaspillages immenses d’argent public.
  • Le risque de voir une loi abrogée ou une décision remise en cause par référendum d’initiative citoyenne, obligera l’exécutif en place à une véritable concertation et non aux actuels simulacres après lesquels les élus font ce qu’ils avaient décidé avant la rencontre !
  • Le Gouvernement pourra ainsi – s’il en a la volonté politique – faire des réformes profondes dans un climat de paix sociale.

Le référendum d’initiative citoyenne est un outil anti-corruption. Les grandes surfaces,

  • par exemple, ne voudront plus « acheter » leur permis de construire de création
    ou d’extension, s’il pouvait être remis en cause.
  • C’est un outil égalitaire. Il n’est plus nécessaire de bloquer la France avec des trains,
    des camions ou des tracteurs et le plus souvent sans résultat !
  • Tout citoyen pourra obtenir un vote démocratique, sur une réforme s’il prouve qu’il bénéficie d’un large soutien.
  • Des propositions de loi sur des sujets de société comme les OGM, le nucléaire, l’âge
    de la retraite ou encore la vaccination, l’euthanasie etc., pourraient être soumises
    au peuple devenu Le Souverain.
Faisons de notre pays la 1ère République citoyenne

Rien n’est plus fort qu’une idée dont l’heure est venue – Victor HUGO

L’initiative citoyenne permet à un citoyen ou un groupe
de citoyens d’obtenir – en toutes matières – par pétition, l’organisation
d’une consultation sur une proposition de loi élaborée par eux ou l’abrogation d’une loi existante.
Cette forme de démocratie directe peut sans difficulté
exister au sein d’une démocratie représentative.
Elle existe notamment chez nos  voisins Suisses
source: Direction collégiale du Rassemblement pour l’Initiative Citoyenne

 

8 mai 2012 Posted by | Notre démocratie | , | Un commentaire

Débat Démocratie directe


Printemps de Politis 62

 

21 avril 2012 Posted by | Non classé, Notre démocratie | , , | Laisser un commentaire

L’abstention active


L’abstention , un acte courageux et citoyen

Agir au lieu d’élire ! Abstention !

Il est clairement établi qu’aucun  parlement ou gouvernement n’a jamais représenté jusqu’à présent la majorité réelle d’un peuple (voir article abstention2011).
Un des mots d’ordres que l’on a entendu  dans les récentes manifestations populaires était « Ils ne nous représentent pas » et des pratiques de prises de décisions réellement démocratiques sont devenues la norme de ces nouvelles approche de la démocratie réelle.

La démocratie radicale: une utopie?

Encore un contre sens que l’on peut entendre alors que nous fonctionnons déjà dans des systèmes de prise de décision démocratiques comme peuvent l’être les associations, les coopératives de production ou d’achat, ou même la famille… Démocratie transversale, réelle, directe, au consensus sont maintenant des notions qui se répandent comme une trainé de poudre dans les populations.

Quel est le rôle des élections?

Les élections « représentatives » servent en premier lieu à donner une légitimité aux élus. Les « élu-es » peuvent d’autant plus prendre des mesures impopulaires, qu’il-elles ont un nombre important de voix. Les élections servent avant tout les élu-es et leurs intérêts.
Seul le peuple est démocrate.

L’abstention active c’est être présent et faire entendre sa voix à chaque instant de la vie sociale.

La loi de la majorité n’est pas forcement pertinente. En fait, les découvertes, les avancées sociales ou scientifiques sont toujours l’œuvre de « minorités actives »
L’abstention active est justement cette reprise du pouvoir par les groupes concernés par une décision politique, l’abstention active c’est être présent et faire entendre sa voix à chaque instant de la vie sociale.

Arracher des OGM, être objecteur de conscience et refuser d’être soldat dans des guerres qui ne nous concernent pas, créer des monnaies locales, des jardins partagés, des entreprises autogérées, s’exprimer sur les murs de sa ville, aider activement les plus démunis que soi, soutenir une production locale, faire sa propre presse, créer des écoles…..la liste est infinie de ses actions qui sont la réalisation d’un véritable « devoir » politique celui de vivre ensemble, de s’organiser nous-même pour notre bien être. Le temps des élites est révolu et ce ne sont pas elles qui vont le crier sur toutes les antennes.

L’abstention active.

On ne devient pas abstentionniste actif par hasard, ce choix est réfléchi, mûri, il est le fruit, à la fois des expériences personnelles en particulier et de l’Histoire en général.
Aristote disait déjà à son époque que le vote était d’essence aristocratique.

On entend que l’abstention est un acte irresponsable mais il s’agit là d’un retournement propre à la propagande. En effet, se rendre aux urnes une fois tous les 5 ans pour confier à un individus tout notre pouvoir et s’abstenir de toutes décisions nous concernant en donnant un chèque en blanc aux élus, voilà l’acte irresponsable et infantilisant par excellence.
Notre « responsabilité » de citoyen nous engage à
être présent à chaque instant de la vie politique , à décider ensemble de la « chose publique ».

L’abstention est un acte responsable et politique.

L’absence la plus  regrettable est-ce celle des quelques minutes nécessaires pour voter, ou celle de tous les jours de l’année?
Car le fait de voter implique en somme le renoncement à s’occuper directement de la chose publique pour une période déterminée, au cours de laquelle l’élu-e reste chargée de s’en occuper au lieu et place des électeurs, ceux-ci devenant ainsi les absents toujours dans leur tort. Et les faits ne démontrent que trop qu’ils le sont réellement.

Un devoir?

Les « devoirs du citoyen » – si devoirs il y a – ne sauraient être ramenés à l’obligation de déposer un bulletin dans l’urne ; ils ne peuvent que trouver leur application à tout instant où le besoin s’en fait sentir, tandis que le vote ne signifie en somme que déléguer autrui pour faire son devoir propre, ce qui est évidemment un non-sens.
Que l’on envisage la participation à la chose publique comme un droit ou un devoir, elle ne saurait donner lieu à une délégation, à moins de nier pratiquement ce qui vient d’être affirmé théoriquement.
Un homme peut-il s’instruire, s’améliorer, se fortifier par délégation?
Non, et cela présuppose avant tout une activité personnelle de chacun.

Peut-on imaginer une plus mauvaise éducation que celle consistant à se décharger sur quelques rares individus du soin de traiter précisément les questions où l’intérêt de tous est en jeu, et dont la solution pourra avoir les conséquences les plus considérables pour l’humanité?

Notre « devoir » ne serait-il pas  de refuser de s’absenter partout où notre sort se discute et se trouve en jeu, d’être présent pour peser de toutes nos forces sur la décision à intervenir plutôt que de cautionner un système politique élitiste et antidémocratique en se rendant aux urnes?

A-D

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21 février 2012 Posted by | Désobéissance civile, Notre démocratie | , , , , , , | 3 commentaires

Révoltez-vous! Projet Nantais : Publions massivement un journal populaire unique en son genre!


Co-finançons des automédias riches d’analyses critiques, d’expériences concrètes et de propositions !

Le 17 septembre 2008 puis le 17 mars 2009, Enric Duran permettait à deux journaux gratuits, Crisi (200 000 exemplaires) et Podem ! (350 000 exemplaires) de voir le jour grâce à son action d’expropriation massive. Ces publications ont impulsé une vaste convergence des luttes, leur renforcement, et des créations d’alternatives révolutionnaires en Catalogne. 3 ans plus tard, les initiatives qui prennent forme dans cette région d’Espagne irradient sur toute la péninsule ibérique, arrivant même jusqu’à chez nous, en Bretagne historique.

Nous avons une preuve concrète que nous pouvons vivre sans capitalisme !

L’épicentre du mouvement des Indignés débuté le 15 mai 2011 est lui aussi situé en Espagne. Une vague d’indignation a ensuite déferlé sur les vieilles « démocraties » occidentales. En France, comme dans plusieurs pays, le mouvement est plombé, entre autre par manque de fond politique.
A Nantes, après de maintes tentatives, un campement, des assemblées populaires qui ne menaient à rien, la veine libertaire,anarchiste, décroissante qui y participait a pris ses distances pour tenter d’y apporter des réponses.

Nous sommes un groupe d’une bonne dizaine de militants Nantais à la base du projet Révoltez-vous !, version française du projet Catalan Rebelaos ! (Rebel·leu-vos ! en catalan) De part et d’autre des Pyrénées le collectif Révolté(s) et Afinidad Rebelde travaillent à la création puis la diffusion massive de ces journaux gratuits «cousins germains » :

  • Massifs pour que fomente la révolte dans toutes les régions de France et d’Espagne.
  • Gratuits pour inonder les rues et être à la portée de tous ceux qui – conditionnés par la doxa – n’iraient pas chercher ce type de média.

La version Française se scinde en trois parties (en rouge, les sujets communs aux deux publications):

I- Analyses critiques et constats :

  • Contexte social et politique (en France, en Europe, dans le monde).
  • Critique des médias dominants (qui il sont, quel rôle jouent-il…)Les émeutes dans le monde et en France ( si vous ne connaissez pas entre autre Alain Bertho , je vous invite à découvrir ses thèses!)
  • Répression du mouvement social +violences policières et impunité des officiers de police mis en cause dans des cas divers (mutilation de militants durant des manifestations + cas individuels comme Abdelhakim Ajimi, Mohammed Boukrourou et d’autres morts des mains des « forces de l’ordre »)
  • Critique constructive du mouvement des indignés. Nous y avons pris part des mois durant, nous en sommes éloignés, mais tenterons de mettre en lumière les erreurs pour le faire avancer.

II- REVOLTONS NOUS !

  • Droit de Rébellion
  • N’élisons plus Agissons : La politique a des prises sur nos vies au quotidien, voter pour le moins pire ce n’est pas de la politique!
  • Organisons l’autogestion locale pour être le changement que nous voulons ! (tiré de Podem!)

III- Lutter créer, pour un autre futur :

  • Sur la propriété :
    • Lutte : squat, réseaux anti expulsions, luttes paysannes, luttes pour la préservation des semences
    • Alternatives à la propriété privée (Article d’un avocat nantais engagé), collectiviser les moyens…
  • Critique du travail, du salariat
  • L’imposture de la dette (création monétaire)
    • Lutte : Résistance fiscale et financement des projets autogérés locaux
    • Alternatives : créer une vraie économie alternative (Groupement d’Achats Services Epicerie avec Ingalañ, EcoRéseaux du pays Nantais et du Pays de Concarneau, expériences catalanes, projet de label équitable breton indépendant…)
  • Education : De l’éducation soumise à l’apprentissage en liberté. Qu’est ce que l’éducation?
    • Lutte : Renforçons la lutte contre le fichage des élèves  http://retraitbaseeleves.wordpress.com/
    • Alternatives : projet Celestin (collège Freinet à Nantes)–> à confirmer ; Lumière sur le lycée expérimental de Saint Nazaire; Parents et professeurs, organisons pour éduquer autrement.

NB: Comme nous ne nous voulons surtout pas endoctriner, nous proposerons des sources d’information alternatives (biblio/filmographie) pour chacun des sujets afin que chaque lecteur puisse se faire sa propre idée de la situation. Ainsi le paysage idéologique se verra complété par ce qui lui manque aujourd’hui : des thèses politiques divergentes.

Comme nous n’avons pas de Robin des banques qui puisse financer ces projets, nous avons entamé une  campagne de financement participatif. Vous pouvez nous soutenir financièrement en donnant sur ce site : http://www.kisskissbankbank.com/projects/revoltez-vous
L’outil n’est pas parfait, nous en avons conscience, mais il a un avantage : il facilite la communication autour du projet et la collectivisation des moyens du « petit peuple ».

Si Révoltez-vous! —  journal autogéré de sa conception, à sa diffusion, en passant par le financement –inondait les rues, les transports en commun de toutes les villes et villages de France le 15 avril prochain, nous aurons alors prouvé au plus grand nombre que l’Autogestion est un mode d’organisation horizontal fiable!

Participez vous aussi : http://www.agirpaselire.fr
Et n’oubliez pas de transmettre ce message à votre tour!

9 février 2012 Posted by | ECONOMIE LOCALE, Notre démocratie | , , , , | Un commentaire

Les indigné-es et la mouvance autonome espagnole


Le mouvement des indigné-es serait-il un sorte de sous printemps arabe, de mobilisation contre la crise, contre la corruption ?! Ou la diffusion massive des idéaux autonomes ?

Il est temps de remettre nos pendules historiques à l’heure. Le mouvement n’est pas sorti de la cuisse de Madoff mais il a un histoire, longue et riche et c’est en s’appuyant sur celle-ci que le mouvement se construit, se répand et prend sa consistance. Je replacerais ici le mouvement du 15M dans la continuité des mouvements autonomes, anti autoritaires, auto gestionnaires espagnols à l’aide de textes extraits de diverses brochures issues du mouvement.

La movida sociale : un mouvement antiautoritaire

Les années 1980 représentent pour l’Espagne la seconde étape de ce que l’on a nommé la « transition démocratique » et son intégration à l’Europe. Cette période fut l’occasion d’une intense agitation sociale, particulièrement dans les territoires basques. Outre les mouvements nationalistes, on y vit fleurir un mouvement antiautoritaire, libertaire, prenant comme esthétique la vague punk qui balayait alors tout le pays.

Ce mouvement eut de multiples aspects : squats, radios pirates, fanzines, musique. Il se retrouva mêlé aux luttes ouvrières, étudiantes, féministes, antimilitaristes, écologistes, pour le logement…

Il fut en butte à la répression des États espagnol et français ainsi qu’à l’ostracisme ou aux calomnies du mouvement de libération nationale basque classique.

« A la fin des années 80 et au début des années 90, à chaque fois qu’un collectif de jeunes s’organisait, les partis d’extrême-gauche se précipitaient à leur tête, et plusieurs collectifs furent infiltrés par le parti maoïste Movimiento Comunista. Quand la direction du Movimiento Comunista fusionna avec celle du parti trotskyste LCR, une partie de leurs bases, et particulièrement les jeunes, commencèrent à s’intéresser au discours anti-parti. Quand les autonomes et les partis entraient en contact, c’était eux, plutôt que de nous absorber, qui assimilaient notre discours anti-parti, et de cette manière nous faisions un important travail de dissolution : des gens des jeunesses du MC, LCR, PCE, ML, ont fini dans des collectifs de la Coordinadora de Lucha Autonoma et dans d’autres structures du mouvement autonome. »

90s : coordination des collectifs

L’organisation de ces différents jeunes collectifs se cristallise en octobre 1990, dans des journées qui donnent naissance à la Coordinadora de Colectivos de Lucha Autonoma (Coordination de Collectifs de Lutte Autonome), comme structure de communication et de dynamisation de l’Autonomie.

Le discours anti-parti

La critique de l’avant-gardisme, des partis et des syndicats, est menée à travers une pratique d’organisation autogestionnaire, anti-hiérarchique et anti-autoritaire, réelle et effective.

« Les nouveaux militants de Lucha Autonoma sont jeunes et peu expérimenté-e-s. « La majorité des gens entrent dans le collectif avec un idéal vaguement anti-capitaliste, l’impression qu’il faut se battre contre le système et que le réformisme ne mène à rien. En réalité, c’est dans le collectif qu’ils se forment politiquement. Aussi bien au niveau théorique que pratique : comment convoquer une mobilisation, comment faire une assemblée… Les gens les plus vieux, venant d’autres collectifs, s’occupent de la formation des plus inexpérimenté-e-s. Pendant la première année, dans toutes les assemblées il y avait quelqu’un-e qui apparaissait avec un texte sur l’organisation, la violence, la femme… Et puis, quand tu commences, tu lis tout ce qui te tombe entre les mains… En plus nous faisions beaucoup de débats, parce que nous n’avions clairement qu’une toute petite base théorique, et nous faisions beaucoup de choses, et donc tu te retrouves face à des doutes que tu dois résoudre : le droit à l’auto-défense, le travail avec les associations de voisin-e-s, les partis politiques… »

La rupture avec les dogmes et les formes de militantisme de la vieille gauche se manifeste de cette manière mais aussi sous l’aspect de peurs. Peur du leadership des vétérans, peur d’un militantisme exhaustif et prenant, peur des assemblées interminables qui font fuir celleux qui débutent dans le collectif.

Presque tous les ans ont été réalisées des assemblées de bilan dans lesquelles, de façon progressive et parfois insistante, des débats se sont produits et des textes ont été élaborés, sur des thèmes comme le travail de quartier, la critique de la forme-parti, l’expérience des centres sociaux autogérés, l’autonomie et la coordination, l’intervention sociale, les drogues, le patriarcat, les groupes non-mixtes, le mouvement autonome, les tentatives de coordination nationale de l’Autonomie, l’anti-fascisme, l’anti-militarisme, etc… »

Les « ilôts subversifs »

« Nous voulons nous assembler entre plusieurs groupes, parce que les conceptions anti-autoritaires (ou de démocratie directe ou populaire) que nous défendons, pour avoir du sens, doivent être acceptées, intériorisées et pratiquées par l’immense majorité de la société. Nous devons pour cela construire un mouvement, avec une vocation de mouvement de masse (pour de vrai, pas pour rire), doté d’un poids social, dans lequel convergent les différents « ilôts subversifs », et où nous nous reconnaissions, derrière des pratiques collectives plus que derrière une étiquette. Ce mouvement doit être autonome, c’est-à-dire séparé et opposé aux intérêts, rapports et « subjectivités » (représentations du monde, passions, idées…) que le capitalisme nous impose, son axe doit se trouver dans la lutte pour nos conditions de vie immédiates, pour la réappropriation du contrôle de nos existences (à travers le rejet collectif de l’argent et de l’échange marchand comme centre de tout), et pour le développement de notre créativité, écrasée depuis le berceau. Quand nous parlons de la « subjectivité capitaliste », nous y incluons une partie du paradigme traditionnel du mouvement ouvrier. Nous faisons nôtres ses aspirations, sa défense du soutien mutuel et de la solidarité, mais nous rejetons frontalement sa considération du travail salarié comme axe fondamental de la réalisation de soi, sa façon de s’en remettre à un futur prometteur au lieu d’assumer la révolution comme processus quotidien, sa foi productiviste selon laquelle plus on produit plus la richesse sociale est grande, et sa subordination systématique de l’émancipation de la femme à une révolution lointaine. »

la conscience que quelque chose doit changer…

Cependant nous voyons quelque chose de neuf dans ce processus, par rapport aux essais antérieurs de convergence : la conscience que quelque chose doit changer… qu’il est absolument nécessaire de réenvisager la recomposition de la subjectivité autonome pour recommencer à réfléchir avec notre propre tête dans l’essai de compréhension de nouvelles trajectoires. Nous en sommes au point, semble-t-il, où presque tout le monde est convaincu qu’il en est ainsi. Mais, même en étant convaincu-e-s, rien ne nous garantit que nous ne nous tromperons pas, les choses qui valent le coup portent toujours sur le dos une dose de danger…

la « zone d’autonomie »

« Quoi qu’il en soit, il serait imbécile de notre part de ne pas nous rendre compte qu’il y a des espaces où coïncident fondamentalement les collectifs autonomes, qu’il y a des langages et des politiques qui n’affectent que les collectifs de la « zone de l’autonomie ». Il y a, par conséquent, des espaces exclusifs du commun : des espaces qu’il faut analyser et discuter, pour libérer l’autonomie dans la société. Organiser cela est indispensable, parce que la possibilité d’autonomie dépend en grande partie de la potentialisation de ces espaces exclusifs

L’autonomie, comme pièce centrale de l’organisation et de l’action politique, s’appuie sur la volonté que la communauté sociale décide directement de l’organisation et des buts de sa propre existence. C’est-à-dire que les individus réalisent un effort intense de réappropriation de leur vie.

L’autonomie comporte ainsi tout un ensemble de traductions bien connues, comme le rejet du patriarcat ou des relations de domination de genre, l’anticapitalisme, l’autogestion, l’anti-étatisme, l’auto-organisation, etc… Des luttes et des positions qui ont toutes une longue expérience historique. Ainsi le projet se place dans une tradition historique déterminée, non pas pour répéter d’anciennes formules, mais pour en produire de nouvelles qui reprennent et rénovent l’ancien sens de la théorie et de la pratique. »

(Les textes sont extraits de brochures traduites et mises en ligne sur infokiosque)

Chronologie

– 1990 : création de la coordination de collectifs autonomes madrilènes Lucha Autonoma.

janvier 1999 : début de la refondation de Lucha Autonoma : première assemblée.

premiers mois de 1999 surtout : écriture, par les différents collectifs impliqués dans cette refondation, des textes présentés dans cette brochure.

automne 1999 : parution de ces textes, et d’autres textes sur les mêmes thèmes, dans le troisième numéro de la revue ContraPoder (organe de communication et de débat des collectifs autonomes).

juillet 2001 : traduction de ces textes, par un non-spécialiste, du castillan au français. Toute envie de participer à la correction et à la retraduction de ces versions est la bienvenue. Dans cette optique, ou dans celle d’une simple consultation, l’original en espagnol de la revue était disponible à l’infokiosque de feu les 400 Couverts, à Grenoble.

Le 20/02/1999 s’ouvrit la première assemblée de la refondation de Lucha Autonoma. Cinq assemblées suivirent jusqu’à juillet 1999. Les critères de sélection des collectifs invités étaient variés : « Être extérieurs aux institutions, vouloir créer des structures stables, avoir une mentalité unitaire et intégratrice, avoir une pratique commune et pas seulement une théorie commune, être des collectifs autogérés et non hiérarchisés. »

L’appel du 15 mai 2011

50 000 personnes

Le 15 octobre : première journée mondiale des indignés

951 villes de 82 pays

etc… ce n’est ni le début ni la fin de la lutte pour l’autonomie

7 novembre 2011 Posted by | Désobéissance civile, Non classé, Notre démocratie | , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Samedi 15 octobre : rassemblement international des indignés


Dans 950 villes de 82 pays, les indignés du monde entiers sont invités ce samedi à descendre dans la rue, à occuper les places, pour réclamer une démocratie réelle et directe et mettre fin à la dictature de la « démocratie représentative » et de ses amis de la finance.

Liens streaming des manifestations en direct ici

Le mouvement est devenu planétaire. Il grandit aux Etats-Unis, autour d’Occupy Wall Street, et des Indignados espagnols de la première heure, partis pour une longue marche de protestation, arrivent à Bruxelles pour porter leur voix au Parlement Européen,

« Unis d’une seule voix, nous allons faire savoir aux politiciens, et aux élites financières qu’ils servent, que c’est à nous, le peuple, de décider de notre avenir. Nous ne sommes pas des marchandises entre leurs mains, ni entre celles des banquiers, qui ne nous représentent pas. »

Voici les lieux de rassemblements en France de ce samedi 15 octobre :

* Aix-en-Provence

11h00 : rencontre avec les gens du quartier sur le marché du Jas de Bouffan

13h30 : pique-nique partagé au bas du cours Mirabeau

15h00 : dessert et animations aux allées provençales.

17h00 : assemblée citoyenne au bas du cours Mirabeau,

* Ales : Alès, place du Cratère 14h-17h

* Angers : 14 h, Place du ralliement

* Amiens 15h Place Gambetta

* bayonne, 14h place de la liberté (devant la mairie)

* Bordeaux : Départ 14h Place Pey-Berland (mairie de Bordeaux) Parcours : rue des Frères Bonie, Cours d’Albret, place Gambetta, Clémenceau, allées de Tourny, Grand théâtre, rue Esprit des lois, miroir d’eau sur les quais, Alsace Lorraine, Pey Berland. Plusieurs interventions, prises de paroles et animations sont prévues tout au long du parcours, ainsi que 5 mn de vacarme ! (Apportez des casseroles, crécelles, tambours, etc.) Prévoyez votre pique-nique.

* Caen : 18h face à la préfecture

* Chalon-sur-Saône A partir de 15 h00 Place de Beaune déambulation festive, assemblée populaire, concerts.

* Clermont-Ferrand : 15h Place de Jaude

* Dax : à partir de 9h30 au marché couvert, rue d’Aulan

* Genève : 13:30 – 21:00 devant le Palais des Nations

* Grenoble : Place Victor Hugo à 14h

* Limoges : 14 Heures place de la motte

* Lyon : 14h, place Bellecour (Apportez tout ce que vous jugerez utile à votre confort et au confort collectif (pique-nique, tentes, instruments de musique, banderoles…)

* Marseille :

13H00 place Général de Gaulle Pique-nique de partage, puis ateliers, débats et rencontres.

16H00 départ pour le Cours Julien afin d’y tenir l’assemblée populaire marseillaise du 15 octobre

* Montpellier : sur l’Esplanade à 14h

* Nantes : 14h00 place royal (place du peuple)

* Narbonne : 9h30 déambulation, et à 14h un rassemblement est prévu à Port la Nouvelle

* Nice 13H30 place Massena Pique-nique de partage, puis ateliers, débats et rencontres

* Nimes à 15 h devant la maison carrée

* Orléans : 15h place Louis Roguet (rue de Bourgogne)

* Paris : Rendez-vous à 14h pour des assemblées populaires locales devant les gares de Lyon, de Châtelet, Austerlitz, du Nord, de Saint-Lazare, et dans d’autres lieux (Belleville…)

17h à l’Hôtel de Ville pour une AG connectée aux AG de Barcelone, New York, Madrid, Bruxelles etc.

* Pau : départ de la Place Clemenceau à 11H, jusqu’à la MJC Berlioz, Construction de la tente des indignés

* Perpignan 11 H place de la Victoire (Castillet)

* Pezenas Rassemblement à 9h30 sur la place du marché

* Poitiers Rassemblement à 14h30, Place d’Armes

* Rennes : 12h au mail François Mitterrand

* Saint Etienne : la place de l’Hôtel de Ville

* Strasbourg : place Kléber de 14 à 17h

* Tarbes : 10h30 derrière le tribunal

* Tour : 12h, place de la victoire

* Toulouse : Place Arnaud Bernard à 14h

* Valence : 10h: Rassemblement une banque à Valence (sur boulevard, statue qui lit)

liens :

http://15october.net/fr/ : Site international du 15 octobre
http://occupywallst.org/ : Site d’Occupy Wall Street
http://occupyfrance.org : Site français

15 octobre 2011 Posted by | Désobéissance civile, Notre démocratie | , , , , | Un commentaire

Non au fascisme en Sud-Gironde!


Non au fascisme en Sud-Gironde, oui à la solidarité entre les peuples ». C’était le thème de l’appel lancé par le collectif des citoyens du Sud-Gironde et de l’Entre-deux-Mers [L’appel a été relayé par les comités locaux du Parti de gauche, de la CNT, de la FSU, de Solidaires, d’Attac, de la Fase, et d’Europe-Écologie-Les Verts], auquel ont répondu, hier midi à Saint-Macaire, une petite cinquantaine de personnes. Pour les organisateurs, l’idée consistait à partager un repas sur le principe de l’auberge espagnole. Un concept qui se veut à l’opposé des apéros « saucisson-pinard » dont le Bloc identitaire s’est fait une spécialité.

Le collectif citoyen s’est en effet mobilisé en réponse au mouvement d’extrême droite, qui organisait sa réunion de rentrée en Sud-Gironde. Un des membres du collectif expliquait « qu’il s’agit de sensibiliser la population face à un groupe extrémiste qui joue sur le double discours et qui cache derrière des notions comme la ruralité une véritable organisation raciste et xénophobe ». Afin « d’éviter d’aller au contact », le pique-nique était organisé à une vingtaine de kilomètres du lieu de rassemblement des « Identitaires ».

Murs tagués et cambriolage

Après avoir d’abord envisagé de se retrouver à Saint-Pardon-de-Conques, les membres du Bloc identitaire avaient rendez-vous hier à Bazas, en présence de deux leaders de cette mouvance, Arnaud Gouillon et Bernard Anthony. Cette réunion, présentée comme « la journée de la ruralité et de l’identité », était « d’ordre privé », selon Alain de Peretti, relais aquitain du Bloc, ancien candidat en Gironde à des élections locales sous l’étiquette du FN puis du MNR.

Il y avait pourtant les gendarmes hier matin devant le château Saint-Vincent. Dans la nuit, plusieurs tags, tel que « résistance antifasciste », ont été inscrits sur les murs. Le local où avait été entreposé du matériel du Bloc identitaire (drapeaux, livres, sono) a été cambriolé. Dans un contexte politique « sensible, notamment quand il touche aux extrêmes », selon le capitaine Yves Bedenes de la compagnie de Langon, la gendarmerie a dépêché sur place des techniciens de l’identification criminelle.

Le Pen à Loupiac samedi

Deux plaintes devaient être déposées, par le propriétaire du château et par Alain de Peretti, qui renvoyait le dossier vers « les gauchistes qui critiquent nos méthodes, qui pourtant ne relèvent pas du pénal, elles ». À Saint-Macaire, la nouvelle de ces dégradations était évidemment commentée. « C’est dommage pour les propriétaires du château, qui n’ont rien à voir avec le Bloc identitaire, mais ces actes sont à comparer à la violence démesurée que prône ce groupe », observait un participant.

Le collectif se veut d’autant plus vigilant face à la venue de l’extrême droite en Sud-Gironde que sont annoncés samedi prochain au château Mazarin, à Loupiac, Jean-Marie Le Pen et le frontiste aquitain Jacques Colombier.

Leur presse (Olivier Escots, Sud-Ouest), 19 septembre 2011 reprise sur http://www.ventlibertaire33.com/

3 octobre 2011 Posted by | Notre démocratie | , , , , | Laisser un commentaire

Le scandale du référendum d’initiative populaire « à la française »


Le R.I.P porte bien son nom

L’article 6 et l’article 14  de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui fait partie de nos textes constitutionnels donnent le pouvoir au citoyen, à côté des parlementaires de faire la loi, y compris la loi fiscale. L’article 6 déclare : « La loi est l’expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement ou par leurs représentants à sa formation. » L’article 14 donne les mêmes pouvoirs aux citoyens, ou à leurs représentants en matière de loi fiscale.

Deux cent vingt-deux ans plus tard, ces textes ne sont toujours pas appliqués !

Ce que l’on nous a vendu comme référendum d’initiative populaire:

En 2008, une réforme constitutionnelle devait permettre à une partie de la population de proposer un projet de loi en vue d’un référendum : on appelle ça le référendum d’initiative populaire.

Un référendum « peut être organisé à l’initiative d’un cinquième des membres du Parlement soutenue par un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales »

soit :184 parlementaires et 4,5 millions d’électeurs

Ce référendum n’est donc finalement qu’un référendum d’initiative parlementaire qui rend impossible toute initiative populaire.

Ils ne nous représentent pas!

Le débat autour de la nécessité du référendum d’initiative populaire est un des symptômes de la crise politique de la démocratie représentative.

Les citoyens ne se sentent plus représentés et même parfois bafoués comme après le référendum du 29 mai 2005. Ils aspirent légitimement à retrouver la souveraineté populaire.
Ce débat doit donc avoir lieu . Mais il n’est qu’un des aspects de la question plus large des institutions.
Celles-ci ne sont plus légitimes. Il faut repenser la règle du jeu politique et seul le peuple a la légitimité pour les repenser.

En France, le référendum d’initiative populaire, c’est-à-dire le référendum organisé à l’initiative d’une fraction du corps électoral, n’est toujours pas prévu par la Constitution.

En effet, celle-ci attribue l’initiative du référendum au président de la République, que le référendum ait lieu dans le cadre de l’article 11 ou dans celui de l’article 89.

Dans le premier cas, c’est le président de la République, sur proposition conjointe des deux assemblées ou, pendant la durée des sessions, sur proposition du gouvernement, qui peut décider de soumettre à référendum « tout projet de loi portant sur l’organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique ou sociale de la Nation et aux services publics qui y concourent, ou qui tendent à autoriser la ratification d’un traité qui, sans être contraire à la Constitution, aurait des incidences sur le fonctionnement des institutions ».

Dans le second, le référendum constitue en principe l’aboutissement de la révision constitutionnelle, après qu’elle a été approuvée par les deux assemblées en termes identiques. Toutefois, lorsque la révision a pour origine une initiative de l’exécutif, le président de la République peut décider de ne pas la soumettre à référendum, mais au Parlement réuni en Congrès.

