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Présentation de l’économie distributive

par M.-L. DUBOIN

De grands progrès techniques…

Le nombre d’heures de travail annuel d’un ouvrier est passé de 5.000 en 1850 à environ 1.600 actuellement. En dépit de la croissance démographique, cette diminution du temps de travail s’est accompagnée d’un formidable accroissement de la production, qui, au plan mondial et par habitant a été multipliée par 2,5 entre 1960 et 1990. Rien qu’en France, le nombre total d’heures travaillées est passé de 40 milliards en 1973 à 35 milliards en 1990 et la PIB s’est accrue en dix ans de 1.350 milliards de francs, (environ 205 milliards d’euros), soit en moyenne de trente euros par personne et par mois.

L’humanité est confrontée non pas à une crise, mais à une véritable mutation, plus profonde et bien plus rapide que toutes celles qu’elle a déjà connues, celle du néolithique par exemple. Le développement des techniques de production est tel que de puissantes machines, automatisées, informatisées, peuvent désormais remplacer le travail de l’homme dans toutes les tâches de routine, se substituer non seulement à ses muscles et à l’agilité de ses doigts, mais aussi à sa mémoire, à certains de ses sens et même aux activités logiques de son cerveau. Fruit des efforts accumulés génération après génération, ce bouleversement des moyens de production est irréversible.

Or les bases sur lesquelles le système économique en vigueur est fondé transforment ce progrès des connaissances en catastrophes sociales et écologiques :

…transformés en désastre social

1• À l’époque où les économistes classiques ont conçu ce système, les moyens de production n’étaient pas en mesure d’éviter de fréquentes et graves famines. Produire toujours plus pour vaincre la pénurie fut donc leur seul objectif, imposé par la rareté des biens de première nécessité.

Les 358 personnes les plus riches du monde possèdent autant que les 2,3 milliards les plus pauvres.

- Mais au XXIème siècle, alors que les moyens existent pour satisafaire tous les besoins de première nécessité, rien ne peut justifier que 850 millions de personnes souffrent de malnutrition, que des cultures vivrières soient abandonnées parce que la production de drogues et d’armes rapporte beaucoup plus, et que quelques centaines de nos semblables dépensent des fortunes en gadgets d’un luxe exubérant tandis que près de deux milliards d’autres sont dans le plus total dénuement, n’ayant même pas accès à l’eau potable.

=> Les problèmes de production étant résolus, ce sont ceux de la répartition des richesses produites qu’il s’agit de résoudre.

2• L’accès aux moyens d’existence passe (sauf pour quelques privilègiés de naissance) par la nécessité de se vendre sur le marché de l’emploi.

Les grands laboratoires pharmaceutiques dépensent plus en publicité qu’en recherche.

- Mais quand des appareils perfectionnés produisent sans labeur humain, les salariés « dégraissés » ne peuvent plus « gagner leur vie », et ceux qui perdent leur clientèle cherchent de nouveaux « débouchés ». Et c’est toute l’économie qui est alors détournée : il ne s’agit plus de satisfaire les besoins vitaux mais de produire au moindre coût, n’importe comment, n’importe quoi, pourvu que le produit puisse séduire un client solvable. C’est ainsi que la publicité ou les « centres d’appel » offrent des emplois,mais pour forcer la vente en abrutissant les clients potentiels. Certains gouvernements, parfois, tentent de remédier à cette « crise économique » par redistribution ; mais c’est mécontenter tout le monde : ceux qui payent impôts et taxes s’estiment volés des fruits de leur travail, et ceux qui en bénéficient se sentent humiliés d’être assistés et perdent courage.

Ainsi, dans ce monde de plus en plus riche, où le progrès technique n’a pas été transformé en progrès social, ce sont la délinquance, la violence et la révolte qui se développent.

=> Il faut reconnaître à chacun le droit économique d’avoir de quoi vivre, et admettre en même temps qu’il est de son devoir de participer à la création des richesses.

3• Le choix de l’avenir repose sur le crédit, qui permet d’investir aujourd’hui pour élaborer les moyens de production qui serviront demain.

- Or les États ont abandonné aux banques et à d’autres institutions privées le pouvoir de créer toute la monnaie scripturale, soit environ 85% de la monnaie en circulation, sous forme de crédits. Pouvant ainsi créer jusqu’à dix fois plus que le montant de leurs dépôts, elles ont donc le droit de prêter ce qui n’existe pas… !

