Illichville ou l’utopie urbaine anti-voitures

Posted on 18 novembre 2010

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Topographie d’une ville sans voitures

 

Au cours de l’histoire de l’urbanisme, les utopies urbaines ou villes idéales ont été nombreuses, depuis les projets des socialistes français dits « utopiques » au 19ème siècle (Saint-Simon, Cabet, Fourrier, Considérant) jusqu’aux théoriciens anglo-saxons (Owen, Henry George, Ruskin, Morris, etc.).

Tous ces projets avaient pour socle commun le refus de la dégradation urbaine liée à l’industrialisation, la pollution et la pauvreté endémique engendrées par la révolution industrielle au 19ème siècle. Parmi ces « villes idéales », on trouve le meilleur (les cités-jardins, les aspects hygiénistes, la solidarité des habitants, etc.) et le pire (les aspects militaristes ou même sectaires de certaines communautés).

Tous ces projets avaient pour socle commun le refus de la dégradation urbaine liée à l’industrialisation, la pollution et la pauvreté endémique engendrées par la révolution industrielle au 19ème siècle. Parmi ces « villes idéales », on trouve le meilleur (les cités-jardins, les aspects hygiénistes, la solidarité des habitants, etc.) et le pire (les aspects militaristes ou même sectaires de certaines communautés).

La plupart de ces projets urbains ont été conçus avant l’avènement de la civilisation automobile; ils ne se conçoivent donc pas en opposition avec l’automobile mais, cherchent à proposer un nouveau modèle de ville, en général plus proche de la nature et caractérisé par ce que l’on peut appeler une certaine forme de « désurbanisation ». Certains projets prévoient malgré tout la séparation des circulations, telle l’Icarie de Cabet qui interdit la circulation des carrioles et des chevaux à l’intérieur de la cité.

Beaucoup de ces projets urbains ne sont restés que des utopies urbaines, mais certaines villes idéales ont été quand même réalisées, particulièrement aux Etats-Unis à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle. La plupart de ces expériences urbanistiques sont restées malgré tout des échecs, mais elles ont eu une influence considérable sur de nombreux architectes et urbanistes du 20ème siècle.

Avec la fin du pétrole et l’augmentation continue du coût de l’énergie, le mode de vie périurbain actuel avec ses lotissements, ses autoroutes et ses hypermarchés sera bientôt à l’agonie. Comme le mode de vie périurbain est l’apanage des classes moyennes, qui sont les classes sociales qui votent massivement, une crise politique majeure est à prévoir quand tous les lotissements pavillonnaires n’auront plus d’autre avenir que de devenir les bidonvilles du futur.

C’est donc dans cette perspective historique que prend naissance le projet d’Illichville, du nom d’Ivan Illich, l’auteur d’ »Energie et équité« . A la différence des précédentes utopies urbaines, ce projet est récent puisqu’il date de la fin du 20ème siècle et il se conçoit résolument en opposition avec la « ville-automobile » américaine dont le modèle tentaculaire est Los Angeles. Il s’agit en outre d’un projet urbain à forte connotation écologiste.

Pourquoi une ville sans voitures?

La première chose que l’on peut constater en regardant une image d’Illichville est l’absence des voitures, des routes, des places de stationnement ou de toute autre forme de parking pour l’automobile. Il s’agit d’une ville compacte de vingt à trente mille personnes, qui peut donc être facilement traversée à pied ou en bicyclette. La dimension compacte d’Illichville permet à ses résidants l’accès facile aux arrangements urbains et ruraux.

Pour enpêcher les voitures d’entrer dans Illichville, la ville est entourée par une ceinture verte se composant de trois anneaux. L’anneau intérieur est composé de jardins, de vergers, de vignes et de champs qui fournissent la majorité de la nourriture d’Illichville. Au-delà de la ceinture agricole se trouvent les champs et les prés qui fournissent la fibre pour l’habillement. L’anneau externe est composé de prairies et de la forêt qui constituent une récréation et un refuge de la ville.

Les ceintures vertes permettent de décourager les personnes circulants en voiture et leur imposent de garer leur voiture sur les périphéries de la ville et de marcher ensuite à l’intérieur de la cité. Pour éviter de créer des problèmes de stationnement et de congestion en périphérie, les visiteurs d’Illichville sont invités à voyager par tramway ou train jusqu’à Illichville.

Sur quel modèle économique fonctionne Illichville?

La ville fonctionne en grande partie sur l’auto-production agricole et artisanale. Elle suppose un refus de la société de consommation actuelle et de sa panoplie de produits plus ou moins inutiles. La publicité pour les multinationales y est interdite. Certains produits extérieurs étant malgré tout nécessaires (les pneus de vélo par exemple), une économie d’échange est prévue: les produits artisanaux créés à Illichville peuvent être vendus et surtout, le tourisme est encouragé (tourisme de curiosité pour la ville et tourisme de « repos thérapeuthique » pour les étrangers stressés par leur mode de vie urbain. Sans automobiles, les visiteurs peuvent marcher et faire de la bicyclette partout. Ils respirent l’air pur sans pollution automobile, boivent de l’eau propre et mangent de la nourriture fraîche et organique.

Illichville et la fin de l’ »économie du suicide »

Face au futur incertain lié à la diminution des combustibles fossiles et des autres ressources non-renouvelables, Illichville sera donc préparée pour se fonder entièrement sur ses ressources propres. Si Illichville se trouve reliée par chemin de fer à d’autres villes soutenables, la ville pourrait survivre longtemps dans le futur.

Illichville est pour l’instant une utopie urbaine créée par des artistes américains soucieux de développement durable. Une ville qui aurait le meilleur de la vie rurale et urbaine. Une ville basée sur la marche à pied, le vélo et les transports en commun. Une ville qui propose de fait un modèle de décroissance basé sur le refus de la société de consommation et de la société de l’automobile. Une ville qui refuse le stress urbain, la pollution automobile, la déshumanisation des villes et un modèle de société basé sur le pillage des ressources naturelles. Une ville qui ne veut pas enseigner à ses enfants que le seul espoir de survie pour l’espèce humaine soit la colonisation d’autres planètes.

Si cette utopie urbaine doit se réaliser un jour, espérons qu’elle gardera le meilleur des expériences historiques passées et qu’elle évitera le pire, pour le bien de ses habitants et pour le bien de la planète.

Librement traduit et adapté par Marcel Robert à partir du site internet d’Illichville:
http://www.roadkillbill.com/I-home.html

http://carfree.free.fr/index.php/2008/02/02/illichville-la-ville-sans-voitures/

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