Le référendum prévu par la Constitution française est donc un référendum normatif, puisqu’il permet l’adoption d’un texte, législatif ou constitutionnel.

Cependant, dans d’autres pays, le référendum, notamment lorsqu’il est organisé à la demande d’une fraction du corps électoral, peut également être abrogatif ou consultatif. Le premier vise à abroger des textes déjà en vigueur, tandis que le second est organisé pour connaître l’opinion des électeurs, mais n’a aucune valeur contraignante.

L’analyse des dispositions italiennes, suisses et californiennes montre que :

– dans les trois cas, le référendum d’initiative populaire donne aux électeurs un droit de veto sur certains textes que le Parlement vient d’adopter ;

– en Italie, les lois en vigueur peuvent être abrogées par un référendum d’initiative populaire ;

– en Suisse et en Californie, une fraction du corps électoral peut, par référendum, demander l’adoption de textes législatifs.

Nous citoyens démocrates et indignés soutenons toutes actions et débats visant à faire sortir le pays de ces institutions bonapartistes anti-démocratiques, à reconnaître au peuple sa souveraineté.

La loi est l’expression de la volonté générale. La seule démocratie est la démocratie directe et générale (sociale, politique, économique et environnementale).

articles liés: notre démocratie

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sources:

e-nitiativepopulaire.fr

assemblee-nationale.fr

senat.fr

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28 juillet 2011 Posted by | Notre démocratie | , , , , | 2 commentaires

Notre système politique et gouvernemental est un obstacle pour le progrès de l’humanité.


Quelles sont les leçons et les perspectives du mouvement du 15M ?

  • Le mouvement a montré  la capacité puissante de mobilisation spontanée

que possèdent les peuples lorsque les circonstances l’exigent ou le permettent.

  • On a vu également la rapidité avec laquelle la

situation s’est propagée .

  • Le rejet total de toute représentation « politique » officielle. Le mouvement se

structure par commissions, assemblées, les prises de parole sont libres.
Les deux partis de pouvoir officiels qui sont rejetés, mais cela
va sans doute plus loin dans la critique même de la démocratie « représentative ».

  • Enfin , le caractère  internationaliste des

thèmes et des formes de mobilisation. (les drapeau espagnols en Grèce, les manifestants
britanniques du mois de mars criaient « Tous ensemble, tous ensemble ! » en
français, et le mot « dégage » avait été scandé dans tout le monde arabe.)

Cette prise de conscience et de parole déboussole  le pouvoir .

Les  partis politiques et les syndicats  sont dépassés par la nature et l’ampleur de la contestation.

Des crises économique, écologiques, sociales étant encore à venir, il semble que nous entrions dans une ère de lutte et de contestation à l’échelle mondiale…

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 Manifeste pour la démocratie réelle

− « L’égalité, le progrès, la solidarité, le libre accès à la culture, le
développement écologique durable, le bien-être et le bonheur des personnes
doivent être les priorités de chaque société avancée.
− des droits basiques doivent être garantis au sein de ces sociétés : le droit au
logement, au travail, à la culture, à la santé, à l’éducation, à la participation,
au libre développement personnel et le droit à la consommation des biens
nécessaires pour une vie saine et heureuse.
− Le fonctionnement actuel de notre système politique et gouvernemental ne
répond pas à ces priorités et il devient un obstacle pour le progrès de
l’humanité.
− La démocratie part du peuple, par conséquent le gouvernement doit
appartenir au peuple. Cependant, dans ce pays, la plupart de la classe
politique ne nous écoute même pas. Ses fonctions devraient être de porter
nos voix aux institutions, en facilitant la participation politique des citoyens
grâce à des voies directes de démocratie et aussi, procurant le plus de
bienfait possible à la majorité de la société, et pas celle de s’enrichir et de
prospérer à nos dépens, en suivant les ordres des pouvoirs économiques et
en s’accrochant au pouvoir grâce à une dictature partitocratique menée par
les sigles inamovibles du PPSOE
− La soif de pouvoir et son accumulation entre les mains de quelques-uns crée
inégalités, crispations et injustices, ce qui mène à la violence, que nous
refusons. Le modèle économique en vigueur, obsolète et antinaturel, coince
le système social dans une spirale, qui se consomme par elle-même,
enrichissant une minorité et le reste tombant dans la pauvreté. Jusqu’au
malaise.
− La volonté et le but du système est l’accumulation d’argent, tout en la plaçant
au-dessus de l’efficience et le bien-être de la société ; gaspillant nos
ressources, détruisant la planète, générant du chômage et des
consommateurs malheureux.
− Nous, citoyens, faisons parti de l’engrenage d’une machine destinée à
enrichir cette minorité qui ne connaît même pas nos besoins. Nous sommes
anonymes, mais, sans nous, rien de cela n’existerait, car nous faisons
bouger le monde.
− Si, en tant que société nous apprenons à ne pas confier notre avenir à une
abstraite rentabilité économique qui ne tourne jamais à notre avantage, nous
pourrons effacer les abus et les manques que nous endurons tous. Nous
avons besoin d’une révolution éthique. On a placé l’argent au-dessus de
l’Etre Humain, alors qu’il faut le mettre à notre service. Nous sommes des
personnes, pas des produits du marché. Je ne suis pas que ce que j’achète,
pourquoi je l’achète ou à qui je l’achète. » (Manifeste pour la démocratie
réelle)

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13 juin 2011 Posted by | Désobéissance civile, Notre démocratie | , , , , , | 8 commentaires

70 ACTIONS NON VIOLENTES


ACTIONS NON VIOLENTES
Déclarations formelles

1. Discours publics
2. Lettres d’opposition ou de soutien
3. Déclarations des organisations ou institutions
4. Déclarations publiques signées
5. Déclarations d’intention et réquisitoires
6. Pétitions de groupe ou de masse

Communications à de larges audiences

7. Slogans, caricatures, et symboles
8. Bannières, affiches, et communications visuelles
9. Tracts, pamphlets, et livres
10. Journaux et revues
11. Enregistrements, radio et télévision
12. Publicité aérienne et écriture au sol

Représentations de groupe

13. Délégations
14. Prix satiriques
15. Groupes de pression
16. Piquets de grève
17. Simulacre d’élections

Actes publics symboliques

18. Exhibition de drapeaux et de couleurs symboliques
19. Port de symboles
20. Prières et cultes
21. Livraison d’objets symboliques
22. Protestations dénudées
23. Destruction de ses propres possessions
24. Lumières symboliques
25. Exhibition de portraits
26. Peinture de protestation
27. Nouveaux signes et dénominations
28. Sons symboliques
29. Réclamations symboliques
30. Gestes grossiers

Pressions sur les individus

31. « Visites » récurrentes à des fonctionnaires
32. Provocation de fonctionnaires
33. Fraternisation
34. Veilles

Théâtre et musique

35. Satires et farces humoristiques
36. Exécution de pièces de théâtre et de musique
37. Exécution de chants

Processions

38. Marches
39. Parades
40. Processions religieuses
41. Pèlerinages
42. Défilés de voitures

Commémoration des morts

43. Deuil politique
44. Fausses funérailles
45. Funérailles avec manifestation
46. Hommage sur une tombe

Rassemblements publics

47. Assemblées de protestation ou de soutien
48. Meetings de protestation
49. Réunions secrètes de protestation
50. Séances d’enseignement ou de formation

Retrait et renonciation

51. Départ groupé en signe de réprobation
52. Silence
53. Renoncement aux honneurs
54. « Tourner le dos »

Méthodes de non coopération
Non coopération sociale

Ostracisme de personnes

55. Boycott social
56. Boycott social sélectif
57. Grève du sexe
58. Excommunication
59. Interdiction d’activité religieuse

Noncoopération avec évènements, coutumes et institutions sociales

60. Suspension d’activités sociales et sportives
61. Boycott d’activités sociales
62. Grèves d’étudiants
63. Désobéissance sociale
64. Démission d’institutions sociales

Retrait du système social

65. Opération ville morte (ou rester chez soi)
66. Noncoopération personnelle totale
67. Fuite de travailleurs
68. Refuge dans un sanctuaire
69. Disparition collective
70. Emigration de protestation (hijrat)

7 juin 2011 Posted by | Désobéissance civile, Notre démocratie | , | Laisser un commentaire

Le Loup et le Chien



Un Loup n’avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s’était fourvoyé par mégarde.
L’attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l’eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l’aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu’il admire.
 » Il ne tiendra qu’à vous beau sire,
D’être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d’assuré : point de franche lippée :
Tout à la pointe de l’épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin.  »
Le Loup reprit : « Que me faudra-t-il faire ?
– Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse.  »
Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
 » Qu’est-ce là ? lui dit-il. – Rien. – Quoi ? rien ? – Peu de chose.
– Mais encor ? – Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
– Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? – Pas toujours ; mais qu’importe ?
– Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.  »
Cela dit, maître Loup s’enfuit, et court encor.

Les Fables, Livre I

Jean de la Fontaine

4 juin 2011 Posted by | Désobéissance civile, Notre démocratie | , , , , | Un commentaire

Indigné-es, attention! (ou Monsieur Hessel vous n’avez pas compris!)


Monsieur Hessel vous n’avez pas compris!

Voilà deux semaines maintenant que le mouvement des ‘indigné-es » ou du 15M est  » a pris la place »…

Les  médias commencent à en parler, mais que disent-ils?

On connaît la force de récupération de tout mouvement contestataire par le « système » marchand, or on nous présente aujourd’hui ce mouvement (une démocratie réelle, maintenant!) comme étant celui d’une jeunesse « déclassée » qui, bien que diplômée, vit encore « chez papa-maman » et qui se bat parce qu’elle subit la crise. Et même la figure charismatique de Hessel, nous somme de rentrer dans le rang en appelant, hier à ne pas considérer le boycott des élections comme solution car dit-il « ce sont les partis qui commandent notre vie politique« .

Mais quelles sont les revendications réellement partagées par les peuples d’Europe et du monde?

Est-ce un meilleur pouvoir d’achat? Est-ce un meilleur logement? Est-ce une baisse du chômage des jeunes?

Non! La principale revendication est celle d’une démocratie réelle, d’une démocratie directe et horizontale et c’est bien ce que les médias ou Monsieur Hessel feignent de ne pas comprendre.

En effet un tel mouvement est, tel qu’il se présente irrécupérable, on ne peut pas le faire entrer ni dans les partis ni dans les syndicats qui jouent le jeu de la démocratie  » représentative » puisque le mouvement critique en premier lieu cela: la pratique pyramidale du pouvoir. Ce mouvement n’a ni représentant-es , ni encore moins de propositions ou de revendications à faire valoir pour « améliorer » le système.

Voilà enfin un mouvement qui ne peut pas, par sa nature même, être assimilé par le jeu « démocratique » actuel . Sa force et son essence même est la mise en place (et en actes) de nouvelles règles pour un autre jeu politique.

Non nous ne voulons plus jouer ni avec vos règles, ni à votre « jeu ».

Ce mouvement est autonome et autonomiste et sa valeur ne se mesurera pas aux « propositions » qu’il pourrait faire à « nos élus » mais bien à son existence et à sa propre pratique d »une démocratie horizontale et autogérée. C’est ce qui se passe tous les soirs dans de nombreuses villes lors des assemblées citoyennes.

La victoire est acquise!

Voilà pourquoi si le message et la pratique ne sont pas totalement dévoyées par les médias ou autres faux représentant-es ou portes paroles, la victoire est acquise et totale.

La démocratie représentative est remise en cause par le peuple souverain et cela de façon mondiale.

C’est la victoire d’un peuple mondialement uni pour dire: votre système ne nous convient pas, pour dire: nous savons que les crises multifactorielles que nous subissons sont dues à un manque de démocratie, (quelle assemblée citoyenne pourrait décider d’ouvrir une nouvelle centrale nucléaire, d’appauvrir l’éducation de sa jeunesse etc…?), pour dire nous voulons juste une vraie démocratie et nous n’avons besoin de personne pour la mettre en place. La démocratie c’est nous .

Le peuple est maintenant bien conscient du fait que cette « démocratie représentative » ne représente que les intérêts particuliers d’un petit nombre, les outils nécessaires pour reprendre en main notre destinée se forgent; les imaginaires se « décolonisent » et aucun retour en arrière n’est désormais possible.

Wajeb

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30 mai 2011 Posted by | Désobéissance civile, Notre démocratie | , , , , , , | 7 commentaires

Le concept de sécession pour en finir avec celui de révolution


Si j’introduis dans mon propos le concept de sécession c’est pour que nous en finissions une fois pour toutes avec celui de révolution. Il n’y a pas de lendemains qui chantent. « Le réalisme veut que nous cessions d’attendre la Révolution, mais aussi que nous cessions de tendre vers elle, de la vouloir » (Hakim Bey, TAZ). La révolution est un mythe, un mirage par lequel les syndicats et groupuscules n’ont de cesse d’essayer de nous enrôler dans leurs dispositifs de contre-pouvoir. Attendre et préparer la révolution en militant, ce n’est qu’une autre manière de nous faire accepter notre soumission aux dispositifs et rôles dans lesquels nous sommes emprisonné-e-s en ce moment même. « Le slogan ‘révolution !’ est passé de tocsin à toxine, il est devenu un piège du destin, pseudo-gnostique et pernicieux, un cauchemar où nous avons beau combattre, nous n’échappons jamais au mauvais Eon, à cet Etat incube qui fait que, Etat après Etat, chaque paradis est administré par encore un nouvel ange de l’enfer »(ibidem). La révolution se pose comme une fin, un objectif à atteindre, une utopie mythique pour laquelle nous devrions agir, militer et même sacrifier nos vies. La perspective révolutionnaire c’est d’agir en vue de réaliser cette fin, d’atteindre cet objective inaccessible. Finissons-en avec ce mensonge !

Ce dont il est question pour Hakim Bey comme pour moi, c’est d’établir une autre perspective : ne plus agir en fonction d’une fin à atteindre mais bien pour ce qu’il est possible d’expérimenter et vivre immédiatement. La sécession « n’est pas le présage d’une quelconque utopie sociale toujours à venir, à laquelle nous devons sacrifier nos vies pour que les enfants de nos enfants puissent respirer un peu d’air libre »(ibidem).

La perspective sécessionniste commence par la sécession (alors que la perspective révolutionnaire vise la révolution) et s’apprécie comme processus en tant que tel :

le processus d’émancipation, la rupture, le soulèvement en tant que tel. La sécession n’est pas une fin à réaliser mais c’est un processus, de même que la liberté ne se ressent qu’au travers d’un processus de libération. La liberté en tant qu’état que nous atteignons une fois la république instaurée n’est qu’ un mensonge des nouveaux maîtres de l’Etat. Je ne peux vivre la liberté qu’au travers d’une émancipation ; il ne s’agit pas d’un état à atteindre mais d’une expérience à vivre. Cette expérience, pour Hakim Bey, c’est la TAZ, la Zone d’Autonomie Temporaire : « C’est-à-dire que nous devons réaliser (rendre réels) les moments et les espaces où la liberté est non seulement possible mais actuelle. Nous devons savoir de quelles façons nous sommes opprimés, et aussi de quelles façons nous nous auto-réprimons, ou nous nous prenons au piège d’un fantasme dont les idées nous oppriment. Le travail par exemple est une source de misère beaucoup plus grande pour la plupart d’entre nous, que la politique législative. L’aliénation est beaucoup plus dangereuse que de vieilles idéologies surannées, édentées et mourantes. S’accrocher mentalement à des ‘idéaux’ – qui s’avèrent n’être en fait que de pures projections de notre ressentiment et de notre impression d’être des victimes – ne fera jamais avancer notre projet » (Hakim Bey).

A l’idée de révolution s’attache celle de la prise de pouvoir :

l’idée de combattre puis conquérir le pouvoir ; se constituer dans un premier temps en contre-pouvoir, afin de remplacer ensuite le pouvoir. A ce concept de contre-pouvoir, John Holloway préfère celui de l’anti-pouvoir : « Quelle qu’en soit la forme, la conquête du pouvoir étatique n’a pas permis de réaliser les changements que les protagonistes espéraient ». « L’idée que l’on peut se servir de l’Etat pour changer le monde était une illusion ». « La seule façon de concevoir un changement radical aujourd’hui ne relève pas de la conquête du pouvoir mais de la dissolution du pouvoir » (Douze thèses sur l’anti-pouvoir). Dans le dernier chapitre du manifeste contre le travail, le groupe Krisis écrit : « les ennemi-e-s du travail ne veulent donc pas s’emparer des commandes du pouvoir mais les détruire. Leur lutte n’est pas politique, elle est anti-politique ». Car « le but de la politique ne peut être que la conquête de l’appareil d’Etat pour perpétuer la société de travail »(Krisis). « La nouveauté de la politique qui vient, c’est qu’elle ne sera plus une lutte pour la conquête ou le contrôle de l’Etat, mais une lutte entre l’Etat et le non-Etat, disjonction irrémédiable des singularités quelconques et de l’organisation étatique »(Giorgio Agamben, La communauté qui vient). Il s’agit de ne plus penser en terme d’intervention politique, de révolution et de prise de pouvoir mais en terme de création éthique, de sécession et de dissolution du pouvoir.

Hakim bey évoque également la tactique de la disparition : « une révolution de la vie quotidienne, de tous les instants : une lutte que rien ne peut arrêter, pas même l’échec ultime de la révolution politique et sociale ». « Initier une TAZ peut impliquer des stratégies de violence et de défense mais sa plus grande force réside dans son invisibilité. L’Etat ne peut la reconnaître parce que l’histoire n’en a pas la définition. Dés que la TAZ est nommée (représentée, médiatisée), elle doit disparaître, laissant derrière elle une coquille vide, pour resurgir ailleurs, à nouveau invisible puisqu’indéfinissable dans les termes du spectacle » (Hakim Bey).

Anti-pouvoir, tactique de la disparition, anti-politique, insurrection et sécession, zone autonome temporaire ; tous ces concepts témoignent d’une autre perspective que celle de la tradition révolutionnaire. Il y a clairement rupture : rupture d’avec cette conception révolutionnaire de l’opposition au pouvoir, tout autant que rupture d’avec les dispositifs de pouvoir qui nous écrasent.

C’est en quelque sorte une autre manière de s’insurger contre une loi ou un projet de loi : refuser de la respecter, désobéir, violer la loi et bafouer du même coup l’autorité et l’idée même d’Etat de droit. Il ne s’agit pas de manifester, de pétitionner et militer contre cette loi, mais de simplement les refuser : elle et le pouvoir qui l’impose. C’est la désobéissance civile, l’insoumission, l’illégalité. Nous ne revendiquons rien, nous n’avons rien à négocier ; cette loi n’est pas la nôtre et nous ne la respecterons pas. Il y a des lois qui ne peuvent prendre effet car trop de gens les refusent et il y a des délits, comme par exemple le vol à l’étalage, qui sont si fréquents que les pouvoirs publiques n’ont pas les moyens de les punir autant qu’ils le voudraient.

« Une loi colmate une fuite mais une autre fuite se déclare un peu plus loin. »

Je ne connais de métaphore plus enthousiasmante pour nous redonner courage face à l’arsenal répressif et technologique qui se met en place en ce moment, que celle du tuyau d’arrosage qui fuit par tous les bouts : « il n’y a pas de système social qui ne fuie par tous les bouts, même si ces segments ne cessent de se durcir pour colmater les lignes de fuite » (Deleuze, Guattari, Mille Plateaux). Une loi colmate une fuite mais une autre fuite se déclare un peu plus loin. Les dispositifs de pouvoir consacrent une énergies considérables à colmater les fuites car ils fuient de toutes parts. Le désir de fuir gronde toujours quoi que fasse l’autorité. Il n’y a pas de transports en commun payants sans fraude, de guerre sans déserteurs, de magasin sans vol, d’école sans absentéisme, de loi respectée par toutes et tous, de prison sans tentative d’évasion. Et c’est sur toutes ces pratiques que se dessine la perspective sécessionniste.

Juillet 2006, Simon.

lien texte integral: rupture simon en pdf

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29 mai 2011 Posted by | Désobéissance civile, Notre démocratie | , , , , , , , , , , , | 5 commentaires

DEMOCRATIE REELLE MAINTENANT ! à Bordeaux


la ferveur du mouvement du #15-M ne diminue pas!

L’aspiration à une démocratie réelle et directe devient chaque jour de plus en plus pressante n’en déplaise aux oligarques et à leurs valets, les médias « officiels ».

La force du mouvement

Le mouvement a d’ores et déjà gagné ses lettres de noblesse car pour la première fois depuis longtemps (la commune?) le peuple ne se sentant pas représenté par les politiciens « oligarques » prend le pouvoir et se met à pratiquer la démocratie directe aux coins de chaque place européenne. Ce mouvement ne revendique pas des avancées sociales ou économiques (comme le font les traditionnels syndicats) mais critique bel et bien le « système de la démocratique representative » lui-même en mettant immédiatement en place une pratique démocratique réelle celle de la mythique Agora, dans des assemblée citoyennes journalières.

Le second point qui fait de ce mouvement une avancée inéluctable dans la décolonisation de nos imaginaires, c’est son caractère mondial. Les citoyens du monde ont compris qu’ils étaient tous exploités par la même clique d’oligarques et ils le disent! Des contacts sont pris par delà les frontières , des manifestes sont traduits, des messages de soutien volent de places en places, et nous constatons que nous sommes une force incroyable, unis par de là les frontières que le pouvoir ne cesse de vouloir mettre entre les peuples. La propagande qui voulait faire de nous des xénophobes se retrouve le bec dans l’eau.

Ces deux points majeurs: désacralisation de la démocratie « représentative » et internationalisation des mouvements sont désormais acquis!

A Bordeaux, jusqu’à la Victoire!

Un groupe déterminé  s’organise pour une démocratie réelle dans la continuité des mouvements populaires et citoyens.

Ce groupe c’est nous, c’est vous tous!

Rejoignez les assemblées populaires qui ont lieu tous les jours à 19h00 Place de la victoire, venez faire entendre votre indignation!

Quelques réflexions qui se tiennent à la victoire et sur FB/DEMOCRATIE REELLE MAINTENANT !  à Bordeaux:

Tino Buxbaum une démocratie réelle, c’est surtout important qu’on essaie de la vivre déjà dans le mouvement. de laisser la possibilité aux gents de s’éxprimer dans un forum, de discutir librement les propositions. pour certains c’est peut-être assez clair, qu’est-ce qu’il faudrait faire, mais au même temps il y a bcp de gents qui sont en train de devenir plus conscients sur leur environnement politique et économique.

Joël Zigalou Super! Je mettrai plustôt Insurgeons-Nous à la place d’indignons-nous! Etre indigné c’est passagé, un état d’âme à l’instant T! aujourd’hui nous sommes révoltés et demandons un changement complet de la société et des institutions.

Paul Camélinat Je pense qu’il faut se focaliser d’abord sur les revendications démocratiques, qui concernent tout le peuple. Il ne faudrait pas s’aliéner des forces que nous n’avons pas encore réunies. Après seulement, quand les contradictions se seront développées, on pourra et devra aller plus loin. Mais déjà revenir aux fondamentaux de 1789 et 1793.

Soraya Velé on en parle tous ensemble c’est la où se trouve les plus grande richesse, quand on sera plus nombreux comme en espagne l’organisation se fera autrement, mais unissons nous … Nous avons tous notre place dans ce mouvement, on a tous à apprendre de quelqu’un et vise versa … alors on sera certes pas tous d’accord … mais les plus grand trésor se trouve en chacun de nous … Oust dehors ! on vous attend !

Verger De la Garonelle si le consensus se fait sur la nécessité d’une démocratie réelle et directe, l’aspect économique, social, environnemental…sera traité de façon directe en assemblée de citoyens mais pour l’instant ce qui est primordial c’est de mettre en place une constituante

Alexis Gallice super…ça dépote !lol. C’est fou comme ça fait du bien d’être dans un système démocratique ! Je pense que rien que par le fonctionnement qui se met en place par la réflexion collective et notre capacité à tous à faire ce travail de VIGILANCE DEMOCRATIQUE on donne une bonne leçon aux politiques censés nous représenter !

Vous non plus ne restez pas sans voix, venez vous exprimer!! Parce que chacun compte!

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Le mouvement se dirige maintenant vers des occupations premanentes avec le mouvement: OUI ON CAMPE

– « Démocratie réelle, maintenant ! » Yes We Camp ! Prends La Rue !

Depuis le début de la crise financière en 2008, nos gouvernants ont décidé de mettre à genoux les peuples au lieu de faire payer les banques. Les démocraties européennes ont été séquestrées par les marchés financiers internationaux. Nous sommes pris à la gorge par les plans d’austérité qui se multiplient partout en Europe. Le chômage a explosé et plonge dans la précarité et la misère des millions de personnes. La crise touche tout le monde. En France, alors que les profits du CAC 40 ont doublé, le chômage des jeunes atteint 25 %.

Suite aux rassemblement de solidarité organisés par les Espagnols résidant en France, nous citoyens, appelons chacun à devenir acteur de cette dynamique de changement.

La révolte des pays arabes a traversé la Méditerranée.

Le réveil du peuple espagnol envoie un message clair à tous les européens, à nous de saisir cette opportunité

Affiche à télécharger : « Prends La Rue ! Yes We Camp ! »
http://www.rezocitoyen.fr/yes-we-camp.html

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liens:

Face Book: Democracia Real Ya! Démocratie Réelle Maintenant! Bordeaux

Manifeste des Indignés : « Pour une démocratie réelle, ici et maintenant ! »

http://démocratiealternative.com
http://productionphotosvideospresses.over-blog.com/article-manifeste-des-indignes-pour-une-democratie-reelle-ici-et-maintenant-74630958.html
http://www.pouruneconstituante.fr/

forum http://reelledemocratie.forumactif.fr/

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27 mai 2011 Posted by | Notre démocratie | , , , , , | Laisser un commentaire

Manuel de démocratie directe et de prise de décision par consensus



LE CITOYEN COLLECTIF PRESENTE :

« Dans un monde “dirigé” selon le modèle de décision par consensus, les armes atomiques, les génocides et les maltraitances imposées aux peuples indigènes, la destruction de l’environnement et la folie guerrière seraient impossibles, car bloqués par toi et des millions d’autres gens. »

Chemin commun But commun
manuel de démocratie directe et de prise de décision par consensus

QU’EST-CE QUE LE CONSENSUS ?

Consensus veut dire : “accord entre les gens”.

Le processus de prise de décision par consensus est une méthode permettant de prendre une décision qui inclue l’opinion de tous les membres d’un groupe. Beaucoup s’imaginent qu’elle implique forcément des discussions aussi interminables qu’inefficaces. En réalité, quand elle est bien appliquée, la prise de décision par consensus est l’une des meilleures méthodes pour arriver à prendre des décisions que tous les membres du groupe pourront revendiquer.

Pour travailler en “consensus”, il faut que le groupe ait un but commun et la volonté de travailler ensemble à résoudre les problèmes au fur et à mesure. On développe et on discute tous les schémas possibles de décision qu’impliquent les différentes propositions ; le but étant d’intégrer les réserves émises par différents individus de façon à ce qu’émerge une proposition à laquelle tous peuvent souscrire. Si l’on discute avec suffisamment d’objectivité et d’inventivité, on a de grandes chances à la fin de la discussion de se retrouver avec une bonne décision, acceptable par tous.

Le processus de prise de décision par consensus repose sur l’idée selon laquelle le chemin suivi pour trouver une décision est une partie importante de la décision elle-même. Une démarche réussie donne à tous la possibilité de contribuer à la décision. Le présent manuel vise à informer sur ce qui est à la base du consensus. Nous y avons ajouté une modélisation de la démarche aboutissant au consensus, mais il ne faut pas s’en tenir à ce modèle de façon rigide… vous pouvez vous-même trouver d’autres processus de décision, modifier les étapes proposées, ajouter des rôles en les modifiant, selon ce qui correspond le mieux aux besoins de votre groupe.

CODE GESTUEL
Lorsqu’un groupe entier veut prendre une décision, en général on parle beaucoup. Mais il n’est pas vrai que tout ce que l’on a à exprimer doive passer par des mots. Tenant compte de cela, on a développé un code gestuel pour exprimer des choses importantes sans avoir à interrompre celui qui est en train de parler.

Main ouverte levée
Comme à l’école : “j’aimerais dire / demander quelque chose”. Garder la main levée jusqu’à ce que le modérateur le voit et prenne en compte la demande de prise de parole. Quand beaucoup de gens font ce signe, le mieux est de faire une liste, et de prendre les interventions les unes après les autres.

Les deux mains forment un “T”
“T” veut dire “technique de discussion”. On emploie ce signe quand on a l’idée d’un autre processus qui permettrait au groupe d’arriver à une décision (par exemple : discuter les différents aspects du problème en sous-groupes). Normalement, le modérateur doit prendre en compte ce signe avant toutes les autres demandes de parole, dans la mesure où une proposition technique judicieuse peut épargner beaucoup de paroles inutiles. Ne JAMAIS utiliser ce signe pour de-mander la parole, il existe un signe pour cela.

Agiter les mains vers le bas
Cela veut dire “parlez plus lentement”. Ce signe est particulièrement utile dans les rencontres internationales où l’on travaille avec l’anglais ou avec des traductions.

Agiter les mains vers le haut
veut dire “plus fort”. Intéressant dans les grands groupes, ou quand une personne parle trop doucement.

Se frotter les mains
Veut dire “conclusion s’il vous plaît”. Utilisé quand celui ou celle qui parle se répète et n’arrive pas à conclure.

Agiter les doigts devant le visage
veut dire “c’est confus”. Il faudrait que celui ou celle qui parle reformule brièvement avec d’autres mots ce qu’il essaie de dire.

Agiter les mains levées
C’est le signe du consensus, voulant dire “ça a l’air d’une bonne idée / oui, c’est ce que je voulais dire”. C’est une expression silencieuse de l’accord. Lorsque quelqu’un a une bonne idée et que le modérateur voit que beaucoup font ce signe, cela veut dire que le groupe est proche du consensus.

Les mains levées dessinent un X
Cela veut dire “non” ou “je ne suis pas du tout d’accord avec ce qui vient d’être dit”.

Un poing levé
veut dire “stop, je bloque cette idée / veto”. On utilise ce signe quand on a le sentiment qu’on ne peut absolument pas souscrire à une certaine proposition. Ce signe est pris en compte avant les demandes normales de prise de parole. Il faut toutefois être prudent avec ce signe et ne l’utiliser en aucun cas pour demander à parler. Quand plusieurs personnes lèvent le poing en même temps, on peut stopper une mauvaise idée avant même qu’elle ne soit développée en détails.
POURQUOI LE PRINCIPE DE CONSENSUS ?

Le monde dans lequel nous vivons actuellement est peut-être le meilleur argument en faveur d’un nouveau processus de prise de décision, dans la mesure où ce monde a été construit selon les “vieilles” méthodes.
Dans un monde “dirigé” selon le modèle de décision par consensus, les armes atomiques, les génocides et les maltraitances imposées aux peuples indigènes, la destruction de l’environnement et la folie guerrière seraient impossibles, car bloqués par toi et des millions d’autres gens.

Le principe de consensus est né d’une critique des méthodes de décision existantes qui conduisent souvent à ce que le pouvoir se trouve concentré dans les mains de quelques-uns et que les décisions soient prises sur la base de valeurs corrompues. Par ailleurs, beaucoup de gens trouvent inacceptable le fait que dans les modèles fondés sur le principe de majorité, les minorités ne soient pas prises en compte et subissent donc une discrimination.

Le principe de décision par consensus essaie de donner aux individus autant de pouvoir que possible, ainsi que la possibilité d’intégrer dans les décisions un savoir fondé sur l’expérience commune. La nécessité du principe de décision par consensus repose sur l’expérience : celle-ci nous montre que toute décision reposant sur des simplifications de la vérité (autrement dit, travaillant avec des modèles de décision), court le danger de négliger des points importants. Un plus grand nombre d’opinions diversifiées reflète plus exactement l’opinion des gens. Le principe de décision par consensus motive plus les gens à s’impliquer que les autres méthodes de décision.