« Dans son essence, la création de monnaie ex nihilo actuelle par le système bancaire est identique à la création de monnaie par des fauxmonnayeurs « Maurice Allais, « prix Nobel d’économie »

Ce privilège, outre qu’elles en profitent pour exiger le paiement d’intérêts, leur fait jouer un rôle déterminant dans l’économie, puisque c’est à elles que revient de choisir les entreprises à développer. Alors l’économie est orientée vers un unique objectif, rapporter de l’argent, et la croissance devient une obligation pour servir une rente. Le développement d’un pays est décidé pour le profit de gros investisseurs internationaux, au mépris des populations. La spéculation monétaire est devenue plus rentable que la production.

Il n’est donc pas étonnant que ceci conduise au mépris de tout autre considération et engendre les dérives catastrophiques que l’on déplore, que ce soit vis à vis des Droits de l’Homme ou de son environnement. Il est inutile de dénoncer une à une toutes ces dérives ou de chercher à remédier à chacun de leurs effets : ils se reproduiront en permanence tant qu’on ne s’attaquera pas à leur cause.

=> La création monétaire, au lieu d’avoir pour seul objectif de servir des rentes aux plus riches, doit revenir au politique pour qu’il soit possible de décider démocratiquement l’orientation de l’économie. Alors il sera possible d’investir en fonction des besoins, même non rentables, de tenir compte de certains impératifs de production, comme celui de ne pas gaspiller les ressources naturelles, de développer la culture et les arts, de stimuler la recherche même sans but lucratif à court terme, etc.

- Qu’est-ce que l’économie distributive ?

Mais ceci oblige à remettre en question les fondements du système économique qui domine nos relations sociales. Et c’est difficile. D’abord parce qu’il faut surmonter la croyance, savamment répandue, que le capitalisme, devenu universel, n’a pas d’alternative, qu’il résulte de lois économiques aussi éternelles que celles de la nature. Et puis parce que l’économie et la finance apparaissent comme des « chasses gardées », des sciences si compliquées qu’il est impossible au grand public de les comprendre et de vouloir en changer.

Pour aider cette remise en cause urgente, nous proposons, sous le nom d’économie distributive, une économie de répartition en fonction des besoins, en contestant d’abord le postulat sur lequel est bâti le système actuel, qui prétend que l’intérêt égoïste de chacun mène naturellement, comme par miracle, à l’intérêt général. Au lieu de laisser faire en prenant prétexte de ce postulat faux, il faut plutôt considérer que nous sommes tous cohéritiers d’un patrimoine qu’il s’agit d’améliorer autant que possible et de transmettre aux générations futures après en avoir partagé équitablement l’usufruit.

Pour cela, chacun doit pouvoir choisir son activité et défendre son intérêt au sein d’un débat où tous les points de vue pourront être pris en considération. Comment ?

D’abord en reconnaissant que le droit économique de tout citoyen lui garantit à vie sa part du patrimoine commun, qui se matérialise par un revenu suffisant pour vivre décemment. Et du même coup qu’il est de son devoir de participer, dans la mesure de ses moyens, à la vie de la société à laquelle il appartient. Il doit donc consacrer une partie de son temps à des activités utiles aux autres, et il faut qu’il puisse les choisir selon ses propres aspirations, en fonction de ses aptitudes et des besoins de la société.

Ceci implique de changer :

1 les revenus

Le compte de chacun est régulièrement crédité de son revenu social, qu’aucun impôt ni taxe ne vient ensuite modifier. Le montant de ce revenu de base est le même pour tous au même âge. Mais un revenu supplémentaire, personnalisé, peut être envisagé dans le cadre du « contrat civique ».

2 la monnaie

La monnaie distributive n’est qu’un pouvoir d’achat, elle s’annule dès qu’elle a servi. La masse monétaire est un flux qui équilibre la valeur des biens produits pour être vendus. Sa seule fonction est de distribuer équitablement la production, tout en laissant à chacun la liberté de choisir ses achats. Le paiement d’un bien ou d’un service donne lieu à un débit du compte de l’acheteur, et pour le vendeur, il n’est que l’information qui lui permet de gérer la distribution dont il a la responsabilité.

