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Islande: les manifestations font chuter le gouvernement!

Écrit par Niklas Albin Svensson mardi, le 27 janvier 2009Written by Niklas Albin Svensson Tuesday, 27 January 2009
traduction:Aquitania
Les manifestations dans la capitale Reykjavik ont fait descendre dans la rue  des foules de gens pour une des plus grandes manifestations que le pays n’ait jamais vu. Suite à celles-ci, le gouvernement de coalition entre le Samfylkingin (les Sociaux-démocrates) et le Parti Conservateur Indépendance  s’est désagrégé. Le gouvernement de l’Islande est ainsi le premier à tomber à cause de la crise économique. Ce ne sera pas le dernier.

Vendredi, le Premier ministre de l’Islande, Geir H. Haarde, en utilisant ses problèmes santé comme prétexte, a demandé de nouvelles élections le 9 mai et a annoncé qu’il ne se représentera pas . Il restera  Premier ministre jusqu’à celles-ci. Dimanche, le Ministre Social  démocrate du Commerce a démissionné du gouvernement . Il a endossé la responsabilité de  la crise et a préconisé de nouvelles élections. Le même jour le député Social  démocrate, chef de la Banque centrale a démissionné. Le parti Social démocrate a donné l’impression de quitter le gouvernement par une porte dérobée. Lundi, la coalition s’était désintégrée  après une réunion entre ces différents partenaires.
Le Premier ministre prétend que les Sociaux-démocrates ne coopèrent plus et  que le parti est éclaté en trois tendances différentes . Selon Haarde, les Sociaux-démocrates demandaient le bureau de Premier ministre, ce qu’il a considéré comme étant déraisonnable. Il a critiqué aussi le leadership Social démocrate pour ne pas avoir eu la force de maintenir  la coalition et que le parti s’est retourné sous la pression des masses.
Les protestations de masse dans les rues de Reykjavik
Depuis le renflouement et la prise de contrôle des banques islandaises en octobre, les protestations hebdomadaires sont organisées devant le parlement  par le mouvement  les « Voix du peuple »(« Voices of the People »). Faute des vrais dirigeants de la classe ouvrière, un groupe d’intellectuels et de personnalités culturelles a pris la tête de ce mouvement.