Inconvénients
Le processus de décision par consensus est lent. Dans un système fondé sur le vote à main levée, un meneur de discussion talentueux et résolu peut condenser un nombre conséquent de décisions en un temps relativement court. Dans un système hiérarchique, il peut répartir les tâches, mais même le meilleur modérateur ne peut faire adopter les décisions qu’au rythme du plus sceptique des participants. Un bon modérateur excitera l’imagination du groupe pour trouver des solutions plus rapides aux problèmes, mais il n’est pas possible de comprendre ce qui s’oppose à la résolution des problèmes sans se donner du temps.

Le principe de consensus a ses limites. Plus les groupes sont grands, plus il est difficile d’arriver au consensus. A la différence de ce qui se passe dans le vote classique, à bulletin secret ou à main levée, où les minorités radicales se trouvent constamment exclues, le consensus nécessite un accord fondamental quant au but poursuivi par le groupe. Quand une partie du groupe exprime des désirs ou des représentations fondamentalement différents, peut-être un consensus est-il impossible.

Avantages
§ Les décisions sont de meilleure qualité (elles durent plus longtemps et sont moins contestées).

§ Le consensus reflète l’opinion de tous

§ La proposition naît du groupe. Il n’est pas très important de savoir qui a soutenu l’idée au départ puisque la proposition se retrouve sans cesse reformulée par le groupe pour inclure des objections. Et au final, le groupe s’approprie la proposition.

§ Chacun est responsable. à la différence de ce qui se passe quand on vvote à main levée, personne ne peut se soustraire à une décision prise par consensus et dire “je n’ai jamais aimé cette idée, je ne ferai pas ma part”. (Cela ne garantit cependant pas que d’autres excuses ne puissent être invoquées).

§ Il y a moins de confrontations. Les querelles sont abrégées, soit par le modérateur, soit par la prise en considération que le progrès dépend de l’accord entre les gens et que les querelles ne servent l’intérêt de personne.

§ Ce processus enseigne les gens à écouter. Comme les objections doivent être prises en compte, on ne peut pas ignorer ce que disent les autres. La compréhension mutuelle en est augmentée.

§ Le consensus ne génère pas de frustration.
SCHEMA D’ELABORATION DU CONSENSUS

Ce diagramme est conçu comme un survol des étapes suivies dans une décision prise par consensus.
D’autres explications se trouvent après.


Problématique : Qu’est-ce que nous voulons décider ?
Collectage d’informations : Faits et opinions qui peuvent aider à résoudre le problème
Propositions Inventaire des options pertinentes par rapport au problème.
Contre-propositions : Modification des propositions pour y inclure les objections
Récapitulation des propositions soumises au consensus    Tout le monde peut-il vivre avec la proposition définitive ?
Refus   La proposition doit encore être modifiée   (retour à l’étape “récapitulation des propositions”)
 Consensus Large accord Pas de veto ?
On a une décision.

DECISION
Toutes les décisions sont prises par consensus…
Qu’est-ce que ça veut dire exactement ?
Tout d’abord, il s’agit d’élaborer une proposition soumise au consensus qui tienne compte de toutes les opinions. Elle peut l’être par chacun des participants à la discussion, par le modérateur, ou bien – spécialement dans les grands groupes – par le délégué des sous-groupes. Quand il n’y a pas de problème de compréhension ou de proposition d’amélioration, il faut encore vérifier si la proposition est vraiment capable d’entraîner un consensus. Pour ce faire on passe par quatre étapes :

– je donne mon accord sans réticence
– je donne mon accord avec des réticences
– je ne suis pas d’accord mais je ne m’opposerai pas à la mise en oeuvre de la proposition
– j’oppose un veto

Il est important de distinguer entre la 3° et la 4° étape. Un veto signifie qu’on ne pourrait pas vivre avec une décision bien précise. Dans le cas où on n’apprécie absolument pas une certaine décision, mais qu’on n’a pas de problème à ce que les autres agissent en conformité avec elle si cela leur convient, le veto ne se justifie pas.

Une proposition est acceptée quand la grande majorité approuve les deux premières étapes, et qu’il n’y a pas de veto. Quand la proposition n’est pas acceptée, il faut chercher à en reformuler une meilleure.

Quand dans une situation donnée, un veto s’oppose à un veto, c’est la dernière décision (plénière) qui reste valide, et rien n’est changé. Quand aucun consensus ne peut s’envisager même après de nouvelles discussions, le groupe doit se séparer.

Dans certains cas particuliers, on peut aussi décider par consensus de trancher par décompte des voix à propos d’une question déterminée, par exemple lorsque deux possibilités s’opposent et qu’il n’est pas possible de trancher, mais que les participants ne s’opposent pas à ce que l’autre solution que la leur soit choisie.
LES ROLES DANS LA DECISION PAR CONSENSUS

Le modérateur
C’est le rôle le plus important. Lui incombent les responsabilités suivantes :

a)le processus ne doit pas s’interrompre.
b)les différentes opinions à l’intérieur du groupe doivent être correctement présentées.
c)les différents rapports de force présents dans le groupe doivent être équilibrés.
d)il doit concevoir l’ordre du jour et ne pas perdre de vue les modifications qui lui sont apportées

Le modérateur n’est pas un meneur de discussion ni un présentateur. Il doit suffisamment maîtriser les étapes du processus de décision, ainsi que les techniques permettant d’identifier les décisions à prendre, pour être capable d’amener le groupe au consensus. Il lui faudrait éviter des phrases telles que : “Comment voulez-vous que le groupe évolue maintenant ? / Comment le groupe va-t-il évoluer ?” parce que cela amène une discussion à propos de la discussion et retarde le déroulement des choses. Quand on choisit le rôle de modérateur, cela suppose en général de ne pas exprimer sa propre opinion, l’important dans ce rôle étant de rassembler les opinions du groupe et non de dire ce qu’on pense.

Parfois, le modérateur a envie de contribuer lui-même activement à la décision : dans ce cas, il lui faudrait confier la tâche à quelqu’un d’autre. Les bons modérateurs conduisent le groupe avec une douce autorité à travers les étapes du processus de décision. Quand le groupe commence à s’approcher d’une idée, ils essaient de la reformuler en une proposition dont ils commencent par formuler les inconvénients principaux.

Quelques autres rôles importants…
normalement, le modérateur ne doit pas assumer en plus aucun de ces rôles.

Le rédacteur du protocole
ou au moins quelqu’un qui note les décisions que le groupe a prises.

Le baromètre des “vibrations”
Il est attentif aux sentiments qui se font jour dans le groupe, en particulier quand certains se sentent piétinés par le groupe ou agressés personnellement. Normalement le “vibes watcher” est écouté en priorité par le modérateur et parle directement avec les gens quand il a l’impression qu’ils ne vont pas bien. Quand les gens se sentent vraiment très mal à l’aise, c’est au groupe d’assumer la responsabilité d’y remédier.

Le distributeur de temps
Le groupe élabore un ordre du jour et établit combien de temps doivent être discutés les différents points. Le distributeur de temps signale au groupe quand il a dépassé ce temps. Le modérateur peut alors demander au groupe s’il veut consacrer plus de temps au thème concerné.

La “bouche”
La bouche parle au nom de ceux qui n’osent pas parler devant le grand groupe et ne fait que rapporter ce qui lui est dit.

TECHNIQUES

Brainstorm
Cette technique est un essai pour trouver des idées “en gros”. Les gens avancent des idées et le rédacteur du protocole les note. Il ne faut pas chercher à formuler des propositions abouties dans ce cadre.

Tour de parole
Le modérateur invite chacun des membres du groupe à exprimer son opinion à propos d’un thème donné. Certes, cela dure le plus souvent longtemps, mais cela permet d’avoir l’apport de chacun (sans que quiconque puisse se sentir contraint puisque tout le monde dit quelque chose).

Les sous-groupes
En particulier dans de grosses rencontres, il peut-être bon de se répartir en sous-groupes pour permettre à un plus grand nombre de gens de parler. Les sous-groupes peuvent alors décider quels sont les points les plus importants, et reviennent au grand groupe avec une série d’idées noyaux.

Echange de rôles
On peut utiliser cette technique pour résoudre des problèmes ou des conflits dans le groupe. Elle convient à des gens ayant du mal à adopter le point de vue de l’autre. Ils échangent pour un temps déterminé leurs rôles et représentent l’opinion de l’autre. Chacun énonce l’argument principal des autres.

La vigie
C’est une aide précieuse pour dégager où en est exactement le groupe. A la base, il s’agit d’opérer un décompte des voix à propos d’un thème déterminé – décompte qui n’a pas de force de décision, mais ne sert qu’à établir ce que pense le groupe sur un sujet déterminé. La procédure est particulièrement utile dans le cas où la parole a été monopolisée par quelques uns.

Remue-méninges
Pour découvrir des idées nouvelles et inclure l’opinion du plus grand nombre, tous les membres peuvent transcrire en même temps des idées sous forme des petites cartes qu’on tire au sort. Dans le cas de regroupement d’idées (clusters) on invente des concepts qui réunissent plusieurs des différentes cartes déjà acceptées.

Pause
Peu de gens pensent en général que des pauses puissent contribuer à améliorer la qualité de la rencontre alors qu’elles peuvent être très utiles. Ainsi, dans le cas où on a travaillé depuis longtemps sur un problème difficile, une pause bien étudiée peut contribuer à casser la tension et permettre de prendre une distance par rapport au problème. Les pauses laissent aussi place aux conversations personnelles et rappellent ainsi qu’en dehors de la rencontre il y a encore une vie.
LE CONSENSUS REPOSE SUR TROIS PRINCIPES CLE.

– Respecter les sentiments
Quand quelqu’un a le sentiment que le groupe évolue dans une direction erronée, il faut que le modérateur et les autres membres du groupe prennent en considération de tels sentiments. Il est totalement faux de dire : “Si tu ne peux pas expliquer pourquoi tu ressens les choses ainsi, ce n’est pas important. ” Une telle phrase serait une offense décourageante.

– Motiver les gens
Dans le cas idéal, nous utilisons nos processus de découverte d’une décision pour rendre plus forts les membres de notre groupe. Il faudrait qu’un rôle comme celui de modérateur soit tenu par rotation afin que les gens en fassent l’expérience et apportent leur savoir aux autres. Le consensus signifie qu’on empêche ceux qui parlent bien ou ceux qui ont l’esprit vif de monopoliser le pouvoir, et que tous doivent le partager.

– “Pas de chef”
Que personne ne prenne le pouvoir. Le consensus signifie vivre ce rêve. Nous pouvons nous en remettre au coordinateur et aux organisateurs quand nous en avons besoin, mais la réalité du pouvoir doit venir du groupe et non de quelqu’un qui se trouverait au sommet et expliquerait aux autres ce qu’ils doivent faire. La démocratie directe signifie que nous prenons la responsabilité de nos propres décisions et de notre propre vie.

Respecter les sentiments
+ motiver les gens
+ pas de chef
——————————
= démocratie directe

Malgré tous ces bons principes, des structures de pouvoir réapparaissent toujours dans les groupes – que ce soit parce que certains aiment écouter parler et tombent dans le rôle de simples exécutants, ou bien à cause d‘une hiérarchisation des savoirs. On est souvent loin du “personne ne prend le pouvoir”. C’est précisément dans les grands rassemblements que s’est toujours manifestée dans le passé la tension entre participants et organisations “autoritaires” et beaucoup en ont retiré l’impression que la volonté des organisations l’emporterait toujours.

Quand de grands groupes veulent prendre leurs décisions par consensus, il est en général nécessaire d’avoir recours à un modèle de démocratie qui rende impossible de se perdre dans d’épuisantes et interminables discussions. Ces modèles comportent en général les éléments suivants :

Groupes par affinités
Tous sont organisés en groupes par affinités. Ceux-ci ne doivent pas dépasser un nombre suffisamment limité pour permettre aux gens de se connaître mutuellement, et à tous de prendre la parole dans les discussions. On discute dans ces groupes par affinités les questions abordées en Plenum, mais en toute tranquillité.

Conseil intérieur
Tous les groupes par affinités délèguent une personne au Conseil intérieur. Celle-ci essaie de dégager à partir du résultat des discussions menées à l’intérieur des groupes une proposition de consensus qui sera exposée au Plenum.

Plenum
Le Plenum est la seule instance de décision. On tranche sur les propositions du Conseil intérieur et on aborde brièvement des thèmes nouveaux. En règle générale, la discussion a alors lieu dans les groupes par affinités ; ce n’est qu’en cas de décision pressante que le Plenum essaie d’obtenir tout de suite un consensus.

Comme tout le monde n’a pas le même rythme de fonctionnement, il est bon de continuer la discussion après le Plenum. Mais cette reprise de discussion ne permet pas de revenir sur les décisions prises, les propositions émises sont alors soumises au groupe par affinités.


SCHEMA GENERAL DE DEMOCRATIE

Plenum Approche des thèmes et décision par consensus

Discussion

Approfondissement des thèmes
après le Plenum

Groupe par affinités

Laisse la place à la discussion

Conseil intérieur

Elabore une proposition de consensus


Ce texte est aussi édité sous forme de livret illustré :

Chemin commun But commun
manuel de démocratie directe et de prise de décision par consensus

Pays de Cocagne – n° 10 – pratique
les produits du jardin – mai 2002 –
285 avenue de Verdun
46400 Saint-Céré

Origine :
http://lesproduitsdujardin.free.fr/paysdecocagne/manueldeconsensus.htm

http://docs.indymedia.org/twiki/pub/Local/ImcParisDocs/consensustextelavoixpublique.doc

http://docs.indymedia.org/view/Local/ConsensusLaVoixPublique

http://docs.indymedia.org/twiki/pub/Local/ImcParisDocs/consensustextelavoixpublique.doc

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25 mai 2011 Posted by | Notre démocratie | , , , | 2 commentaires

Propositions de l’Assemblée de Barcelone


propositions de l’Assemblée de Barcelone

Traducción francesa de las propuestas del ACAMPADA BCN.

Traduction française des propositions de l’Assemblée réunie place de Catalogne (Catalunya) à Barcelone.

À Barcelone, en rassemblant le savoir et les apports de centaines de personnes, nous avons rédigé collectivement plusieurs documents de travail au sujet des différents niveaux sur lesqu…els nous allons agir pour obtenir le changement. Tous ces documents sont ouverts aux modifications et améliorations constantes.

Le texte qui suit n’est que l’un de ceux-là.

Nous sommes en train de changer le monde. Complètement.

Pendant ce temps, les politiques qui ne nous représentent pas sont toujours là, changeant sans cesse d’avis et légiférant sur nos vies.

C’est pourquoi nous leur écrivons ici quelques mesures qu’ils peuvent facilement comprendre, et que nous voulons voir appliquées immédiatement.

Attention ! Ce programme est minimal. En réalité ce que nous voulons est beaucoup plus grand, quelque chose qu’ils ne comprendront possiblement jamais.

Ce texte sera présenté aux maires élus demain – 22 mai – et à leurs conseillers municipaux.

Nous leur demanderons point par point d’appliquer ce qui suit, en commençant par le point 1.

1 – ABOLITION DES PRIVILEGES DES HOMMES ET FEMMES POLITIQUES, A COMMENCER PAR BARCELONE :

– Une coupe drastique dans les revenus des hommes et des femmes politiques, les ajustant au revenu moyen de la population.

– La suppression des privilèges concernant les impôts, les indemnités, les années de cotisation et les retraites (rien qu’à Barcelone l’économie serait au minimum d’un demi-million d’euros par mois.)

– Le plafonnement des retraites sur la base de la pension maximale établie pour les autres citoyens et citoyennes.

– La suppression de l’immunité juridique et de la prescription pour les cas de corruption. La révocation des hommes et femmes politiques corrompu-e-s.

2 – ABOLITION DES PRIVILEGES DES BANQUIERS ET BANQUIERES :

– La prohibition de tout type de sauvetage ou d’injection de capital dans les entités bancaires et les caisses d’épargne : ces entités, en difficulté, doivent faire faillite ou être nationalisées pour constituer une banque publique sous contrôle social.

– La restitution transparente et immédiate aux coffres publics, de la part des banques, de tout le capital public apporté.

– La régulation des mouvements spéculatifs et des sanctions envers les mauvaises pratiques bancaires. La prohibition des placements dans les paradis fiscaux.

– Que tous les logements acquis via des opérations hypothécaires abritent sous un régime de loyer social les familles expulsées.

3 – ABOLITION DES PRIVILEGES DES GRANDES FORTUNES :

[Il suffirait d’appliquer la coupe de 5% des revenus, qui fut appliquée aux fonctionnaires, aux 50 plus grandes fortunes et le problème de déficit de l’Etat espagnol serait résolu.]

– L’augmentation du taux d’imposition des grandes fortunes et entités bancaires, l’élimination des SICAV.

– Non à l’élimination des droits de succession. Pour le retour de l’impôt sur le patrimoine.

– Le contrôle réel et effectif de la fraude fiscale et de la fuite de capitaux vers les paradis fiscaux.

– La promotion au niveau international de l’adoption d’une taxe des transactions financières (taxe Tobin.)

De par l’application de ces 3 points on obtient le budget pour les quatre suivants. Parce que l’argent ne manque pas, il est évident qu’il existe des moyens.

4 – REVENUS DIGNES ET QUALITE DE VIE POUR TOUT LE MONDE :

– L’économie au service des personnes et non le contraire.

– L’établissement d’un salaire maximum tout comme il existe un salaire minimum.

– La réduction de temps de travail quotidien, de façon que tout le monde puisse profiter, prendre le temps de penser et concilier sa vie personnelle avec la vie professionnelle, sans réduction de revenu.

– Le retrait de la réforme des retraites.

– La sécurité de l’emploi : l’impossibilité d’effectuer des licenciements économiques dans les grandes entreprises réalisant des bénéfices ; le contrôle financier des grandes entreprises pour s’assurer qu’elles n’embauchent pas en CDD lorsqu’elles pourraient le faire en CDI.

– La reconnaissance du travail domestique, reproductif et de soins.

5 – DROIT AU LOGEMENT :

– L’expropriation des logements inoccupés n’ayant pas été vendus pour augmenter le parc public de logements en régime de loyer social.

– La déclaration que les villes sont libérées des expulsions de locataires et de squatteurs.

– La pénalisation du mobbing.

– La dation en paiement des logements pour annuler les hypothèques, de manière rétroactive depuis le début de la crise.

– La prohibition de la spéculation immobilière.

***

LES POINTS SUIVANTS RESTENT A DISCUTER EN ASSEMBLEE :

6 – SERVICES PUBLICS DE QUALITE :

– Le retrait des propositions de coupes budgétaires du Gouvernement de la Généralitat.

– Le rétablissement des services de santé et d’éducation qui ont subi les coupes budgétaires.

– L’engagement du personnel sanitaire jusqu’à la fin des listes d’attente.

– L’engagement de la profession enseignante pour garantir le ratio d’élèves par salle, les groupes dédoublés et les groupes de soutien.

– La garantie réelle de l’égalité des chances pour l’accès à tous les niveaux d’éducation, indépendamment de l’origine sociale. Enseignement laïc.

– Le financement public de la recherche afin de garantir son indépendance.

– Des transports publics de qualité et écologiquement soutenables.

– Des services publics et gratuits de soins à l’enfance et aux personnes nécessitant de soins particuliers.

– La prohibition de la privatisation des services publics.

7 – LIBERTES ET DEMOCRATIE PARTICIPATIVE :

– Non au contrôle d’Internet. Abolition de la loi Sinde. Non à ACTA.

– La protection de la liberté d’information et du journalisme d’investigation ainsi que de son indépendance.

L’élimination des obstacles légaux entravant le droit d’émission des médias communautaires libres et à but non lucratif. L’élimination des monopoles de fait des espaces radio.

– L’utilisation de logiciels libres dans les institutions publiques afin de les adapter à l’ère digitale, à coûts soutenables.

– Le retrait de l’ordonnance sur le civisme ; le retrait de toute ordonnance qui limite les libertés de mouvement et d’expression.

– Des référendums obligatoires et inaliénables pour les questions de grande ampleur (dont les directives européennes.)

– L’élimination des rafles d’immigrés en situation irrégulière et le retrait de la loi relative au statut des étrangers. La fermeture des centres d’identification et d’expulsion (CIE) et le droit de vote pour les immigrés.

– Une modification de la loi électorale pour garantir un système authentiquement représentatif et proportionnel, qui ne discrimine aucune force politique ni volonté sociale – dans lequel le vote blanc et le vote nul trouvent également une forme de représentant et où l’abstention active puisse avoir son espace d’auto-organisation dans les quartiers.

– L’établissement de dispositifs effectifs qui garantissent la démocratie interne aux partis politiques, listes ouvertes, élection directe des conseillers municipaux et transparence sur le financement des partis.

– Budget participatif.

– Respect de la planète et de tous les êtres qui l’habitent. Consommation responsable.

– Défense du droit des peuples à décider de la gestion des ressources naturelles.

– La monarchie est un anachronisme qui ne nous représente pas et qui, de là-haut, ne paie pas d’impôts.

8 – REDUCTION DE LA DEPENSE MILITAIRE

Voici donc les revendications minimales et d’application immédiate. Demain, les autres.

Parce que les gens doivent pouvoir organiser leur vie en coopération et en liberté.

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22 mai 2011 Posted by | Désobéissance civile, Notre démocratie | , , , , , | 2 commentaires

Vive le 15-M ! Democracia real!


Samedi 21 mai,  les principales places des grandes villes de la péninsule ibérique toujours occupées pour protester contre le manque de démocratie réelle, pour le boycott des deux principaux partis,contre un système qui considère le citoyen comme simple consommateur. le chômage et les mesures d’austérité… C’est ensemble que les Espagnol-es entrent en lutte.Malgré une interdiction de manifester plus de 25 000 manifestant-es étaient vendredi soir à la Puerta del Sol de Madrid. Après les révolutions arabes voilà le printemps européen. Chaud.

  • Message de soutien d’Islande; El impulsor de la revolución islandesa, manda un mensaje de apoyo a los españoles. English/spanish
  • Traduction française des propositions de l’Assemblée réunie place Puerta del Sol, à Madrid.

Traducción francesa de las propuestas del SOL.

MADRID, 20 mai 2011
Suite au consensus atteint par l’Assemblée réunie le 20 mai à ACAMPADA SOL (le camp place Puerta del Sol), une première liste de propositions, résultant de la compilation et de la synthèse des milles propositions reçues tout au long de ces jours, a été élaborée.
Nous rappelons que l’Assemblée est un processus ouvert et collaboratif.
Cette liste ne se conçoit pas comme étant fermée.

1. Le changement de la loi électorale pour que les listes soient ouvertes et avec circonscription unique. L’obtention de sièges doit être proportionnelle au nombre de voix.
2. Une attention aux droits basiques et fondamentaux reconnus dans la Constitution tels que :
– Le droit à un logement digne, par la rédaction d’une réforme de la loi hypothécaire afin que la remise du logement annule la dette en cas d’impayé.
– La santé publique, gratuite et universelle.
– La libre circulation des personnes et le renforcement d’une éducation publique et laïque.
3. L’abolition des lois et des mesures discriminatoires et injustes telles que le plan de Bologne et l’Espace européen de l’enseignement supérieur, la loi relative au statut des étrangers et celle connue sous le nom de loi Sinde.
4. Une réforme fiscale favorable aux plus bas revenus, une réforme des impôts sur le patrimoine et les droits de succession. L’application de la taxe Tobin, laquelle impose les transferts financiers internationaux. La suppression des paradis fiscaux.
5. Une réforme des conditions de travail de la classe politique afin que soient abolies leurs indemnités de fonction. Que les programmes et les propositions politiques acquièrent un caractère inaliénable.
6. Le rejet et la condamnation de la corruption. Qu’il soit rendu obligatoire par la loi électorale de présenter des listes nettes et libres de toute personne accusée ou condamnée de corruption.
7. Des mesures plurielles à l’égard des banques et des marchés financiers dans l’esprit de l’article 128 de la Constitution, qu stipule que « toute la richesse du pays, sous ses différentes formes et quelle que soit son appartenance est subordonnée à l’intérêt général. » La réduction des pouvoirs du FMI et de la BCE. La nationalisation immédiate de toutes ces entités bancaires ayant requis le sauvetage de l’Etat. Le durcissement des contrôles sur ces entités et sur les opérations financières afin d’éviter de possibles abus quelle que soient leur forme.
8. Une vraie séparation de l’Eglise et de l’État, comme le stipule l’article 16 de la Constitution.
9. Une démocratie participative et directe dans laquelle la citoyenneté prend part activement.
Un accès populaire aux médias, qui devront être éthiques et vrais.
10. Une vraie régulation des conditions de travail. Que son application soit surveillée par l’Etat.
11. La fermeture de toutes les centrales nucléaires et la promotion d’énergies renouvelables et gratuites.
12. La récupération des entreprises publiques privatisées.
13. Une séparation effective des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.
14. Une réduction de la dépense militaire, la fermeture immédiate des usines d’armement et un plus grand contrôle de la sécurité par l’Etat. En tant que mouvement pacifiste nous croyons au « Non à la guerre. »
15. La récupération de la mémoire historique et des principes fondateurs de la lutte par la Démocratie dans notre pays.
16. La totale transparence des comptes et du financement des partis politiques comme moyen de contention de la corruption politique.
@acampadasol – Movimiento #15M

  • Manifeste

Nous sommes des personnes normales et ordinaires. Nous sommes comme toi : des gens qui se lèvent tous les matins pour étudier, pour travailler ou pour chercher du travail, des personnes qui ont une famille et des amis. Nous travaillons dur tous les jours pour vivre et donner un futur meilleur à ceux qui nous entourent. Certains d’entre nous se considèrent progressistes, d’autres plus conservateurs. Croyants ou non, avec des idéologies bien définies, ou apolitiques. Cependant nous sommes tous préoccupés et indignés par le contexte politique, économique et social qui nous entoure, par la corruption des politiciens, des chefs d’entreprises, des banquiers… par le manque de défense du citoyen. Cette situation nuisible au quotidien, peut être changée si nous nous unissons. Il est temps de se mettre en marche, de construire ensemble une société meilleure. Pour cela nous soutenons fermement ce qui suit :

-Les priorités de toute société avancée doivent être l’égalité, le progrès, la solidarité, le libre accès à la culture, le développement écologique durable, l’épanouissement, le bien-être du citoyen.

-Il existe des droits fondamentaux qui devraient être couverts dans ces sociétés tels que le droit au logement, au travail, à la culture, à la santé, à l’éducation, à la participation à la vie politique, au libre développement personnel ainsi que le droit à la consommation des biens nécessaires pour mener une vie saine et heureuse.

-L’actuel fonctionnement de notre système économique et gouvernemental ne répond pas à

ces priorités et représente un obstacle pour le progrès de l’humanité.

– La démocratie part du peuple (dêmos=peuple ; kratos=le pouvoir) et dans cette optique le gouvernement doit naitre du peuple. Toutefois, dans ce pays, la majorité de la classe politique ne nous écoute pas. Alors que ses fonctions devraient être celles de porte- paroles de nos revendications auprès des institutions, en permettant la participation politique des citoyens au moyen de voies directes procurant ainsi un meilleur bénéfice pour l’ensemble de la société, nous assistons à un enrichissement et à leur prospérité à nos dépends.

-Le besoin irrépressible de pouvoir de certains d’entre eux provoque une inégalité, de la crispation et de l’injustice, ce qui conduit à la violence que nous rejetons. Le modèle économique en vigueur, obsolète et antinaturel bloque la machine sociale et la convertit en une spirale qui se consume en enrichissant quelques-uns et en plongeant dans la pauvreté et la pénurie les autres. Jusqu’à l’effondrement.

-La volonté et la finalité du système est l’accumulation d’argent, la plaçant au-dessus de l’efficacité et le bien-être de la société. En gaspillant des ressources, détruisant la planète, produisant du chômage et des consommateurs malheureux.

La démocratie réelle maintenant!-les citoyens font partie de l’engrenage d’une machine destinée à enrichir une minorité qui ignore tout de nos besoins. Nous sommes anonymes, mais sans nous, rien de ceci n’existerait parce que nous faisons bouger le monde.

-Si comme société nous apprenons à ne pas confier notre futur à une rentabilité économique abstraite qui n’est jamais favorable à la majorité, nous pourrons éliminer les abus et les manques que nous souffrons tous.

Une Révolution Morale est nécessaire. Nous avons mis l’argent au-dessus de l’Être Humain alors que nous devrions le mettre à notre service. Nous sommes des personnes, non des produits de marché. Je ne suis pas seulement ce que j’achète, pourquoi et à qui je l’achète.

Pour tout ce qui précède, je suis indigné.

Je crois que je peux le changer.

Je crois que je peux aider.

Je sais qu’unis nous pouvons.

Sort avec nous. C’est ton droit.

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21 mai 2011 Posted by | Désobéissance civile, Notre démocratie | , , , , , , | 2 commentaires

L’initiative populaire: on en est où?


La France: mauvaise élève de la démocratie

L’initiative populaire est une procédure par laquelle un groupe de citoyens peut obtenir par pétition l’organisation d’un vote au parlement ou un référendum sur un projet de loi, une révision constitutionnelle, une demande d’abrogation ou de création d’une loi. C’est une forme de démocratie directe, pouvant toutefois exister au sein d’une démocratie représentative.

L’initiative populaire sera instaurée en France quand la révision de la Constitution de juillet 2008 entrera en vigueur. Les modalités de ce référendum sont controversées. Son fonctionnement est décrit dans l’article 11 de la Constitution. La loi constitutionnelle du 23 juillet 2008 viendra donc renouveler la définition d’une loi référendaire : il fut un temps où l’initiative d’un référendum n’appartenait quasiment qu’aux gouvernants. Notons, comme cela est brièvement mentionné dans cette page, que, sur ce sujet, la France est en retard par rapport à d’autres pays européens qui permettent à des partis politiques (Allemagne) ou à une certaine portion du Peuple (Suisse) d’être à l’initiative d’un référendum. Olivier Duhamel parle spécifiquement de « référendum d’initiative minoritaire » pour cette procédure, car à l’inverse de l’Italie par exemple, il y a possibilité de référendum si l’on a une demande d’un dixième des citoyens français et d’un cinquième des parlementaires. Il ne s’agit donc pas d’une initiative purement et uniquement populaire. Cette réforme a été jugée par de nombreux constitutionnalistes comme inutile et insuffisante, car elle n’introduit pas une initiative populaire mais bien législative (à savoir, 1/5 du Parlement). Seul l’aval du peuple est requis (1/10) pour la procédure, celui-ci n’a pas la possibilité de mener l’initiative seul, il doit la quémander. Le peuple n’a donc toujours pas explicitement le pouvoir de déposer une proposition de loi à l’Assemblée en recueillant un certain seuil de signatures, le référendum est d’initiative législative et non populaire.

l’absence d’initiative populaire

  • L’initiative est marquée par l’Exécutif Selon le texte, même lorsque la proposition peut provenir du Parlement (articles 11 et 89), le dernier mot de l’initiative revient au président de la République qui seul peut déclencher le référendum, soit parce qu’il s’agit d’un pouvoir dispensé du contreseing (article 11), soit qu’il l’obtient d’autorité lorsqu’il est nécessaire (article 89) sauf hypothèse de cohabitation. En pratique, l’initiative parlementaire est d’ailleurs généralement étouffée dans l’œuf ou, exceptionnellement absorbée par l’exécutif comme dans le cas de la réforme du quinquennat. On rappellera également la pratique post-gaullienne consistant à éviter soigneusement d’interroger le peuple en matière constituante (sauf justement en 2000). L’initiative populaire en matière législative, régulièrement envisagée sous forme pétitionnaire, soit avec l’effet direct de déclencher le référendum, soit pour saisir le Parlement afin qu’il en décide, est restée lettre morte à ce jour. La réforme de 2008 n’introduit qu’un « référendum d’initiative minoritaire » comme le préconisait déjà le Commission Vedel, puis le Comité Balladur (proposition no 67). Il s’agit en effet d’une initiative parlementaire minoritaire (un cinquième des membres du parlement) devant être soutenue par une pétition populaire importante (un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales, soit environ 4 millions et demi d’électeurs). Ainsi le peuple n’a de chance d’être réellement interrogé que si le parlement n’examine pas le texte dans les délais prescrits par la loi organique. Si toutefois le Parlement ne le fait pas, le Président de la République doit soumettre la proposition de loi à référendum, dans le délai prévu par la loi organique. À souligner que le droit de pétition était déjà apparu au niveau local à l’article 72-1, mais seulement pour solliciter l’examen d’une question par l’assemblée délibérante locale. Cependant, rien n’empêche celle-ci de décider consécutivement d’un référendum local .
  • Le choix du moment – C’est une question étroitement dépendante de l’initiative dominée par l’exécutif mais élargie à la possibilité offerte par la réforme de 2008. En outre, la constitution énumère les circonstance au cours desquelles il n’est pas possible d’engager la procédure de référendum prévues aux articles 11 et 89 . Ces empêchements sont néanmoins compréhensibles, en soi, et dès lors que le référendum est la seule affaire de l’Exécutif en pratique.
  • Le choix de la question – C’est aussi une question étroitement dépendante de l’initiative dominée par l’exécutif mais précisément étendue sur ce point à la possibilité pétitionnaire offerte par la réforme de 2008. De plus, il faut préciser que la question doit recouvrir uniquement la possibilité d’adopter un texte en forme législative et il ne peut être proposé qu’un seul texte au choix des électeurs (et non deux, par exemple). En outre, il a souvent été constaté, en pratique, que la question pouvait être ambiguë (référendums plébiscitaires gaulliens) ou complexe (ratification d’un traité), ce qui mériterait un contrôle juridictionnel, d’autant que la question peut être inconstitutionnelle. Toutefois, depuis 1987, la jurisprudence va dans le sens d’un contrôle de l’exigence de clarté. En outre, depuis la révision de 1995 concernant l’article 11, lorsque l’initiative du référendum est gouvernementale (toujours le cas en pratique), il doit désormais y avoir un débat devant chaque assemblée (art. 11 al. 2), ce qui est censé éclairer le peuple, à la fois sur la question posée et ses enjeux. Cela était déjà le cas en matière constituante puisque le référendum n’intervient théoriquement qu’en second lieu après son adoption parlementaire (sauf dans la pratique gaullienne).
  • La contestation du résultat – Si tout citoyen peut être scrutateur et participer au dépouillement, la contestation du résultat incombe uniquement au représentant de l’État dans le département ou la collectivité équivalente. Mais ce dernier à la faculté de prendre en compte la réclamation d’un électeur dès lors qu’elle est régulièrement inscrite au procès verbal du bureau de vote.