3 le travail

Le travail nécessaire à la production, de même que toute activité sociale, entre dans le cadre du contrat civique qui définit la participation de tout individu majeur à la vie de la société dont il fait partie et qui alimente son compte en lui versant son revenu.

La participation d’un citoyen doit pouvoir prendre les formes les plus diverses et variées, définies dans son contrat civique :

- et le contrat civique ?

Ce contrat dont il a l’initiative, et qui est renouvelable, lui permet d’alterner ou mener de front des activités de formation, de production, de gestion, de participation aux décisions politiques, avec des années sabbatiques pour s’occuper à sa guise, voyager, se recycler, etc. En proposant sa contribution, le citoyen définit aussi les investissements dont il a besoin pour l’exercer et, éventuellement, il estime et justifie le supplément de revenu personnel qu’il en attend.

Les contrats civiques, leur acceptation, leur renouvellement, leurs modifications, sont l’objet des débats de Conseils dans lesquels les usagers sont au moins aussi bien représentés que les spécialistes (de la profession concernée, de la santé, de la gestion, de l’environnement, etc.) de façon à ce que tous les aspects et conséquences d’un contrat puissent être pris en considération.

Sièges à la fois de la politique économique et de la création monétaire qui y est liée, ces Conseils ont soin de veiller à ce que toutes les proposition ou offres de contrat soient largement publiées à l’avance et que des aides soient mises à la disposition du public pour les préparer, les présenter, les défendre. Sans entrer ici dans les détails, précisons, même si cela va de soi, que pour la majorité des gens en activité, le contrat civique peut consister tout simplement à exprimer leur souhait de continuer ou à demander une amélioration ; qu’évidemment des contrats peuvent être présentés par un groupe de personnes offrant de s’associer dans une entreprise qu’ils définissent en commun, etc .

- la démocratie en économie…

Cette façon de gérer démocratiquement l’économie permet d’en avoir la vision à long terme, ce qui fait tant défaut aujourd’hui.

Le débat et les décisions publiques au sujet des contrats permettent en effet :

• l’évaluation de la production à réaliser en tenant compte des besoins [http://economiedistributive.free.fr/ un très bon site

[*] La vente n’étant plus faite pour le profit, elle est libérée de la pression publicitaire, ce qui permet aux détaillants d’évaluer les besoins d’après la façon dont les revenus sont dépensés.


Présentation de l’économie distributive

- Document sur deux pages A4 recto/verso pour diffusion.
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Les Chômeurs Heureux

le manifeste de chômeurs heureux

(extraits)

Le nouveau délire conservateur reproche aux chômeurs de se complaire dans l’assistance, de vivre aux crochets de l’Etat et patati et patata.

Bon, pour autant que l’on sache, l’Etat existe toujours, et encaisse des impôts, c’est pourquoi nous ne voyons pas en quel honneur nous devrions renoncer à son soutien financier. Mais nous ne sommes pas polarisés sur l’Etat. Nous ne ver-rions aucun inconvénient à un financement venant du secteur privé, que ce soit sous la forme du sponsoring, de l’adoption, d’une taxe sur les revenus du capital, ou du racket. On n’est pas regardants.

Si le chômeur est malheureux, c’est aussi parce que le travail est la seule valeur sociale qu’il connaisse. Il n’a plus rien à faire, il s’ennuie, il ne connaît plus personne, parce que le travail est souvent le seul lien social disponible. La chose vaut aussi pour les retraités d’ailleurs. Il est bien clair que la cause d’une telle misère existentielle est à chercher dans le travail, et non dans le chômage en lui-même. Même lorsqu’il ne fait rien de spécial, le Chômeur Heureux crée de nouvelles valeurs sociales. Il développe des contacts avec tout un tas de gens sympathiques. Il est même prêt à animer des stages de resocialisation pour travailleurs licenciés.
Car tous les chômeurs disposent en tout cas d’une chose inestimable : du temps. Voilà qui pourrait constituer une chance historique, la possibilité de mener une vie pleine de sens, de joie et de raison. On peut définir notre but comme une reconquête du temps. Nous sommes donc tout sauf inactifs, alors que la soi-disant « population active » ne peut qu’obéir passivement au destin et aux ordres de ses supérieurs hiérarchiques. Et c’est bien parce que nous sommes actifs que nous n’avons pas le temps de travailler.

le texte intégral