Le Parti Social démocrate, le parti traditionnel de la classe ouvrière, qui fait partie du gouvernement discrédité par  les manifestations a lancé un appel à l’unité, espérant ainsi revenir à la normale. Le parti Vert à gauche, bien qu’à l’extérieur de la coalition, s’était perdu dans réformisme petit-bourgeois et a été pris complètement au dépourvu quand le mouvement a commencé. Les syndicats ont agi de la même manière que les Sociaux-démocrates et ont commencé  des négociations avec le gouvernement sur une nouvelle loi du travail. Comme dans tant d’autres pays, les dirigeants de la classe ouvrière avaient perdu le contact avec la base de son parti.
Les protestations ont continué tous les samedis pendant toute l’automne, en attirant 2-3,000 participants. Vers la fin de novembre, il y avait des signes indiquant que les protestations faisaient effet. Les syndicats ont demandé que plusieurs ministres démissionnent. Pendant le mois de décembre de jeunes gens protestaient en dehors des protestations hebdomadaires du samedi. Le jour de la  Saint-Sylvestre des manifestants avaient  interrompus une débat télévisé entre les différents partis politiques traditionnels. Ensuite, le 17 janvier, le Parti Progressif libéral (qui a une base parmi les agriculteurs), a élu un nouveau dirigeant qui a commencé à demander la dissolution de la coalition.
Le mouvement n’a pas été confiné aux protestations. Un débat a commencé parmi les participants qui cherchent à comprendre ce qui à entrainer cette débandade. Les gens veulent que leurs dirigeants assument leurs responsabilités. Ils veulent une fin à la corruption et au népotisme qui a rendu quelques-uns très riches et a laissé la facture aux autres. Cette situation rappelle la révolution Vénézuelienne qui avait commencé par la demande d’une nouvelle constitution.
Les Islandais demandent maintenant qu’on leurs donnent la parole sur la marche à suivre . Dans la demi-année passée, beaucoup de réunions à propos de la crise économique ont eu lieu dans tout le pays.. Les ministres ont été invités à expliquer leurs actions, mais leurs tentatives de rejeter la faute sur le système financier et Gordon Brown n’ont pas calmés la colère des citoyens. Au contraire, le mouvement est devenu de plus en plus virulent et a demandé la démission du gouvernement.
La semaine dernière
Quand le Parlement a tenté de se réunir le 19 janvier,  2 000 manifestants ont bloqué l’entrée du parlement. Les manifestations se sont poursuivies mardi, mercredi et jeudi. Des affrontements violents ont commencé à se produire entre la police et les jeunes manifestants. Bien que, comme en Grèce, ce soit la jeunesse qui a conduit les manifestations, il est clair qu’ils ont la sympathie des ouvriers. Quelques entreprises ont même envoyé des délégations.
Beaucoup espéraient que la démission du Premier ministre vendredi calmerait la colère des masses. Il semble probable que cette annonce a été faite suite aux manifestations. Plutôt que de calmer les esprits, cette annonce a encouragé le mouvement.
Un manifestant écrit sur son blog :
“L’énergie était incroyable – considérablement différent du fort courant sous-terrain de colère,  et de désespoir qui a prédominé ces jours-ci. Cette victoire [l’intention du Premier ministre d’appeler à des élections] a déclenché une énergie et une joie immense. La manif d’hier ressemblait à presque une fête. C’était fantastique d’ être là, au coeur même du changement, à un moment si capital dans l’histoire de notre nation.” (Power to the People, The Iceland Weather Report, 25 January 2009)
La plus grande manifestation de l’histoire de l’Islande a réuni environ 5 000 personnes. Le slogan le plus populaire était « Vanhæf ríkisstjórn ! » (Gouvernement incompétent!) et des chansons nationales et romantiques ont été chantées, en réclamant le droit des gens a peser sur les décisions du pays. Les manifestations ont alors eu lieu dans la nuit et dimanche on eu lieu des manifestations sporadiques devant les bureaux de la Banque centrale, demandant la démission de son conseil d’administration. Le Premier ministre a maintenu une position ferme contre les manifestations et soutenait continuellement qu’il ne démissionnerait pas. Pourtant, c’est ce qui s’est passé le lundi suivant et la base du Parti Social démocrate a joué un rôle crucial.
Le Parti démocratique Social et les organisations de masse
L’automne ont vu un changement rapide dans les préférences des électeurs. Le Parti Indépendant Conservateur a perdu un tiers de ses électeurs et le parti Vert Gauche a doublé son score. Pourtant ce n’était pas au détriment du Parti démocratique Social qui a réussi à maintenir ses 27 % de l’électorat. Si on avait appelé a des élections à ce moment-là, la gauche aurait obtenu 60 % des votes. Cependant, les dirigeants du Parti démocratique Social ne se sont pas intéressés à une telle perspective, en préférant maintenir la présente coalition et espérer que les protestations s’apaiseraient. Mais les masses ne les ont pas suivie. Au lieu de cela les protestations ont augmenté et la pression a commencé à monter à l’intérieur du Parti démocratique Social lui-même.
Comme dans tant d’autres pays, les dirigeants de la classe ouvrière essaient de mettre un terme au  mouvement ; « Unité nationale ! » a été le cri des chefs du Parti Social démocrate et de leurs alliés du Parti conservateur Independance. Le type « d’unité nationale » qu’ils recherchent est celui qui leur permettrai d’attaquer l’Etat-providence et les augmentations d’impôts servant au remboursement des dettes dues aux banques étrangères. Le président du Parti Social démocrate, qui était aussi un ministre dans le gouvernement, défendait depuis longtemps le gouvernement, en refusant de casser la coalition.
La position du président a fait chuter le  Parti Social  démocrate dans les sondages. Comme nous l’avons vu, pendant l’automne, le parti a réussi à se maintenir dans les sondages à environ 27 %. Dans le dernier sondage, le parti a perdu la moitié de ses partisans face au Parti Progressif, dont le président soutenait une dissolution de la coalition.
Un parti dans la crise
La base du parti a continué à agir. Une réunion de la branche du parti à Reykjavik a demandé mardi la dissolution de la coalition et de nouvelles élections ce printemps. La vice-président du parti avait été poussée dans un conflit plus ou moins ouvert contre la présidence du parti, quand il a soutenu la demande pour de nouvelles élections, en disant que le parti “ne devrait pas craindre la nation”. À la réunion, un participant a demandé à tous les députés du parti de démissionner et a été acclamé. La branche de Reykjavik représente la grande majorité des membres et cette fissure entre les dirigeants du parti est le résultat de la pression des ouvriers qui sont encore la base du parti.
Jeudi, Ingibjörg Sólrún Gísladóttir, le président des Sociaux-démocrates, a commencé à  déclarer que de nouvelles élections devaient être exigées.  Vendredi, les ministres Sociaux démocrates font pression, probablement sur le Premier ministre, pour appeler à des élections et à la démission. Par la suite, deux des principaux Sociaux-démocrates ont démissionné, le Ministre du Commerce et le vice-président de la Banque centrale qui continuait à attaquer le gouvernement et demander de nouvelles élections.
Le conflit à l’intérieur des Sociaux-démocrates entre la droite qui soutient la coalition avec les Conservateurs et une aile gauche qui se rapproche du parti Vert Gauche, à éclaté au grand jour.  La classe dirigeante est inquiétée par le fait que les Sociaux-démocrates, après les années de service fidèle aux intérêts de la classe dirigeante, sent maintenant la pression des masses et doit lui donner une forme d’expression !
Le parti Vert Gauche s’est également realigné à gauche et leurs députés ont soutenus ouvertement le mouvement, en rejoignant même les manifestations. Mais, suite à leur échec a participer aux premiers instants du mouvement ils ont été rejetés des manifestations, même si la cote de leurs dirigeants dans les sondages a augmenté fortement.
Une économie en chute libre
Selon les estimations de The Economist, l’économie islandaise va se contracter d’au moins 10 % en 2009, et le chômage va décupler. La devise est tombée de 40 %, augmentant dramatiquement le  prix des marchandises importées. Cela représente une très forte baisse du niveau de vie.
En outre, la dette personnelle, comme dans beaucoup d’autres pays, a augmenté énormément ces derniers temps, conduite par les prix du marché immobilier gonflés. L’accès facile aux crédits à 100 % a apporté à conduit beaucoup de jeunes au sur-endettement. La situation est rendue encore plus mauvaise par la pratique répandue de prêts liés à l’inflation et aux prêts en Euros. L’inflation de 20 % signifie une augmentation de 20 % de la dette de tous les Islandais avec les prêts basés sur l’inflation et la chute de 40 % de la valeur de la devise signifie que  les prêts en Euros ont étés  augmentés des deux tiers. Les perspectives pour l’économie islandaise sont menaçantes. Ce n’est pas étonnant que les gens soient furieux contre les politiciens qui ont permis cette situation
Le gouvernement emprunte pour le renflouement des banques
la Dette publique a augmenté de 29 % à 109 % de PIB. Cela signifie que la crise bancaire a coûté aux Islandais 80 % de tout qui est produit dans le pays depuis une année. La moitié de cela va  rembourser la dette accumulée par les banques dans la période passée. 25 % de PIB doivent être utilisés pour  « recapitaliser les banques », c’est-à-dire pour rembourser les prêts de l’année dernière. Encore 10 % de PIB vont être utilisés par la Banque centrale, dont les réserves de devises étrangères ont été réduites par la crise bancaire. Il est possible qu’un peu de cet argent puisse être couvert par le biais de la vente de compagnies que les banques possèdent, mais dans la présente situation économique, ces actifs verront probablement leur valeur diminuer.
On estime que le déficit du budget gouvernemental sera de 10 % du PIB l’année prochaine, en augmentant la dette par la même quantité. Le FMI ne compte pas sur le gouvernement pour rembourser les prêts en 2010 mais il veux que le gouvernement commence à réduire la dépense ou augmente les taxes l’année prochaine. Paul Thomsen, le directeur du FMI, remarque que “Cela pourrait être la restructuration la plus chère du monde proportionnellement à la taille de l’économie.” Les politiciens islandais tiennent à minimiser les effets de la crise, le porte-parole du Premier ministre prétendant qu’ils sont “assez confiants et que nous aurons les ressources pour que les gens puissent maintenir un niveau de vie raisonnable pendant que nous passons par le pire.” Pourtant les chiffres parlent pour eux : le remboursement de ces prêts ne signifiera rien de plus  que la hausse des taxes et des coupes dans les budgets des services publics – une attaque sur le niveau de vie des Islandais qui continuera dans les années à venir.
Laissez les banquiers payer pour la crise !
La dette étrangère due par l’Islande n’a pas été contractée par le islandais.  La dette n’est pas le résultat de l’achat de voitures de luxe  ou d’investissement dans les services publics. C’est le résultat de la spéculation d’une petite clique , qui fuient maintenant le pays vers leurs maisons de luxe à l’étranger. Et maintenant les banques multinationales veulent que les islandais  paient pour le désordre causé par cette très petite minorité de super-riches.
Les banquiers devraient payer pour la crise, pas les gens ! Les banquiers en Grande-Bretagne, Allemagne et Pays-Bas devraient reprendre les dettes de leurs collègues islandais, qui ont fui le pays. Pourquoi les islandais devraient-ils souffrir pour les fautes d’une très petite minorité ?