L’exemple des Etats-unis

Durant l’ère progressiste, plusieurs États des États-Unis se sont dotés de procédures de législation directe telles que le référendum, l’initiative populaire et la procédure référendaire de destitution. Au total, il existe 6 procédures répandues de démocratie directe aux États-Unis :

Initiatives parlementaires

  • 1 – L’amendement constitutionnel d’initiative parlementaire : Même si elle n’est pas l’initiative du pouvoir exécutif, cette procédure n’est pas non plus une initiative proprement « populaire » puisque votée par les parlementaires. Elle en vigueur dans 49 états, c’est à dire tous sauf le Delaware ; dans 15 états, il s’agit de la seule forme de démocratie directe existante. Il s’agit de modifications à la Constitution de l’État que la législature soumet à la décision du peuple. Même si elle peut paraitre très limitée, cette procédure permet au peuple de s’exprimer souvent et sur des sujets variés, les propositions allant souvent bien au-delà de l’organisation des pouvoirs publics et des droits fondamentaux, comme le vote de crédits pour la rénovation des transports ou le mariage homosexuel.
  • 2 – La loi d’initiative parlementaire : Le pouvoir de proposer est le même que l’amendement d’initiative parlementaire, mais l’objet est différent. En l’occurrence, l’on demande au peuple de se prononcer sur une simple loi. Cela signifie que même si le peuple approuve la loi, celle-ci ne sera pas appliquée si elle déclarée anticonstitutionnelle. Cela signifie également que la législature pourra amender ou abroger cette loi sans de nouveau passer par le référendum (ce n’est généralement pas le cas pour un amendement constitutionnel). 24 états allouent cette procédure.

Initiatives populaires

  • 3 – L’amendement constitutionnel d’initiative populaire : Son objet est le même que celui d’initiative parlementaire, mais c’est le pouvoir de proposer qui est différent. Au lieu d’appartenir à législature, il appartient au peuple par le biais d’une pétition ayant été signée par un nombre de personnes fixée par la Constitution. Il est permis dans 18 états.
  • 4 – La loi d’initiative populaire : L’objet est le même que pour la procédure 2 et le pouvoir de proposer le même que pour la procédure 3. Elle est permise dans 22 états.
  • 5 – Le référendum abrogatif (veto referendum) est une forme restreinte de loi d’initiative populaire. Son objet ne peut être que l’abrogation d’une loi existante, et non l’adoption d’une loi nouvelle. Cette procédure est permise dans 25 états dont les 22 qui admettent l’initiative populaire mentionnée en 4.
  • 6 – Le recall est une procédure de démission forcée d’une personne soumise à un poste éligible avant l’expiration de son mandat. Il est en vigueur dans 18 états. Le dernier exemple en date fut la destitution du gouverneur Gray Davis en 2003, gouverneur de Californie.

Par exemple, en Californie, il faut au moins 5 % des personnes ayant participé à la dernière élection du gouverneur pour enclencher une initiative populaire, soit 433 971 électeurs. Si l’initiative populaire a pour but de modifier la Constitution, ce seuil est porté à 8 % (694 354). Pour organiser un recall, il faut 12 %.

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Sources: wikipedia

Articles détaillés :

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2 mai 2011 Posted by | Notre démocratie | , , , | 2 commentaires

Nous sommes à un tournant de notre histoire politique.


La contestation de la démocratie représentative .

Les dictatures du « socialisme réel » se sont effondrées et à leur suite les mouvements sociaux-démocrates. Seule la loi de l’argent régente le monde, l’exploite et le détruit.

La mort de la sociale démocratie

La sociale démocratie, qui entendait donner à l’économie de marché capitaliste un visage humain, est fondée depuis la fin de la deuxième guerre sur un État providence fort, l’ instauration du plein emploi, et une juste répartition des revenus.

Aujourd’hui , elle accepte l’affaiblissement de cet état providence et renonce au plein emploi.

Cette option sociale démocrate , a disparu et la classe moyenne qui était son terreau s’appauvrit.

Elle laisse la place à ce que nous appellerons désormais le social-libéralisme.

Que se soit le PS ou les verts, la « gauche » est désormais libérale et ne remet pas en cause l’économie de marché (capitaliste ou socialiste) avec son corolaire: la croissance économique comme mesure du « progrès ». Au besoin de démocratie réelle elle répond démocratie participative, c’est vraiment gentil de se dire que le peuple devrait « participer » à la démocratie, mais c’est aussi un syllogisme. Dans une démocratie le peuple ne « participe » pas pour le cautionner au pouvoir d’une « élite », le peuple exerce le pouvoir, politique mais aussi économique.

L’agonie du système représentatif

Le système de représentation montre ces limites :

le président actuel, élu avec moins de 41% de la population en droit de voter (le corps électoral) est totalement discrédité par la vague d’ abstention.

Ce système montre chaque jour la corruption, les conflits d’intérêts, le cynisme (realpolitik), la professionnalisation des représentants, la personnification du pouvoir, le mensonge et le mépris pour le peuple traité comme un enfant mineur et incapable de se diriger lui-même, de faire lui-même les choix vitaux pour sa survie. (l’exemple du nucléaire est éclairant).

Les crises que nous subissons sont dues à un manque de démocratie.

Quelle démocratie réelle accepterait que ces membres meurent de froid devant un logement vide.

Quelle démocratie réelle accepterait de laisser aux banquiers le pouvoir de créer l’argent.

quelle démocratie réelle accepterait l’installation de centrales nucléaires, la vente de nourriture empoisonnée, la destruction des écosystèmes et de la biodiversité…

Ces crises multifactorielles ne sont pas des crises pour tout le monde. Elles sont les conséquences de la confiscation du pouvoir par quelques uns pour leur plus grand profit.

La population aspire à la démocratie réelle.

Avec 20% de participation au vote, moins de dix millions d’électeurs, les responsables politiques pensent-ils toujours être légitimes?

Ou remettraient-ils en cause le peuple lui-même ?

Sire le peuple ne vote plus ! Changez le peuple !

Le peuple ne demande pas la parole il réclame le pouvoir:

  • Par l’usage de référendums d’initiative populaire
  • Par la création d’une assemblée constituante composée de citoyens tirés au sort
  • Par l’usage du mandat impératif (et donc l’abrogation de l’art. 27 de la constitution)
  • Par la révocabilité de ses représentants
  • Par l’Interdiction de deux mandats consécutifs
  • Par la création d’assemblées populaires dotées du pouvoir législatif

L’abstention : le meilleur choix

Non les abstentionnistes ne sont pas dépolitisés bien au contraire, ils refusent de participer à ce jeu de dupe électoral, et exigent que les vrais chiffres de l’abstention soient pris en compte.

Face au désengagement de l’État, nombreux sont ceux qui ont choisi d’agir au lieu d’élire. Les services publics disparaissent et sont pris en main par les gens eux-mêmes.

En France on crée 190 associations par jour et il en existe aujourd’hui plus d’un million…

Alors la population n’est pas prête pour la démocratie ou ce sont nos dirigeants qui s’accrochent aux privilèges que leur confère ce système oligarchique ?

Il est certain qu’aucun ne remettra en cause sa « représentativité » mais nous , nous continuerons à le faire en nous libérant de cette tutelle qui ne fait que nous asservir aux intérêts particuliers, à nous mener à l’abattoir et à détruire notre environnement…

W.A.D

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1 avril 2011 Posted by | Notre démocratie | , , , , , , , , | 8 commentaires

MANIFESTE DES VINGT-CINQ MILLIONS DE « FAINÉANTS».


Les chiffres ramenés à l’ENSEMBLE de la population : FRANCE * 65 millions de français * 21 millions non inscrits sur les listes électorales * 44 millions d’électeurs, parmi lesquels : * 19 millions ont voté aux cantonales 2011 divisées selon les partis et votes blancs ou annulés * 25 millions se sont ABSTENUS.

Forts de cette majorité, nous ABSTENTIONNISTES REVENDIQUONS la modification du processus électoral démocratique par la prise en compte des abstentions, bulletins blancs et des nuls – les trois représentants une expression citoyenne au même titre qu’un vote d’idéal politique. Le fait de s’obstiner à n’en tenir aucun compte est, par essence même, un concept anti-démocratique. Forts de cette MAJORITÉ, nous revendiquons l’invalidité et l’annulation de ces cantonales 2011 ainsi que celles de toute élection future présentant des taux où seule une minorité de la population citoyenne globale du pays s’est exprimée et serait reconnue comme choix pour tous. Aujourd’hui, nos concitoyens votants ainsi que les politiques de tous partis, peuvent nous juger fainéants, antidémocratiques, désintéressés de la politique, etc. FAUX !

Nous ne votons pas, car nous NE VOULONS PLUS ÊTRE REPRÉSENTES PAR LES POLITIQUES ACTUELS, NI PAR LEURS PARTIS car ils ne représentent pas nos envies de société (voter serait les cautionner) et les combattrons. Nous ne votons pas, car nous ne voulons plus enrichir des élus, ou pseudo-élites qui en retour nous appauvrissent et les combattrons.

Nous ne votons pas, car nous ne voulons pas que nos acquis sociaux soient détruits au profit de quelques-uns .

Nous ne votons pas, car nous ne voulons pas des LOIS PSEUDO-SECURITAIRES anticonstitutionnelles pour la plupart qui nous privent chaque jour davantage de nos LIBERTÉS et combattrons pour leur ABROGATION .

Nous ne votons pas, car nous ne voulons pas que nos institutions soient gérées telles des sociétés et soumises à la rentabilité AU DÉTRIMENT DE L HUMAIN, et combattrons en ce sens.

Nous ne votons pas, car nous ne voulons plus de ce CAPITAL TOUT PUISSANT, de ce système boursier, de cette économie de marché, de ces grands patrons RICHISSIMES et de leurs actionnaires INHUMAINS, de ces BANQUES, qui chaque jour nous appauvrissent.

NOUS OUVRIERS qui produisons les richesses du pays dont les salaires ne nous permettent plus de vivre ou de nous loger, NOUS gens qui dormons dans la rue ,NOUS PAYSANS qui sommes traits plus que nos animaux, Nous cadres et classe moyenne qui assistons à la paupérisation de nos conditions….

Nous ne voulons plus de ces différences sociales, nous ne voulons plus de ça ET DE BIEN D’AUTRES CHOSES ENCORE…NOUS NE VOTERONS PLUS ET NOMBRE DE GENS NOUS REJOIGNENT CHAQUE JOUR , DORS ET DÉJÀ VOUS N’ÊTES PLUS LES ÉLUS DU PEUPLE ET N’AVEZ DONC AUCUNE LEGITIMITE A OCCUPER VOS POSTES , vous qui feignez de ne pas nous entendre, nous vous le ferons désormais comprendre « par » les urnes. Nous ne cautionnerons plus un système qui n’est qu’un simulacre de démocratie !

Envoyé le 31/03/2011 à 5:58 par Leslie

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31 mars 2011 Posted by | Notre démocratie | , , , , , | 10 commentaires

Cantonales 2011 : un viol électoral


Les cantonales 2011 : un viol électoral.

Le taux d’abstention qui augmente régulièrement explose aujourd’hui, mais les politiciens continuent l’air de rien à nous jouer l’air de l’épouvantail d’extrême droite plutôt que de remettre en question leur propre pratique de la démocratie et de la politique.

Comment continuer à se proclamer représentant du peuple quand on est élu avec une minorité de voix ?

On trouve ainsi des « élus » avec 10 % des électeurs inscrits !

On note seulement 20 % de votants en Seine Saint-Denis !

Et encore faudrait-il prendre en compte les non inscrits en droit de voter.

Selon plusieurs études de l’Insee, en y ajoutant les personnes qui ignorent qu’elles sont inscrites sur les listes électorales, environ 4,9 millions de Français ne sont pas inscrits ou croient ne pas l’être (données 2004), chiffre qui varie entre 10 % et 13,3 % du corps électoral sur les neuf dernières années. En France, le corps électoral comprend 44,5 millions d’électeurs pour 62 millions de Français ; il y aurait 45 millions d’électeurs potentiels, c’est-à-dire les Français majeurs non privés du droit de vote.

Il faut également prendre en compte les SDF, les gens du voyage ou les personnes en détention qui sont visées par des textes particuliers.

Désenchantement ?

On entend de ci- de là que les électeurs sont désenchantés. Cette « démocratie » représentative nécessiterait-elle un enchantement ? Les médias sous contrôle de grands groupes privés ne sont-ils plus aussi efficaces ?

Le problème ne vient pas des électeurs mais du système même de représentativité.

Ce système étant par lui -même un système oligarchique grâce auquel la majorité s’en remet à ces représentants sans obligation de résultats ni contrôle d ‘aucune sorte. Ce système est donc loin de la démocratie au sens premier, le pouvoir du peuple. En étudiant l’histoire de la démocratie, et de la démocratie athénienne en particulier , on constate que le premier objectif était justement d’éviter un système oligarchique d’où la mise au point de systèmes comme le tirage au sort des représentants et le mandat impératif.

Le mandat impératif ?

Le mandat impératif est le pouvoir délégué à un individu ou une organisation élu(e) en vue de mener une action définie dans la durée et dans la tâche, selon des modalités précises auxquelles il ne peut déroger.

Il s’oppose au mandat représentatif.

L’actuelle constitution française indique dans son article 27, relatif aux membres du Parlement, que « tout mandat impératif est nul ».

Il est donc constitutionnellement admis que les élus n’ont aucun compte à rendre à leurs électeurs sur les décisions et les réalisations qu’ils mettront en œuvre. C’est ainsi que les décisions primordiales telles que la répartition des ressources publiques, l’utilisation du nucléaire, la privatisation des services publics, les déclarations de guerre, l’allongement des temps de cotisation ou de travail… sont prises par des « représentants » à l’encontre de la volonté du peuple lui-même.

La démocratie représentative : un échec et un danger pour la vie

Quelle leçon tirer de l’augmentation constante de l’abstention?

Dans la mesure où un système politique strictement représentatif pérennise et légitime une vision de la société construite exclusivement sur la délégation totale de pouvoir, la hiérarchie, la domination, et l’exploitation du peuple : l’abstention est de fait un choix politique.

Il convient donc de changer de système et de réinventer une démocratie réelle dans laquelle les décisions seraient bien prise et leurs applications contrôlées par les citoyens.

Mais comment gouverner un grand pays sans élections représentatives ?

Il convient de renverser ce questionnement : les grands pays, ou unions ont précisément été créés en vue de concentrer le pouvoir aux mains de quelques uns. De cette concentration s’en est suivies toutes les crises majeures que nous subissons : crise sociale , crise écologique, crise économique… ce qui est bon pour une poignée de décideurs ne l’est pas pour la grande majorité du peuple.

Ces crises viennent d’un manque de démocratie.

Engageons-nous dans la voix de la démocratie directe, réelle, auto gestionnaire. Et sortons au plus vite de ces pratiques électorales obsolètes , abusives et non-participatives.

Quelle démocratie réelle donnerait ainsi le droit aux banque de créer artificiellement de la monnaie, quelle démocratie réelle installerait des réacteurs nucléaires meurtriers, quelle démocratie réelle laisserait les plus démunis mourir de faim et de froid?

Il est urgent pour l’Homme et pour son environnement que chaque citoyen prenne réellement part aux décisions politiques et économiques. La « démocratie représentative » et la loi du marché nous détruisent et détruisent la planète.

Continuons à refuser ces élections qui nous proposent de designer le chef , parmi ces incompétents gestionnaires de l’économie de marché et qui aura toute puissance sur nos vies et toutes celles de la planète. Continuons à mettre en place, localement les solutions que nous avons, quitte à désobéir à cette oligarchie qui usurpe sa soi-disante représentativité, et qui n’a plus aucune légitimité.

A bas la « représentative » et vive la démocratie locale et directe !

Aquitaine Décroissance

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28 mars 2011 Posted by | Notre démocratie | , , , , , , | 6 commentaires

La démocratie énergétique


La démocratie locale et réelle est la seule voie pour des changements “durables”.

« Aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin de cohérence. Et par là, je n’entends pas des dogmes, mais plutôt une véritable structuration des idées qui mettrait

la philosophie, l’anthropologie, l’histoire, la morale, une rationalité renouvelée et des visions utopiques au service de la liberté – et une liberté,

ajouterai-je, qui servirait aussi bien l’évolution de la nature que celle de l’être humain. »

Murray Bookchin

Organisation territoriale et démocratie énergétique
L’ordre pyramidal actuel ne parvient plus à cacher les profonds désordres qui lui sont inhérents.

 

Les évolutions mondiales, sociales, climatiques et économiques le révèlent chaque jours de façon plus criante.

Contrairement aux énergies fossiles, exploitées en un petit nombre de sites importants, les énergies solaires et terrestres sont diffuses.

C’est en fonction de leur usage (électricité, chaleur, carburant) à un moment et un endroit donné qu’il faut les penser. Il convient de les mettre en place localement en fonction des besoins.
Une telle production se situant à l’endroit où les besoins existent par la captation d’énergie solaire, éolienne, bio-masse, hydraulique, géothermique aura pour effet, non seulement, de réduire considérablement les pertes dues à la production et au transport de l’énergie, mais également de remettre  en question le système de décision pyramidale et de donner au citoyen sa place dans le processus de décision de production énergétique.

Il s’agit ainsi de passer à une économie énergétique largement décentralisée, à une stabilité et à une sécurité des systèmes locaux.

Des réformes politiques sont vitales.
Pour ouvrir une autre voie que celle du “toujours plus”, des changements politiques sont nécessaires faisant appel à des notions de responsabilité, d’initiative, de solidarité planétaire, de développement local…

Les questions d’énergie, d’environnement, de construction, de développement économique, d’emploi, d’urbanisme, et, finalement, de démocratie, sont imbriquées au point qu’il n’est pas logiquement possible de traiter l’un de ces domaines sans aborder les autres, tout en tenant compte des caractéristiques propres à chaque territoire.

Or la centralisation du pouvoir en matière d’énergie bloque l’insertion de la politique énergétique au sein des politiques territoriales, l’État n’ayant ni la volonté, ni la capacité d’adapter sa politique énergétique et les actions qui en découlent à l’infinie diversité des contextes locaux.

En revanche, la voie ouverte par l’exploitation des énergies solaires et terrestres , permettrait de renouveler le fonctionnement de la démocratie locale puisqu’elle suppose un réel partage des responsabilités entre les citoyens et leurs institutions.
Décentraliser le système énergétique français va donc bien au-delà de simples dispositions techniques ou administratives.

On touche ici à un instrument de pouvoir et les pouvoirs en place se cachent derrière toutes sortes de prétextes pour ne rien abandonner.
Voilà donc un domaine vital où la République peut sans crainte donner du pouvoir aux citoyens, à leurs entreprises et à leurs collectivités.

Une démarche fondamentalement démocratique

La mise en place d’une démocratie énergétique fondée sur un partage des responsabilités entre les citoyens, les collectivités est aujourd’hui cruciale.
Nous constatons les progrès de plus en plus sensibles de cette démarche bien qu’elle aille à l’encontre d’un comportement traditionnel des Français.
En effet, les choix politiques de la France en faveur d’une centralisation excessive du système énergétique, qui se traduit en particulier par une hypertrophie de la production électrique nucléaire, découlent du caractère monarchique du système républicain de notre pays.
L’organisation du pouvoir y est traditionnellement pyramidale à chaque niveau des institutions, des entreprises et plus généralement de toutes les organisations, associations, églises, familles…
Dans tous les domaines, ce caractère favorise l’adoption et la réalisation de programmes pharaoniques sensés résoudre les problèmes d’un coup et à eux tout seuls.
Prendre le contre-pied de ce système en luttant contre lui au sommet ne peut que le durcir si la base ne nous suit pas.

L’exercice local de responsabilités concrètes, relié pédagogiquement à une vision nationale et planétaire, est une voie beaucoup plus prometteuse.
Il convient donc de travailler aux progrès de la démocratie locale, directe et réelle, seule voie pour des changements “durables”.

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bibliographie: 

  • Une société à refaire-Pour une écologie de la liberté. BOOKCHIN Murray
  • Énergie, changeons de cap ! Scénario pour une France durable.Didier Lenoir et le Comité de liaison des énergies renouvelables (CLER)

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21 mars 2011 Posted by | DECROISSANCE, ECONOMIE LOCALE, ENERGIE, Notre démocratie | , , , , , , , , , | 6 commentaires

La démocratie directe en France


Les crises multi-factorielles que nous subissons, sociales, économiques et environnementales sont dues à la confiscation du pouvoir par une oligarchie.

La solution n’est donc pas dans des aménagements du système (tel que le développement durable), mais bien dans la mise en place d’une démocratie directe, horizontale qui redonnerait le pouvoir aux gens.

On le constate, le système de démocratie représentative ne profite qu’a une minorité au détriment de la majorité de la population. Alors que ces pratiques sont en marche dans certains pays comme la suisse, l’état de Californie, de l’Oregon, débattues en Allemagne, il est grand temps que ces idées se répandent en France.

En démocratie directe, le pouvoir provient également de tous et s’exerce également sur tous, on dit que le peuple est souverain, c’est à dire qu’il détient tout les pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire).
Il n’y a donc pas ou presque pas de représentants politiques (ministres, maires, parlementaires, etc).

On peut concevoir l’organisation des pouvoirs dans une hypothétique démocratie directe ainsi :

La nation est le pouvoir législatif :
En effet elle détient l’initiative législative par le droit de pétition et toutes les lois doivent être votées par un suffrage direct véritablement universel, c’est-à-dire qui nécessite l’existence d’un vote obligatoire.

La nation est le pouvoir judiciaire dans la limite de la raison et de l’instruction que possède chaque individu :
La justice doit être populaire dans le plus de domaines où cela est possible et obligatoirement dans les affaires de droit commun.
C’est-à-dire rendu par des gens choisis aléatoirement parmi les citoyens n’ayant jamais été reconnu coupable de crimes ou de délits. Ce système n’est garant de l’impartialité que si l’instruction du peuple, notamment en matière de droit, est la mission première de la communauté. Cependant cette mission de service public peut pour partie ou pour tout être délégué à d’autres organismes dès lors que ceux-ci sont soumis à un strict contrôle par des commissions populaires.

La nation a un contrôle absolu sur le pouvoir exécutif :
D’une part pour que le gouvernement représente toujours la volonté du peuple tout les mandats doivent être courts et conférés au suffrage universel directe, ainsi à tout moment une motion de censure contre le gouvernement doit pouvoir être engagée, il est impérative que si une large majorité du peuple considère qu’une faute grave (non respect des principes fondateurs de la république, alliances diplomatiques inacceptables) a été commise le gouvernement soit destitué dans les plus brefs délais.
D’autre part pour empêcher tout abus de pouvoir le cumul des mandats doit être impossible, et l’initiative législative dont dispose le pouvoir exécutif ne peut se traduire que par des référendums. Pour permettre le bon déroulement de la vie des citoyens le nombre de lois pouvant être instituées sur une certaine période de temps doit être limité (ex : maximum un référendum par semaine). Une telle mesure permet d’empêcher l’inflation législative, un des grands maux des « démocraties représentatives » par l’usage de décrets gouvernementaux (mesure de faible importance non soumis au vote populaire). Evidemment ces décrets peuvent être abrogés par pétition comme toutes les autres lois.
La démocratie directe est un processus collectif de décision qui se fonde sur une organisation horizontale, plutôt que hiérarchique, de la société humaine. Elle est, tout comme le régime représentatif, un concept. Théoriquement, elle peut-être appliquée au niveau du régime politique d’un pays comme au niveau des processus collectifs de décision de tous types d’associations locales ou virtuelles (via Internet).

Aspect historique et sémantique

La démocratie, au sens étymologique de pouvoir (kratos) du peuple (demos) ne peut être que directe. L’expression de « démocratie représentative » peut être considéré comme un leurre car c’est seulement dans une démocratie directe que le pouvoir est le reflet exact des aspirations du peuple. C’est à partir de la naissance de régimes représentatifs parlementaires à la fin du XVIIIe siècle que la classe politique, constituée presque exclusivement de personnes appartenant aux classes sociales aisées, a, pour justifier moralement sa fonction, détourné la définition sémantique du terme démocratie en l’assimilant au régime représentatif/parlementaire.

La démocratie directe, au sens d’un régime dans laquelle la nation est souveraine, n’a réellement existée que dans l’Athènes du VIème siècle avant JC avec les réformes successives de Solon (-594) et Clisthène (-508) :
La nation était effectivement souveraine avec un vote des lois par tous les citoyens réunis, et le tirage au sort des magistrats (pouvoir exécutif) ainsi que des juges qui recevaient des mandats d’un an. Des indemnités journalières de présence étaient même octroyé aux plus pauvres pour leur permettre d’assurer leurs fonctions civiques.
Cependant les femmes étant considérées comme d’éternelles mineures et les esclaves comme des biens ils étaient exclus de la communauté civique. Le système athénien comportait donc des défauts inhérents à l’époque qui vont à l’encontre de notre conception moderne de la démocratie : religion officielle, avilissement de la femme, économie fondée sur l’esclavage.
Bien que la démocratie directe ne se concrétisa jamais par un système plus égalitaire dans l’histoire, si ce n’est dans l’esprit de Jean-Jacques Rousseau qui justifia sa nécessité dans « Du Contrat Social » (1762) et entama même une ébauche d’une Constitution de démocratie directe pour la Corse en 1764, l’utopie de l’instauration d’une démocratie directe moderne existe toujours…

Démocratie directe et services publics

En démocratie directe il n’y a pas nécessité de leaders politiques, mais il peut y avoir évidemment des services publics, dont la nature (quoi, combien, comment, etc.) est déterminée directement/collectivement par les populations.

Allocation du budget Des sondages ont montré que si le budget alloué aux services publics était déterminé collectivement, l’allocation de ce budget serait très différente de ce qu’elle est en régime représentatif. Par exemple, le budget de l’armée et des services secrets serait réduit au profit des budgets alloués à des services tels que les pensions ou les transports en commun.

Contrôle des services publics Par exemple les attributions de contrats publics à des entreprises privées (source importante de détournements de fonds publics au profit d’intérêts privés, via des représentants politiques corrompus) pourraient être collectives, de la conception à l’octroi jusqu’au suivi de réalisation. La publication sur Internet de tous les documents relatifs à des contrats publics, permettrait à chacun(e) de procéder aux vérifications qui dans un régime représentatif sont opérées par des représentants politiques ou des agents de l’administration publique. Ce principe de contrôle de la corruption se retrouve dans la démocratie participative (voir démocratie).

Justice Sur base du principe d’atomisation des processus collectifs de décision (ici par exemple : coupable/innocent ?, peine judiciaire, etc.), la justice pourrait être exercée directement par la collectivité, c’est-à-dire sans recourir aux représentants (corruptibles) que sont également les juges et législateurs.

Limites

Le concept de démocratie a ses propres limites en matière morale puisqu’il revient aussi à l’oppression d’une partie de la population par une autre partie, la démocratie reconnaissant implicitement à une majorité de la population le droit d’imposer sa volonté à la minorité, par la force si nécessaire (majoritanisme). La démocratie directe est seulement moins injuste que le régime représentatif en ce sens que dans le premier cas c’est une majorité de la population qui décide directement, alors que dans le second ce ne sont que quelques centaines de « représentants » élus par une partie (généralement minoritaire) de la population.

D’autre part, la corruption des représentants disparaissant avec les représentants, le fonctionnement de la société humaine est aussi, toutes autres choses étant égales, plus efficace en démocratie directe qu’en régime représentatif.

C’est parce que tous deux reposent sur le principe implicite d’oppression d’une partie de la population par une autre partie (minoritaire dans le cas du régime représentatif, majoritaire dans le cas de la démocratie directe) que certains revendiquent moralement un droit d’ignorer l’État, dont une application pratique est la désobéissance civile. Cependant d’autres considèrent que une liberté de circulation absolue des personnes permet à la minorité non représenté par le gouvernement démocratique en place de ne pas subir la dictature de la majorité en lui laissant la possibilité de quitter son pays.

Débats sur le vote et le consensus chez les anarchistes

Une formule anarchiste du XIXe siècle [1] prophétisait ainsi : S’il y a vote, ce n’est pas une démocratie !. L’unanimité ou le consensus[2] sont préférés aux votes pour définir la démocratie directe.

Pour Brutus Mandal [3], la démocratie directe est la pratique du débat et de la décision collective au sein d’un groupe humain réuni en assemblée. Les choix qui engagent l’ensemble de la communauté y sont faits en toute transparence et sans médiation hiérarchique avec révocabilité des mandataires éventuels.

D’autres anarchistes, comme Errico Malatesta ou Murray Bookchin (Municipalisme libertaire ), considèrent le vote comme nécessaire.

Liens externes

Notes

  1. cité par J-P Durt L’utopie du monde sans élections, 1872, Bruxelles
  2. http://1libertaire.free.fr/ManuelDemocratieDirecte.html
  3. cité dans Octave Mirbeaula grève des électeurs et florilège incivique, ISBN : 978-2-915694-24-6

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source Wikipédia

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10 mars 2011 Posted by | DECROISSANCE, Notre démocratie | , , , | 5 commentaires

QU’EST-CE QUE L’HABITAT CHOISI ?


Qui sommes-nous ?
Toutes sortes de gens prenant la liberté de choisir leur mode de vie
Quel que soit le type de logement, beaucoup subissent leur habitat. Aujourd’hui, des centaines de
milliers de personnes ont décidé de le choisir en sortant des sentiers battus. Vie proche de la nature,
éco-construction, financement léger et mobilité sont des critères de plus en plus retenus pour faire son
lieu de vie.
Ces “habichoix” sont des jeunes et des vieux, des personnes seules et des familles, des plus ou moins
intégrés socialement et économiquement… Certains qui descendent de traditions nomades
multiséculaires, d’autres qui ont franchi le pas hier soir… Chacun ses raisons: la proximité de la
nature, la décroissance, l’autosuffisance, une vie saine, une démarche spirituelle…
Ce que nous avons en commun c’est notre démarche de prendre la liberté de choisir notre mode de
vie, d’habitat et de subsistance sans accepter d’être victimes de discriminations pour autant.
Pourquoi ?
La liberté de choix c’est une possibilité d’épanouissement.
Tout le monde “choisi” à l’intérieur de la palette que lui laisse ses possibilités et ses contraintes :
financières, professionnelles, familiales, amoureuses, affectives… C’est comme cela que certains sont,
par exemple, amenés à “choisir” un HLM.
La liberté de choix dans une recherche d’autonomie, c’est la possibilité de se réaliser, soi et ses projets.
C’est ainsi que la majorité de ceux qui vivent en habitat hors normes finissent par l’adopter et ne
veulent plus d’un logement social en échange quand on le leur propose !
Pour les enfants, c’est souvent l’occasion d’une vie saine et épanouissante en contact avec la nature et
le sens de la vie, un éveil leur donnant le potentiel d’emprunter par la suite le chemin de leur choix.
Comment ?
Rechercher l’autonomie : le logement et la subsistance.
En s’autonomisant, en cherchant chacun son niveau de besoins et ses moyens de subvenir à ses besoins.
Pour beaucoup il s’agira de simplicité choisie, de circuits courts (autoconstruction, agriculture vivrière,
échanges de savoir, entraide…)
Une cabane, une yourte, une maison en bottes de paille ou en torchis… dans un pré abandonné que
l’on aura généralement acheté ou loué. Des activités d’autoproduction: potager, poulailler, faire du bois,
ramasser des fruits sauvages, des champignons, des échanges de coups de main et de biens de
première nécessité… Production de biens à échanger ou à vendre: artisanat, confitures, pain… ou de
services: jardinage, petite maçonnerie, menuiserie… ou de culture: musique, spectacles, brocante…
Certains, ayant des activités liées à une implantation géographique fixe, vivent à demeure en ayant à
l’occasion un confort et un équipement de haut niveau.
D’autres, notamment ceux qui ont des activités non agricoles sont plus mobiles, changeant d’endroit
parfois plusieurs fois dans l’année avec roulotte, caravane, véhicule aménagé…
Où ?
Là où il y a de la place – mais où il est le plus souvent interdit d’habiter…
Sur la planète terre, dont nous sommes, nous aussi, co-héritiers et où nous estimons légitime de poser
notre habitat. En ayant un mode de vie et souvent de subsistance lié à l’utilisation d’un espace dont
nous réclamons le droit d’usage.
Globalement, le choix du milieu rural est ressenti comme plus riche de possibilités d’autonomie, mais
où il est difficile de trouver des terrains à vivre, souvent rares et toujours chers. Ces obstacles
poussent des centaines de milliers de personnes à s’installer sur des terrains “non constructibles”, ce
qui est actuellement illégal.
Mais aussi, sur des terrains de camping, des terrains familiaux, des aires d’accueil ou de stationnement
et, par défaut, notamment pour les plus mobiles d’entre nous, là où il y a de la place, où on peut
stationner quelques jours ou quelques semaines, souvent en forçant plus ou moins les choses, avant
de reprendre la route.
Et pour certains, dans les interstices du paysage urbain.
Éthique :
Chaque individu étant un univers, aucune solution ne convient à tout le monde.
Trois principes:
• Respect de la personne – Mes besoins, mes désirs et mes rêves sont intimement liés à mon histoire
personnelle. Prendre le temps de les connaître et de choisir la vie qui me convient est un droit
imprescriptible. Quels que soient sa formation, son expérience ou son statut, nul n’est habilité à définir
ce qui est “bien” pour moi.
• Respect de la planète – La planète, l’écosystème, la terre, l’eau, l’air, la biodiversité, le pétrole…
font partie de notre héritage commun en tant qu’êtres vivants. Notre droit se limite donc à un droit
d’usage dans le respect de tous les êtres vivants de toutes les espèces et de leurs descendants. Mobiles
(roulotte, caravane, véhicules aménagés…), transportables (yourte, tipi, mobile homes…) ou
biodégradables (paille, bois, pisé, torchis…), nos aménagements ont une durée d’occupation du sol qui
n’excède pas, ou de très peu, leur utilité.
• Nécessité de la diversité – Pour trouver l’équilibre entre le respect de la personne et celui de la
planète, et de façon à éviter toute situation subie, la société se doit de proposer un grande variété de
modèles et de statuts réellement disponibles et accessibles à chacun dans le respect des différences.
Viabilité
Le module habitable – la viabilisation autonome
Est digne pour une personne ce qu’elle perçoit comme digne, ce qu’elle serait non seulement
prête à accepter faute de mieux, mais qu’elle retient en présence d’autres alternatives disponibles et
financièrement accessibles pour elle. C’est ce qu’il s’agit de vérifier en premier pour se prononcer sur la
viabilité d’un logement.
Le module habitable :
Dans l’éphémère et le mobile, comme dans le bâti conventionnel, on trouve le meilleur et le pire, des
choses qui sont viables et d’autres qui ne le sont pas. La viabilité ou non d’un logement découle non
pas de sa nature mais de ses caractéristiques, de son état et du rapport avec ses habitants.
Comme dans le bâti normalisé, sauf mauvais état, toutes les formules alternatives d’habitat
« protèg(ent) les locaux contre les eaux de ruissellement et les remontées d’eau » mais aussi des
infiltrations. (Décret n°2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour
l’application de l’article 187 de la loi n°2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement
urbains).
De plus, l’autoconstruction rendue possible par l’habitat léger facilite une adaptation constante de
l’habitat à l’évolution des besoins et permet une installation progressive, mûrie dans le temps.
Les normes :
Les notions de surface et de volume n’ont pas la même pertinence pour des gens qui investissent
autant l’espace extérieur que l’intérieur (moins en hiver, plus en été) que pour ceux qui ne peuvent
dépasser les murs de leur appartement.
La viabilisation autonome :
La technologie actuelle permet un niveau d’autonomie qu’il est curieux de voir réprimé: toilettes sèches,
phytoépuration, électricité solaire, éolienne, collecte et potabilisation d’eaux de pluie…
ÉLECTRICITÉ : Différentes formules existent pour produire l’électricité solaire ou éolienne. Sachant
que chaque foyer français consomme en moyenne 2500kWh par an (hors chauffage), l’installation de
20 à 25m2 de capteurs photovoltaïques suffit pour générer assez d’électricité pour un foyer moyen de
4 personnes. L’expérience montre que la majorité des personnes ayant choisi un mode de vie
alternatif sont des consommateurs beaucoup plus sobres et s’en sortent avec 4 à 5 fois moins de
surface. Souvent, la seule conception de l’habitat peut réduire considérablement les besoins en
énergie.
D’autres solutions existent, comme le solaire avec réflecteur et turbine ou moteur Stirling.
EAU : Dans beaucoup d’endroits il y a des sources, ou la possibilité de creuser un puits. Dans le pire
des cas, le captage de l’eau de pluie peut fournir l’eau nécessaire. Filtrée par osmose inverse, elle est
tellement pure qu’elle doit être remineralisée pour la consommation quotidienne.
L’eau chaude est un élément de confort encore absent dans bien de logements bâtis. Facilement
accessible par le solaire ou à partir d’un chauffage à bois… son prix de revient à l’utilisation est
souvent nul (hors amortissement et travail pour faire son bois) donc éminemment accessible à toutes
les bourses.
De même toutes les formules prévoient, en principe, un moyen de chauffage, de l’eau à l’intérieur ou
à proximité immédiate, etc.
ASSAINISSEMENT : Bien meilleures pour l’environnement que les stations d’épuration classiques, les
systèmes de phytoépuration non seulement décomposent les molécules organiques, mais elles piègent
les composées d’azote et de phosphate qui sont absorbés par les plantes. L’excédant de matière
verte est composté ou donné aux poules… Les bassins ainsi créés (3m2 / personne en comptant
large) contribuent à l’aménagement du paysage et à la biodiversité.
WC SECS : Ils s’utilisent comme des WC habituels, excepté que la “chasse” est une bolée de sciure,
copeaux ou autre source de cellulose en petits morceaux. Le tout s’accumule dans un réservoir qui
est vidé de temps en temps pour faire du compost. Ce système de chasse est lui aussi sans odeur
mais permet d’amender le sol, sans polluer l’eau et sans coûts et impacts de raccordements, tout en
restant autonome.
Pertinence
Dans son mode de vie traditionnel, l’homme faisait partie de l’équilibre de l’écosystème. Suite à des
millénaires d’occupation humaine du territoire français, le monde rural et même les espaces naturels
sont le résultat de l’interaction de l’homme avec son environnement. Fossés, terrasses et chemins font
partie du patrimoine en perdition. Il y a cinquante ans, il y avait encore des hameaux partout,
maintenant il y a une désertification de la campagne avec des exploitations toujours plus grandes et,
souvent, des déprises agricoles synonymes de terres à l’abandon, de risque de feu et parfois de perte de
biodiversité.
En réinvestissant l’espace rural, les habichoix font vivre le tissu social et économique environnant. Nos
enfants maintiennent les écoles là où elles seraient fermées, nos emplettes font vivre les commerçants,
nos bras nettoient, cueillent, œuvrent aux besoins locaux. Notre musique, nos chants, nos spectacles
font vivre les foyers ruraux. Nous participons à la vie locale et nous enrichissons toutes les sphères de
la vie rurale.
Nous matérialisons des possibilités de vie autonome et satisfaisante pour beaucoup qui ne peuvent ou ne
veulent pas se couler dans le moule dominant et à laquelle une société qui se veut libre ouverte et
novatrice doit avoir d’autres réponses que la prison ou l’hôpital psychiatrique.
Prendre la vie à bras le corps est, pour certains, le débouché constructif pour une opiniâtreté qui
pourrait autrement devenir l’embrasement du désespoir.
Liberté de choix
La circulaire du 13 juillet 2006 est venue préciser la définition de l’intérêt communautaire en matière
“d’habitat” au profit des communes et de leurs groupements. Les compétences “politique du logement
et du cadre de vie” des communautés de communes et “équilibre social de l’habitat” des communautés
urbaines et des communautés d’agglomération peuvent être regroupées sous le terme de “politique
locale d’habitat”. Parmi les objectifs attendus, il s’agit de « favoriser la satisfaction des besoins de
logements, de promouvoir la qualité de l’habitat et l’habitat durable ou encore de favoriser une offre de
logements qui par sa diversité de statuts d’occupation et de répartition spatiale, assure la liberté de choix
pour tous de son mode d’habitation »…
Or si la politique de l’habitat est une compétence obligatoire des communautés d’agglomération et
des communautés urbaines, elle est optionnelle pour les communautés de communes. Instaurée par la
loi du 6 février 1992, la communauté de communes doit associer des communes au sein d’un “espace
de solidarité” en vue de l’élaboration d’un projet commun de développement et d’aménagement de
l’espace en milieu rural.
Nous revendiquons
1. Le droit du choix de notre mode de vie et la reconnaissance de nos habitats comme logements au
même titre que le bâti conventionnel ce qui implique que nous ayons les mêmes droits que tous nos
concitoyens. Cette liberté de choix suppose que soient réellement disponibles des logements
conventionnels accessibles à toutes les couches de la population.
2. Le droit universel au logement et à la subsistance, le droit d’usage la terre dont nous nous estimons co-
propriétaires à l’instar de tous les êtres vivants de la planète.
3. L’obligation pour toutes les communes d’affecter une certaine surface à l’habitat éphémère ou mobile.
4. La possibilité d’investir des zones non constructibles sans sensibilité particulière par un aménagement
réversible, autonome et respectueux de l’environnement sans artificialisation des sols ni constructions
en dur et ce dans le but de recevoir des logements éphémères ou mobiles…
5. L’acceptation du choix de la simplicité, la dignité ne devant pas se confondre avec l’obligation de
consommer des biens et des services dont le besoin n’est pas ressenti.
Nous demandons
6. La mise en place d’une commission paritaire “habichoix / pouvoirs publics” pour fixer les modalités
d’application de ces points et tous les autres points litigieux qui pourront apparaître dans ce domaine.
7. La définition d’un statut d’expérimentation permettant d’éviter des situations d’illégalité pendant le
temps de ce travail.
8. Le gel ou l’abandon des poursuites judiciaires envers les personnes ayant opté par choix ou par
nécessité pour ces solutions d’habitat et de vie.
Texte collectif, mars 2008.
Halém (HAbitants de Logements Éphémères ou Mobiles)
http://www.halemfrance.org
halemfrance@halemfrance.org
Ma Cabane (Mouvement Autogéré des Chercheurs(euses) en hABitats Autonomes,
Novateurs et Ecologiques)
7 rue de la Basse, 66500 Prades
http://www.macabane.info
contact@macabane.info

27 février 2011 Posted by | Désobéissance civile, LOGEMENT, Notre démocratie | , , , , , , | Laisser un commentaire

Communalisme et municipalisme libertaires, regard critique


Un regard critique sur le municipalisme de Murray Bookchin

Communalisme
et municipalisme
libertaires…

En pour, en contre, le municipalisme libertaire ne laisse pas indifférent…

Dangereuse déviation réformiste pour les uns, re-formulation pertinente et nécessaire de la praxis antiautoritaire pour les autres, la proposition formulée il y a maintenant plus de vingt ans par Murray Bookchin a provoqué et provoque encore des réactions extrêmement contrastées au sein du mouvement libertaire. Les prises de position radicale, assenées à grands coups d’arguments péremptoires, conçus moins pour convaincre ou débattre, que pour dénigrer ou exalter, pour glorifier ou flétrir, se sont succédé et agitent encore, de temps à autres, le landerneau anarchiste.

À regarder ainsi s’affronter tenants et adversaires du municipalisme, un candide pourrait croire qu’il s’agit d’un enjeu de toute première importance.

Face à tant de virulence, comment ne pas penser que nous avons là une rupture ou tout du moins une proposition de rupture fondamentale d’avec tout ce qui avait pu être pensé et mis en œuvre auparavant dans et par le mouvement libertaire ?

Comment ne pas supposer être en face d’une question centrale autour de laquelle se décide et se dessine l’avenir même de l’anarchisme ?

Pourtant si notre candide s’avisait à regarder l’histoire et la réalité du mouvement libertaire, sa surprise serait sans doute grande car, sous bien des aspects, l’idée municipaliste ne fait que prolonger des conceptions et des pratiques très anciennes, des idées et des conduites d’ailleurs toujours très fortement ancrées dans ce courant de pensée.

Les racines du municipalisme

Si l’on définit le municipalisme comme le fait de s’investir dans son quartier ou sa commune, on peut à juste titre se demander en quoi cela constitue une rupture d’avec ce qu’est ou a été le mouvement libertaire. Les anarchistes n’ont-ils jamais participé et même initié des mouvements contre les propriétaires ou les pouvoirs publics locaux ? N’ont-ils jamais impulsé des collectivités agricoles, des communes libres ou plus modestement et plus souvent encore des coopératives de distribution, des services publics autogérés et des comités de quartier ? Les Athénées en Espagne, les Bourses du Travail en France, les communautés agraires en Amérique du Sud, les grèves de loyer à Paris au début du XXème siècle ou pour citer des exemples plus actuels, les Centres Sociaux en Italie, les crèches parentales, les associations de parents d’élèves, l’éducation et la pédagogie, les squats ou encore les luttes pour la gratuité des transports en commun et contre la privatisation des services publics… les libertaires ne se sont-ils jamais investis ou ne s’investissent-ils plus sur ces terrains ? La réponse est évidente. Il n’y a pour s’en convaincre qu’à ouvrir n’importe quel journal de la presse libertaire.

Si l’on spécifie maintenant le municipalisme non plus comme une stratégie d’action mais comme un projet de société ou tout du moins comme un aspect important de ce projet, la perplexité pourrait à nouveau gagner notre candide. En effet, que propose Murray Bookchin sinon que la société libertaire soit gérée par les communes et par leur fédération sans délégation de pouvoir ? Il écrit précisément à ce propos que les lignes politiques et les décisions concernant l’agriculture et la production industrielle seraient du ressort d’assemblées (…) auxquelles on assisterait en tant que citoyen, pas seulement en tant qu’ouvrier, paysan ou spécialiste (1).

Cette conception peut sans doute heurter certains syndicalistes révolutionnaires français (2) pour qui la société future devrait être uniquement gouvernée par les syndicats et à travers eux par les producteurs en tant que producteurs. Mais pour une large part du mouvement libertaire, si ce n’est l’essentiel, en quoi la suggestion bookchinienne est-elle une hérésie ? Ne nous renvoie-t-elle pas au moins partiellement (3) au double fédéralisme préconisé depuis les origines du mouvement libertaire ? Ce double fédéralisme à la fois territorial (fédération de communes) et sectoriel (fédération de producteurs) n’est-il pas la pierre angulaire du communisme libertaire ? Et le communisme libertaire enfin, n’est-il pas le but partagé tant par les communistes libertaires proprement dit, que par les anarcho-syndicalistes (4) et même nombre d’individualistes ?

De fait, à l’aune des pratiques et des conceptions passées et actuelles du mouvement libertaire, notre candide serait sans doute amené à penser que nous avons là beaucoup de bruit et de fureur pour pas grand chose. Présenté ainsi, le municipalisme ne semble en effet aucunement être en rupture fondamentale d’avec le corpus idéologique libertaire préexistant. Il ne semble pas non plus induire des pratiques radicalement nouvelles dans ce mouvement.

Si d’aventure notre candide avait l’esprit curieux, et il l’a sans doute un peu, il douterait cependant que l’on puisse s’affronter avec tant de vigueur sans raison véritable.

Certes, cela peut être partiellement le fait de personnes qui ne vivent que pour et par la polémique. Certes, ces controverses peuvent également refléter et résulter de modes de pensée et de comportements quelque peu exclusifs ; certaines personnes, souvent les mêmes que les précédentes d’ailleurs, ayant parfois quelques difficultés à concevoir que l’on puisse penser différemment qu’elles. S’investir dans un comité de quartier ou dans un syndicat ne peut être, dans leur perspective un tantinet étroite, qu’une impasse, voire une trahison qu’il convient de combattre avec la dernière des énergies.

Mais à moins de croire de toute force que les libertaires sont des forcenés des querelles byzantines et/ou des sectaires congénitaux, notre candide ne pourrait certainement pas en rester là. Il chercherait, avant d’émettre un avis aussi péremptoire, à approfondir sa compréhension des choses… et découvrirait que le débat porte sur bien autre chose que de savoir s’il faut ou non s’investir dans son quartier ou bien sur le rôle des communes dans une société libertaire. En réalité, ce sont bien davantage certaines analyses (la fin de la société industrielle) que Murray Bookchin développe pour étayer la validité de sa thèse, ainsi que certaines méthodes d’action (la participation aux élections locales) qu’il préconise dans le cadre d’une stratégie municipaliste, qui posent question et qui sont soumises au débat.

L’électoralisme bookchinien

Dans le cadre du municipalisme, Murray Bookchin conçoit en effet que les libertaires puissent participer aux élections locales, être élus et tenir des postes de responsabilité politique tels que maire ou conseiller municipal.

Dans son acception des choses, cette participation n’est toutefois pas un préambule à l’action municipaliste, mais au contraire une conséquence possible, envisageable (et non pas inévitable) de cette action.

Ainsi n’écrit-il aucunement que les libertaires doivent se présenter aux élections, pour impulser, une fois élus, une gestion directe dans leur commune. Murray Bookchin ne sous-entend pas que la société puisse se réformer par décret ou que l’autogestion puisse être imposée par le haut en l’absence d’aspiration et de mouvement autogestionnaire fortement ancrés dans la société. Il écrit à l’inverse que les libertaires doivent encourager, favoriser et participer au développement d’un mouvement territorial autogestionnaire dans leurs villes, dans leurs quartiers et dans leurs villages. Il poursuit en considérant que cet essor passera nécessairement par la structuration de ce mouvement en comités de quartier et en fédération de comités locaux. Il termine enfin en soulignant que la question des rapports entre comités de quartier et municipalité légale se posera alors de façon croissante à mesure que les tensions se feront plus aiguës pour savoir qui de l’un ou de l’autre décide, oriente et gère la commune.

C’est dans cette perspective, que Murray Bookchin envisage la conquête du pouvoir municipal par les comités de quartier (et non les libertaires en tant que tels). Selon lui, cela pourrait permettre de débloquer la situation, voire de faire définitivement triompher l’autogestion, car les comités de quartier auraient ainsi tout loisir, une fois élus, de transférer légalement et totalement les pouvoirs de décision et d’action de la municipalité vers les associations territoriales.

L’électoralisme bookchinien se pose donc en ces termes. Il peut être débattu et le sera évidemment dans les lignes qui suivent. Mais cette précision nous permet d’ores et déjà de voir combien certaines personnes qui se réclament très bruyamment de Bookchin, peuvent en réalité en être éloignées.

Lorsque des personnes, officiellement bookchiniennes, envisagent de se présenter aux prochaines élections municipales (comme c’est le cas de Mimmo des éditions ACL à Lyon) en l’absence de mouvement autogestionnaire de quelque importance, sans être aucunement mandatées par les embryons de mouvement de ce type présents dans le quartier où elles se présentent, voire à l’encontre de ce que peuvent penser ou envisager ces structures (5), et enfin sans avoir cherché et réussi au préalable, non pas à brasser du vent dans les salons où on cause, mais à initier et à participer aux tentatives concrètes de création de comités dans ce même quartier, on peut se demander où est le rapport d’avec ce que préconise Murray Bookchin.

La référence à ce dernier n’est-elle ici autre chose qu’un vernis destiné à masquer la vacuité des ambitions personnelles, le puits sans fond de leur soif non pas de pouvoir, on en n’est même pas là, mais plus petitement de reconnaissance publique et médiatique ?

Certes, la question posée en ces termes peut s’apparenter à une attaque brutale… mais si la charge est rude, tout en étant pourtant euphémisée au possible, n’est-ce pas parce qu’elle touche juste quelque part ?

Une tactique utopique

Si se présenter à des élections dans de telles conditions peut laisser au minimum perplexe, si cette stratégie n’est effectivement pas celle préconisée par Bookchin, ce que ce dernier propose très précisément peut néanmoins être soumis à la critique.

On pourrait évidemment argumenter en faisant référence aux textes que nous ont légués nos augustes pères fondateurs. À grand coup de Kropotkine, de Malatesta, ou de Sébastien Faure, montrer que cette stratégie est exclue des tables de la loi et qu’elle n’a donc même pas à être discutée. Laissons toutefois à d’autres, très doués en la matière, ces questions d’orthodoxie quasi-théologique.

On pourrait aussi, ce qui n’est pas la même chose, discuter la proposition de Bookchin d’un point de vue idéologique et stratégique. On soulignerait alors qu’elle ouvre ipso facto un hiatus entre le dire et le fait, entre la position théorique pour l’action directe et l’attitude concrète qui participe et reproduit la délégation de pouvoir. Cela pourrait être effectivement dangereux car difficilement résorbable par la suite, comme semblent en attester les leçons que nous livre l’histoire. Mais faisons grâce à Murray Bookchin en concédant que la participation aux élections ne servirait ici qu’à dissoudre immédiatement et radicalement le pouvoir conquis.

C’est d’un point de vue beaucoup plus pragmatique, beaucoup plus terre à terre que je souhaiterais discuter ici de la proposition de Murray Bookchin, une discussion qui pourra d’ailleurs être parfaitement entendue par des personnes qui ne partagent pas les idéaux libertaires.

À l’heure où les partis politiques électoralistes de gauche comme de droite, où les élus locaux et nationaux et ce quelle que soit leur sensibilité politique s’accordent au moins sur un point, celui de dire que les élus locaux n’ont pas les moyens ni juridiques, ni politiques, ni financiers de résoudre les problèmes qui se posent à eux, on peut s’interroger en quoi et pourquoi les choses seraient différentes si ces élus étaient issus des comités de quartier ou si ces pouvoirs étaient détenus par les comités de quartier.

En déclarant sans doute nécessaire la participation aux élections pour conquérir le pouvoir municipal, quitte à le détruire ensuite, Murray Bookchin désigne en effet ces pouvoirs comme un enjeu central pour résoudre non pas tous les problèmes, mais certains d’entre eux qu’il considère comme particulièrement cruciaux aujourd’hui. À son sens, la maîtrise de ces pouvoirs représenterait aussi une avancée importante, sinon décisive, vers un système autogestionnaire. Or, appréhender les choses en ces termes, ne revient-il pas à exagérer considérablement la nature, la portée et l’autonomie des pouvoirs actuellement détenus par les conseils municipaux et donc les effets que l’on est en droit d’escompter si les comités de quartier les maîtrisaient ?

Les conseils municipaux ne sont indépendants ni en France, ni ailleurs.

Leurs actions et leurs capacités d’action sont strictement limitées à ce que leur concèdent la loi et les décrets, en l’occurrence les pouvoirs législatif et exécutif d’État (et même continentaux dans nos pays, vu le pouvoir croissant de l’Union Européenne).

De même, la liberté des municipalités est-elle étroitement dépendante des réalités économiques et en l’occurrence de celles induites par le capitalisme.

Ainsi la capacité financière des municipalités (qui leur donne la possibilité de mettre en œuvre leur politique) dépend des subsides versés par l’État (dotations globales de fonctionnement [DGF] et subventions accordées dans le cadre des politiques contractuelles) et secondairement de la fiscalité locale pour partie versée par les entreprises (la taxe professionnelle), pour autre partie par les habitants (les taxes foncières). Inévitablement, si une municipalité s’avise de développer une politique autre que celle souhaitée par l’État, c’est l’argent des subventions contractualisées qui s’évapore, ne lui laissant qu’une DGF tout juste suffisante pour financer le minimum minimurum. Immanquablement, si une municipalité s’aventure à développer une politique anticapitaliste ou tente simplement d’en refréner certains aspects (la protection de l’environnement naturel par exemple) et c’est les entreprises qui se délocalisent, les recettes de la taxe professionnelle qui s’effondrent… obligeant la municipalité à imposer d’autant plus les habitants si elle veut équilibrer son budget.

De même, la capacité politique des municipalités dépend des pouvoirs qui lui ont été concédés par l’État (notamment dans le cadre des lois de décentralisation en ce qui concerne la France). Ces pouvoirs l’autorisent à intervenir en certains domaines seulement (urbanisme, école…) et non dans tous les domaines. Ainsi, elle ne peut pas intervenir sur le contenu des programmes scolaires (prérogatives de l’État), ni remettre en cause l’économie de marché, ni même modifier la définition du champ des services publics. Il lui est par exemple interdit de monter une boulangerie municipale qui vendrait du pain sans bénéfice…

Non seulement une municipalité a un champ d’intervention très balisé, mais elle est en outre rarement seule à décider dans les domaines où elle est pourtant légalement compétente. Elle a en effet la maîtrise théorique de son aménagement, mais dans la pratique, l’État peut aussi intervenir dans ce domaine et même imposer sa volonté contre celle de la municipalité (via les directives territoriales d’aménagement notamment). D’autres collectivités locales de rang supérieur (département et région) ou de même rang (communes limitrophes par exemple) limitent aussi l’autonomie de décision d’une municipalité car, nécessairement, certains domaines comme l’aménagement urbain encore ou les transports collectifs autre exemple, ne peuvent pas être traités dans le cadre étroit et largement obsolète d’une commune. Cette nécessaire collaboration qui prend la forme de structures intercommunales ou de contractualisation entre collectivités de rangs différents, montre à l’évidence de chacun qu’une municipalité ne peut pas décider seule de sa politique, qu’elle doit négocier avec d’autres instances.

Cette réalité bien concrète nous renvoie alors à la question des alliances et des compromis que doit nécessairement passer et concéder une commune (qu’elle soit ou non bookchinienne) avec l’État, la Région, le département, avec d’autres communes aussi… que ces instances soient détenues par la droite ou par la gauche. Que l’on nous dise alors d’avance et clairement quelle devrait être la politique d’alliance et de compromis des élus municipalistes ou des comités de quartier bookchiniens !

Contrairement à ce que suppose Murray Bookchin, la maîtrise des pouvoirs actuellement détenus par les conseils municipaux ne signifie donc aucunement (et ce qui que ce soit qui les détienne, élus ou comités de quartier) que l’on puisse faire ce que l’on veut, ni qu’il s’agisse d’un saut sinon décisif, du moins important vers une société autogestionnaire. En guise de rupture, ce que laisse envisager une telle stratégie, c’est bien davantage de se trouver englué dans les arcanes du système politique tel qu’il est aujourd’hui, avec ses petites alliances politiciennes et ses grands compromis.

L’électoralisme bookchinien a ainsi bien du mal à convainque et pour cause, quant à sa capacité à faire évoluer l’organisation du système politique actuel vers plus de démocratie directe. De plus, il semble aussi difficilement à même de résoudre ou simplement d’apporter une amélioration aux problèmes que Murray Bookchin considère pourtant comme centraux aujourd’hui : la protection de l’environnement, l’égalité entre les sexes et les rapports nord-sud pour le citer ; tous problèmes qui dépassent plus que largement le champ d’action des municipalités tant dans leurs causes, que dans leurs effets.

On peut dès lors se demander l’intérêt de maîtriser ces pouvoirs ou de perdre du temps et de l’énergie à chercher à les maîtriser quand la seule perspective que cela ouvre, c’est de nous autoriser à cogérer, avec l’État et d’autres collectivités publiques, certains aspects fort réduits de notre quotidien, sans rien toucher à l’essentiel et en nous engluant qui plus est dans l’enivrante volupté des compromissions politiciennes.

Le sens des évolutions sociales

Le municipalisme que développe Murray Bookchin ne se limite pas toutefois (et fort heureusement) à préconiser une participation, sous certaines conditions, à des élections. Il développe également une analyse, souvent pénétrante et fort intelligente, des évolutions sociales de ces trente dernières années.

C’est cette analyse qui fonde et légitime sa proposition d’intervention et d’organisation au niveau territorial et qui nous permet de mieux comprendre comment il entend la chose.

Pour Bookchin, les mutations socio-économiques enregistrées depuis le début des années 1970 signeraient la fin de la société industrielle et de la structure en classes qui lui étaient attachée.

Pour faire simple, les mutations technologiques induiraient une baisse des besoins en matière d’intervention directe dans le processus de production. Le travail intellectuel tendrait à se substituer au travail manuel et cette transformation des processus de production, leur technologisation, leur automatisation, ne serait pas sans conséquence sur la structuration de la société. Elle conduirait d’un côté au déclin de la classe ouvrière et de l’autre au gonflement des employés et des techniciens.

On assisterait également à une tendance à la disparition de la bourgeoisie traditionnelle (rentiers et patrons) et à la salarisation croissante des directions d’entreprise. Et ces deux phénomènes touchant l’un la classe ouvrière, l’autre la bourgeoisie généreraient en définitive une croissance globale du secteur tertiaire, une relative homogénéisation des conditions de travail (tous salariés, tous travailleurs intellectuels), une disparition des classes sociales préexistantes et leur fusion dans une vaste classe moyenne.

Outre une transformation fondamentale de la structure socio-économique, les mutations technologiques induiraient aussi une baisse du temps travaillé avec un retard croissant de l’âge d’entrée dans la vie active (allongement des études), une baisse sensible de l’âge de la retraite, un allongement de la durée des vacances annuelles et une réduction des rythmes hebdomadaires de travail. Cette baisse globale du temps travaillé conduirait inévitablement à l’effacement relatif du travail et du rapport au travail dans la vie de chacun, d’où notamment la crise du syndicalisme et l’essor de nouveau thèmes sociaux comme la consommation, l’environnement, etc.

Nous assisterions enfin à un troisième phénomène affectant cette fois-ci les modes de vie. La croissance de l’urbanisation conduirait en effet, à une relative homogénéisation des conditions d’existence avec la propriété de sa maison individuelle en périphérie d’agglomération comme standard.

Somme toute, assisterions-nous aux plans économique et sociologique à un véritable processus d’homogénéisation sociale (ce qui ne signifie pas la fin de toutes les inégalités) conduisant à la résorption de la structuration préexistante de la société en classes et à leur fusion dans une immense classe moyenne : tous travailleurs intellectuels, tous urbains propriétaires de sa petite maison, tous consommateurs profitant du système.