Un programme socialiste
Le Parti Social démocrate et le parti vert de Gauche ont besoin de proposer un programme Socialiste. La seule voie  pour les ouvriers et les jeunes islandais est maintenant  socialiste. Laissez les banquiers de payer pour la crise ! Reprenez toutes les compagnies restantes des spéculateurs financiers. Pourquoi devraient-ils garder les entreprises profitables tandis que le gouvernement reprend les banques improductives ? Les remboursements des crédits doivent être mis à un niveau raisonnable. Laissez ceux qui ne peuvent pas payer leurs crédits rester dans leurs maisons. Sur la base d’un programme de telles demandes, le Parti Social démocrate et le parti Vert Gauche seraient capables de gagner l’élection et de garantir le niveau de vie des ouvriers.
La révolution islandaise
L’espoir de la classe dirigeante islandaise consiste en ce que le mouvement perdra la vitesse et qu’un nouveau gouvernement sera capable de calmer la situation. Cependant, un tel développement est improbable. En fait, les tentatives de faire respecter des blocages des salaires par l’association du patronat et les coupes dans les budgets de l’Etat-providence en même temps que la hausse du coût de la vie est une recette qui ne fonctionne plus. La lutte qui a commencé cet hiver contre le nouveau gouvernement est seulement le début de luttes plus militantes à venir.
Malgré sa petite taille, l’Islande a l’occasion de donner aux peuples Européens un exemple. Les Islandais pourraient rester dans l’histoire comme l’avant-garde de la révolution européenne. Déjà les classes dirigeantes de l’Europe regardent avec horreur les événements Islandais. Mais les ouvriers aussi. Le gouvernement de l’Islande est le premier à tomber en Europe à la suite de la crise du capitalisme mais ce ne sera pas le dernier. Les actions courageuses des Islandais encourageront les ouvriers d’autres pays .