Il faut bien dire, avant toute chose, que Murray Bookchin n’est pas seul à penser ainsi. Il rejoint là tout un courant des sciences sociales pour qui les évolutions en cours marqueraient l’avènement d’une société postindustrielle, postmoderne ou encore informationnelle, dans tous les cas et quel que soit le terme, d’une société relativement homogène, dominée par les services et les cols blancs, par des zones d’urbanisation diffuse et des maisons individuelles à perte de vue. Dans cette compréhension des choses, les rapports de production ne seraient plus le déterminant central autour duquel la société s’organise et se structure. Des inégalités subsisteraient évidemment mais ne renverraient plus à des questions de classes sociales antagonistes, dont l’existence serait consubstantielle à l’ancienne société industrielle.

Non seulement des scientifiques de renom semblent donc valider la thèse de Murray Bookchin mais les chiffres, les sacro-saintes statistiques semblent également abonder dans son sens.

Ainsi, rien qu’en France, la part du secteur industriel dans l’emploi total est-elle passée de 40 % durant les trente glorieuses à moins d’un quart en 1990 et celle du secteur tertiaire est-elle désormais de près de 75 %. Parallèlement à ce gonflement des services et donc des employés, nous avons aussi assisté à un essor sans précédent de l’urbanisation, qui affecte aujourd’hui 96 % de la population française, un développement très important de la motorisation des ménages, de la propriété de son logement, etc. Tous phénomènes qui pourraient effectivement attester d’une certaine tendance à l’homogénéisation des modes de vie.

Quiconque connaît un minimum le mouvement libertaire peut, dès à présent, saisir en quoi et jusqu’où l’analyse bookchinienne est dérangeante.

Elle remet en cause en effet les fondements mêmes de ce mouvement ou du moins d’une large partie de ce mouvement : l’industrie et les ouvriers, les classes sociales et leur confrontation autour des rapports de production. Elle annonce à un courant issu de la Première Internationale que tout ce qui lui a donné naissance et sens est tout à coup dépassé.

Elle l’avertit, du même coup, de sa mort imminente par perte de sens et de pertinence d’avec les réalités sociales actuelles… ou tout du moins lui signifie qu’en tant que mouvement d’émancipation de classes, l’anarchisme ne peut plus être qu’un archaïsme dénué de tout fondement, si ce n’est perpétuer le souvenir nostalgique de ce qui fut et qui n’est plus.

La seule possibilité de survie pour le mouvement libertaire en tant que mouvement social un tant soit peu en phase avec le monde actuel serait alors d’abandonner ses vieilles chimères et de prendre acte des évolutions constatées.

C’est bien le propos de Murray Bookchin qui, lorsqu’il termine sa démonstration, conclut sur la nécessité vitale du municipalisme, mais un municipalisme adapté à cette nouvelle donne sociale et non pas fondé sur un quelconque rapport de classes comme cela avait pu exister par le passé. Son ambition n’est pas de rassembler une classe donnée contre une autre, et pour cause, mais d’unir des individus résidant à proximité les uns des autres, les réunir donc sur des rapports de voisinage pour les amener à prendre leur vie quotidienne et leur environnement immédiat en main, ainsi que pour les inviter à remettre en cause les inégalités qui structurent selon lui le monde actuel, comme les rapports entre les sexes, entre le nord et le sud de la planète ou encore avec la nature pour reprendre encore une fois les exemples qu’il cite lui-même.

Sens commun et sens critique

La simple observation de ce qui nous entoure notamment lorsqu’on habite en ville, au cœur de cette machine à homogénéiser la société si l’on en croît Bookchin, peut, il est vrai, nous faire douter du bien-fondé de ses analyses.

Les banlieues lyonnaises, pour aller au plus près, tout comme les quartiers pauvres de New York ou de Los Angeles tendraient plutôt à nous suggérer que les inégalités sont toujours aussi criantes dans les métropoles modernes… à moins de réussir l’exploit de confondre les quartiers populaires avec les banlieues résidentielles.

De même, les exemples que chacun peut trouver dans son entourage sembleraient également indiquer que les inégalités se perpétuent de génération en génération et par là même que, si la classe ouvrière n’est plus ce qu’elle était, cela n’implique aucunement qu’elle ne soit plus et a fortiori que le prolétariat (ceux et celles qui n’ont que leur force de travail pour vivre) ait disparu. Certes le fils d’ouvrier ne deviendra pas obligatoirement, ni même principalement, ouvrier. Quelques-uns échapperont par le haut à leur condition héritée, comme d’habitude… mais la plupart deviendront chômeurs, intermittents ou travailleurs précaires, c’est selon, et dans le tertiaire certainement. Et à connaître un tant soit peu la réalité du travail dans les bureaux et les services, on peut se surprendre à douter que la tertiairisation soit obligatoirement un vecteur d’uniformisation de l’emploi. Les différences de statuts et de conditions de travail existent encore et se reproduisent toujours entre l’anonyme agent administratif ou la secrétaire lambda et le monde des cadres et des dirigeants, comme autrefois entre les ouvriers, les contremaîtres et les patrons.

Bref, notre sens commun (ce satané bon sens) semble nous indiquer que si des évolutions ont évidemment eu lieu ces dernières décennies, si elles ressemblent à certains égards à ce dont nous parle Bookchin, cela ne semble pas pour autant signifier que les inégalités sociales aient disparu ou qu’elles soient en voies de résorption ou encore qu’elles soient désormais totalement ou relativement étrangères aux questions économiques et à notre position dans le système de production. À l’aune de notre expérience personnelle et sensible du quotidien, on aurait plutôt l’impression qu’elles se perpétuent derrière les hauts murs des bureaux, comme autrefois à l’ombre des hauts-fourneaux. On aurait plutôt la sensation qu’elles continuent à structurer nos vies et nos villes, au sein desquelles du reste des groupes sociaux relativement différenciés se répartissent et composent aujourd’hui comme hier de véritables classes socio-spatiales.

Désindustrialisation
ou technologisation

Ces impressions que nous livrent notre sens commun sont-elles infondées ? Sans doute pas tant que ça, si l’on en juge par ce que nous donnent à voir les recherches menées en sciences sociales ces toutes dernières années.

Certes, il est juste de dire que les analyses de Murray Bookchin ne sont pas de pures spéculations intellectuelles dénuées de tout fondement. Mais il est juste aussi de rappeler que ses analyses et les recherches sur lesquelles il s’appuie ont maintenant plus de vingt ans d’âge… ce qui pour du whisky est sans doute appréciable, mais pour jauger de la situation et de l’évolution sociale actuelle est quelque peu insuffisant.

Dans les années 1970, période où Bookchin élaborait sa pensée et sa conception du municipalisme, le système fordiste-keynesiste-tayloriste qui avait structuré les décennies précédentes s’effondrait sans que l’on comprenne bien précisément ce qui ressortirait de ce grand chambardement. Mais depuis lors du temps a passé, les choses se sont quelque peu éclaircies, chacun a eu le loisir de constater que le monde qui émergeait était loin d’être paradisiaque… et de nouvelles recherches ont clairement mis en évidence qu’il ne s’agissait pas de simples impressions subjectives.

Concernant les statistiques tout d’abord qui semblent apparemment conforter l’analyse de Bookchin, nombre de chercheurs en sciences sociales ont désormais souligné qu’elles n’étaient en rien un gage de vérité, qu’elles n’étaient en rien de purs et parfaits reflets de la société ou même de son économie. Ce ne sont que des constructions sociales, résultant de choix par essence arbitraire (ce qui ne veut pas dire infondés), des choix fortement influencés par des raisons techniques… mais aussi politiques. De fait, doit-on éviter de prendre pour argent comptant les évidences mises en lumière par les grandes catégories des instituts de statistiques et en l’occurrence celles soulignées par leur grille de l’emploi en primaire (agriculture), secondaire (industrie) et tertiaire (services).

En premier lieu, ces statistiques ne concernent que les anciens pays industrialisés (Europe, Amérique du Nord, Japon). Pour le reste et notamment pour les nouveaux pays industrialisés, on est très loin d’assister à une désindustrialisation bien au contraire. Et globalement (du fait de la démographie mondiale), le nombre d’ouvriers stricto sensu (personnes employées à des tâches d’exécution manuelle dans une entreprise industrielle) est en réalité en augmentation constante sur la planète tant en terme absolu que relatif.

En second lieu et pour ce qui concerne les seuls pays industrialisés, l’évolution du poids relatif de chacune des grandes catégories d’emploi semble sans doute montrer un processus de désindustrialisation et inversément de tertiairisation. Mais est-ce véritablement le cas ? Ce sentiment ne découlerait-il pas tout simplement… des étiquettes données à ces catégories ?

De fait d’autres types de catégorisation de l’emploi (celle opérée par l’équipe Strates par exemple), d’autres types de statistiques nous parlent eux d’un processus de technologisation de l’emploi industriel et non pas de désindustrialisation. Ce changement d’étiquette n’est pas seulement formel. Il a une réelle valeur heuristique, car il nous invite à penser différemment les évolutions en cours. Car, évidemment, ce processus de technologisation de la production n’est pas nouveau en soi. Il a démarré avec l’invention de la bêche et du tournevis, de la faucille et du marteau (si on me permet ce clin d’œil) et se poursuit, aujourd’hui, avec l’essor d’outils de plus en plus perfectionnés, de plus en plus automatisés et informatisés. Ce premier constat pour trivial qu’il puisse paraître de prime abord, n’est en réalité pas sans conséquence sur la suite de l’analyse que l’on peut avoir des événements.

Nouvelle métamorphose du prolétariat

En effet cette mise en perspective nous invite inévitablement non pas à nier les mutations sociales en cours, mais à les relativiser en les replaçant dans une perspective historique plus ample.

Elle nous amène à nous rappeler que ce n’est pas la première fois qu’un important saut technologique a lieu, que cela a toujours provoqué de fortes évolutions sociales et que pour autant les questions socio-économiques n’ont pas disparu, que pour autant la structuration en classes de la société n’en a pas été fondamentalement affectée, même si le contenu et la position respective des différentes classes ont pu changer au cours du temps.

La première révolution industrielle n’a-t-elle pas engendré le déclin des ouvriers-artisans et l’essor des ouvriers d’industrie ? La seconde révolution industrielle n’a-t-elle pas substituée à l’ancien ouvrier de métier, l’ouvrier spécialisé, dont l’OS métallo, syndiqué, employé à vie ou presque dans une grande usine fordiste constitue l’archétype, que nous conservons tous en mémoire ? Somme toute, les mutations en cours ne s’inscrivent-elles pas dans cette histoire multi-séculaire ?

Quant certains, dont Bookchin, parlent de déclin, si ce n’est de disparition de la classe ouvrière, n’est-ce pas en fait une de ces formulations historiquement datées et géographiquement localisées qui tend en réalité à s’estomper pour donner naissance à une nouvelle forme de prolétariat dont on a encore quelque mal, il est vrai, à cerner l’organisation, la structuration et les contours ?

Entre l’hypothèse d’une fusion sociale en une immense et unique classe moyenne et celle d’une reformulation de la division en classes de la société, chacun peut évidemment choisir comme bon lui semble, mais il existe toutefois des faits qui tendent à montrer que la seconde hypothèse est sans doute largement plus fondée que la première.

Pour que l’hypothèse de l’homogénéisation sociale soit fondée, il faudrait d’une part que les inégalités sociales ne soient plus liées à la position sociale d’origine des individus ou à celle de leurs parents, mais à l’inverse qu’elles renvoient seulement à des questions de trajectoires individuelles plus ou moins bien réussies. Il faudrait, d’autre part, que ce qui différencie et à l’inverse unit les individus n’ait plus rien à voir avec des questions de positions collectives dans la hiérarchie sociale, mais à des choix individuels et à leur capacité tout aussi individuelle à assumer ces choix. Il faudrait enfin que les écarts socio-économiques tendent globalement sinon à disparaître, du moins à s’estomper.

En d’autres termes, trois types d’indicateurs peuvent nous permettre de mieux cerner laquelle de ces hypothèses est valide, laquelle ne l’est pas : la reproduction ou non des classes sociales, la différenciation entre classes sociales et l’homogénéité au sein des classes sociales, et enfin l’homogénéisation ou la polarisation de la société.

Sur la reproduction des inégalités sociales d’une génération à l’autre, reproduction qui fonde en partie la notion de classe sociale, nombre de recherches ont pu déjà nous éclairer précisément quant au devenir des enfants d’ouvriers. Ces derniers tendent effectivement à devenir à leur tour non pas tous ouvriers mais plutôt employés dans des services ou des commerces. Il y a donc bien modification sensible des conditions d’emploi et des systèmes d’emploi qui, de fait, se révèlent beaucoup plus précaires que par le passé. Mais si l’on regarde la position relative occupée par les parents ouvriers et par leurs enfants employés dans la hiérarchie sociale, on s’aperçoit alors qu’elle n’est pas sensiblement différente. Les uns comme les autres restent en position de dominés, sans aucune maîtrise des moyens de production et d’échange (autre que la grève évidemment), sans autre ressource pour vivre que de louer leur force de travail qu’elle soit manuelle ou intellectuelle. De ces premiers éléments, il apparaît alors clairement que la classe ouvrière d’antan est peut-être, dans nos pays, en voie de déclin numérique, mais que pour autant le prolétariat est très loin de disparaître. Ce prolétariat auquel participe les ouvriers stricto sensu se reproduit génération après génération, même si les transformations des processus de production (la technologisation) et des systèmes d’emploi (la précarité) en modifient la matérialité, les conditions de vie et l’organisation socio-spatiale.

Sur la différenciation entre groupes sociaux maintenant, il s’avère certes que l’on n’est plus au temps de la blouse pour les ouvriers et du jabot pour les notables. Pour autant, la distinction entre groupes sociaux et l’imitation au sein des groupes sociaux continuent à s’opérer, de façon certes plus subtile, mais tout aussi efficace qu’auparavant. Pour ne prendre qu’un exemple, les marques ostensiblement portées sur les vêtements des lascars de banlieues et ce quelle que soit leur origine culturelle ne peuvent et ne sont évidemment confondues par personne avec les habits des jeunes bourgeois dont la qualité de la coupe suffit à elle-seule à marquer la position sociale. Ces éléments de distinction s’expriment de fait tant sur les habits donc que sur l’alimentation quoi qu’on en croie, les habitudes culturelles (cinéma, théâtre, livres, musique), ou encore et de façon encore plus subtile à travers les codes gestuels, le langage, l’accent, l’humour aussi… Avec le revenu et l’emploi, elles marquent au plus profond de nos quotidiens ce à quoi on participe et ce à quoi on ne participe pas, ce que l’on est et ce que l’on est pas.

Sur la question enfin, de la tendance à l’homogénéisation même relative des conditions de vie et des modes vie, d’autres recherches ont pu montrer que ni la tertiairisation, ni l’urbanisation ne signifient que nous soyons dans une telle dynamique. Bien au contraire. Ce que l’on nomme la crise économique depuis le début des années 1970 (et qui n’en est pas une manifestement pour tout le monde) donne lieu à une aggravation des inégalités sociales tant entre pays riches et pays pauvres, qu’au sein des pays riches et au sein des pays pauvres. Comme le rappelle la ritournelle des statistiques sur les revenus et les conditions de vie, ces trente dernières années, les classes les plus privilégiées n’ont cessé de creuser l’écart qui les sépare des classes les plus défavorisées.

Somme toute, la question sociale, celle des rapports entre classes sociales restent au cœur de nos so-ciétés… et déterminent plus qu’amplement d’autres domaines comme l’environnement notamment. Comment envisager résoudre par exemple les problèmes environnementaux actuels sans remettre en cause la course au profit, qui conduit certains pétropollueurs à affréter des épaves ambulantes qui viennent régulièrement dégueuler leur mazout sur les plages bretonnes et encore dans ce cas, en parle-t-on et se mobilise-t-on.

Pour le communalisme

L’analyse du municipalisme préconisé par Bookchin nous conduit en définitive à en récuser deux éléments principaux : l’électoralisme et l’interclassisme.

Pour autant, tout ce qu’il dit et tout ce qui nous a permis de développer cette analyse devrait-il nous conduire à conclure que l’idée même d’une action territoriale est absurde ? Assurément non !

Contrairement à ce qu’écrit Murray Bookchin, la structuration en classes de la société reste extrêmement prégnante et les questions socio-économiques centrales, voire déterminantes par rapport à d’autres problèmes notamment en ce qui concerne l’écologie. Vouloir réaliser l’égalité politique et sociale, en écartant la question de l’égalité économique est évidemment un non-sens, tant ces différents termes sont étroitement liés. Toutefois, les choses ne se posent plus dans les mêmes termes qu’autrefois et on ne peut donc continuer à invoquer les mêmes recettes pour y faire face.

Le rapport au travail s’est modifié ces dernières décennies, ce qui ne veut pas dire que les questions économiques se soient estompées. La précarité de l’emploi a également sensiblement transformé nos conditions de travail, de vie et plus globalement remis en cause une certaine forme de stabilité des rapports sociaux. Et cette double évolution a eu des effets sur les possibilités de structuration du prolétariat ainsi que sur les sujets qui lui posent particulièrement question aujourd’hui.

Les syndicats verticaux (d’entreprise), structure traditionnelle d’organisation des salariés, ont du mal à s’adapter aux nouvelles réalités sociales et notamment à l’instabilité d’emploi. Ce n’est évidemment pas un hasard si l’essentiel des syndiqués sont fonctionnaires ou salariés dans des entreprises nationalisées. Ce déclin du syndicalisme vertical n’a, disons-le clairement, rien de réjouissant en soi, car en vis-à-vis les perspectives de nouvelles formes de structuration du prolétariat sont, pour l’heure, bien difficiles à discerner. Il doit de plus être relativisé. Car, en l’état, rien ne dit que nous allions vers un effacement total de cette forme d’organisation à plus ou moins long terme. Car il faut aussi prendre garde à ne pas mésestimer le poids et l’intérêt de cette forme de structure qui, d’une part représente toujours un effectif non négligeable et qui plus est organisé, et d’autre part peut effectivement être d’une redoutable efficacité dans la confrontation avec le patronat.

Ces choses étant précisées, le syndicalisme vertical ou d’entreprise est néanmoins en crise, ce dont ont parfaitement conscience les directions des grandes centrales. Et l’on peut douter avec raison que, dans l’avenir, ces types de syndicat réussissent à redevenir les structures centrales qu’elles furent par le passé, même s’il est clair qu’elles conserveront un poids et un rôle importants. Pour partie, il semble évident que cette perte d’influence est intimement liée au fait qu’il est de plus en plus difficile de s’organiser sur son lieu de travail. Dès lors, le quartier pourrait effectivement devenir un nouveau lieu d’organisation un peu à l’instar des bourses du travail, il y a un siècle. Cette idée est d’autant plus fondée que les classes sociales ont tendance à se regrouper dans les mêmes quartiers et que de ce fait les comités de quartiers pourraient effectivement être des éléments d’organisation sociale relativement opérante.

Mais le syndicalisme est-il uniquement en crise du fait d’une mauvaise adéquation spatiale avec les nouvelles réalités ? On peut en douter au vue des nouveaux types de conflits sociaux qui se développent aujourd’hui et qui tendent à montrer qu’une partie de ce qui fait enjeu désormais dans la société n’est plus obligatoirement liée à l’entreprise proprement dit et résolvable dans une perspective catégorielle, comme le font quotidiennement l’ensemble des syndicats.

La précarité d’une partie croissante de la population a transformé nombre de services publics en dernier filet de sécurité en l’absence de quoi et de qui on ne peut plus vivre décemment. Et les transports collectifs, motifs de la plupart des émeutes de banlieue, et le prix de l’eau qui augmente sans cesse, et les cantines scolaires dont sont exclus tous les enfants dont les parents ne peuvent plus payer, et ces nuisances (autoroute, décharge, station d’épuration…) qui nous polluent l’existence et que l’on place systématiquement du côté des banlieues pauvres… Tous ces sujets sont devenus aujourd’hui centraux, même s’ils ne sont pas les seuls à cristalliser le mécontentement social, même si ce n’est pas autour d’eux que le mouvement social est le plus efficace.

Mais il n’empêche que ce nouveau type d’enjeux, celui des services publics, se pose désormais avec force, qu’il se pose au plan territorial et qu’il ne peut être résolu dans une approche catégorielle ou sectorielle. Ils ne peuvent être abordés que sous un angle global ce qui ne veut pas dire nécessairement radical, comme le montrent nombre de comités de quartier à dominante environnementale. Ces enjeux soulèvent toutefois les liens de causalité existant entre par exemple la dégradation de son environnement, le système capitaliste dans lequel seul le profit et donc la minimisation des coûts comptent, et enfin le système politique où pour une campagne électorale financée en dessous de table, on sacrifie sans vergogne la vie de certains habitants. Dans cette perspective et quelle que soit la radicalité de l’analyse réalisée, l’approche traditionnelle des confédérations syndicales semble relativement inopérante car, il est difficile sinon impossible dans ces domaines de vouloir traiter d’une question sans aborder les causes et les conséquences, comme cela peut être le cas lorsqu’on demande une augmentation de salaire. Quiconque s’est déjà battu, par exemple, autour des questions touchant à la restauration scolaire sait très bien qu’inévitablement il aura à répondre (et donc à réfléchir) sur quelle qualité à quel coût ? peut-on ou non accepter l’exclusion d’enfants dont les parents ne peuvent payer la cantine ? comment raisonne la municipalité ? pourquoi fait-elle ses choix, est-ce justifié ? comment, pour sa part, on aimerait que ça fonctionne ? et donc, comment on voit la question de l’accès, du prix, de la qualité de la nourriture ?

De fait, autant les luttes d’entreprises peuvent se faire au nom de l’intérêt immédiat des travailleurs et sans préjuger de ce qu’ils pensent et veulent sur le fond, autant les luttes territoriales qui ont notamment les services publics comme enjeux centraux sont à haute teneur politique et idéologique, teneur sans laquelle elles ne pourraient d’ailleurs ni mobiliser, ni exister.

C’est en définitive dans cette perspective que la proposition communaliste est posée. C’est dans ce cadre qu’elle doit être entendue.

  • Un communalisme qui se distingue du municipalisme bookchinien, même s’il existe des similitudes, même si des analyses peuvent être partagées.
  • Un communalisme qui se pose clairement dans le champ de la lutte de classes, qui n’entend aucunement réunir en son sein l’exploiteur et l’exploité, l’oppresseur et l’oppressé, mais seulement les seconds contre les premiers.
  • Un communalisme qui tire son nom de la Commune de Paris, pour s’inscrire sans conteste dans une histoire, celle du mouvement ouvrier.
  • Un communalisme qui entend développer tout à la fois la contestation de l’ordre établi et la construction d’un monde nouveau, les luttes urbaines et les alternatives concrètes, notamment en matière de services publics autogérés.
  • Un communalisme qui se fonde sur l’action territoriale, non pour remplacer l’action syndicale mais pour conjointement avec elle tenter de donner un nouvel élan au mouvement social.
  • Un communalisme, qui s’adresse justement non pas aux seuls convaincus, mais à l’ensemble du mouvement social, sans sectarisme, mais sans pour autant mettre ses idées dans sa poche.

Un communalisme enfin, qui a l’honnêteté de reconnaître que son action est éminemment politique car il ne peut en être autrement et qu’en la matière ses convictions sont anarchistes, ses perspectives révolutionnaires et son but le communisme libertaire.

Paul Boino
Fédération Anarchiste
(1) Bookchin, 1988, Une société à refaire, ACL, p.178
(2) Ces syndicalistes « révolutionnaires » se réfèrent ici généralement à l’œuvre de Pierre Besnard. Il convient cependant de souligner que ce dernier, même s’il se contredit souvent dans ses ouvrages et même parfois à l’intérieur de ses ouvrages, même s’il est parfois très flou sur ces questions, n’a jamais écrit que la société future doit être uniquement gérée par les syndicats. Il écrit au contraire qu’elle doit être cogérée par les syndicats et des assemblées territoriales. Par la suite, certaines personnes se réclamant de Besnard ont effectivement pu transformer ses propos en considérant que ces assemblées territoriales ne pouvaient être que les Unions Locales, Départementales et Régionales des syndicats, ce qui revient alors à faire effectivement gérer la société uniquement par les syndicats et par les producteurs en tant que producteurs. Cette perspective, qui est redisons-le celle de certains syndicalistes révolutionnaires et non de P. Besnard proprement dit, exclut effectivement de facto tous ceux et celles qui ne travaillent pas (jeunes, vieux, malades). Cela revient en outre à vouloir faire prendre les décisions de production non en fonction de la demande exprimée et dans le cadre de choix de société parfois fondamentaux (par exemple de l’électricité mais à quel prix social et environnemental, avec ou sans nucléaire ?)… mais en fonction de ce que veulent ou non ceux qui détiennent les moyens de production.
(3) Partiellement seulement, car il manque évidemment la question des fédérations de producteurs.
(4) Voir le communisme libertaire d’Isaac Puente et la motion de la CNT au congrès de Saragosse en 1936.
(5) Pour en rester au cas de la Croix-Rousse et de la candidature Mimmo, il est clair que les groupes d’extrême-gauche ou de gauche ont déjà leur candidat, tout comme les différents courants écologistes, quant aux structures libertaires (Fédération Anarchiste, CNT, squats, etc.), c’est peu dire qu’elles sont hostiles à cette candidature.

source: http://libertaire.pagesperso-orange.fr/archive/2001/236-fev/municipal.htm

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19 février 2011 Posted by | DECROISSANCE, Notre démocratie | , , , , , , , | 7 commentaires

La décroissance, une idée qui fait débat.


Pour alimenter le débat sur la décroissance, (voir ici) un article du monde diplomatique

Avec la crise écologique s’impose peu à peu la nécessité de définir le progrès humain autrement que par le productivisme et la confiance aveugle dans l’avancée des sciences et des techniques. En France, les penseurs et militants de la décroissance, qui prônent un mode de vie plus simple et plus riche de sens, voient ainsi croître leur audience, tant auprès des partis de la gauche antilibérale que parmi le grand public. Ils représentent pourtant des sensibilités politiques et philosophiques très diverses.

Par Eric Dupin

Il fallait voir l’air interloqué de M. François Fillon. Ce 14 octobre 2008, M. Yves Cochet défendait les thèses de la décroissance du haut de la tribune de l’Assemblée nationale. Diagnostiquant une « crise anthropologique », le député Vert de Paris affirmait, sous les exclamations de la droite, que « la recherche de la croissance est désormais antiéconomique, antisociale et antiécologique ». Son appel à une « société de sobriété » n’avait guère de chances d’emporter l’adhésion de l’hémicycle. Toutefois, l’idée provocatrice de « décroissance » avait forcé les portes du débat public.

La récession est passée par là. Bien sûr, la décroissance « n’a rien à voir avec l’inverse arithmétique de la croissance », comme le souligne M. Cochet (1), le seul homme politique français d’envergure à défendre cette idée. La mise en examen de la croissance apparaît toutefois comme une conséquence logique de la double crise économique et écologique qui secoue la planète. Les penseurs de la décroissance sont subitement écoutés d’une oreille plus attentive. « Je suis beaucoup plus sollicité », se réjouit Serge Latouche, l’un de ses pionniers. « Les salles sont pleines dans nos débats », lui fait écho Paul Ariès, un autre intellectuel de référence de ce courant de pensée.

Le mot même de « décroissance » est de plus en plus repris, bien au-delà des cercles restreints de l’écologie radicale. « Au moment où les adeptes de la décroissance voient leur argumentaire conforté par la réalité, y a-t-il une alternative entre la décroissance subie ou non dite, comme l’est la récession actuelle, et la décroissance conduite (2 ? », s’interrogeait, pendant la campagne européenne, Nicolas Hulot, pourtant régulièrement qualifié d’« écotartuffe » par les objecteurs de croissance. Soutien d’Europe Ecologie, l’animateur avouait douter de la « croissance verte » et envisageait plutôt une « croissance sélective doublée d’une décroissance choisie ». « Seule la décroissance sauvera la planète », lâcha même le photographe Yann Arthus-Bertrand, dont le film Home, au demeurant largement financé par le groupe de luxe Pinault-Printemps-Redoute (PPR), semble avoir contribué au succès électoral printanier des écologistes (3).

Certains partisans de la décroissance sont convaincus que la crise actuelle constitue une formidable opportunité pour leur cause. « Que la crise s’aggrave ! », s’exclame Latouche, reprenant le titre d’un ouvrage du banquier repenti François Partant. « C’est une bonne nouvelle : la crise est enfin arrivée, et c’est l’occasion pour l’humanité de se ressaisir (4 », explique ce tenant de la « pédagogie des catastrophes » jadis développée par l’écrivain Denis de Rougemont.

Sans aller aussi loin, M. Cochet estime que c’est en butant sur les limites de la biosphère que l’humanité sera contrainte de devenir raisonnable. « Il n’y aura plus de croissance pour des raisons objectives. La décroissance est notre destin obligé », prévient le député écologiste, « géologue politique et profond matérialiste ». Ne reste alors qu’à espérer que la crise accélère les prises de conscience, et à « préparer la décroissance afin qu’elle soit démocratique et équitable ».

Mais ce point de vue optimiste est loin d’être partagé par tous. « Cette pédagogie des catastrophes, on n’est pas du tout là-dedans », se démarque Vincent Cheynet. Le rédacteur en chef du journal La Décroissance estime que, « si la crise offre une opportunité de s’interroger et de se remettre en cause, elle risque aussi d’engendrer des crispations et des phénomènes de peur ». « Une crise majeure serait la pire des situations », considère-t-il. « La crise est l’occasion de rappeler que la croissance n’est plus possible, mais les gens ont tendance dans ces périodes à se replier sur leurs intérêts particuliers », observe M. Jean-Luc Pasquinet, animateur du Mouvement des objecteurs de croissance (MOC). Ariès pointe, lui aussi, l’ambivalence de la crise : « D’un côté, elle repousse toujours plus loin le sentiment d’urgence écologique : l’heure est à la défense du pouvoir d’achat et des emplois. (…) Mais elle montre aussi que nous avons vécu sur des mensonges depuis des décennies (5). » L’inquiétude le dispute à l’espoir chez ceux qui doutent de voir la récession paver le chemin de la décroissance (lire « Yoga du rire et colliers de nouilles »).

Timide entrée en politique

L’impact nouveau du thème contraste avec la très grande faiblesse des forces politiques qui s’en réclament. Un Parti pour la décroissance (PPLD) a été créé en 2006 par Cheynet, ancien publicitaire et fondateur de l’association Casseurs de pub, pour qui « l’urgence est à la conquête des institutions ». Des querelles de personnes ne lui ont cependant jamais permis d’exister réellement. « Créer un parti politique est très difficile dans des milieux assez anarchisants », soupire Cheynet, qui n’est pas dans les meilleurs termes avec tous les « décroissants ». De nouvelles équipes ont récemment tenté de relancer le PPLD. Tout en affirmant qu’il attire « des gens plus jeunes qui viennent du monde associatif », son porte-parole Vincent Liegey reconnaît : « On tâtonne un peu. » Le PPLD se refuse à revendiquer un quelconque nombre d’adhérents. « On ne veut pas devenir un parti de masse, on ne cherche pas d’adhérents ni d’électeurs », dit curieusement M. Rémy Cardinale, autre porte-parole de ce microparti.

Le MOC, lui, a été lancé en 2007. Il rassemblerait quelque deux cents personnes et une dizaine d’élus locaux dans un réseau très décentralisé. Regroupant des militants plus expérimentés, comme M. Pasquinet, qui a été porte-parole du PPLD, ou M. Christian Sunt, ancien des Amis de la Terre et des Verts, le mouvement se félicite, selon ce dernier, de voir arriver dans ses rangs « beaucoup de femmes et de jeunes ».

Le MOC et le PPLD ont engagé un processus de rapprochement en créant ensemble l’Association des objecteurs de croissance (ADOC-France). Ces deux mouvements se sont présentés aux dernières élections européennes sous l’étiquette Europe Décroissance. Ne disposant d’« aucun moyen » et voulant « faire de la politique autrement », ils n’ont pas déposé de bulletins de vote, demandant à leurs électeurs de les imprimer eux-mêmes à partir de leur site Internet. Le résultat était prévisible : tête de liste en Ile-de-France, M. Pasquinet a obtenu 0,04 % des suffrages exprimés.