Déjà nous avons vu comment le Parti Social démocrate, le parti Vert Gauche et les syndicats ont été recadrées à gauche. C’est seulement le commencement. Pour lutter pour maintenir le niveau de vie, les ouvriers auront besoin de transformer leurs organisations en organisations de lutte. La seul façon d’y arriver est la construction d’une tendance Marxiste dans les  organisations syndicales.
• Laissez les banquiers  payer pour leur propre désordre !•
• Non aux licenciements ! Travail pour tous !• N
• Non aux augmentations scandaleuses dans les remboursements de crédits !•
• Pour un gouvernement de gauche avec un programme  socialiste !•
[Source : indefenseofmarxism]

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2 janvier 2011 - Posted by | Non classé

2 commentaires »

  1. L’Islande a subi de plein fouet la crise financière et l’État a nationalisé les trois principales banques du pays, totalement privatisées en 2003, pour les sauver de la faillite. Le peuple islandais s’est mobilisé massivement pour faire payer le coût de cette crise aux responsables : les banques et les fonds spéculatifs. En août 2009, le Parlement a adopté une résolution pour conditionner le remboursement de cette dette aux « capacités de paiement » du pays. Le CADTM dénonce le FMI et l’Union européenne qui ont pesé de tout leur poids pour renverser cette orientation.

    Commentaire par wz | 2 janvier 2011 | Réponse


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