Les idées de la décroissance ont un écho sans commune mesure avec ces chiffres. « Je suis contre la création d’un parti, en tout cas c’est prématuré », affirme Latouche. L’audience du mensuel La Décroissance, fondé par Cheynet en 2004, est révélatrice de l’impact de ce courant. Il serait diffusé à vingt mille exemplaires, dont treize mille en kiosques, et pratique un ton polémique dont sont principalement victimes les « écotartuffes » d’un « capitalisme vert » et d’un « développement durable », sévèrement brocardés. Cheynet assume : « Nous sommes dans une logique dissensuelle qui participe à la vivification de la démocratie. »

La revue écologiste Silence, créée en 1982 et diffusée à six mille exemplaires, a publié sans succès, en 1993, un tout premier dossier sur la décroissance, avec des extraits du livre fondateur de l’inventeur du concept, Nicholas Georgescu-Roegen. Il en est allé différemment lors de la seconde tentative, en 2002. Un colloque qui s’est tenu à l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) par l’association La ligne d’horizon – Les amis de François Partant, auquel participaient sept cents personnes dont M. José Bové, Ivan Illich et Latouche, avait fait émerger le concept. Le numéro fut un grand succès ; Silence a consacré ensuite plusieurs livraisons à la déclinaison de ce projet. « La décroissance est peut-être le thème du XXIe siècle, mais je n’en sais rien », tempère Michel Bernard, l’un des animateurs de la revue — basée à Lyon, tout comme La Décroissance.

Depuis 2008, ce courant de pensée dispose même d’une publication intellectuelle de bonne facture. Entropia, « revue d’étude théorique et politique de la décroissance » dirigée par Jean-Claude Besson-Girard, explore avec une louable ouverture d’esprit les nombreux problèmes soulevés par la perspective décroissante (6).

La mouvance entretient des liens, plus ou moins informels, avec toute une série d’organisations. Réseaux antinucléaires ou anti-OGM (organismes génétiquement modifiés), mouvements internationaux Slow Food (7) ou Slow Cities et, bien sûr, toutes les associations antipublicitaires : les militants de la décroissance préfèrent souvent l’action associative concrète. La revue Silence privilégie le récit d’expériences qui préfigurent la société à bâtir. « L’envie de changer les choses passe par la réalisation de solutions alternatives », souligne Guillaume Gamblin, l’un de ses animateurs.

M. Sunt incarne bien ce militantisme ancré dans le concret. Vieux routier de l’écologie politique, ce forestier à la retraite, dont le fils produit des « céréales à l’ancienne », continue à travailler sur la question de la « forêt paysanne de proximité ». Décroissant pratiquant, il vit dans une maison qu’il a construite lui-même avec des matériaux locaux, non reliée au réseau électrique et fonctionnant à l’énergie solaire. M. Sunt se sent chez lui dans les Cévennes, « où des centaines de gens vivent comme cela ». Membre de l’association Habitants de logements éphémères ou mobiles (Halem), il raconte comment, en avril dernier, une manifestation a bloqué la mairie de Saint-Jean-du-Gard, qui avait démonté une yourte installée sans autorisation. « On prend aussi la défense de gens qui vivent dans des mobile homes après avoir été expulsés, souvent des jeunes de la région parisienne », ajoute-t-il. L’association Droit au logement (DAL) a proposé à Halem d’intégrer son conseil d’administration.

Les idées sur la décroissance ne datent pas d’hier. Elles étaient même autrement plus répandues dans les années 1970 qu’aujourd’hui. On se souvient de la bande dessinée joyeusement antiproductiviste de Gébé L’An 01, publiée dès 1970 dans Politique Hebdo (8). Et de son mot d’ordre ô combien subversif : « On arrête tout ». Le mensuel La Gueule ouverte (1972-1980), qui annonçait tout simplement la fin du monde, distillait, au cours de cette décennie, une réflexion décroissante avant l’heure.

Il y a une trentaine d’années, la contestation du productivisme était toutefois limitée à un espace idéologique clos. Elle ne pénétrait pas une gauche encore dominée par le Parti communiste (PC) et par un marxisme naïvement « progressiste ». Si ce courant est plus marginal aujourd’hui, il dialogue aussi plus facilement avec une gauche qui a perdu ses certitudes. Avec la crise environnementale et la remise en question de la valeur travail, l’idée de marier anticapitalisme et antiproductivisme progresse.

« La décroissance exprime, dans un vocabulaire neuf, de vieilles questions posées au mouvement ouvrier, soutient Ariès, qui fut communiste dans sa jeunesse. Moi-même, j’y suis venu par la critique de l’aliénation. Le “droit à la paresse”, “vivre et travailler au pays”, etc. : la gauche n’a pas toujours pris le chemin du productivisme ! »

L’évolution de M. Jean-Luc Mélenchon est symptomatique de l’influence acquise par les idées de la décroissance au sein de la gauche. Issu d’une stricte tradition marxiste, d’abord militant trotskiste tendance lambertiste, puis socialiste, le fondateur du Parti de gauche (PG) salue aujourd’hui la « puissance d’interrogation » des partisans de la décroissance. « Il faut réfléchir autrement à notre mode de vie et se demander, par exemple, si l’on doit aller toujours plus vite », affirme-t-il, avant de critiquer « le productivisme, qui a insinué l’idée que tout ce qui est désirable doit devenir nécessaire ». Il a été rejoint par M. Franck Pupunat, l’animateur du petit groupe Utopia, proche de certaines thèses de la décroissance et qui regroupe des adhérents de plusieurs partis de gauche. Ariès vient également de s’y rallier.

Le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) dialogue lui aussi avec les « décroissants ». Des négociations, qui ont finalement échoué, avaient étudié l’hypothèse de confier à un militant de la décroissance une tête de liste soutenue par le NPA et le PG aux élections européennes dans la région Sud-Est, où ce courant est le mieux implanté. Des représentants des deux formations ont participé au « Contre-Grenelle de l’environnement », qui s’est tenu à Lyon, en mai, pour dénoncer les illusions du « développement durable ».

Paradoxalement, les idées de décroissance ne sont guère plus présentes chez les Verts. M. Cochet se sent très isolé au sein de son parti. Certaines de ses prises de position ne favorisent cependant pas son écoute. En avril 2009, le député écologiste de Paris a choqué en prônant une inversion du montant des prestations familiales à partir du troisième enfant, au motif qu’un nouveau-né aurait « un coût écologique comparable à six cent vingt trajets Paris – New York ». Il s’assume « néomalthusien », même s’il admet que son raisonnement est « peut-être trop scientifique ».

« Vivre mieux avec moins »

Tant la soif de respectabilité des Verts que le poids de leurs élus ont éloigné la formation écologiste de thèses dont ils craignent qu’elles effarouchent les électeurs. Mme Dominique Voynet aurait même envisagé de rebaptiser sa formation Parti du développement durable. En décembre 2008, la motion de congrès des Verts a, pour la première fois, fait référence à la « décroissance », mais en la limitant à la réduction de l’« empreinte écologique ». Le programme des listes Europe Ecologie a repris la même formule, en y ajoutant la diminution de la consommation quantitative de viande. Quant au Parti socialiste (PS), l’absence de curiosité intellectuelle de ses dirigeants semble le protéger de tout contact avec ces idées.

La décroissance est-elle autre chose qu’un slogan ? Ariès parle de « mot obus » destiné à ébranler le productivisme, et Cheynet vante la capacité de ce vocable à « interpeller » la société. Mais la grande faiblesse de cet étendard est de ne rien nous dire sur l’avenir souhaité. Aucun « objecteur de croissance » ne prône une simple diminution de la production dans une société aux équilibres inchangés, diminution qui ne pourrait qu’aggraver la pauvreté. Latouche concède que les moins bien lotis, notamment en Afrique, ont besoin d’une élévation de leur niveau de vie matériel, même s’ils ne doivent pas imiter le mode de vie occidental.

Avant tout, la mouvance est aux prises avec de profondes divergences philosophiques. Cheynet campe sur des positions républicaines et universalistes, tandis que l’africaniste Latouche est un « relativiste culturel » déclaré. « Ma perspective est clairement républicaine, démocratique et humaniste », déclare le patron de La Décroissance, qui s’est engagé chez les centristes dans sa jeunesse. « L’Etat-nation est à la fois dépassé et pas souhaitable », réplique Latouche, qui « n’aime pas le mot “universel” ». Ariès se situe du côté des positions républicaines, tout en travaillant avec les catholiques de gauche de la revue Golias. Pierre Rabhi, figure de la décroissance qui a tenté d’être candidat à l’élection présidentielle de 2002, représente, quant à lui, un courant spiritualiste.

Si cette mouvance est majoritairement ancrée à gauche, sa critique radicale du productivisme peut nourrir des interprétations d’inspirations très différentes. Politiquement, comme le reconnaît Cheynet, cela va « de l’extrême droite à l’extrême gauche ». Le penseur de la Nouvelle Droite, Alain de Benoist, a ainsi publié en 2007 un ouvrage intitulé Demain, la décroissance ! Penser l’écologie jusqu’au bout (e/dite, Paris).

Le rapport à la démocratie divise également. Tout oppose ceux qui veulent investir les institutions et se présenter aux élections, comme Cheynet, à ceux qui privilégient la démocratie directe ou le mandat impératif. « La méfiance envers la démocratie représentative est très forte dans ces milieux », observe le chercheur Fabrice Flipo. « On a besoin d’un renforcement de la démocratie directe, mais aussi de la démocratie représentative », nuance Ariès. Latouche exprime autrement cette ambiguïté. « Je me crois profondément démocrate », affirme-t-il, avant, toutefois, d’ajouter aussitôt : « Je ne sais pas très bien ce que c’est, la démocratie. »

Peu de partisans de la décroissance se risquent à préciser à quoi ressemblerait la société qu’ils appellent de leurs vœux. En 2002, Cheynet s’était toutefois essayé à cet exercice (9). Dans une « économie saine (…), le transport aérien, les véhicules à moteur à explosion seraient condamnés à disparaître (…), remplacés par la marine à voile, le vélo, le train, la traction animale ». On irait également vers « la fin des grandes surfaces au profit des commerces de proximité et des marchés, des produits manufacturés peu chers au profit d’objets produits localement ». Si la relocalisation des productions est partagée par tous les courants de la décroissance, beaucoup avançant même l’idée d’instituer des monnaies locales, tout le monde n’est certainement pas d’accord pour aller aussi loin.

On voit d’ailleurs mal comment un tel programme pourrait convaincre une majorité d’électeurs. Latouche préfère insister sur la méthode d’élaboration d’une « société autonome » aux « 8 R » : « Réévaluer, reconceptualiser, restructurer, redistribuer, relocaliser, réduire, réutiliser, recycler » (10). Tout en rêvant à une société de petites cités fédérées, il plaide en faveur d’arbitrages : « Le compromis à trouver entre l’autonomie, quasi totale mais très frugale, du chasseur-cueilleur et la techno-aliénation non moins quasi totale de nos contemporains est un problème politique. »

Certains objecteurs de croissance évitent ces questions délicates en se réfugiant dans des démarches individuelles de sobriété volontaire. D’autres croient aux vertus exemplaires de l’initiative locale, comme celle des « villes en transition », qui regroupe environ cent trente communes — majoritairement au Royaume-Uni — engagées dans la décroissance énergétique et la relocalisation.

Manque toujours à la décroissance une définition politique positive aussi mobilisatrice que le fut le socialisme en son temps. « On éprouve une difficulté à inventer un nouveau récit pour l’imaginaire collectif », déplore M. Cochet. « Quelle utopie mobilisatrice pour répondre à la question : comment vivre mieux avec moins ? » La formule « Moins de biens, plus de liens » ne suffit sans doute pas. « Elargir la gratuité des biens dont on fait un bon usage et interdire ceux qui relèvent du mauvais usage », préconise Ariès, en précisant que la définition de ces usages sera le produit d’une délibération politique. Il ajoute : « L’objectif est de réduire les inégalités sociales. » De fait, la décroissance toucherait inévitablement d’abord les plus riches, au niveau planétaire comme dans chaque pays.

La question philosophique de la « bonne vie » transparaît en filigrane. A un développement économique dicté par la dynamique propre au progrès technique, il s’agirait de substituer une logique d’arbitrage démocratique. Le philosophe Patrick Viveret, qui s’intéresse aux questionnements fondateurs de la décroissance sans adhérer à ses réponses, refuse l’« interdit de poser le bonheur comme une question politique » au prétexte que les totalitarismes s’y sont risqués : « Si l’on refuse de poser démocratiquement la question du mieux-être, au nom de quoi fonder une pensée critique du mode de développement actuel ? » Libéraux ou socialistes, les progressistes ont en commun de chercher à accroître les richesses matérielles, réduisant la question du bonheur à une affaire privée. Si la finalité de l’organisation des sociétés humaines, confrontées aux limites physiques de la nature, devait échapper à ce présupposé matérialiste, s’ouvrirait alors un vertigineux espace d’indétermination politique.

Eric Dupin.

source:Le monde diplomatique
- « Écofascisme ou écodémocratie », par Serge Latouche (novembre 2005). 

- « Et la décroissance sauvera le Sud… », par Serge Latouche (novembre 2004).

- « Développement ne rime pas forcément avec croissance », par Jean-Marie Harribey (juillet 2004).

- « Pour une société de décroissance », par Serge Latouche (novembre 2003).

- « Que l’économie serve la biosphère », par René Passet (août 1989).

- « Le choix écologique », par Jacques Robin (juillet 1989).

(1) Les citations dépourvues de références sont issues d’entretiens avec l’auteur.

(2) Nicolas Hulot, « L’enjeu crucial des élections européennes », Le Monde, 15 mai 2009.

(3) Michel Guerrin et Nathaniel Herzberg, « Arthus-Bertrand, l’image de marque », Le Monde, 4 juin 2009.

(4) Serge Latouche, « Que la crise s’aggrave ! », Politis, Paris, 13 novembre 2008.

(5) Laure Noualhat, « Rendre la décroissance désirable », interview de Paul Ariès, Libération, Paris, 2 mai 2009.

(6) Pour une critique radicale de ce courant de pensée, cf. notamment les Cahiers marxistes, Bruxelles, n° 235, mai-juin 2007 ; ou encore « La décroissance, un point de vue parfaitement réactionnaire », Lutte de classe, Paris, n° 121, juillet 2009.

(7) Lire « Militants de la gastronomie », par Carlo Petrini, Le Monde diplomatique, août 2006.

(8) Gébé, L’An 01, bande dessinée rééditée par L’Association, Paris, 2004, et film éponyme (avec Jacques Doillon), MK2, 2006.

(9) Bruno Clémentin et Vincent Cheynet, « La décroissance soutenable », Silence, n° 280, Lyon, février 2002.

(10) Serge Latouche, « Pour une société autonome », Entropia, n° 5, Malaucène, automne 2008.

14 février 2011 Posted by | DECROISSANCE, Notre démocratie | , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 commentaires

Vers un municipalisme libertaire


Murray Bookchin

 

« Une société écologique suppose la fin de la hiérarchie et de la domination sur toutes ses formes. » Murray Bookchin

Contribution de la CEN aux journées de Mars du MOC

Nos sociétés «développées » fonctionnent sur deux mythes qui s’essoufflent et sont au bord de l’asphyxie : celui du progrès industriel, né avec la machine à vapeur au milieu du XVIII siècle, dont l’extension était sensée capable de résoudre tous les maux de nos sociétés (énergie, chômage, besoins…), et celui de la démocratie représentative, né avec la révolution française, et continuant à cultiver l’illusion du  « pouvoir du peuple ». Pourtant, force est de constater que de plus en plus de science cohabite avec l’absence majeure de solutions aux maux de notre temps (fin des énergies, des métaux, pollutions diverses, réchauffement, catastrophes « naturelles »…), de même que la démocratie représentative installée et vénérée ne représente plus que l’impuissance du citoyen au quotidien et l’impuissance des états élus face aux forces des « marchés ». De ces deux constats, l’histoire nous invite à inventer, voire réinventer d’autres  solutions, si l’on veut que l’homme puisse continuer à habiter cette planète.

1 – LE PROGRÈS, UN PREMIER MYTHE QUI S’EFFONDRE

Face aux problèmes sociaux majeurs auxquels les sociétés techniques sont confrontées (environnement, chômage, pollution, délinquance…) les sociétés techniques répondent toujours par « plus de la même chose », dans une fuite sans fin et dans un productivisme effréné, comme si tout problème social de quelque nature que ce soit avait une solution mécanique, évitant aux hommes de se poser la question du « pourquoi ?».

Mais, d’une part, toute « avancée » technique recèle au moins une face cachée, à savoir : les nano-technologies présentées comme pouvant guérir, ont pour corrolaire les puces que chaque individu portera sous la peau demain « pour sa santé », comme on nous invite à le faire pour tous les animaux aujourd’hui. Le téléphone portable, concentré d’intelligence et de technologie, provoque des lésions au cerveau, et on l’interdit dans l’enceinte les écoles. Le plastique allège le poids des bouteilles, mais il diffuse des substances cancérigènes et on le retouve au milieu de l’océan pacifique, dans le ventre des poissons.  Les effets secondaires, cachés, dissimulés, provoquent de nouveaux problèmes, dont on attend de nouveau une solution technique dans une spirale sans fin. Mais il y a pire. Le gigantisme de certaines technologies (nucléaire, grande distribution, avions…), oblige, dans le même temps à mettre en place un contrôle total des individus : fichage, caméras de surveillance, contrôles quotidiens, pour le bien être des citoyens bien évidemment, qui peu à peu s’habitue à vivre dans un environnement de plus en plus totalitaire. L’URSS n’était qu’en avance d’une génération  dans cette compétition là.

D’autre part, le « progrès » est d’abord et avant tout dans la recherche des profits qu’il peut occasionner. Le progrès chimique est privilégié au progrès biologique dans l’agriculture, au détriment des sols et de la terre nourricière, parce qu’il est plus facile de vendre des pesticides que de cultiver des coccinelles. L’efficience énergétique qui permet d’aller dans le sens de la conscience écologique sociale (ex : les voitures consomment moins), permet également d’en mettre deux fois plus sur le marché, selon le « paradoxe de Jevons » constaté aux XIX siècle.

Enfin, on ignore, tout au long de la chaîne de production, qui s’est internationalisée, toutes les souffrances occasionnées : la misère dans les pays où l’on extrait les métaux, la corruption des dirigeants, les guerres occasionnées (Afghanistan pour le gaz, Irak pour le pétrole, demain les guerres pour l’eau).

Le progrès technique, synonyme de mieux vivre pour quelques uns, est un  gouffre de misère, d’exploitation et de souffrance pour la plupart. Notre mode de vie repose sur un capital non renouvelable et bientôt dilapidé, et la croissance sans fin scie la branche de la vie sur laquelle nous sommes assis : augmentation de l’effet de serre, dérèglementation du climat qui provoque de plus en plus de catastrophes, disparition des espèces, tonnes de déchets, pollutions gigantesques, marées noires…L’empreinte écologique, nouvel indice de mesure de notre rapacité sur terre, nous indique que si tous vivaient comme nous, la disparition serait pour bientôt. Pourtant, gauche comme droite nous invitent toujours à communier dans ce mythe, comme dans celui de la « démocratie ».

2 – LA DEMOCRATIE REPRESENTATIVE, UN SECOND MYTHE QUI S’EFFONDRE

Car, quand on parle de démocratie, il n’en est qu’une invoquée, la représentative, celle qui nous invite à élire nos représentants. Mais le non français au traité de constitution européenne a obligé le gouvernement à passer outre le vote du peuple et à faire voter par le parlement un ersatz reprenant les principales dispositions de celui-ci. Droite et gauche l’ont voté, montrant par là-même les limites de la démocratie représentative, dès lors qu’une caste d’élus (terminologie empruntée au religieux) s’arroge le droit de dire le droit au nom du peuple. L’impuissance du citoyen face au délire technologique se double de son impuissance caractérisée dans le champ démocratique. Il a le droit de vote tous les cinq ans pour telle ou telle élection, à la condition  expresse, maintenant, que son vote corresponde à ce qu’on attend de lui. Si tel n’est pas le cas, alors on passe en force, ou on le fait revoter pour qu’il vote dans le bon sens, après lui avoir donné quelques hochets supplémentaires. Le vote n’est plus l’expression du peuple mais la soumission du peuple au bon vouloir des élites. C’est un vote bureaucratique.

Le pouvoir technologique, à son tour, présente un inconvénient majeur pour la démocratie : celui qui fait que le technicien, l’ingénieur, le banquier, possède le pouvoir bien avant le politique. Les récents évènements en sont une démonstration flagrante : soumission totale des états aux diktats des marchés, c’est à dire des investisseurs, c’est à dire des multinationales, c’est à dire des floppées de mathématiciens qui mettent à jour des « produits financiers » nouveaux dans la guerre sans merci qu’ils se livrent, à tel point qu’ils sont capables de mettre sur la paille des milliers de personnes (des centaines de milliers de gens ont perdu leur maison, récupérées par les banques, dans la faillite des « subprimes » aux USA, sans révolte aucune), et qu’ils s’attaquent maintenant aux états, l’Islande dans un premier temps, puis la Grèce aujourd’hui, et demain le Portugal et l’Espagne en ligne de mire. Et les états, c’est à dire la démocratie représentée, assistent impuissants au démantèlement de leur socle social, quand ils ne se mettent pas à aller dans le sens que les marchés attendent d’eux, preuve supplémentaire que l’état n’est que l’agent principal du capital, dont il se sert quand il en a besoin, et dont il se passe quand il n’en a plus besoin.

La liste est longue des atteintes à la démocratie réelle, perpétrée par la démocratie représentative : élections à plusieurs niveaux (sénat, communautés de communes), impuissance du parlement face à l’exécutif, qui produit de nos jours la majorité des lois, plus celles de la commission européenne, non élue elle. A quoi on peut ajouter le financement occulte des partis, les collusions avérées entre grandes entreprises et élus, etc. Tout ceci sous le discours généreux du « pouvoir du peuple » et du « devoir du citoyen ». Pouvoir de se passer les menottes, et devoir de se taire sont plus proches de la réalité. Le citoyen vote tous les 5 ans, les marchés tous les jours. Tout ceci inclut la relativisation de notre démocratie représentative, seulement « interne », parce que l’agrément apporté à quelques uns au long des siècles et des luttes s’est toujours accompagné de l’exploitation vile des autres pays et des autres cultures, et que cela continue sous des dehors beaucoup plus difficiles à discerner : ce sont bien des démocraties élues qui continuent le massacre des indiens commencé par les rois il y a cinq siècles, qui ont continué et augmenté le commerce du « bois d’ébène », qui nous ont donné deux guerres mondiales, et qui s’arrogent le droit d’attaquer d’autres pays pour des raisons économiques et sous des prétextes fallacieux !

3 – EBAUCHES DE SOLUTIONS

31 – Refonder les valeurs

L’écologie sociale  cherche à faire du sens. Faire du sens, c’est faire que les hommes vivent en actes, dans les valeurs auxquels ils adhèrent, la liberté, la solidarité, les droits de l’homme, leur action sur le monde, et s’en servent de levier afin de transformer, dans une éthique de respect des hommes et des cultures, de ce qui existe et vit, à la fois leur propre rapport au monde, et ce qu’il y a d’intolérable dans leur propre culture. Le sens avant le politique, le politique avant le pouvoir, le pouvoir avant le technique. C’est exactement l’inverse de ce que nous vivons actuellement, où les politiques se sont placés sous l’égide des techniques, en ayant perdu le pouvoir et le sens. Au schéma « technique-pouvoir-politique-perte de sens », il convient de substituer le schéma « sens-politique-pouvoir-technique ». Ce faisant, c’est un renversement total de notre façon d’être et de penser le monde qu’il nous faut opérer.

Mais s’emparer de ce qui nous regarde nous oblige à mettre en avant relativité, incertitude, probabilité. Le regard que nous portons sur le monde n’est que le notre, et nous savons qu’il est partiel, partial, orienté, fragmentaire. Pour avancer, nous ne pouvons que le mesurer à d’autres, à ceux qui vivent différemment l’appréhension du temps, à ceux qui pensent que l’asservissement à la technique n’est pas fatal, que l’aménagement de l’ordre n’est pas immuable, que progrès, retard, modernité ne sont que des données relatives. L’écologie sociale, émergence d’une nouvelle pensée au sein du vivant, est  la naissance de la conscience que l’homme est une partie du tout, dernier maillon le plus complexe d’une chaîne évolutive que les hasards ont conduit à le faire s’interroger sur sa condition. Cette conscience est née des différents rapports au monde selon les différents lieux d’existence, et les cultures de ces différents rapports. Ce n’est pas le retour à la nature qui est programmé, c’est le retour de la nature dans notre réflexion sur l’homme.

De tous temps l’homme est écologique et il le sait. Vivant d’abord dans une dépendance totale à l’égard de la nature, son expérience et son observation lui font lire celle-ci de plus en plus efficacement. Mais cette conscience d’appartenir à un tout s’estompe en même temps que le progrès technique lui apprend à dépendre de moins en moins de cette nature, distanciation du sujet à l’objet. Cet affranchissement des conditions de sa survie immédiate l’amène à en ignorer totalement les conditions de sa dépendance. La nature étant croit-il domptée, sa domesticité ne lui pose plus de problème. L’écologie sociale est le retour conscient entre ce sujet et cet objet, la partie et le tout, dans une interdépendance conflictuelle sur le long terme, avec les connaissances spécifiques que l’homme a accumulées dans sa distanciation.

L’écologie sociale met le doigt sur l’incapacité actuelle des sociétés technologiques à remettre en cause leurs fondements idéologiques. La pensée dominante du salut par la croissance est une pensée rassurante, quand bien même on peut constater quotidiennement ses déboires. Mais elle provoque toujours, cependant, le sentiment que demain sera mieux qu’aujourd’hui, continuation de son propre imaginaire dans un monde qu’elle détruit pourtant. La pensée écologique, au contraire est une pensée dérangeante. Elle provoque la remise en cause d’un mode de production chez les personnes qui en vivent, elle provoque la mise en garde du lendemain par l’intermédiaire de catastrophes qu’on prépare, la peur du chaos.

Que la naissance politique des mouvements écologiques concorde historiquement avec la fin des idéologies de gauche et leur asservissement à la pensée unique du marché n’est pas le fait du hasard, mais bien la nécessité de dépassement d’un mythe séculaire qui à échoué. L’écologie sociale n’est pas la gauche, n’est pas à gauche, en ce sens qu’elle dépasse la gauche de multiples façons: en plongeant ses racines plus profond (instauration du rapport homme-nature), pour monter sa tête plus haut (refus de la violence comme principe fondateur d’une humanité nouvelle). C’est en effet la gauche et son paradigme (pour simplifier, la lutte des classes) qui est « mathématiquement » sous ensemble du « paradigme écologique » et non l’inverse. Pourquoi ? Parce que l’écologie pose plus de questions, élargit le champ conceptuel, le champ de la pensée, tout en apportant des réponses différentes et nouvelles, projetant ainsi l’homme dans une autre sphère de compréhension et d’interprétation du monde. Donc, toute politique qui tendrait à faire de l’écologie une nouvelle composante de la gauche ne pourrait être que réductrice de ce qu’elle est. Dépasser ne veut pourtant pas dire nier. Si l’écologie sociale transcende les clivages historiques de droite et de gauche, elle ne les fait pas disparaître. Droite et gauche ont inventé la démocratie telle que nous la connaissons, républicaine et inachevée. Elles ont fait progresser la connaissance, y compris au prix des pires mutilations culturelles. Mais la complexité du monde moderne ne se résoudra pas dans l’affrontement de deux classes qui s’affrontent, même si cet affrontement constitue toujours une donnée fondamentale de compréhension. Mais tout comme l’idéologie du marché n’est porteuse d’un quelconque avenir vivable pour la multitude, celle de la gauche a aussi vécu en tant qu’utopie, en tant que solution globale aux problèmes de notre temps. Ce n’est pas aux mouvements écologiques d’aller à la gauche, c’est à la gauche d’aller à l’écologie, et, à sa suite, à la société toute entière. Il n’y a pas d’autre alternative, sous peine d’implosion généralisée, sociale, économique, écologique, sous peine de guerres multiples.

Qu’est-ce qui différencie l’écologie sociale de la pensée politique actuelle et donc aussi de la gauche, et quelles sont donc les valeurs véhiculées ? Il y en a de multiples, et l’on ne peut qu’être étonnés, parfois, de leur relation au naturalisme qu’elles pourfendent souvent :  ainsi la notion de non-violence éminemment culturelle, opposée à la notion de défense de territoire, de la pensée unique,  éminemment naturaliste, elle ! A laquelle nous ajouterons les notions de coopération, (culturelle, sociale, économique, éminemment humaines) opposées aux notions de compétition (économique, sociale, individuelle, éminemment naturelles encore, et darwinistes même!). Ensuite, celle d’éthique, de respect, de défense (de l’autre, des cultures, des minorités, des faibles, éminemment construites), face aux notions de domination et de rapports de forces (éminemment proches de la prédation animale !). Ensuite, nous opposons  au néo-libéralisme, au laisser-faire, à la fable du renard libre dans le poulailler libre, la notion d’éco-developpement, de nouveau rapport entre l’homme et la nature à élaborer, qui fait appel à des critères absents de nos sociétés actuelles, et qui intègre les notions de long terme (cycles biologiques, climatiques, droit des générations futures) face à celle de court terme (le marché, l’élection prochaine, « après nous le déluge »). Celles encore de ressources limitées face à l’expansionnisme sans freins, de décroissance face à la croissance. Ensuite, la nécessaire introduction du vivant dans notre réflexion sur l’homme, face à son déni dans la pensée unique (la machine, rien que la machine, et peu importe les forêts brûlées, la disparition de la biodiversité, les cycles naturels…). Enfin, la réintroduction de la rareté, non pas au sens économique et libéral (tout ce qui est rare est cher, donc recherché), mais dans le sens de bien commun (tout ce qui est rare doit être préservé : eau pure, air, paysages, pétrole…). Ceci inclut dans notre nouvelle façon de fonctionner le primat de l’être sur l’avoir, du développement politique, au sens éthymologique, sur l’économique, de l’émancipation sur la docilisation, de l’égalité sur la hiérarchie. Cela inclut encore la nécessaire notion de solidarité planétaire, tout d’abord parce que d’une certaine façon, face aux problèmes écologiques majeurs, nous n’avons pas le choix, et qu’étant donné ce facteur, nous avons dès lors le choix : soit de coopérer à grande échelle, soit de nous détruire mutuellement. Globalement, on pourrait dire qu »au « tout est possible » proné par les « forces de progrès », on pourrait substituer le « tout n’est pas permis » de « l’écologie politique ». Au réformisme aujourd’hui sans espoir du système libéral prôné par la droite productiviste et par la gauche sociale-démocrate, nous en appelons à une véritable révolution des valeurs, des comportements et des mentalités, projet sous-tendu par la mise sur pied du paradigme de l’écologie sociale, dont les deux principaux vecteurs sont démocratie territoriale directe et démocratie écologique.

32 – Démocratie territoriale directe

L’objet est la refondation de la démocratie, qui, au moment où les problèmes sont mondiaux, ne doit plus être cantonnée entre les mains de quelques uns mais de tous. Quand les démocraties représentatives font la preuve de leur impuissance face aux multinationales, quand les partis font la preuve de leur impuissance au quotidien, il importe de trouver les moyens de rendre l’homme, c’est à dire tous les hommes, responsables. Ceci ne peut se faire que par une descente du pouvoir institutionnel au niveau du citoyen. L’histoire est riche de démocraties territoriales, à des degrés divers. Grèce antique, révolution française, cités-républiques italiennes, commune de Paris, communautés anarchistes espagnoles…A la confiscation des pouvoirs locaux par le pouvoir central doit répondre la mise sur pied de pouvoirs locaux face au pouvoir central. Il nous faut recréer des communes politiques où le pouvoir est exercé par le citoyen dans des assemblées démocratiques, des communes autogérées où la culture politique s’enracine dans la vie quotidienne spécifique, une politique organique où les individus, au quotidien, pensent, réfléchissent, organisent, créent, structurent leur propre environnement et leur rapport aux autres. Une politique locale où tous les grands problèmes internationaux sont évoqués, débattus, où l’écologie du quotidien est déterminée par les personnes, où les principaux problèmes non résolus par des décennies de pouvoir central restent en l’état : mal logement, restaus du coeur, énergie, industrie locale…A un processus occasionnel (campagne électorale, vote) doit se substituer un processus permanent de saisissement par les personnes de leurs propres problèmes : travail, emploi, garde des enfants, nourriture, transport, et des moyens d’y répondre, mais aussi fête de quartier, type d’école, jardins partagés… Seules de petites entités comme les communes sont à même d’y pourvoir. Aussi proposons nous de regrouper, sur tout le territoire, les communes trop petites jusqu’à en faire de entités de quatre ou cinq mille personnes, de la même façon que nous proposons  de scinder les grandes métropoles en petites entités de même taille. Il va de soi qu’un tel processus est tendanciel et doit tenir compte de la géographie, des habitudes, des bassins d’emploi, des traditions…Cela veut dire aussi doter ces entités de tous les pouvoirs administratifs actuellement dévolus aux diverses autres instances (région, département, communautés), mais aussi des pouvoirs régaliens (justice, police), cela veut dire les doter de budgets conséquents pratiquement identiques en tous points du territoire. Comment cela se peut-il est la première question mise au débat.

33 – Ecologie sociale

En outre, au primat de l’économique qui régit actuellement toutes les relations sociales doit se substituer le primat de l’écologie, entendu au sens large. A partir du moment où la commune pose comme principe qu’elle débat de tout, la nécessaire transformation économique dans un sens de moindre prédation, de diminution de l’empreinte écologique, doit primer sur tout. Cela veut dire l’intervention dans toute entité économique constituée qui ne respecte pas les normes et règlements édictés (pollution et droit du travail), cela veut dire la constitution de coopératives municipales qui seront des leviers d’intervention de la politique municipale, cela veut dire la constitution de banques municipales, de monnaies locales, autres moyens d’appliquer la politique locale. Cela veut dire aussi que des métiers complètement à l’abandon à l’heure actuelle retrouveront une pérennité essentielle (paysan), tandis que d’autres péricliteront inévitablement (publicitaire) devant la mise sur pied de politiques essentielles. Cela veut dire que des secteurs aujourd’hui complètement abandonnés (chaussure, textile…) pourront renaître à part entière du moment que les citoyens, conscients et des dégats environnementaux, et des dégats sociaux occasionnés par le libre échange, recommenceront à se nourrir, à se vétir, à se chausser localement. Cela veut dire passer de l’organisation verticale de la société (hiérarchie de l’administration et des partis) à une organisation horizontale de commissions et d’assemblées régulières, autonome (autos-nomos, qui se donne ses propres lois). Cela veut dire remettre l’économie à sa place, juste aux côtés des autres approches : sociale, écologique, politique, ethnologique, philosophique, artistique…

La décolonisation de l’imaginaire, au moment où le consumérisme, vilipendé depuis 68, constitue néanmoins le quotidien intégral, donc la bataille d’idées, au sens gramscien, est sans doute le premier chantier auquel se confronter. La NEP, nouvelle éducation populaire (donc pas celle, ministérielle, de la jeunesse et des sports), et les mouvements divers de la décroissance, sont sans doute les fers de lances de cette nouvelle pensée qui remet l’homme au centre en lieu et place de  l’économique, depuis la démission radicale des écologistes ralliés au capitalisme vert. Le vivre ensemble, le politique, c’est à dire la démocratie au quotidien, tel est selon nous le sujet principal auquel s’attaquer en premier lieu. L’indignation ne suffit pas, elle n’est que le premier pas. Les tunisiens nous montrent que les fers sont dans nos têtes, dans notre soumission quotidienne. Faisons les sauter, et le monde sera à nous.

5 février 2011 Posted by | DECROISSANCE, ECONOMIE LOCALE, Notre démocratie, résilience | , , , , , , | 13 commentaires

Kropotkine contre le darwinisme social


L’Entraide
Un facteur de l’évolution
Par Pierre Kropotkine
(Aden, 2009)

Et si la loi de la jungle n’était pas la loi du plus fort ? Et si la loi qui domine dans la nature était l’entraide ? Et si la nature humaine était d’abord et avant tout, à la lumière de la vie sociale, disposée à la coopération mutuelle dans l’intérêt de tous ? Rédigé il y a plus de cent ans dans le but de dénoncer le darwinisme social, interprétation fallacieuse des théories évolutionnistes qui prétend que la société est régie par les lois de l’évolution où seul le meilleur s’adapte et gagne la grande compétition de la vie sociale et économique, ce livre démontre que l’entraide et la solidarité ont davantage contribué à la création et la prospérité des sociétés humaines que la compétition de chacun contre tous.

Dans ce classique de la littérature révolutionnaire, Kropotkine accumule les données prouvant que la coopération et l’aide réciproque sont des pratiques communes et essentielles parmi les animaux mais aussi et surtout parmi les hommes. « L’Entraide » est un livre-clé de la biologie évolutive et de l’étude des sociétés, il pose les fondements mêmes d’une éthique libertaire et est, à l’orée du XXIe siècle, une formidable leçon d’optimisme.

« Dans le monde animal nous avons vu que la grande majorité des espèces vivent en société et qu’elles trouvent dans l’association leurs meilleures armes dans la lutte pour la survie : bien entendu et dans un sens largement darwinien, il ne s’agit pas simplement d’une lutte pour s’assurer des moyens de subsistance, mais d’une lutte contre les conditions naturelles défavorables aux espèces. Les espèces animales au sein desquelles la lutte individuelle a été réduite au minimum et où la pratique de l’aide mutuelle a atteint son plus grand développement sont invariablement plus nombreuses, plus prospères et les plus ouvertes au progrès. La protection mutuelle obtenue dans ce cas, la possibilité d’atteindre un âge d’or et d’accumuler de l’expérience, le plus haut développement intellectuel et l’évolution positive des habitudes sociales, assurent le maintien des espèces, leur extension et leur évolution future. Les espèces asociales, au contraire, sont condamnées à s’éteindre. »

— Pierre Kropotkine. L’Entraide, un facteur de l’évolution (1902), Conclusion.

3 décembre 2010 Posted by | ANTI SPECISME, Notre démocratie | , | Laisser un commentaire

Qu’est-ce qu’une coopérative intégrale?


COOPERATIVES POUR SORTIR DU CAPITALISME

Submitted by enric on Wed, 28/04/2010 – 02:35

Une des choses que nous pouvons apporter depuis la Catalogne est le travail que nous sommes entrain de réaliser, mûrement réfléchi et déjà mis en pratique à l’heure actuelle: un nouveau modèle de coopératives facilitant les relations avec le domaine juridique, afin de pouvoir créer en son sein une trame de projets autogérés, ainsi que des relations économiques alternatives simplifiant la transition vers une organisation sociale libre du capitalisme.
Nous pouvons mettre ce travail en commun et partager des idées sur ce modèle, ainsi que de la voie à suivre pour l’implanter dans d’autres territoires. Ci joint un texte explicatif du projet de coopérative intégrale que nous sommes entrain de mettre en place.

La coopérative intégrale, c’est quoi?
Cela consiste en une forme juridique qui nous permettrait de construire un espace de relations économiques autogérées entre les participants, qui soit blindée contre les saisies publiques ou privées, et qui minimise de manière totalement légale, ou tout du moins sous une forme impunissable, le paiement d’impôts et  de sécurité sociale, se protégeant ainsi le plus possible des banques et de l’état. C’est donc une forme juridique légale de transition pour nous permettre de construire, sur un plan plus local, une manière de vivre où ni la banque ni l’état ne seront nécessaires. Légalement, il s’agit d’une coopérative mixte de services et de consommation, de sorte que les entreprises, professionnels ou producto/consommateurs, puissent participer aux échanges de services internes et vendre également en dehors de la coopérative. De la même façon, les membres consommateurs peuvent organiser leurs achats en commun, qu’ils se fassent vers l’intérieur ou l’extérieur.
Cette idée a surgit du collectif Crisis, et a été exprimée dans la publication « Nous pouvons vivre sans capitalisme ». Dans un premier temps, cela apparaissait comme une foule de projets entremêlés à caractère local, c’est à dire de diverses petites coopératives intégrales. Face à l’éparpillement des personnes intéressées et pensant qu’une coopérative plus grande répondrait plus facilement aux questions d’économie et de gestion, fin 2009 le projet se reprend, s’annonçant cette fois comme celui d’une seule coopérative intégrale, étendue à toute la Catalogne, et qui pourrait ainsi inclure toutes les personnes intéressées de notre territoire.

Quelle envergure devrait avoir la coopérative?
Si un jour la coopérative devient trop grande pour que les assemblées restent viables,il faudra en créer une seconde, sur les mêmes principes que la première, en pensant à mettre en avant le fait que les membres de la coopérative pourront vivre de plus en plus proches les uns des autres.
DANS QUELLE OBJECTIFS CRÉER UNE COOPÉRATIVE INTÉGRALE?
Comme objectif central: construire une trame de relations économiques coopératives et solidaires entre personnes et entreprises sociales, qui sorte des lois du marché et qui ne soit pas contrôlée par l’état; que cela soit un espace pour promouvoir et faire pousser des produits écologiques et locaux, développer des services réellement nécessaires à notre quotidien , de nouveaux projets d’auto-emploi en lien avec ces nécessités réelles. A long terme cela pourrait se transformer en une autre société hors du contrôle capitaliste, avec son propre système de sécurité et de prévision sociales, afin de garantir les nécessités basiques de tous ses membres durant tout leur parcours vital.
Comme objectifs plus concrets à court terme:
*Réduire nos dépenses en euros et appuyer le développement des monnaies sociales dans les eco-réseaux:
*Réduire le prix des produits nécessaires à travers les achats collectifs.
*Faciliter une sortie économique collective aux personnes devenues insolvables à cause d’une banque ou de l’état.

3.COMMENT FONCTIONNER DU POINT DE VUE ÉCONOMIQUE?
La loi impose d’entrée un capital minimum de 3OOO euros (en biens ou en argent). Pour l’obtenir, nous aurons recours au prêt, pour une période très courte, prêt fait à l’un des membres ayant des économies. L’argent pourra être remboursé une fois que la coopérative aura été crée. Une fois chose faite, à l’heure d’organiser la gestion économique de la coopérative, il nous faudra faciliter l’autonomie dans le fonctionnement quotidien de chacun des projets productifs et l’organiser de façon à ce que de nouveaux projets n’affectent pas les soldes d’un autre. Pour cela, nous créerons un compte courant pour chaque projet en ayant besoin , et nous nous assurerons que la banque ne se consacre pas à couvrir les soldes négatifs d’un compte avec de l’argent d’un autre. Nous devrons ainsi: ou bien créer chaque compte dans une entité différente, ou bien trouver une entité financière (du principe des banques éthiques), qui nous garantisse qu’ils n’y aura pas de mouvements d’argent non désirés entre les différents comptes de son entité.
Sur ce point, il est bon de se rappeler qu’une protection supplémentaire que nous offre la coopérative , c’est que le capital social du membre, obligatoire ou volontaire, n’est pas saisissable si le membre l’est. En effet, ainsi le détermine la loi, à la différence d’autres formes d’organisations comme les autonomes, les sociétés limitées et les anonymes. De ce fait, les biens et l’argent qu’il y a dans une coopérative ne peuvent être saisis seulement si la coopérative elle même est saisie pour ses propres dettes, et non pour les dettes de ses membres. Cela nous permettra d’être insolvables et au chômage comme personnes au yeux du système et des juridictions, tout en nous permettant vivre en toute normalité, en travaillant et en consommant de manière autogérée, sans avoir à nous préoccuper des saisies de dettes antérieures. C’est pour cela que la manière dont nous fonctionnerons protégera légalement les membres, et ce via une relation de réciprocité avec le bien commun.
Il est donc clair que la coopérative ne pourrait pas s’endetter, car son patrimoine, qui serait notre patrimoine commun, serait impossible à saisir légalement. C’est pourquoi les personnes et les entreprises en faisant partie devront appliquer strictement ce qui suit: ils ne pourront pas s’endetter avec des entités financières au nom de la coopérative,ou bien avec des fournisseurs, au-delà des paiements au bout des 30, 60, ou 90 jours habituels selon les cas. Aucune dette possible non plus avec le Trésor Public ou autres entités étatiques. Il ne sera pas non plus possible de demander des subventions au nom de la coopérative car cela serait un outil de contrôle de l’état envers nous.

Gestion économique pratique
A) Gestion en monnaie officielle : La gestion de l’activité économique en monnaie officielle aurait pour but de faciliter, de manière pratique,que les membres l’utilisent pour travailler et puissent en faire un usage qui ne porte préjudice ni à la coopérative ni à ses membres, mais qu’elle leur permette en même temps d’avoir une activité économique autonome.

Activité productive autonome: Chaque personne ou entreprise ayant une activité productive autonome pourrait ouvrir un compte au nom de la coopérative, compte avec lequel il serait autorisé à opérer pour encaisser ses clients et payer ses fournisseurs. Chaque unité productive aura également un modèle de facture et une numérotation disponible pour pouvoir émettre des factures de façon autogérée, mais toujours sous la coordination de la commission de gestion économique. Ainsi, la commission économique de la coopérative, coordonnée par une personne ayant des connaissances en comptabilité et en gestion, en plus d’offrir un appui en droit et en gestion pour ses membres, effectuera un proche suivi afin qu’un compte courant ne puisse pas se transformer en problème pour l’ensemble de la coopérative.

Recyclage et auto-emploi, deux façons de s’intégrer dans la coopérative: En plus des personnes ayant déjà une initiative économique en tête ou en exécution, la coopérative intégrale est un espace tout à fait adéquat pour recycler l’activité de ces commerces qui ne vont plus de l’avant, en suivant une idée d’utilité sociale et de complémentarité. Par conséquent, pour les personnes en recherche d’emploi, il y aura une commission d’auto-emploi qui se consacrera à proposer des formations, un appui ou un accompagnement selon les cas, pour que la personne puisse réaliser des taches qui soient utiles au collectif, dans le cadre des nécessités coopératives et communautaires, et qui puisse être suffisamment rémunérées en monnaie officielle pour répondre aux dépenses concrètes de la personne.

Activité de consommation coordonnée: Seront crées des comptes unitaires tels que des coopératives gérées directement par la commission économique, qui se chargera d´effectuer les encaissements des responsables de chaque dépense. Ces comptes s´utiliseront pour les courses collectives, mais aussi pour héberger des reçus personnels. De cette façon la coopérative pourra négocier et gérer de manière unitaire n´importe quelle facture que dépose ses membres, que cela soit d´électricité, d´eau ou de téléphone. En parallèle à cela, il s´agira de minimiser ses dépenses, via une commission de consommation consciente et à travers d´ateliers tels que: -Formation pour la réduction de la consommation d’eau et d’énergie; -Formation à l’utilisation d’outils réduisant les coûts (par exemple la téléphonie via internet, etc.)
Services communs : Il s´agit de ressources qui seront financées par tous et toutes car elles sont d’intérêt général. Pour le moment, sont proposés: la gestion économique interne, indispensable pour le projet, mais aussi les serveurs télématiques de movimiento.net et marsupio qui seraient des outils à utiliser pour tous les projets. Le financement se ferait à travers des cotisations ou des apports des membres qui le désirent, ce pour quoi ils recevraient une équivalence en monnaie sociale, à dépenser dans n´importe quel produit ou service acceptant des monnaies sociales ou appuyant la coopérative intégrale.

Dépenses communes: A partir d´un présupposé de la commission économique, et en tenant compte du fait qu’au moins une de ces personne s´y consacre professionnellement, il en découlera des cotisations que paieront tous les membres de la coopérative, tant les producteurs que les consommateurs, ce qui facilitera les autres dépenses communes. Vu que certains participants producteurs de la coopérative se verront délester de nombre des dépenses auxquelles ils devaient habituellement faire face, comme la gestion, remplir ce dernier point ne devrait pas poser de problème, mais si quelque projet ne peut pas payer, il sera cherché quelque mécanisme alternatif afin qu’il puisse lui aussi porter sa pierre aux nécessités publiques. Nous développerons davantage ce point dans le paragraphe des cotisations des membres.
Ainsi donc, l’objectif global de la coopérative concernant l’activité de ses membres en monnaie officielle serait qu’ils puissent progressivement faire face à leurs dépenses seulement à travers l’activité qu’ils exercent dans la coopérative.

B) Gestion en monnaie sociale: Les monnaies sociales qu’utilisera la coopérative intégrale seront celles, locales ou bio-régionales, qui sont entrain de se mettre en marche en Catalogne. Pour cela chaque membre devra avoir un compte d’une de ces monnaies sociales et pourra échanger avec d´autres membres à partir du solde qu’il a dans sa monnaie locale. Pour cela on pourra en général profiter du système CES 3, qui permet de manière très simple l’achat/vente en monnaie sociale entre ‘personnes participant à des projets de monnaies sociales différents. Ainsi, les règles d´échanges seront celles déterminées dans chaque monnaie sociale à niveau local, de fait il n´est pas nécessaire que nous approfondissions ce point ici. Il serait bon de s´informer des différentes monnaies sociales qui sont en marche, à travers ce lien: http://www.ecoxarxes.cat

4. METTANT EN MARCHE CETTE COOPÉRATIVE INTÉGRALE
Nous nous réunissons actuellement tous les 15 jours à Barcelone. Nous sommes conscients que le fait de se réunir à Barcelone comporte ses limites, mais c´est l’option qui nous a semblé la plus judicieuse pour que le projet aille de l’avant. La coopérative est entrain de se légaliser et nous opérerons en son nom sous peu. Nous sommes déjà entrain de mettre en marche des commissions de travail, et nous avons déjà un réseau social en fonctionnement: http://cooperativa.ecoxarxes.cat A mesure que notre nombre s´accroîtra, nous faciliterons la constitution de noyaux locaux. Ces derniers pourront localiser en leurs territoires les taches et les commissions de travail de toute la coopérative et faire le lien entre les connaissances à partager via la coopérative et les nécessités locales. Les projets en lien avec des noyaux locaux seront également gérés par la commission économique, cependant ils pourront créer des outils et des ressources propres à l´extension de la coopérative intégrale sur le plan local. La commission économique est déjà en fonction actuellement, et se consacre à étudier chaque projet déjà actif voulant s´intégrer dans la coopérative intégrale, à faire un présupposé de tous les mouvements qui se feraient avec la monnaie conventionnelle et de ceux qui nécessiteraient un apport au pot commun pour faire face aux dépenses partagées. Il faudra également s´accorder sur la question des cotisations que doit apporter chaque personne/groupe selon sa situation, et voir si apparaissent des problèmes ou des taches nécessitant d´y consacrer du temps. Pendant que les gens ayant déjà un travail et que la commission économique commencent leurs fonctions, les autres éléments élémentaires de la coopératives se constitueront peu à peu: comme la commission de consommation consciente, la commission d´auto-emploi (à ce moment même déjà crée) et progressivement, nous étendrons également l’usage des monnaies sociales. A partir de là on pourra savoir quels sont les pas nécessaires et les plus adéquats pour consolider le projet. En effet, plusieurs chemins sont possibles et il est question de les vérifier, de partager les expériences et d´apprendre les uns des autres.
Résumé des pas commentés:
1 – Positionnement de quelques personnes ayant des projets déjà actifs derrière la création de la coopérative.
2 – Manifestation de l’intérêt d´autres personnes souhaitant y participer
3 – Premières réunions. Décisions à propos des statuts, du capital initial, des cotisations des membres, de la commission économique. Décisions également concernant les services communs, de la mise en marche de la centrale d´achat.
4 – Création légale de la coopérative.
5 -Fonctionnement productif de quelques membres depuis la coopérative, pendant que sont initiées d´autres commissions. L´avantage de créer beaucoup de projets avec le même format dans la coopérative est que nous pourrons obtenir une capacité de ressources techniques et d´expérience partagée pour faire en sorte qu’il soit simple de l’appliquer à chaque fois que l’on voudra créer un nouveau projet, beaucoup plus qu’il ne le serait en repartant de zéro à chaque fois.
5. OÚ VOULONS NOUS EN VENIR? LA COOPÉRATIVE INTÉGRALE COMME ÉCOLE D´ AUTOGESTION ET DE COOPÉRATION SOCIALE. RÉSEAUX EN RÉSEAUX.
Au delà de l´économie et de couvrir nos nécessités, la proposition de coopérative intégrale serait une trame adéquate pour récupérer des relations sociales solidaires et des idées de collectivité et d´auto-gestion que nous a enlevé le système actuel, basé sur la propriété, l’action individuelle et la compétition. Cela pourrait être un espace où l’on pourrait apprendre à autogérer l’apprentissage, autogérer la santé ainsi que les nécessités émotionnelles et personnelles; une école où apprendre à autogérer nos vies depuis l´économie jusqu’à la psychologie, où nous pourrions nous dés-éduquer de ce que notre éducation pour être compétitifs nous fait porter à l’intérieur. Participer à une coopérative intégrale, c´est parier pour une nouvelle manière de vivre dans laquelle ce qui guide nos actes n’est plus la compétition mais la coopération. Ce processus ne sera pas fluide, sans obstacles, nous portons des sentiments de méfiance et matérialistes très intériorisés et il sera normal que cela nous coûte, mais c´est un processus qui se fait urgent en vue de l´effondrement du système actuel et du manque de solutions que sont entrain d´expérimenter les personnes qui en ont été exclues à cause de cette crise. Comment pourrait se dessiner le futur de cette société faite par et pour nous? Pour le visualiser, quelques exemples pratiques:

L’espace intra-coopératif
Jusqu’à maintenant nous avons parlé de l’économie de «transition », c’est à dire celle dont nous avons besoin alors que nous ne pouvons sortir complètement du système capitaliste, qui nous oblige à utiliser sa monnaie pour quelques nécessités basiques. Parlons maintenant de l’autre aspect, qui au fond est le plus important que la coopérative puisse générer, surtout à la fin. En premier lieu, les critères de ces relations économiques devraient différencier les nécessités basiques des autres. Le logement, l’alimentation, la santé et l’éducation devraient être les sujets prioritaires pour les membres. En ce sens, la coopérative essayerait de fonctionner comme devrait le faire réellement une «institution publique » , c’est à dire en se préoccupant de la vie digne de ses habitants, et en gardant une réserve de ressources suffisante pour suffire à leurs besoins sur le long terme.
Une fois que la coopérative sera suffisamment en marche, nous créerons un groupe de travail pour étudier la mise en route d’un projet de « sécurité sociale », sur le style de ce que nous sommes entrain de commenter. Ensuite, dans les noyaux locaux, on fera la promotion d’une économie communautaire que l’on pourrait également appeler de « réciprocité spontanée », dont la base serait que rien n’est à personne, sinon à celui qui l’utilise, jusqu’à ce qu’il n’en ai plus besoin. Un projet important qu’il faudrait développer dans la coopérative est celui des « boutiques gratuites », les chosathèques et les magasins collectifs, où les gens amènent ce dont ils ne se servent pas et repartent avec ce dont ils avaient besoin. De cette façon, nous créerons peu à peu, dans une enceinte proche, une économie collectiviste basée sur le fait qu’à travers le commun, nous pouvons subvenir à nos besoins individuels plus directement et à moindre coût que nous ne le ferions en conservant une vision individualiste de la satisfaction des besoins. Un groupe de travail de chargera de dynamiser cette partie de l’économie sans argent de la coopérative intégrale et de faciliter sa mise en marche dans les noyaux locaux.
Relations économiques avec des projets externes à la coopérative.
Au-delà de notre vie en coopérative, une autre forme de relation naturelle qui irait à mesure que sa mise en marche soit une réalité, serait les échanges avec d’autres projets analogues ne faisant pas partie de la coopérative. Dans ce domaine cela fonctionnerait: -si le projet n’est pas réceptif aux propositions d’échanges en monnaie sociale, on pourrait réaliser des achats collectifs en euros, depuis la centrale d’achat (ce qui est un mécanisme convenable pour réduire les prix et éliminer les intermédiaires). -Si les membres du projet se montrent réceptifs, on réalisera alors une partie des achats en euros et l’autre en monnaie sociale de sorte que ce type de producteurs voit qu’il s’y retrouve en participant à la monnaie sociale, et peut être ainsi s’inscrira-t-il dans un réseau pour d’autres échanges.
La coopérative intégrale aurait sa commission « relations externes » pour faciliter le contact entre la coopérative qui offre et demande, et les personnes membres de son groupe. De cette manière il y aurait beaucoup de flexibilité et de capacité de répondre avec des courses en gros. Cela ne serait donc pas seulement un échange entre personnes sinon un échange entre de nombreuses organisations, qui, en tant que telles, ont une capacité de réponse importante. Ainsi, les échanges deviendraient bien plus agiles et fertiles que dans le format individualiste prédominant, où les problèmes tels que l’anonymat ou la méfiance rendent difficiles le développement d’alternatives économiques de ce genre.

http://www.sanscapitalisme.net/fr/node/4327

25 novembre 2010 Posted by | DECROISSANCE, ECONOMIE LOCALE, Notre démocratie | , , , | 10 commentaires

Illichville ou l’utopie urbaine anti-voitures


Topographie d’une ville sans voitures

 

Au cours de l’histoire de l’urbanisme, les utopies urbaines ou villes idéales ont été nombreuses, depuis les projets des socialistes français dits « utopiques » au 19ème siècle (Saint-Simon, Cabet, Fourrier, Considérant) jusqu’aux théoriciens anglo-saxons (Owen, Henry George, Ruskin, Morris, etc.).

Tous ces projets avaient pour socle commun le refus de la dégradation urbaine liée à l’industrialisation, la pollution et la pauvreté endémique engendrées par la révolution industrielle au 19ème siècle. Parmi ces « villes idéales », on trouve le meilleur (les cités-jardins, les aspects hygiénistes, la solidarité des habitants, etc.) et le pire (les aspects militaristes ou même sectaires de certaines communautés).

Tous ces projets avaient pour socle commun le refus de la dégradation urbaine liée à l’industrialisation, la pollution et la pauvreté endémique engendrées par la révolution industrielle au 19ème siècle. Parmi ces « villes idéales », on trouve le meilleur (les cités-jardins, les aspects hygiénistes, la solidarité des habitants, etc.) et le pire (les aspects militaristes ou même sectaires de certaines communautés).

La plupart de ces projets urbains ont été conçus avant l’avènement de la civilisation automobile; ils ne se conçoivent donc pas en opposition avec l’automobile mais, cherchent à proposer un nouveau modèle de ville, en général plus proche de la nature et caractérisé par ce que l’on peut appeler une certaine forme de « désurbanisation ». Certains projets prévoient malgré tout la séparation des circulations, telle l’Icarie de Cabet qui interdit la circulation des carrioles et des chevaux à l’intérieur de la cité.

Beaucoup de ces projets urbains ne sont restés que des utopies urbaines, mais certaines villes idéales ont été quand même réalisées, particulièrement aux Etats-Unis à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle. La plupart de ces expériences urbanistiques sont restées malgré tout des échecs, mais elles ont eu une influence considérable sur de nombreux architectes et urbanistes du 20ème siècle.

Avec la fin du pétrole et l’augmentation continue du coût de l’énergie, le mode de vie périurbain actuel avec ses lotissements, ses autoroutes et ses hypermarchés sera bientôt à l’agonie. Comme le mode de vie périurbain est l’apanage des classes moyennes, qui sont les classes sociales qui votent massivement, une crise politique majeure est à prévoir quand tous les lotissements pavillonnaires n’auront plus d’autre avenir que de devenir les bidonvilles du futur.

C’est donc dans cette perspective historique que prend naissance le projet d’Illichville, du nom d’Ivan Illich, l’auteur d’ »Energie et équité« . A la différence des précédentes utopies urbaines, ce projet est récent puisqu’il date de la fin du 20ème siècle et il se conçoit résolument en opposition avec la « ville-automobile » américaine dont le modèle tentaculaire est Los Angeles. Il s’agit en outre d’un projet urbain à forte connotation écologiste.

Pourquoi une ville sans voitures?

La première chose que l’on peut constater en regardant une image d’Illichville est l’absence des voitures, des routes, des places de stationnement ou de toute autre forme de parking pour l’automobile. Il s’agit d’une ville compacte de vingt à trente mille personnes, qui peut donc être facilement traversée à pied ou en bicyclette. La dimension compacte d’Illichville permet à ses résidants l’accès facile aux arrangements urbains et ruraux.

Pour enpêcher les voitures d’entrer dans Illichville, la ville est entourée par une ceinture verte se composant de trois anneaux. L’anneau intérieur est composé de jardins, de vergers, de vignes et de champs qui fournissent la majorité de la nourriture d’Illichville. Au-delà de la ceinture agricole se trouvent les champs et les prés qui fournissent la fibre pour l’habillement. L’anneau externe est composé de prairies et de la forêt qui constituent une récréation et un refuge de la ville.

Les ceintures vertes permettent de décourager les personnes circulants en voiture et leur imposent de garer leur voiture sur les périphéries de la ville et de marcher ensuite à l’intérieur de la cité. Pour éviter de créer des problèmes de stationnement et de congestion en périphérie, les visiteurs d’Illichville sont invités à voyager par tramway ou train jusqu’à Illichville.

Sur quel modèle économique fonctionne Illichville?

La ville fonctionne en grande partie sur l’auto-production agricole et artisanale. Elle suppose un refus de la société de consommation actuelle et de sa panoplie de produits plus ou moins inutiles. La publicité pour les multinationales y est interdite. Certains produits extérieurs étant malgré tout nécessaires (les pneus de vélo par exemple), une économie d’échange est prévue: les produits artisanaux créés à Illichville peuvent être vendus et surtout, le tourisme est encouragé (tourisme de curiosité pour la ville et tourisme de « repos thérapeuthique » pour les étrangers stressés par leur mode de vie urbain. Sans automobiles, les visiteurs peuvent marcher et faire de la bicyclette partout. Ils respirent l’air pur sans pollution automobile, boivent de l’eau propre et mangent de la nourriture fraîche et organique.

Illichville et la fin de l’ »économie du suicide »

Face au futur incertain lié à la diminution des combustibles fossiles et des autres ressources non-renouvelables, Illichville sera donc préparée pour se fonder entièrement sur ses ressources propres. Si Illichville se trouve reliée par chemin de fer à d’autres villes soutenables, la ville pourrait survivre longtemps dans le futur.

Illichville est pour l’instant une utopie urbaine créée par des artistes américains soucieux de développement durable. Une ville qui aurait le meilleur de la vie rurale et urbaine. Une ville basée sur la marche à pied, le vélo et les transports en commun. Une ville qui propose de fait un modèle de décroissance basé sur le refus de la société de consommation et de la société de l’automobile. Une ville qui refuse le stress urbain, la pollution automobile, la déshumanisation des villes et un modèle de société basé sur le pillage des ressources naturelles. Une ville qui ne veut pas enseigner à ses enfants que le seul espoir de survie pour l’espèce humaine soit la colonisation d’autres planètes.

Si cette utopie urbaine doit se réaliser un jour, espérons qu’elle gardera le meilleur des expériences historiques passées et qu’elle évitera le pire, pour le bien de ses habitants et pour le bien de la planète.

Librement traduit et adapté par Marcel Robert à partir du site internet d’Illichville:
http://www.roadkillbill.com/I-home.html

http://carfree.free.fr/index.php/2008/02/02/illichville-la-ville-sans-voitures/

18 novembre 2010 Posted by | Notre démocratie, TRANSPORTS | , , , , | 4 commentaires

Relocaliser l’économie


Créer une monnaie locale

Une telle monnaie a pour but de relocaliser les échanges économiques, et d’éviter la fuite de la richesse.

Des monnaies locales alternative existent dans les systèmes d’échange local (SEL). Ces systèmes permettent l’échange de biens ou de services sans passer par une monnaie réelle, seul un système de points étant mis en place pour pouvoir quantifier la valeur des échanges.

33 – Gironde
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18 novembre 2010 Posted by | ECONOMIE LOCALE, Notre démocratie | , , , , , | Laisser un commentaire

   

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